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Full text of "Biographie universelle, ancienne et moderne; ou, Histoire"

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BIOGRAPHIE 

UNIVERSELLE , 

ANCIENNE ET MODERNE. 

nn/vi/wwi iv»/v«/vvwi/wv«fV«/v«/wv«ft/vv]wvw*nA/vi 

PARM — PF. 



DE L'IMPRIMERIE D'EYERAT, 

KUE DU CADRAN, N<>. l6. 



BIOGRAPHIE 

UNIVERSELLE, 

ANCIENNE ET MODERNE, 
ou 

HISTOIRE, PAR ORDRE ALPHABETIQUE, DE LA VIE PUBLIQUE ET PRIVe'e DE 
TOUS LES HOMMES QUI SE SONT FAIT REMARQUER PAR LEURS ECRITS 
LEURS ACTIONS, LEURS TALENTS, LEURS VERTUS OU LEURS CRIMES. 

OUVRAGE ENTIÈREMENT WEUF, 

RÉDIGÉ PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES ET DE SAVANTS. 



On doit des égards aux vivants; on ne doit aux morts 
queÏA\érité. {\Ol.T. , première Lettre sur OEdipe.) 



TOME TRENTE-TROISIEME, 







A PARIS, 

CHEZ L. G. MICHAUD, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 

RUE DE Cr.ÉRYj.N". l3. 
1823. 



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BIOGRAPHIE 



UNIVERSELLE 



V>VV\'VVVVVV*V'VVVVVV'VVVVVVVVV'VVVVVVVVVVVVVVV'\VV\VXVV VX'VV'V'VVX.VXVV VVV »XVVVV\VVVVVVVV\-VV\\VV\A/ .w vv\ vw 



p 




r ARME. Foy. FarnÈse, et Pm- 
IJPPE ( Don ). 

PARME ( Ferdinand duc de ) 
pelit-fils de Philippe V, roi d'Kspa- 
i;iie, naquit le ^o janvier ï75i. Il 
iat élevé par l'abbé de Condillao, 
])ar les PP. Jacquier et Le Scur, et 
par Keralio. En 176J, il succéda, 
dans les états de Parme , Plaisance 
ot Guastalla, à son père rintantdon 
Philippe. Au mois de janvier 1768, 
il fit publier une pragmatique-sanc- 
tion, composée de quatre articles, 
dont le premier défendait de porter, 
sans sa permission, les alFaircs con- 
tentieuscs à des tribunaux. étrangers, 
même a ceux de Rome ; et le dernier 
déclarait nuls les décrets , bulles et 
brefs qui viendraient de là cour pon- 
tificale, à moins qu'ils ne fussent mu- 
nis du regium exequatur. Le i*^'" lé- 
vrier suivant, le pape Clément XITI, 
par un bref, déclara cette ordonnance 
nulle, et soumit ceux qui y avaient 
concouru^ aux censures qu'avait pro- 
noncées la b^dle In cœnd Domini 
contre les violateurs des immunités 
ecclésiastiques. Dans le même mois 
de février , pendant la nuit du 7 
au 8, tous les jésuites établis dans 
les états du duché de Parme en fu- 
rent expulsés à la même heure ; 
cl le 8 au matin, on publia la praj^- 
rnatique-sanction de l'infant (da- 
• tce du 3), qui contenait les dispo- 
xxxiii. 



sitions relatives à la proscription de 
ces religieux. Le 3 mars suivant , pa- 
ri;t une ordonnance du même souve- 
rain , qui supprimait le bref du sou- 
verain pontife rendu contre la prag- 
matique-sanction du mois de janvier 
précédent. Le roi de France prit fait 
et cause pour le duc Ferdinand. Ce 
princeépousa,le 9.7 juin 1 76(), Marie- 
Amélie-Josephe- Jeanne - Antoinette 
de Lorraine, archiduchesse d'Autri- 
che, une des filles de l'empereur Fran- 
çois I^^". Le marquis de Felino (i), 
qui avait rempli les fonctions de mi- 
nistre sous donPhilippe, aurait vou- 
lu que l'on donnât plutôt en mariage 
à l'infant don Ferdinand , la fille et 
Tunique héritière du duc de Modène, 
afin d'opérer la réunion des deux 
états voisins j ce qui eût pu rendre 
le duc de Parme arbitre de l'Italie: 
mais l'Autriche avait des vues dilïé- 
rentes, et aimait mieux assurera l'ar- 
chiduc Ferdinand la main de Marie- 
Béatrix et le duché de Modène. La 
vie du duc de Parme, qui était reli- 
gieux et bon y comme le sont, en gé- 
néral, les princes de la maison de 
Bourbon , ne présente pas de grands 
événements pendant la principale 
durée lie son rè^rne. L'armée de Bno- 



(1) ("e ministre, frariçHi» de Daissaucr . fut Y wmi 
des savant» ri des ^rus de lettres : i! aini lima TiB»- 
triicti(in de Jj jciiiic noldru»»», «t sn in-intra C.ivoraMi: 
niit !<lce« pkiiixiifiliiipoj. iyoïi uuiii du iMniinc «(iut 

I 



PAR 

naparte ayant passe le P6 en i79(^, 
le (iiio de Parme obtint une suspen- 
sion d'armes, qui fut conclue le 9 mai 
entre le geneial en chef de l'armée 
d'Italie et deux commissaires par- 
mesans, sous la médiation du mi- 
iiislrc d'Espagne attaché à cette pe- 
tite cour. Leduc s'engageait à payer 
dans un court délai deux millions 
de francs; à fournir dix-sept cents 
cLevaiix, deux mille bœid's, dtx mille 
quintaux dcble, cinq mille d'avoine , 
et vingt des plus beaux tableaux, au 
clîoix de Buonaparte, parmi ceux 
qui se trouvaient dans le duché ( ! ). 
Le traite de paix conclu fat ratifié 
le 19 novembre. Par celui de T.uné- 
viiic ( 9 février 1801 ) , il fut stipulé 
que le frère de l'empereur d'Autriche 
ayant renoncé pour lui et ses succes- 
seurs au grand-duché de Toscane, 
cet état serait désormais possédé en 
toute propriété par le duc de Par- 
me. Dès la fin de 1800 , une con- 
vention secrète , faite entre Buona- 
parle, premierconsul,elle cabinet de 
Madrid, avait réglé les conditions de 
cette cession. En 1801 , Moreau de 
Saint-Méry , nommé résident près de 
l'infant , reçut ordre de lui donner 
connaissance de la convention dont 
il s'agit, et d'une autre signée à 
Madrid le 21 mai de ladile année 
1801 , par lesquelles avait été décidé 
l'échange des duchés de Parme , Plai- 
sance et Guastalia, contre la Tos- 
cane. La reine d'Espagne et le mi- 
nistre Godoy avaient obtenu de 
Charles IV, chef delà famille des 
Bombons d'Espagne et d'Italie, qu'il 
jraranîît la transmission de la souvc- 
raincté appât lenant a son cousin, 
mais après la mort de celui ci scu- 
■ — » 

(i) Le duc de Paime offrit mi million ^!oiir ra- 
clifilér le saint Jérôme du (lorn gr; Buouaj^aite écri- 
vait au Dirpctoire : « J'avoue que ce sairit pipiidun 
>< mauvais tcmjis pour arriver ù Paiis; j'espirc qi-jj 
^ v»u«Iui accui dci-uz ieji bèuueurs du Musée, u 



PAR 

lomcnt. Le duc régnant Ferdinand 
III ne voulait pas y consentir. Son 
fds, don Louis , marié à une fille du 
roi d'Espagne, et qui était alorsà Ma- 
drid, fut envoyé a sa place, en Tos- 
cane, avec le titre de roi d'Élrurie. 
11 paraît qu'une forte somme exigée 
du cabinet de iMadrid ])aya les avan- 
tages que la maison de P.irmc devait 
trouver à cette union. Le duc Fer- 
dinand prolestait , autant qu'il le |)0U- 
vait, contre l'arrangement conclu par 
deux grandes puissances : pendant 
dix-huit mois qu'il vécut encore, le 
secret rrsta cntie lui , son ministère 
et le résident français, Moreau de 
Saint-Mcry (/^.cenom, XXX, i(>3)» 
qui maintenait tout par la seule in- 
fluence du pouvoir qu'il représen- 
tait. Du reste il avait pour Ferdinan<l 
tous les égards qui dépendaient de 
lui, et faisait respecter l'autorité de 
ce prince , rendue trop souvent pré- 
caire par les troupes qui inondaient 
l'Italie , et par le voisinage de la ré- 
publiqiie Cisalpine. Le duc, que ses 
qualités personnelles rendaient digne 
d'un meilleur sort ^ mourut ,1e 9 oc- 
tobre i8o'2, d'une maladie inflam- 
matoire. IjC '23, Moreau de Saint- 
Mery publia une proclamation qui 
annonça que l'exercice de la souve- 
raineté élait transféré à la républi- 
que française, et qu'il avait le titre 
d'administrateur- général des étals 
de l'infant duc de Parme. Un des 
premiers soins de cet administra- 
teur fut de faire traiter avec la di- 
gnité convenable la [)rincesse infor- 
tunée qui survécut à son époux. El'c 
fut très-sensijjle à la délicatesse de 
ses pi-océtiés et aux cirorls qu'il fit 
poiu- lui rendre moins pénible îe sort 
qu'elle éproiivait. La duchesse de 
Parme mourut en i8o5. L — P — e. 
PAPvME ( Louis de ) , fils du pré- 
cédent, né le 5 juillet 1773, fut eu- 



e 

I 



Toye très-jeune à MadriJ poin* y 
épouser l'infante Marie-Ainclic , fiile 
înccdii roi d'Espagne; mais il con- 
ut lienlot un sentiment de prefe- 
«nce pour la sœur cadet le de celle- 
i,cl il l'ohlint par l'entremise du 
fameux Godoy, devenu son ami. Le 
mai ijge fut ccicbic le 25 août i ']Ç)5. 
L'i nouvelle de rarrauf^emcnt qui 
tr.îu.smetîait au prince fils du duc 
de Panne, le f;rand-duclic de Tos- 
cane, avec le titre de roi d'Éirurie, 
fut annoncée à l'infant Louis de 
Parme et à sa jeune épouse , vers 
le commencement de 1801. Bientôt 
après ils reçurent des ordres pour 
quitter l'Espngue. Godoy ayant cn- 
trelenu rinfantde Buonaparte, et de 
l'importance de se rendre un tel voi- 
sin favorable, finit par lui dire qu'il 
fallait qu'il prît la routedeParis, par- 
ce que le premier consul ledcsiiait : 
» pour voir( le mot lui eVhappa ), 
» quel elFet produirait en France la 
» présence d'un Bourbon (0. w Les 
deux époux partirent de Madri 1 dans 
les premiers jor.rs d'avril. lissediri- 
gcrenl vers la France; et ils curent 
souvent occasion dereconnaîlre, aux 
témoignages de res])cct qu'ils le- 
cueillirent sur leur passage, que le 
nom des Bourbons u*avait pas cesse' 
d'être clier aux Français. Ils reçu- 
rent, à Paris, des fetcs biillantes que 
leur donna Buonaparte. Celui-ci, 
après qij'ils eurent fait au pi es de lui 
une résidence de vingt-jours, les fit 
escorter par un gênerai français jus- 
qu'à Florence, où ils arrivèrent le i u 
août i8i)i. Le comte Ccsar Ventuii 
avait cte' envoyé d'avance pour 
prendre, en leur nom, possession du 



(1) M"", de SU'I «illflansse» r)'r „„,„'ei iff-xH, 
«|U(' l'iioiidpjiilc' * tuit )>iciiaî«« dp f.iirc jouer im r. !«• 
ridicule .*. u.i H-.iitl.i.u , ( t ((ue cv fuf pMii- cela qu'il 
fit iwMor }>»'• Pari» \e Doiiveaii mi d'iitru' ic ; uy.ti» 
nous )«-uit <iJ8 qu'il t<-iJiiit. d<'8-l(>r8 rucorc davuiita^o 
h te. (aire CijH!(îd<'rer cunuiip .siiix-rieui à uu roi, cg 
•tMitiHJit »ux Vt!^.<^■^,u cuJiii qu'il v«tiait rj^i citMi^ 



royaume; maPs il le tronra déjà oc- 
cupe par une armée française sou5 
le commandement de Murât. Leur 
entrée dans la capitale de la Tos- 
cane ne fut point marquée par la joie 
du peuple, qui voyait en eux des 
souverains imposes par la Fiance, 
Quelque temps après, le prince de 
Parme se fit couronner, et prit îenoiri 
de Louis î^'". Le nonce du jjape vint 
le reconnaître; la Franee et l'Autri- 
che lui envoyèrent des ambassadeurs. 
Le premier soin du nouveau roi fut 
de chercher à faire partir Us trou- 
pes françaises , qui occupaient la 
Toscane : on s'y refusa , sous pré- 
texte qu'elles étaient nécessaires à 
la sûreté du pays. La cour de Flo- 
rence seforma pai- degrés; maisBuo- 
naparle la tint toujours dans une telle 
dépcnHance, que la reine d'Etruric 
ne put jamais avoir une seule dame 
espagnole à sa suite. Depuis son de- 
pat d'Espagne, le piincede Parme 
était attaqué d^une cruelle maladie 
au cerveau, qui rcmj/êchait de se 
livrer aux afTaires ; et c'était son mi- 
nistre Salvatico qui gouvernait sous 
son nom. La morldeson père le duc 
de Parme, arrivée en 180*2, et uu 
voyage qu'il fit eu Espagne, asi prin- 
temps de cette année , avec son épou- 
se, ])our assistera la célébration des 
mariages du jirince des Asturies 
avec la princesse Marie-Antoinette 
de Naples , et fin prince liérédi'airc 
des Deux-iSiciles avec l'infante doua 
Marie -Isabelle, augmentèrent telle- 
ment son mal, que les médecins ju- 
gèrent convenable qu'il reparfît im- 
médiatement pour Florence. De ce 
moment il ne traîna [dus qu'une vie 
languissante; et il mouiul !e U7 mai 
i8o3, à la fleur de son âge, apus 
avoir institué par testament son cpou. 
se tutVice des ses enfants et régente 
du royaume d'Etruric. L — p — p.. 



4 PAR 

PARMMIDE, célèbre plnloso- 
phe , l'un des chefs de la secte éléa- 
tique, florissait dans la soixante- 
r.euviènie olympiade ( vers l'an 5o4 
a^'^ant J.-G. ); il ëlait natif d'Élëe, 
ville située sur la côte de la Grande- 
Grèce. Il fut disciple de Xënopliane; 
mais il parait qu'il avait pris aussi 
des leçons d'An-ixirnandre , et de 
quelques aulres philosophes. Appelé' 
par sa naissance au gouverncmcr.t 
de sa pairie, il se lassa bientôt d'a- 
voir à lutter sans cesse contre les par- 
tis : cependant , avant de renoncer 
aux fonctions publiques , il donna à 
ses concitoyens des règlements si 
sages , qu'au rapport de Plutarquc, 
on obligea les magistrats qui en- 
traient en fonction , de jurer de ne 
point s'en écarter. Parmcnide con- 
sacra le reste de sa vie à l'étude et à 
j'enseigr.ementde la philosophie; il 
eut pour disciples Mel issus ( P'of, 
tome XXVlIÏ,ii'27 ), Zenon, Anaxi- 
mènes ; et , d'après un passage du 
dialogue de Platon , qu'on citera 
toiit-à-l'hcure , on croit que So- 
craîe, dans sa première jeunesse, 
avait suivi ses leçons. On fait hon- 
neur à Parmenide , ainsi qu'à Py- 
thagorc; d'avoir dit, le premier, que 
î'etoile du matin et celle du soir 
étaient le même astre. II divisa , 
comme Thaïes, la terre en zones , et 
prétendit qu'elle n'était habitée et 
habilable que dans les deux zones 
terapcrccs. il regardait la terre com- 
me sphérique, placée au centre de 
l'univers, où elle était suspendue, 
parce qu'il n'y avait pas de raison 
pour (|u'e!Je dût se mouvoir ni pen- 
cher d'uîi côté plutôt que d'un autre. 
Le savaiit Bailly trouve celte expli- 
cation assez philosophique ( Voyez 
Vllist. de Vastrojwmie ,1, lo.'j et 
457 ). Parmenide admettait deux 
principes , le feu etMa terre j ou, pour 



PAR 

employer l'expression qu'il avai 
adoptée, I'un, principe actif, élern 
et infini ; et la matière, sujèle à 
continuelles modifications. Aris! 
assure que ce philosophe ne su 
sait deux principes que pour s'a 
comraoder à l'apparence; mais qu 
ne croyait réelîement qu'un seul ê 
( Métaphys. liv. i, chap. 5). Sui- 
vant Simplicius, il avait composé 
deux ouvrages, l'un pour les savants 
où il donnait son véritable système, 
mais d'une manière un peu abstraite; 
l'autre pour le peuple, où il parlail 
des dieux d'après les idées vulgair 
( Théolo^. des philosophes [^recs 
par d'Olivet ). II écrivit en vers , 
l'exemple d'Hésiode, de Xénopha- 
ne, etc. ; il ne nous reste de ses ou- 
vrages que des fragments trop peu 
étendus pour qu'on puisse en déduire 
l'ensemble de son système. Ils ont été 
recueillis en partie par H. Estien- 
ne, dans l'ouvrage intitulé : De Po'é 
si philosophicd; mais on en trouv 
quelques aulres dans Galien , Stobé 
Simplicius, etc. (Vov. la Bihliot. ^i 
de Fabricius, I, 798). G. G. Full 
born les a réunis au nombre de i5i 
avec une traduction et de savantes 
notes , dans ses Mémoires pour l'his- 
toire de la philosophie ( Breslau, 
i795,in-8<^» ), 6« part. , p. 1-102. 
Chr. A. Brandès en a donné 162^ 
dans ses Comment atione s eleaticœ^ 
Altona, 181 3, in 8^. Platon a com- 
posé un dialogue intitulé: P«r772^- 
iiide ou les idées, qui contient l'ex- 
posé des principes métaphysiques 
de ce philosophe. Son but, suivant 
la plupait des coramentatcuis, a été 
de rendre à la doctrine de Parme- 
nide l'éclat qu'elle commençait à 
perdre; mais l'abbé Batteux croit 
qu'il s'est plutôt proposé d'exposer 
ta la risée des esprits justes et déli- 
cats, les contradiciioiis et l'obscurité 



I 



I 



PAR 

d'un syslème dont lui-même riait 
tout bas. Voy. les Mémoires de Va- 
cadémie des inscriptions {tom. xxix 
3i5 ) , oi Batteux a donné une ex- 
cellente analyse du Dialogue de Pla- 
ton, Outre Diogène Laërce qui a pu- 
blie une notice sur Parmcnide , dans 
les Fies des philosophes grecs , on 
pput consulter Bi'uckèr, Ilist. crit. 
philosoph, etc. , 11 ne f^uî pas con- 
fondre Parme'nide d'Élee avec un 
rhéteur du mcrae nom. W — s. 

PARMÉNION , général macédo- 
nien , fut , presque dans toutes les oc- 
casions, le compagnon de gloire de 
Philippe , son souverain. Ce prince 
se servit, avec un égal sncccs, de 
l'eipérience de Parménion sur le 
champ de bataille et dans son con- 
seil. L'an 3j(3avant J.-G.,cet habile 
général remporta sur les ïllyricns et 
les Péoniens , une victoire impor- 
tante. Philippe ?se disposait à passer 
eu Asie pour ébranler le trône de 
Perse , et venger , au profit de son 
ambition , la vieille injure de la 
Grèce , lorsqu'il fut poignarde au 
milieu d'une fête. Parménion et At- 
talus devaient le précéder dans ce 
projet d'invasion : sa fin tragique 
n'y apporta aucun changement; et 
les phalanges qu'il avait aguerries , 
furejit conduites contre Darius , par 
son fils Alexandre ( Foj. I , 495 ). 
Parménion , à la tctc de la cavalerie 
thessalicnnc, seconda, au passage du 
Graniquc , l'impétuosité du jeune^ 
conquérant : il commanda une des 
ailes de l'armée à Issus , et dans les 
plaines d'Arbèle. La trahison d'uu 
gouverneur le rendit maître de Da- 
mas et des tîésors que Darius y avait 
enfermés. Il dirigeait avec Alexan- 
dre les travaux du siège de Tyr , 
lorsque des ambassadeurs de Darius 
-vinrent olïiir au conquérant, comme 
conditions de paix , la main de la 



PAR S 

fille de leur maître, dix mille talents^ 
et tout le pays situé à l'ouest do 
l'Euphrate. Parménion appuya ces 
propositions : J'accepterais^ dit- 
il , si fêtais Alexandre. Et moi 
» aussi , répondit le fils de Philippe, 
» si j'étais Parménion. » Les enne- 
mis de ce guerrier insinuèrent dhs 
ce moment, qu'il était las des com- 
bats , et surtout qu'il voyait d'un œil 
d'envie les triomphes d'Alexandre. 
Ils l'accusèrent encore d'avoir man- 
qué d'énergie et de résolution à la 
bataille d'Arbèle, où, pressé tont-à- 
coup par des forces supérieures , il 
avait fait avertir Alexandre du dan- 
ger qu'il courait : le récit d'Arricn 
nous apprend, au contraire, qu'il 
rétablit seul, par sa présence d'es- 
prit , son ordre de bataille; et l'on 
ne peut condamner une prudence 
inquiète , qui n'a point hésité dans 
les moyens d'exécution. Parménion 
avait perdu deux de ses fils dans le 
cours de cette guerre. Philotas, le 
dernier qui lui restât , était un des 
jeunes capitaines qu'Alexandre trai- 
tait avec le plus de faveur. Enivre 
de sa fortune, il étala un luxe désor- 
donné, et choqua les soldats p;ir 
des manières arrogantes. Parménion 
essaya de le prémunir contre les 
pièges de l'envie. « Mon fds , lui 
» dit-il un jour, fais-toi plus petit. » 
Philotas, en apprenant les préten- 
tions d'Alexandre à se faire passer 
pour fils de Jupiter, s'était écrié 
qu'il plaignait les sujets des princes 
qui cessaient d'ctre hommes : plus 
tard, il avait laissé échapper d'im- *» 
prudents propos. Le mépris nync 
lequel il rcçi'.t la confidence d'une 
conjuration dénoncée par un misé- 
rable giton , causa sa perte. Des fa- 
voris d'Alexandre, importunés de 
son crédit , Ephcstion , Cœnns et 
Cratère, lui i.'putèionl in> cumnljt 



6 PAR 

contre îa vie du prince , et le projet 
de régner sur la M.icedoiiic. Parme- 
nion, alors gouverneur delà Me'die, 
fut implique dans celte accusation : 
clic n'était appuyée d'aucune preu- 
ve ; mais les douleurs de la torture 
arraclièrcnt à IHiilotas de prétendus 
aveux. Il lut mis à mort ; et sur des 
dépêches porlcesà la liâle par deux 
Arabes , dont les dromadaires par- 
coururent en onze jours un trajet de 
4o journées de marclie, Parménion 
fut poignardé par ses principaux of- 
lîcicrs. Ainsi périt, dans sa soixante- 
dixième année (Sy.c) avant J.-C. ), 
un guerrier resj)ecté chez les étran- 
gers , chéri des grands, et nommé 
Je père de l'armée. Sa mort excita 
dos murmures parmi les soldats; et 
Alexandre , qui l'avait sacrifié à ses 
craintes , réunit dans une cohorte 
particulière tous ceux qu'avait ré- 
voltés son injustice ou son ingrati- 
tude. F — T. 

PAllMENTIER ( Jean), naviga- 
teur français, fut, suivant Desmar- 
qucîz ( auteur des Mémoires pour 
Vhistcire de Dieppe ) , grand mathé- 
maticien et excellent marin. Cet écri- 
vain dit que, des iS^o, les trois 
frères Parmentier de Dieppe avaient 
découvert l'île de Fernambourg, et 
en avaient rapporté des cuirs et des 
pelleteries. Jean, l'aîné des trois frè- 
res , ayant conjecturé qu'au-delà des 
Indes il y avait de grandes îles, qui 
produisaient les épiceries, engagea 
Ango , lichc négociant de Dieppe, à 
tenter une entreprise dans ces con- 
trées lointaines : elle fut heureuse. 
Il pénétra jusqu'aux côtes de !a Chi- 
ne, et revitit, en iS-iQ, après deux 
ans et demi d'absence, avec deux 
navires richement chargés. L'année 
sîùvanîe, il retourna dans l'île de 
Sumatra, où il m<^rut , à l'âge de 
quarante -neuf ans ^ ^ • Crîgnon \ 



PAR 

Pendant le loisir que lui laissaient 
ses voyages, il s'occupait des belles- 
lettres. 11 traduisit la conjuration de 
Catiiina, par Sallusle; cette version 
païut en i5'28. L'historien de Diep- 
])e dit aussi qu'on doit à Parmentier 
des Mappemondes et des Cartes ma- 
rines. Enfin il avait composé diver- 
ses Poésies, dont nous citerons une 
Moralité très- élégante à dix per- 
S07înaf;es , à llionneurde Vassomp- 
tion de la Vierge Marie, Paris, 
i53i , in-4"^. , et Desciiplion nou- 
velle des merveilles de ce monde et 
de la dignité de l'homme {qtï vers ), 
ibid. , i536, in-4°.,à la suite de 
l'ouvrage précédent. Entie autres 
productions de Parmentier , Duver- 
dier cite des Citants rojaux,faicts 
soiihs termes astranomicpies , géo- 
graphiques et maritimes y à Vhon- 
neiir de la très - heureuse Vierge 
Marie, mère de Dieu (Voy. Goujet, 
Bibliotk. /Wï77c., XI, 338). E— s. 

PARMENTIER (Antoine - Au- 
gustin ), agronome et philantrope 
infatigable , naquit à Montdidier, en 
1737. Privé de son père dès son 
bas- âge, il demeura confié à une 
mère qui unissait l'élévation du ca- 
ractère à la culture de l'esprit. Pour 
suppléera l'éducation publique, que 
sa fortune trop modique ne lui per- 
mettait pas de procurer à son fils , 
elle lui transmit des pi incipes de mo- 
rale, qui ne devaient point s'ein-jcer, 
avec quelques notions de latin, qu'un 
honnête ecclésiastique se chargea de 
complète»". En 170:), Parmentier, 
animé du drsir de se rendre pronip- 
teuient utile à sa fami'le, entra chez 
nu apothicaire deMonldidier,et pas- 
sa , Tannée suivante, dans la maison 
d'un de ses parents, qui exerçait à 
Paris la même profession. En 1707, 
il fut pourvu d'une commission 
pharmacien d.ins le» hôpitaux 



i 



ide a 



PAR 

Parmée d'Hanovre. Bayen ( V . ce 
nom ) , chef d** cette branche de ser- 
vice, remarqua son activité, son intel- 
ligence , son devoiiracnt passionne' 
pour ses devoirs ; il devint son ami, 
et appela sur lui l'intérêt de Cha- 
moiisset, inlendanl-general des hô- 
pitaux ( /^. Chamousset, VIII, 17). 
Pannentier parvint au rang de phar- 
macien en second, sons les auspices 
de ces deux hommes généreux. Dans 
une épidémie qui ravagea l'armée, 
et dans tout le cours de la guerre, il 
donna des preuves multipliées d'une 
courageuse iiumanilé. Il toml^a cinq 
fois entre les mains de l'ennemi ; et 
ces cliances de la vie des camps 
lournèrcnt encore au profit de son 
instruction. La chimie était parîicu- 
lièrementcullivée en Allemagne; Par- 
mentier s'y appliqua sous les yeux 
de IMcycr, pharmacien célèbre de 
Francrort-sur-le-I\lcin. Il eut pu de- 
venir son gendre et son successeur : 
mais il aurait lalhi renoncer à sou 
pays; et cette même condition lui fit 
retuser plus tard la recommanda- 
tion de d'Alcmbert, qui voulait le 
désigner au roi de Prusse, pour rem- 
placer MargralF. En 1763, Parujcn. 
tier, de retour à Paris, suivit les 
cours de Noilet , de Uouelle et de Jus- 
sien. Eu 1700, il emporta au con- 
eonrs la place d'apolhicairc-adjoint 
dcrhôlel des Invalides.Six ans après, 
les administrateurs, satisfaits de ses 
services, obtinrent pour lui le brevet 
d^ipolhicaire en chef. Un incident, 
dont les suites furent heureuses, éloi- 
gna Parmentier de ses nouvelles fonc- 
tions. Les sœurs de la Charité étaient 
en possession de diriger la pharma- 
cie des Invalides , dès l'origine de cet 
établissement. Elles avaient caresse 
Parmentier, tant qu'il leur avait été 
subordonné; mais elles s'élevèrent 
avec chaleur contre unenominaliou 



PAK 7 

qui leur enlevait un droit acquis, et 
laçait leur protégé au-dessus d*cl- 



es. L'autorité rovale recula devant 
leur opposition. Parmentier fut con- 
traint de leur laisser une domination 
exclusive dans leur laboratoire, et 
n'en conserva pas moins un traitement 
ctson logementàrhôtel. Le repos fl'u^ 
ne sinécure eût pesé à son arae. Si les 
circonslances le rcp.dirent étranger 
aux progrès de la chimie, avec quel- 
le persévérance ne poursuivit-il pas 
la tache bienfaisante d'augmenter 
les commodités de la vie dans ses 
besoins les plus immédiats I L'acadé- 
mie de Besançon ayant proposé, on 
1771, pour sujet de son prix , Yvw- 
dication des substances alimentai- 
res qui pourraient atténuer les cala- 
mités d'une disette, il établit , dans 
un Mémoire qui fut couronné, qu'il 
était facile d'extraire , de l'amidon 
d'un grand nombre de plantes, un 
principe nutritif plus ou moins a- 
bondant. Mais rutilile bornée de ces 
végétaux négligés l'occupa peu de 
temps; et il porta toute son atten- 
tion sur la propagation des pommes 
de terre. Cette production si écono- 
mique , transplantée du Pérou en Eu- 
rope dès le quinzième siècle , culti- 
vée en grand dans l'Italie, dès le sci- 
zième '^F . Lecluse, XXII I, Su), 
et introduite en France par les An 
glais pendant nos longues guerres 
de Flandre, avait été multipliée avec 
succès dans nos provinces méridio- 
nales ; et Turgot en avait étendu la 
culture dans le Limousin et l'Anjou. 
Mais une prévention aveugle arrêtait 
ailleurs les clïèts heureux de cet 
exemple. De vieux pralicicns répan- 
dirent, non plus que la pomme de 
terre était susceptible d'engendrer la 
lèpre, comme on l'avait dit dans le 
seizième siècie , mais bien qu'elle 
pouvait dcvenifune cnu^o de licvici 



8 



PAR 



PAR 



m 



nombreuses. Le confrolcur- gênerai 
(les finances crut de son devoir d'op- 
poser à cette erreur une rcfulaliori 
cmanee de la faculté de me'deciue. 
Parmentier entreprit à son tour d'é- 
clairer , par les leçons de l'expé- 
ricnce , des adversaires qui ne l'a- 
vaient point consultée. En 1778, il 
publia un Examen chimique de la 
pomme de terre ; et , reproduisant 
ses observations dans plusieurs au- 
tres écrits, il démontra que l'hom- 
me pouvait trouver un aliment déli- 
cat dans la fécule de ceîie racine, que 
l'ignorance abandonnait exclusive- 
ment aux animaux. Il établit, avec 
la même évidence , que l'accusation 
d'appauvrir le terrain, dirigcc conîre 
cette solanc'c, n'avait pas le moindre 
fondement ; qu'au contraire , elle 
triomphait des terrains les pins in- 
grats, et promettait des résultais 
abondants et assurés , propres à dé- 
jouer les spéculations des accapa- 
reurs. Ces moyens ne lui sem.blèrent 
point assez directs pour vaincre la 
tiédeur (\\\q; rencontrent toujours les 
améliorations agricoles. Toutes les 
passions sont ingénieuses, et celle du 
bien public animait Parmentier. Il 
obtient du gouvernement , pour une 
expérience en grand , qui ne peut 
manquer de frapper toute la capi- 
tale, cinquante-quatre arpents delà 
plaine des Sablons, jusque- là con- 
damnés à une stérilité absolue. Il 
ensemence ce sol aride; sa confian- 
ce est traitée de folie. Enfin les fleurs 
commencent à paraître, et décon- 
certent les incrédules : Parmentier 
en compose un bouquet, et va so- 
lennellement en faire hommage au 
roi, qui a favorisé son enireprise, 
Louis XVI accepte les fleurs nou- 
velles avec empressement, et en pa- 
re sa boutonnière. L'éclatant suffra- 
ge du monarque conquit à la pom- 



me de terre les suffrages des courti- 
sans ; et les habitants des provinces , 
imitateurs des gens de cour , firent 
demander à Parmentier des semen- 
ces pour leurs domaines. Cet essai, 
qui fut répété dans la plaine de 
Grenelle, fomnit au gouvernement 
les moyens de répandre dans toutes 
les provinces les précieuses semen- 
ces qu'il voulait multiplier. Parmen- 
tier, avant d'étonner les Parisiens 
par le spectacle d'une végétation 
inattendue , leur avait révélé les 
avantages que sa plante chérie pro- 
mettait à réconoraie domestique. Il 
avait essayé aux Invalides , sous les 
yeux de Franklin, un procédé pour 
obtenir im pain savoureux de la 
pulpe et de l'amidon de la pomme 
déterre, combinés à égale portion, 
sans aucun mélange de farine. Le 
premier il parvint à ce résultat , et il 
communiqua gratuitement aux pâ- 
tissiers de la capitale le secret de fa- 
briquer le gdteau de Savoie, dont 
la base est encore l'amidon des pom- 
mes de terre. Nous n'omettrons point 
un dîné dont tous lejs apprêts, jus- 
qu'aux liqueurs, consistaient dans la 
pomme de terre déguisée sous vingt 
formes différentes , et où il avait réu- ' 
ni de nombreux convives : leur appé- 
tit ne fut point en défaut, et les louan- 
ges qu'ils donnèrent à l'amphitryon, 
tournèrent à l'avantage de la mer- 
veilleuse racine. Grâce aux efforts et 
à la persévérance de Parmentier, la 
pomme de terre prit enfin le rang 
qui lui appartenait parmi nos riches- 
ses agricoles. M. François de INeuf- 
château a proposé de substituer au 
nom impropre de cette solanée, celui 
de Parmentière. Eu 1784. nn pro- 
gramme del'acîdémie de Bordeaux 
engagea Parmentier à entreprendre 
un travail complet sur le maïs ou 
])lé de turquie. Dans un Mémoire 



I 



PAR 

auquel ne pouvait mauquer le prix, 
il traita do la cuiture de celle ce're'ale, 
fie l'emploi des liges en fourrages , 
des semences , de la manière de 
les conserver intactes dans des sacs 
isolés, et de faire du bon pain avec 
leur farine, enfin de diverses appli- 
cations utiles, confirmées par Fex- 
péiience. Il épuisa, dans un autre ou- 
vrage , toutes les notions qui concer- 
nent la châtaigne. L'année 1785 
ayant été désastreuse par la mortalité 
des bestiaux, qu'occasionna la di- 
sette des fourrages, et par la mou- 
cheture des blés, le gouvernement 
s'occupa du soin de réparer ces cala- 
mités, et fit rédiger des instructions 
sommaires, où étaient indi(piées les 
diverses ressources que comportent 
les localités. Un grand nombre de 
ces instructions sortirent de la plume 
de Parmenlier; et il fut encore cliar- 
gé de l'approvisionnement des bâti- 
ments de l'expédition de La Pérouse. 
Mais il rendit des services «l'une tou- 
te autre importance eu perfection- 
nant la boulangerie. Dès 1774 > i^ 
avait fait un voyage dans l'intérieur 
de la France , pour reconnaître les 
causes de la mauvaise qualité du 
pain : il propagea la mouture éco- 
nomique, dont l'emploi .augmente 
d'un sixième le produit de la farine; 
et , secondé par M. Cadet de Vaux, il 
répandit les bonnes traditions dans 
la Bietagne, où une mtdaillc fut frap- 
pée en mémoiie de celte mission pLi- 
lanlropique.De retour à Paris, il dé- 
cida le gouvernement à ouviir une 
école pratique de boulangerie, qui 
fut placée sous sa direction; et il ré- 
suma tous ses principes dans son 

Parfait boulanger , ou Traité com- 
plet sur la fabiication et le com- 

nerce du pain, 1778, in-80. Le 



PAR 



9 



l)oulanc;er de la cour. 



se méprenant 



sur Tactivitc désintéressée de Pa 



mentier, crut qu'il en vouiait à sa 
place, et fil des démarcbes pour se 
prémunir contre ce prétendu concur- 
rent : on eut beaucoup de peine à 
dissiper ses craintes. Dans les pre- 
miers jours de la révolution, le sou- 
venir des travaux de Parmentier 
rex])Osa encore à une étrange défa- 
veur. On parlait, dans une assem- 
blée d'électeurs , de le nommer à des 
fonctions municipales : « Gardez- 
» vous en bien, s'écria une voix , il 
« ne nous fera manger qwe des pom- 
» mes de terre; c'est lui qui les ain- 
)) ventées. » Cependant la pomme 
de terre trouva grâce devant les ni- 
veleurs de ^798 : ils la préconisèrent 
avec une prédilection mesurée sur 
les dédains qu'elle avait éprouvés de 
la part des riches; et Chaumelle an- 
nonça le projet de planter ce fécond 
tubercule sur toute la surface des 
jardins du Luxembourg et des. Tui- 
leries. Celte bienveillance ne s'étendit 
point d'aboid h Parmentier. Ses rap- 
ports avec l'ancien gouvernement , 
lesquels pourtant n'avaient eu pour 
objet que des vues de prospérité gé- 
nérale, les places dont il jouissait, 
cl l'accueil particulier qu'il avait re- 
çu de Louis X\ I, le rendirent quel- 
que temps suspect. Il se tint à l'écart: 
mais le besoiii que l'on eut des sa- 
vants pour seconder un immcnso 
développement miliîaiie, le fil lien- 
lot rappeler à un service actif, il fut 
chargé de surveiller les salaisons des- 
tinées à la marine; cl il s'occupa en 
même temps de la pré])a ration du 
biscuit de mer. .Sous le règne de la 
terreur , il arrac ha à un désespoir 
dangereux M. Dcycux, son ancien 
collaboialenr et son ami, en l'éloi- 
gnant du théâtre de proscription où 
ce savant avait vu périr son frère. 
Kn 1 79(3 , il fut porté sur la liste de 
l'Institut , formé par le nouveau Di- 



10 PAR 

rcctoirc. Sous le gouvernement con- 
sulaiie , il fut appelé à la pre'sidencc 
du conseil de salubrité du dépar- 
tement de la Seine , et remplit avec 
son zèle accoutume' les fonctions 
d'inspecteur- gcncial du service de 
saute et d'administrateur des lios- 

Sices. 11 améliora le pain du sol- 
at , et rcdii;ca un Code pharma- 
ceutique, généralement adopte pour 
les hospices civils, les secouis à do- 
micile vt les inlirnierics des maisons 
d'arrêt. La société' d'agi iculture l'en- 
voya en Anf;letcrre, avec M. liu- 
zard , après la paix d'Amiens , pour 
rouvrir les communications scicnli- 
fiques entre les deux pays : il y fut 
lionore comme un digne représen- 
tant de l'agricu'tnre française. Il ne 
demeura point étranger à la propa- 
gation de la vaccine ; et il indiqua 
les moyens de rendre les soupes éco- 
nomiques aussi saines qu'agréables 
au goût. Le prix cleve auquel était 
maintenu le sucre par le systcrae du 
Llocus continental , ayant suggère 
des expériences dont le but était de 
suppléer en pailie aux denrées co- 
loniales par des produits indigènes, 
Parmentier reconnut les avantages 
d'un sucre liquide, extrait du moût 
de raisin. 11 fut , à la vérité , le con- 
tinuateur des procédés d'un médecin 
français, le docteur Proust, qui avait 
fait en Espagne les premiers essais 
sur cette matière; mais il se les ap- 
propria par de nombreuses appli- 
cations aux détails de l'économie 
domesliquc et des hôpitaux. Le 
sirop de raisin, pour la composition 
des ralalials , compotes , raisinés et 
autres conserves , soutint la concur- 
rence avec le sucre fourni par la 
betterave. Dans les dernières années 
de sa vie , Parmentier fut doulou- 
reusement affecté par la perte de sa 
«Eur , qui lui avait épargné les sou- 



PAU 

cis du célibat , et l'avait constam- 
ment secondé dans ses travaux. Lcr 
sort des soldats français blessés , 
que Buonaparte, dans ses désastres, 
abandonnait au désoidre des am- 
bulances , fut pour Parmentier une 
nouvelle source d'amertume. 11 pa- 
rut morose et frondeur : une affec- 
lion chronique de poumons contri- 
bua sans doute à l'aigrir encore. Sa 
passion pour le travail ne se refroidit 
])as , lors mcmc que ses forces s'y re- 
fusèrent. Dans ses derniers jours, il 
disait aux deux neveux qui soignaient 
sa vieillesse: « Je voudrais du moins 
» faire l'olUcede la pierre à aigui- 
» scr , qui ne coupe pas , mais qui 
» dispose l'acier à couper. » Par- 
mentier mourut le 17 décembre 
181 3. Il s'était montré sévère dans 
ses fonctions d'inspecteur du service 
de santé aux armées. Dans la vie 
privée , la brusquerie de ses maniè- 
res contrastait souvent avec son ca- 
ractère porté à la bienveillance. On 
fut quelquefois autorisé à l'ajjpeler 
un Bourru hievfaisant. Juste appré- 
ciateur du mérite , il ap[)rit aux ha- 
bitants du Havre, à voir, dans leur 
concitoyen l'abbé Dicquemare, autre 
chose qu'un homme à manies (i); 
et il repoussa , par nn maguifiquo 
éloge de Baycn , les olTrcs d'un mi- 
nistre qui lui proposait la place de 
ce savant. Les nombreux écrits de 
Parmentier , estimables ])ar les dé- 
tails , manquent généralement de 
méthode : il se répèle souvent; son 
style est diffus, et se ressent de l'in- 
suffisance de ses premières études. 

(O, Le quaiticr-gfticra] d" corps d'inmec miqueî 
apparlenalt Parmt'iiticr , se trouva (talili an Havre. 
Il .s'iiiCorinc du savant Dif qucinare : on lui rep; nd 
qu'il n'existe de ce nom qu'uu original qui passait ta 
vie à satisfaire une curiosité extravagante. Parmen- 
tier, sans trop s'etonnor que des marchaudsue com- 
prissent rien à la paesion d'un natuialiste, coudui- 
sit le général et son etat-uiajor cJiex l'abbé , qni 
dès-lors obtint la coiisiàeralioii qui l«i« t^'t <-"«- 

y<^: DîCQCEMARP- ) 



PAR 

Renvoyant à la Bibîiugraphie astro- 
nomique , de IVr. Musset - Palliay , 
ceux qui on désireront une liste com- 
pièle, nous indi([ucrons, comme ses 
ouvr;igcs les plus recommand;ibIes : 
I. Examen chimique des pommes 
de terre , Paris , Didot , 1778 , 
in -12. II. Manière de faire le 
pain de pommes de (erre sans mé- 
lange de J'ai ine , Paris, impiimeric 
royale. 1799, iu S''. III. Recher- 
ches sur les végétaux nouiTissajits 
qui dans les temps de disette peu- 
vent remplacer les aliments ordi- 
naires ^ iijid., 1781 , in-80. C'est une 
refonte imj)orlanle du travail que 
l'auteur avait adresse à l'acadûnie 
de Besançon. JV. Traité sur la cul- 
ture et les usages des pommes de 
terre , de la patate et du topinam- 
bour , il)id., 1789, in 8*^. Parmen- 
lier a reproduit cet ouvrage dans le 
Cours d'agriculture de Rozicr ; et il 
en a insère un cxtjait dans le Die- 
tionn;iire public par Détervillc. On 
a réuni en liuil vol. in-S". , ou in- 12 
(années 17(17 et suivantes), les Mé- 
moires de Parracnticr ,lMustcl et au- 
tres concernant la pomme de terre. 
V. Récréations physiques ^ écono- 
miques et chimiques de Model , 
Paris, 1774» '-* volumes in-8". En 
traduisant de rallemand ce recueil 
d'un piemier apothicaire de l'im- 
peralricc de Russie , Parmenlier 
y joignit ses observations parti- 
culières, entre lesquelles on distin- 
gue les résultats de ses expériences 
sur les champignons. VI. Avis aux 
bonnes ménagères des villes et des 
can.pagnes ^ sur la manière de faire 
leur pain, 1777-1794, in-8«. C'est 
un abrège, ou , pour se servir d'une 
expression d'Olivier de Serres , un 
échantillon de l'ouvrage suivant. 
VII. Le parfait boulanger , ou 
Traité complet sur la fabrication 



PAR f I 

et le commerce du pain ^ '77^» 
in-80. VIIT. Traité de la châ- 
taigne^ 1780, iu-8°. IX. Recueil 
de jièces concernant les exhuma- 
tions faites dans Venceinte de Vé- 
glise Saint - Éloi, de Vunkerque ^ 
en i 784. Cet expose, auquel eut part 
M. Cadet de Vaux, fut traduit en ])ays 
étranger, reimprimé et répandu par 
ordie des Etats de Bourgogne. X. le 
maïs ou blé de Turquie apprécié 
sous tous ses rapports, 1812, im- 
primerie impériale, (/est la troisiè- 
me édition : la première est de Bor- 
deaux , 1785. XI. Instruction sur 
les moyens de suppléer à la disette 
des fourrages et d'augmenter la 
suhsi. tance des bestiaux^ 1785. 
Xll. Chimie hydraulique de Laga- 
Tare j nouvelle édition avec des no- 
tes, 1785, in- 12, Parmenlier y a 
fait entrer ses vues sur celles de nos 
piaules indigènes qui peuvent four- 
nir une fécule bleue comparijble à 
l'indigo. XllI. Dissertation sur la 
nature des eaux de la Seine , avec 
quelques observations relatives aux 
propiietcs physiques et économiques 
de l'eau en gênerai à Paris, 1787. 
XIV. Instruction sur la conseiva- 
iion et les usages de la pomme 
de terre , publiée par ordre du gou- 
vernement , 1789, in - 12. XV. 
Economie rurale et domestique 
(formant partie de la libliothè- 
que des dames ) , i'T9o , 8 vol. in- 
18. XVI. Précis d expériences et 
d'observations sur les djjéi entes 
espèces de lait, considérées dans 
leurs rapports avec la chimie, la 
médecine et l'économie rurale, Stras- 
bourg , 1799, in 8". C'est une re- 
production pcrfeclicnnéc d'un Mé- 
moire composé en société avec M. 
Deyeiix, et couronné par la société 
de médecine , en 1790. XVII. Mé- 
moire sur /<? i<Tr77^^, rédigé aussi en 



ja PAR 

commun avec M. Deycux, et Ijoiiorë 
de la même distinction que le précè- 
dent, Paris, 1791, in-40. XVIII. 
Jlapports au ministre de l'inlcrieur: 
1**. sur les soupes de légumes dites 
à la Pvumford j 'i^^. sur la subslitution 
de l'orge monde au riz, avec des 
observations sur les soupes aux lé- 
gumes , 1804, in-80. XÏX. Code 
liharmaceulique , 1807 , in- 8^\ , 
troisième édition. XX. Instriic - 
lions sur les sirops et conserves 
de raisins destinés à remplacer le 
sucre, 1808, 1809, 1811, in-S'^. 
ytJiX. Nouvel aperçu des résultats 
obtenus de la fabrication des sirops 
et conserves de raisins, î 8 1 3 , in- S*'. 
Le Cours d^ a f^ri culture de l'abbé 
Kozier , la Bibliothèque phjsico éco- 
nomique , le Journal de physique , 
V Encyclopédie par ordre de matiè- 
res, l'édition du Théâtre d^ agri- 
culture d'Olivier de Serres, par M. 
Huzard , !a Feuille du cultivateur, 
les annales de chimie, le Journal 
et le Bulletin de pharmacie, le 
Nouveau cours complet cV agricul- 
ture théorique et pratique, contien- 
nent un grand nombre de morceaux 
de Parm entier. Il a contribué aussi 
ixw Traité théorique et pratique sur 
la culture de la vigne, suivi de 
Part de faire le vin , les eaux-de- vie , 
l'esprit de vin et les vinaigres , Paris, 
1801 , !2 vol. ïn-8". MM. Cuvier, 
Silvestre et Cadet-Gassicourt, ont 
publié les éloges de Parmcntier pro- 
noncés par eux à l'Institut et dans le 
sein (ks sociétés d'agriculture et de 
pliarmacie. F — t. 

PAI^MESAN (Le). T.Mazzuoli. 

PARNELL (Thomas ) , poète an- 
glais , né à Dublin, en 1679, se 
distingua dès son enfance par une 
intelligence vive et précoce. Sa mé- 
moire était si heureuse qu'il re- 
îcnait par cœur quarante vers de 



PAR 

suite , après une seule lecture ; et il 
apprit ainsi , en une nuit , tout le troi- 
sième livre de l'Iliade. Après avoir 
reçu les ordres sacrés, et s'être ma- 
rié, il vint en Angleterre en 1 706, et, 
n'étant encore connu par aucune 
production littéraire , sut mériter 
l'amitié de plusieurs littérateurs du 
])reraier ordre , dont la société con- 
tribua beaucoup à développer le ger- 
me des talents qui ont fait sa réputa- 
tion. Cette société eut aussi le pou- 
voir de changer les opinions politi- 
ques dans lesquelles on l'avait élevé, 
et le jota dans le parti des torys. 
Il fut alors admis dans le club connu 
sous le nom de club de Scriblejus , 
composé de Pope , Gay, Arbuthnot, 
Swift et Jervas. Le talent qu'il avait 
pour la prédication , et le crédit d'a- 
mis puissants , devaient lui procu- 
rer de l'avancement dans l'église : 
mais la mort de la reine Anne vint 
renverser ses espérances ; et la perte 
d'une femme chérie, en 171'^, le 
plongea dans un chagrin profond , 
qu'il s'efforça de distraire en fré- 
quentant le monde , et en se li- 
vrant avec excès au goût du vin 
ce qui le conduisit rapidement a 
toml3eau. Il avait obtenu une pi 
bende , en 1 7 1 3 , et la cure de Fi 
glass , dans le diocèse de Dublin 
eu 1 7 16 ; il était en outre archidia- 
cre de Clogher. Ses revenus étaient 
considérables , et sa manière de vi- 
vre somptueuse. Il venait en dépen- 
ser , chaque année , la plus grande 
partie au milieu de ses amis, les 
beaux-esprits de Londres, et retour- 
nait ensuite vivre tristement dans 
son pays, qu'il paraissait aimer as- 
sez peu. Le charme de sa conver- 
sation et l'aménité de ses manières 
lui concdiaicnt tous les cœurs. Son 
amitié était sincère et généreuse , 
comme il le prouva en abandopnant 



1 



PAR 

an poète Gay le produit de ses pro- 
pres ouvrages. « Parnell , dit Gold- 
M smitli, e'tait l'homme le plus pro- 
» pre à faire le bonheur de ceux 
» avec qui il vivait, et le moins fait 
V pour assurer le sien. Il lui man- 
» quait cette e'galitë de caractère qui 
» supporte les revers avec calme , et 
y) la prospérité avec indifTcficnce. Il 
» e'tait toujours dans l'euthousias- 
» me ou dans l'abattcraent; et toute 
)> sa vie se passa dans le ravisse- 
» mont ou le désespoir. Mais l'im- 
» pétuosité de ses passions n'afTcc- 
» tait que lui, et jamais ceux qui 
» l'approchaient. Il connaissait le ri- 
» dicule de son caractère , et pro- 
» voquiiit avec effet la gaîté de ses 
» amis sur ses chagrius comme sur 
» ses succès. » Mais ces efforts de- 
vaient kii être pénibles : on rapporte 
que lorsqu'il pressentait le retour 
des accès de mélancolie auxquels il 
était devenu sujet , et qui duraient 
quelquefois plusieurs semaines , il 
allait se retirer dans les parties écar- 
tées de l'Irlande , pour ne pas attris- 
ter ses amis de sa mauvaise humeur. 
Dans d'autres temps, il était le pre- 
mier à les divertir par des tours in- 
génieux et plaisants. On en raconte 
le trait suivant : Les membres du 
club de Scriblerus s'amusaient quel- 
quefois à faire ensemble de petites 
excursions dans la campagne; et 
c'était ordinairement à pied : S^vi{t 
était alors en butte à toutes leurs es- 
piègleries. Ils formèrent un jour le 
projet d'aller visiter un lord de leurs 
amis , à douze milles de la ville. 
Swift , excellent piéton , eut bien- 
tôt laissé les autres en arrière , bien 
décidé, aussitôt qu*il serait arrivé , 
à retenir le meilleur lit pour lui, 
suivant sa coutume. Parnell , de son 
^ôtë , voulut prévenir son intention ; 
f , ayant loué un cheval , il arriva à 



PAR iJ 

la maison du lord , par un chemin 
difîérent , et long -temps avant le 
doyen. Ayant informé sa seigneurie 
des desseins de Swift, on résolut de 
l'éloigner à quelque Jirix que ce fut; 
et voici l'expédient dont on se ser- 
vit. Swift n'avait pas eu la petite- 
vérole, et il témoignait sans cesse la 
peur de l'attraper : dès qu'on le vit 
de loin s'avancer , un des domesti- 
ques du lord fut dépêché pour l'a- 
A^ertir que la petite - vérole faisait 
dans ce moment de grands ravages 
dans la famille, mais qu'il y avait 
au bout du jardin un pavillon, avec 
un lit de camp. C'est là que le pau- 
vre doyen se vit réduit à se tapir, et 
à manger un souper froid qui lui fut 
envoyé du château , oii le reste de la 
compagnie se divertissait et riait à 
ses dépens. A la fin , on eut jntié de 
sa situation , et on lui permit de 
rejoindre ses compagnons , après 
qu'on lui eut fait promettre de ne 
jamais choisir à l'avenir le meil- 
leur lit. Le trait suivant peut faire 
juger à-la-fois , de la mémoire de 
Parnell , de sa facilité à versifier , 
et de son esprit piquant. Pope, avant 
d'avoir achevé la Boucle de cheveux 
enlevée^ la lisiit un jour à Swift, 
qui lui prétait la plus grande atten- 
tion , tandis que Parnell allait et 
venait sans paraître penser à rien. 
Cependant il écoutait alors de toutes 
ses oreilles j et il retint très-exacte- 
ment toute la description de la toi- 
lette. Il la mit de suite en vers latins, 
dans le style monacal du moyen 
âge^ ce qui n'était pas moins éton- 
nant. Le jour suivant , Pope lisant 
son poème à quelqi'.es amis, ParncU 
assura qu'il avait dérobé cette partie 
de son poème d'un ancien manuscrit 
du moyen âge. 11 se fit apporter 
aussitôt un vieux feuillet de papier 
où les vers latins se trouvaient co- 



«^ 



PAR 



pies ; cl ce ne fui que quelque 
temps plus tard , que Pope fut dé- 
livre de la confusion où l'avait jeté 
celte plaisanterie. Pope paraissait 
che'iir tendrement Parnell : on peut 
douter toutefois que cette amitié lût 
sincère , lorsqu'on voit Pope lui 
prodiguer on face des cloe;es exa- 
gérés sur le style de sa Vie d'Ho- 
mère , et se plaindre d'un autre 
côté de la roidcur du slyle de cet 
écrit, et de la difficulté qu'il eut 
pour le rendre meilleur ; ce qui est 
très-vraiscmblalile , à en jugei- par 
les autres ouvrai^cs de Parnell, en 
prose , où l'on trouve de Tesprit et 
de riniagiualion , mais qui sont dé- 
ijués de grâce et d'agrément. La 
pjofonde connaissance qu'il avait 
acquise de la langue giecque , avait 
été fort utile au traducteur d"Ho- 
mcrc , qui croyait sans doute ne 
plus devoir la véiilé à un liomuic 
à qui il avai; tant d'obligations. Par- 
nell mourut à Chc.Ucr, en 1717, 
âgé scidemeiit de trente-neuf ans. 11 
avait publié lui-même quelques-unes 
de ses productions. Pope tira de ses 
manuscrits de cpioi former un vol. 
in-B**. , qu'il mit au jour en 1721 : 
un aulre volume parut à Dublin, 
en 1 758; et tous deux , avec des ad- 
ditions, ont été réimpjimés plusieurs 
fois. Nous avons sous les yeux une 
édition de ses œuvres , Glascow , 
1755, nn vol. \u-\'2. Ses pocVics se 
font remarquer plutôt par l'imagina, 
tionja facilité et l'élégance, que par 
la force et l'étendue de l'esprit. Le 
docteur Jolinson dit qu'il eslim])os- 
sible de déterminer si elles sont la 
production « d'im nalniel assez, par- 
V fiiit pour n'avoir pas besoiji du 
» secours de l'art, ou d'un art assez 
v perfeclionné pour ressemblera la 
» nature. » Nous citerons ici son 
poème de V Ermite j le plus célèluio 



PAR 

de tous , le Conte des Fées , Hé- 
siode ou V Ori'^ine de la femme , 
et VEglogue sur la santé. Sa Pie 
d'IIomeie , retouchée par Pope , 
se trouve à la tête de la traduction 
anglaise de l'Iliade. On a de lui, 
cinq Vivions en prose, insérées dans 
le Spectateur el le Tuteur ; la Fie 
de Zvïle , et les Remarques de ce 
criii(pie sur le j'>oème de la fia- 
laille des Rats cl des Grenouilles. 
Cet;e Fie de Zoïle est dirij^éc con- 
tre Dennis et Théobald, es| èces de 
Zoiles , que les succès de rilomère 
anglais avaient fait naître; c'est m\ 
mojceau fort bien fait , mais où 
l'auteur jiaïaît avoir suivi les jeux 
de son imagination plutôt que la 
véiité bistonquc. On la trouve tra- 
duite en français, dans le premier 
volume des Mélanf^es de lilléralwe 
étrnnii^ère ( ])ar Millin ). \J Ermite 
de P.irnell a j)assé aussi dans notre 
langue, sous la j)lumede M. Henne- 
quin , Riom et Clermont , 1801 , 
in- 1 2 , à 1.1 suite de Jacq. Mavners 
le Petit Jean et leur chien BlnuJJ\ 
traduit d'Elisab. fichue. C'est uu 
conte d'invention arabe : on le re- 
trouve dans le recueil de nos fa- 
bliaux; et Voltaire l'a imité dans 
son roman de Zadig. Goldsmith a 
écritune Vie de Parnell, que Johnson 
a jugée trop bien faite pour essayer 
d'eu donner une autre dans ses Vies 
des poêles anglais. C'est là que nous 
avons puisé les matériaux de cet ar- 
ticle. L. 

PARNY ( Évariste-Desibe Des- 
FORGES , chevalier , puis vicomte 
DE ) , l'un des ])oètes français les 
plus distingués qui rermèrenl un siè- 
cle tout philosophique , naquit à 
l'IleHoujbon, eu 1753. A peine 
eut-il neuf ans , que ses parents l'en- 
vo\èrent en France; et il fit, au col- 
lège de Rennes , àes éludes dont il 



PAR 

fjarcla nn souvenir dcclai<;ncux , se 
félicitant qu'elles n'eussent pu gâter 
en lui la nature. Son ame passionuce 
et nielaucolique s'ouvrit à l'exalta- 
tion religieuse: il courut s'enfermer 
dans \m séminaire à Paris, et résolut 
d'eni brasser la règle austère de la 
Trappe. Son confesseur craignit sans 
doute qu'il ne s'cgarâl dans se.s traus- 

Jiorts ascétiques, cl lui défendit la 
eclure de la Bible. Au bout de quel- 
ques mois, Parny s'aperçut qu'il 
avait cède à une vocation trompeu- 
se ; et il se proposa d'imiter Raiicc, 
non pas dans sa pénitence , mais 
dans la première partie de sa vie , 
consumée au sein des plaisirs. Il en- 
tra dans l'état militaire, adojita ia 
légèreté de principes des jeunes ofii- 
ciers , et rapporta leurs maximes 
épicuriennes à l'Ile-Bourbon, oi^i il 
put revenir au moven d'un congé. 
C'est la qu'il connut Kléonorc, jeune 
créole, ornée de ces grâces qui ne 
sont point la beauté, mais qui la 
remplacent avec avantage. Elle avait 
lreiz,e ans , il en avait vingt : quoi- 
qu'il aimât sincèrement , il eut be- 
soin du langage de la seluclion ; 
sa passion , partagée par Eléonore , 
mais contrariée par son propre 
père, prit un caractère ardent, au- 
quel succéda uri abattement dange- 
reux. N'étant pas libre de donner 
son nom à sa maîtresse, il la vit pas- 
ser dans les bras d'un autre, et re- 
tourna en France. Pour charmer ses 
cliagrins , il retraça , en vers pleins 
de senti nient, les diverses phases de 
ses amours, et fit présent de l'elégio 
croti(pie à notre littérature, f.a bril- 
lante immoralité de la régence s'é- 
tait glissée dans toutes les classes, et 
avait perverti le goût en même temj)5 
qu'elle desséchait le cœur. Boucher, 
en rapetissant les beaux-arls, avait 
obtenu une \ogue contagieuse: la na- 



PAR 1.5 

turc paraissait fade dans sa simpli- 
cité; on l'étoufTait, en croyant la faiie 
riche , pai ce qu'on ne savait plus la 
faire belle. La fatuité, et tous les gen- 
res d'afTectalion, dominaient dans les 
compositions littéraires. (Ircbi Ion 
fils nvait donné ses j omans ; Diderot 
voulait que, pour parler des femmes, 
on trempât sa plume dans Varc-eu" 
ciel, et qu'on secouât sur ses lignes 
la poussièf-e des ailes du papillon ; 
et De.smahis écrivait sur ce ton l'ar- 
ticle Femme de l'Encyclopédie. La 
comédie était maniérée, et parlait le 
jargon insipide et entortillé du peu- 
])Ie des salons. Un génie faux , qui 
n'est qu'une exagération des mono- 
logues longs et invraisemblables de 
la tragédie, Théruide, s'était propa- 
gée comme une heureuse arquisi- 
tion poétique. Les poètes s'étaient 
imaginé que la recherche de l'es- 
prit suppléait à toute autre inspira- 
lion. Les rimeurs de boudoirs trai- 
taient l'amour comme une fiction, 
fatiguaient le lecteur de leur saliéte' 
au milieu des plaisirs , de leur 
jeunes.' c éternelle, de leurs cinq ou 
six maîtresses, des congés qu'ils 
recevaient gaîinent ou qu'ils noti- 
fiaient plus gaîment encore. La lan- 
gue des précieuses ridicules était re- 
produite par l'école des Dorât, des 
Pézay. Parny protesta contre leur 
pernicieuse influence, et fit entendre 
des accents purs et vrais comme la 
passion qui rempli.ssait encore son 
ame. Son recueil élégiaque parut en 
177.'). Dans la première partie, où 
il j)einl l'amour heureux, il a ren- 
contré des rivaux ; mais les tour- 
ments , les rec;;rels, les craintes , les 
fluctuations d'un cœur épiis , se suc- 
cèdent dans ses vers faciles avec i\n 
naif abandon, une fraîcheur, une 
grâce cl une mesure parfaites, dont 
il paraît jusqu'ici avoir gardé lèse- 



i6 PAR 

cret. Boileau avait dit de l'clëgic : 

(^ice , pour liieu cxprinior ses caprices heureux , 
Cletit peu d'être poète , il faut être atuuurcux. 

Un rival de gloire de Parny, ne 
comme lui sons le ciel des tropiques, 
son camarafle à la caserne , et son 
cora])agaon déplaisirs, le chevalier 
Berlin, prouva par son exemple la 
justesse de cette observation. Enivre 
du succès populaire de son anù, il 
voulut tenter aussi Tclegie. Mais il 
n'avait e'te qu'un homme à bonnes 
fortunes, il ne retrouva dans ses sou- 
venirs que des sensations ; son ima- 
gination peignit avec feu les jouissan- 
ces de l'amour physi(pie , elle ne 
put se monter à d'autres tons : il 
s'approcha quelquefois de Proper- 
ce , tandis que Paruy garda seul le 
surnom de Tihulle. « Si le feu de 
» l'imagination ( dit un critique ha- 
» bile , M. Dussault ) pouvait , dans 
» l'ëlégie, remplacer d'autres flam- 
w mes ; si la richesse et la fertilité 
» des idées y faisaient excuser l'ari- 
» dite des sentiments j si l'abondan- 
» ce des expressions , et la chaleur 
» des mouvements, suppléaient dans 
» ce poème à cette mesure, àcettejus- 
» tesse,à cette perfection de goût, cpii 
» en sont les conditions principales, 
» et à cette précision du cœur, plus 
» sévère encore que celle de l'esprit , 
» la couronne resterait peut-être in- 
-» certaine; mais il y a long-temps 
» qu'elle est décernée à Paruy. » La- 
liarpe toutefois préferait la versifi- 
cation travaillée de Berlin , avec 
lequel il fut lié : il était peu sensible 
au naturel du chantre d'Eléonore, et 
il penchait à voir de la négligence 
dans ses vers où le poète se montrait 
moins peut-être que l'amant. C'était 
reprocher au poète élégiaque d'avoir 
touché à la perfection du genre. Les 
émotions que causait à Paruy le sou- 
venir d'Eléonore , ne s'affaiblirent 



PAR 

que Iculcment. Il s'attendrit encore 
dans sa vieillesse, en recevant une let- 
tre de celle qu'il avait aimée. Il avait 
pourtant refusé sa main, lorsqu'elle 
fut redevenue libre; mais veuve et mè- 
re d'un grand nombre d'enfants, ce 
n'était plus Eléonore. Un génie pa- 
resseux et inquiet, et le besoin de dis- 
tractions lointaines , engagèrent Par- 
ny dans des voyages de long cours. 
Il longea les côtes del'Afrique, abor- 
da au Cap, à Buénos-Aires , puis 
s'embarqua pour l'Inde, comme ai- 
de-de-camp du gouverneur français. 
Sa santé chancelante le força de re- 
noncer au service. Son frère venait 
de réussir à faire ses preuves pour 
monter dans les carrosses du roi : 
notre poète songea peu à se préva- 
loir d'une noblesse solennellement 
reconnue. Son Epître aux iîisurgens 
de Boston^ publiée en 1777, avait 
déplu aux oreilles ministérielles; et 
cette boutade avait paru le prélude 
d'une muse de l'opposition. Parny 
s'abstint de solliciter de l'emploi 
et dissipa ses heureux loisirs dans 
sa retraite de Feuillancour , vall 
situé entre Saint-Germain et Mar 
La révolution le trouva favorable 
toutes ses réformes. Il se plaisait à 
péter qu'elle ne lui ôtait rien , put 
qu'il n'avait ni places, ni pensions 
préjugés. Lorsque les jours de deuil 
succédèrent aux essais de la liberté, 
il évita, par un noble sacrifice, 1< 
malheur de passer pour l'écho des 
oppresseurs de son pays. Son porte- 
feuille renfermait un poème en dix- 
huit chants, sur les amours des rei- 
nes et régentes de France, ouvrage 
qu'il citait comme le fruit préféré de 
sa verve, et doi!t les détails étaient 
empreints des plus gracieuses cou- 
leurs. Mais une visite domiciliaire 
pouvait faire tomber le manuscrit 
dans les mains de la Convention : 



iUS 

I 



^ 



PAR 

le poète s'alarme d'une publicaliou 
officielle , qui va confondre ses ma- 
ïiccs inge'nieuscs avec les écrils dé- 
goûtants d'un Pnidhommc ou d'un 
La Vicomlerie ( i), etil livre son ma- 
nuscrit aux flammes. Parny, ruine 
par les assignats, fut contraint de 
vendre jusqu'à ses livres. 11 obtint 
un modeste emploi dans les bureaux 
de l'instruction publique, et fut quel- 
que temps administrateur du théâtre 
des Arts, pour lequel il substitua , 
dans plusieurs opéras , le nom de 
général ou de chef , au titre de 
prince ou de roi. La discrète bien- 
faisance d'un ami, le général I\Iac- 
donald , le secourut dans sa détresse. 
Dès que les excès révolutionnaires 
les plus violents furent passés , la 
muse de Parny rompit le silence. En 
l'an VII ( 1 799) , il compos;) pour la 
Jeté de la jeunesse un hymne qui 
est inséré dans le Moniteur. Heu- 
reux si, dans la même année, il n'a- 
vait lancé dans le public un poème 
hostile contre le culte du pays î La 
Guerre des Dieux , épopée qui ne 
le cède qu'à la Pucelle de Voltaire , 
produisit encore plus de scandale ; 
elle souleva contre l'auteur tous les 
hommes honnêtes , et lui attira des 
reproches amers. On s'écria qu'il se 
jouait au milieu des proscriptions* 
qu'il insultait au malheur avec nue 
gaîté cruelle; qu'à travers des temps 
lunestes, il s'était endurci au point 
de consacrer ses veilles à la tache de 
flétrir une croyance chère à la ma- 
jorité de lanation; et qu'il mêlait 
à son œuvre impie ce cynisme de 
mœurs, cachet irrécusable de l'épo- 
que qui l'avait enfantée. Ses amis 
ont eux-mêmes avoué que le poète 
fut moins (idèle aux convenances 

(i) Lps Cri 1)1 et iht toit de France, les (Uimes ila 
ri'iiiiif lU Vraiicf , \tn Crimes flctjjnfirs , les Crimei 
il'S empereurs , etc. 



PAR 17 

morales qu'il ne l'avait été aux 
convenances littéraires. Nous dirons 
donc de cette parodie anti-chrétienne 
de Parny : 

Si l'esprit lui sourit, la raison la condamne; 

Etladiaste pudeur, alarmée «n secret, 

Du coin de l'œil .^ peine en eûleure un feuillet, 

Nous ajouterons que le poète a sou- 
vent le tort de recourir à des plaisan- 
teries triviales : mais nous permet- 
tra-t-on de remarquer, avecChénier, 
la souplesse d'un talent qui soutient, 
par l'action continue du merveilleux, 
une composition originale; le dra- 
matique jeté sans cesse au milieu des 
récits ; l'art d'enchaîner les phrases 
poétiques; le naturel et pourtant la 
variété des formes, dans une longue 
suite (le vers, d'autant plus difficiles 
à bien tourner, qu'ils semblent aisés 
aux plumes vulgaires ? Entre plu- 
sieurs morceaux agréables, nous dé- 
signerons l'épisode des deux ermites 
voyageurs, au septième chant. Buo- 
naparte, qui se jouait des restes du 
parti philosophique , dont il était 
entouré , et qui voulait faire de Tan- 
tel une des bases de son pouvoir , 
traita Parny avec d'autant plus de 
rigueur, qu'il n'espérait pas lui ar- 
racher une de ces palinodies alors 
si multipliées. II raya le nom du 
poète, que Lucien Buona parte pro- 
posait pour la place de bibliothé- 
caire des Invalides. Parny, admis à 
l'Institut , en i8o3 (i), mit au jour, 
contre le vœu de ses amis, le Para- 
dis perdu ^ et les Galanteries de la 
Bible ^ productions analogues , mais 
inférieures , à la Guerre des Dieux, : 
par cette publication , il voulait ré- 
pondre au reproche qu'on lui avait 
fait autrefois d'avoir atfaqué un en 
Demi abattu. Réunies dans uji même 
volume , avec les Déguisements de 

(^i) II» y r(lii)>lHca !>fvninPH ( f'oy. XI , -«fiS ) , ft 
rut pour «uotcowur M. de Jouy. 



ï8 



PAU 



Féms , sous ic tiitc fU; PoriefeuiUé 
volé , elles furent proliibtfcs par la 
police, ii'antcui- , en réduisant à des 
proporlions 'e'gères le grandiose de 
Millon , excite encore le sourire du 
lecteur; uiais ce n'est plus par la 
gaîte satiriq-ic qui lui a dicte la 
Guerre des Dieux. Dans les épiso- 
des qu'il a empruntes à la Bible, son 
pinceau est voluptueux avec décence; 
la i^iavelure ne s'y rnêle jamais. Ou- 
hlid par le cliet' du gouvernement , 
Parny ne se rangea point paimi ceux 
qui chantèrent son accablante re- 
nom ine'e. M. Français de ISanîcs , 
directcur-gci'.eral des droits-reunis , 
devint son Mécène, et lui ménagea 
une sinécure dans les bureaiix de sa 
vaste administration. Les vers de 
Parny étaient attendus avec iuîpa- 
tience ; mais, tout en prouvant la 
sou]desse de sou imagination , ses 
dernières compositions n'oirrirent 
que de faibles reflets de son talent. 
jsnel et Adé^a fut une malheureuse 
excursion dans la poésie Scandinave , 
ou brillent quelques tirades agréa- 
bles , telles que l'épisode de Rusla. 
Les Rose -Croix, épopée équivo- 
que, dont la fable est obscure, rap- 
pellent la pureté de trait du poète 
dcins certains morceaux descriptifs. 
Goddarri^ parodie de la conquête 
de l'Angleterre par les Normands, 
doit être reléguée à côté de la Guerre 
de Genè\>e de Voltaire , quoique 
Parny ne soit pas descendu, comme 
le vieillard de Ferney, jusqu'au gro- 
tesqtic de Gallot. Parny est mort le 
5 déceuibre i8i4« Ses OEuvres ont 
été recueillies m i8c8, 5 vol. in- 
i8, de l'imprimerie de Didot l'aîné. 
Nous n'avons point mentionné dans 
le cours de cet article tout ce qu'elles 
renferment de remarquable : car 
nous n'avons point parlé des T^i- 
bkaiix . d'un morceau cliarmai;! sur 



PAU 

la cuilure des ileuis , des Chansons 
madécasses on prose , ni de la Jour- 
née Champéire , petit poème d'une 
élégance exquise, mais où l'on trouve 
des longueurs , tant il estdilfK'ile d'é- 
viter entièrement la fadeur ou la sa- 
tiété attachées aux images ])aslora- 
les ! La Guerre des Dieux fait partie 
de cette édition : elle n'entrait point 
dans celle des OEuvres diverses^ exé- 
cutée sous les yeux de Parny lui-mê- 
me , en 1 8o3, 'A vol. in- 1 'i. F — t. 
PA KODÏ ( FrLippo ) , sculpteur , 
né à Gènes , vers l'an i64o , fut un 
des plus habiles artistes de son siè- 
cle. On lui doit la belle statue de la 
Vierge qui est un des ornements de 
l'église de Saint-Charles ; et une sta- 
tue de Saint Jean-Baptiste , en con- 
currence avec le célèbre Pugef. Il 
fit , pour l'église de Lorette de la 
nation italienne, à Lisbonne , un 
grand nombre de statues qui effa- 
cent toutes celles qui se trouvent 
dans le même édifice. Parmi les 
rares travaux de son ciseau , on 
admire la Pointe du jardin du palais] 
Brignole , situé au fond de la rue Neu-j 
ve cà Gènes : on y voit deux Termes] 
surmontés de jeunes enfants dont la 
beauté a tout le charme de l'antique. 
On voit aussi de ses ouvrages à Ve- 
nise et à Padoue; il mourut à Gènes^ 
vers 1708. — Domenico Pap.odi, fils- 
du précédent et peintre d'histoire , 
naquit à Gènes eu 1668. La plupart 
de ses productions sont dans sa 
ville natale. Dans presque toutes , il 
a su s'approprier , tantôt le style 
des Carraches, tantôt celui de Paul 
Véronèse, tantôt celui du Tintoret. 
La grande s.dle du palais Negroni 
est ce qui lui a fait la réputation la 
plus solide. L'opinion générale est 
qu'il n'existe dans Gènes aucune 
peinture qui puisse lui être com- 
parée ; et Ton sait que Raphaël 



PAR 

Mciip;s resta pendant deux lieurcs 
c!i admiration devant cet onvrage 
d'un peintre qu'il n'avait jamais en- 
tendu nommer. C'est une allégorie 
où l'arliste célèbre la gloire de cette 
illustre famille. On y admire parti- 
culièrement les deux tableaux qui 
représentent , Hercule étGiiJpmt le 
lion de Némés , et Achille instruit 
par le centaure Chiron. On y voit 
de plus les portraits de tous les mein- 
bres de la famille Negroni, où brille 
une richesse de draperies et d'or- 
nements vraiment étonnante. Plu- 
sieurs autres galeries de nobles sont 
également enrichies de ses ouvrages. 
Ou cite celle du palais Durazzo. 
Parodi se distingua aussi comme 
sculpteur. On doit à son ciseau deux 
belles statues placées dans l'église de 
Saint-Philippe-Neri, à Gènes; les 
deux énormes Lions qui ornent l'es- 
calier de l'ancien collège des jésui- 
tes; ainsi que la Fontaine du palais 
Brignole, qui représente Bomulus 
et liémus alaités par une louve. Il 
l'ut chargé d'exécuter les statues des 
nobles patriciens Ansalâo Grimal- 
doj Tommaso Baggi, Ottavio Sao- 
li y et Fincenzo O doue ^ c\\\\ àéco- 
rent la grande salle du palais royal. 
11 fit, pour le roi de Portugal Je;m 
V, un groupe de la Vierge et de 
saint Antoine de Padoue. Les deux 
figures d* Adonis et d'Ariane , qu'il 
avait laites pour le célèbre prince 
Eugène , qui voulait en décorer son 
jardin de Vienne, ne sont pas moins 
remarquables. Parodi mourut en 
avril 1740. — Battisla Parodi, frère 
du précédent, naquit en 1O74 , et se 
distingua égalementdans la peinture. 
Il embrassa la manière de l'école 
vénitienne, et déploya un style plein 
de franchise et de facilité, une gran- 
de fécondité d'invention et un coloris 
brilla it : n)ais il d'.-i mis t-jujoiiis 



PAR 



'9 



assez de choix ; et l'on ne peut \c 
classer au premier rang des peintres 
de cette école. Il mourut en 1730. 
— Pellegrino Parodï, fds de Dome- 
nico , se distingua surtout dans le 
portrait. Au mérite d'une ressem- 
blance parfaite , ii joignait une belle 
couleur et des poses faciles et gra- 
cieuses. Un grand nombre de ses ou- 
vrages passèrent en Espagne, en An- 
gleterre et en Allemagne. En 1741 , 
il fit le portrait du Voge de Gènes, 
Spinola , qui a été gravé au burin 
par le Grégori. Il se fixa ensuite à 
la cour de Lisbonne : on ignore la 
date de sa mort. P — s. 

PARR (Catherine). F, Henri 
viii, toni. XX, pag. 166. 

PxYRRADlN (Jean). F. Para- 

DIN. 

PARRENIN (Dominique ), mis- 
sionnaire , né, en i665 , au Russey , 
bailliage de Pontarlier , d'une famille 
qui subsiste encore , enjbrassa la rè- 
gle de saint Ignace, et , après avoir 
professé la rhétorique dans ditlé- 
rents collèges, fut envoyé à la Chine, 
où il aniva, eu 1698, après six 
mr«is de navigation. Il eut l'honneur 
d'être présenté à l'empereur Khang- 
hi, qui lui donna des maîtres pour 
achever de l'inslruire dans la con- 
naissance du chinois et du man- 
dchou , et s'en fit accompagner dans 
les chasses qu'il faisait, charpie an- 
née, jus(|u'en Tartarie. Parrenin eut 
ainsi de fréquentes occasions de par- 
ler à l'empereur des sciences et des 
arts de l'Europe ,* et, pour le mettre 
à même de juger de leurs progrès, 
il traduisit en mandchou quelques 
Mémoires de l'académie des scien- 
ces, les plus propres à pi(juer la cu- 
riosité du prince, et à auginenter sou 
estime pour nos savants. Les liech-ir- 
ches du président Bon et de Réau- 
Tinir M'.i- 1 • tr.-iv.nl des araignées ( F. 
•2.. 



ao PAR 

Bon, V, 76), fr.i])pcront surtout 
Kliang lii : il ne pouvait se lasser 
d^jclmircr la patience el la sap;acitc 
qu'avaient exigées des observations 
si minutieuses ; et il fit faire plusieurs 
copies de la Iraduclion de ce Mcmoi- 
le, qu'il adressa à ses fils, en les in- 
vitant à partager le plaisir que lui 
avait cause' celte lecture. Dans une 
conversation avec l'empereur, Par- 
renin prit la liberté de lui faire ob- 
server qu'il se trompait sur la posi- 
tion géographique de quelques villes 
de la Chine; et cet excellent prince, 
loin de se fâcher qu'un étranger eût 
la prétention de connaître mieux que 
lui ses propres états, invita Parre- 
nin à s'occuper de la levée des nou- 
velles cartes de toutes les provin- 
ces chinoises. Ce travail fut achevé' 
assez promptement ( Fo^. Hegis ) ; 
et le P. Duhaide en a enrichi sa 
Description de la Chine ( Foj. 
DuuALDE ). 1/ascendant que Par- 
renin acquérait chaque jour sur 
l'esprit de Khang lii, tourna à l'a- 
vantage des missions, qui s'étendi- 
rent bientôt dans des provinces où 
la lumière de l'Évangile n'avait pas 
encore pénétre'. Il s'en servit aussi 
pour favoriser les négociants d'Eu- 
rope , qui le trouvaient toujours en 
mesure d'appuyer leurs demandes, 
si elles étaient fondées, et d'aplanir 
les difficultés qui pouvaient s'élever 
dans leurs transactions. Le P. Parre- 
nin contribua beaucoup à prévenir la 
guerre qui était sur le point d'écla- 
Icr entre les Russes et les Chinois. 
H rédigea en mandchou et en latin , 
un nouveau traité, dont les condi- 
tions, également avantageuses aux 
deux peuples, eurent l'approbation 
générale. Le tzar Pierre-le-Grand, 
informé des services qu'il avait ren- 
dus à ses sujets, chargea son am- 
bassadeur à la Chine de lui en 




PAR 

témoigner sa reconnaissance, et lu 
adressa en présent des fourrure: 
et d'autres objets précieux. La mort 
de Khang-hi ( 1722 ) devint le si- 
gnal d'une persécution dirigée con- 
tre les Chinois qtd avaient abjuré le 
culte de leurs ancêtres, pour embras- 
ser le cl)! islianisine. Le nouvel em- 
pereur , Young-tcking , aussi rigou- 
reux que son père avait été tolérant, 
chassa de sa cour les missionnaires , 
en les reléguant à Ma cao. Le P.Parre- 
n in fut cependant excepte'de cette me- 
sure, avec quelques-uns de ses con~ 
frères , à qui de grands talents avaienti^ 
acquis l'estime des lettrés. La faci- 
lite avec laquelle il parlait l'italien 
el l'espagnol continua de le rendre 
Tinterprète de jtresque tous les Eu- 
ropéens j et il trouva encore l'occa- 
sion de leur être utile, entre autres, 
à l'ambassadeui- portugais (Alexan- 
dre de Souza ), envoyé à la Chine 
en 1727. L'avènement de Khian- 
loung au troue ( 1785 ) adoucit ' 
condition des cbrétiens. Le P. Par^ 
renin consacra ses dernières années 
à l'instruction des néophytes , qui ac 
couraient se ranger sous sa direct 
tion , et s'édifier par ses exemples 
Une maladie longue et douloureus( 
qu'il supporta avec résignation, tei 
mina ses jours à Pcking, le 27 sep- 
tembre i74î« L'empereur régla lui- 
même la cérémonie de ses funérail- 
les, dont il fit les frais. Parrenin 
avait des connaissances aussi éten- 
dues que variées. La géométrie, l'his- 
toire naturelle, l'astronomie, la mé- 
decine, etc., étaient de son ressort. 
Indépendamment de la traduction 
en mandchou, d'un cboix de Mé' 
moires de l'académie des sciences , 
dont ou a parlé plus haut , et de la- 
quelle il adressa huit volumes à l'a 
cadémie, en 1 7'2?. , on a de lui : L 
traduction de V Anatoniie de Dioni 



1 



PAR 

{ f^. ce nom ) ( O. — Seize Lettres , 
dans le recueil des Lettres édifian- 
les; les plus curieuses sont les doux 
qu'il écrivit à Fontcnellc : l'une sur 
les difTercutes méthodes employées 
à la Chine, pour la transcription 
des ouvrages qu'on ne veut pas li- 
vrer à l'impression; et la seconde, 
fiur les propriétés de plusieurs raci- 
nes, enîre autres de la riiubarbe, mal 
connue jusqu'alors en Kurope. — Des 
Lettres à Mairan : le Recueil qu'on 
vient de citer, n'en contient que trois; 
encore sont - elles abrégées , parce 
que le P. Duhalde se proposait de 
les refondre, dans sa. Description de 
la Chine ; Mairan n'en a , j)areil- 
ieraent , donne que des extraits , 
•dans son Recueil, pag. iQetsuiv. 
( f^. Mairan, XKVl, 991*). — Une 
Fersion littérale , en frajiçais, d'une 
Ancienne histoire de la Chine y de- 
puis Fou-hi jusqu'à Yao; Mairan en 
a [)ublié un iVagment. Le P. Parre- 
iiiu a eu part à l'ouvrage intitulé : 
Brevis relatio eorum qnœ spectant 
ad declaralionem Sinarmn iinpera- 
toris A'atn-hi circà Cœli, Confunii 
et avorwn cultwn , etc. Ce volume, 
imprimé, eu 1701^ à Pcking, avec 
des planches de bois , est rare en 
France; on en conserve, à la biblio- 
thèque de Besançon, un exemplaire 
qui y a été envoyé par le P. Parrc- 
nin lui-incme. Une conversation que 
ce missionnaire avait eue avec le 
prince héréditaire de la Chine , et 
que Des Hautesrayesa rapporféedans 
V Encyclopédie élémentaire de Pe- 
tity(n, 573-580, d'après DuLalde, 
IV, 69-73), offrait quelques dé- 
tails fort piquants sur la langue man- 
dchou ; mais ils méritent peu de 
conliauce, et contiennent de graves 

; I J On voi» U la ljih]inlliîi|iif> du jnidii» du lUii , h 
T'-ii ..<«, «■«•«<> v<»...i.m iiiHiidciioii (fr Dioiii», et celle de 
<fuel«^'it« auli-tf» oiivnnjc» du i-.vmc ^cait.. 



PAR 21 

erreurs ( Voy. le Journ. des savants 
de i8'20, pag. 564). On peut con- 
sulter, pour des détails , la Lettre 
de P. Chalier, sur la mort du P. Par- 
renin, dans le tome xxii des Lettres 
édifiantes (éd. de 1781), précédée 
du portrait de ce missionnaire, vêtu 
enmandarin, d'après undessin deson 
compatriote, le frère Attirct ( F. ce 
nom ). Son nom chinois était Pa~ 
to-min. Le Recueil de l'académie de 
Besançon, tome i^»'. , contient sou 
El()u,e, par le P. Renaud. W — s. 

PARRHASIUS , peintre grec, na- 
tif d'Ephèse, contemporain et rival 
de Zeuxis, vivait vers l'an 4'-io avant 
J-.C. Son père Evenor, peintre cé- 
lèbre, l'initia dans tous les secrets 
de son art. Parrhasius parvint à 
exceller dans la science du dessin , 
et ne brilla pas moins par le génie 
et l'invention. C'est cà l'école de So- 
crate qu'il étudia l'expression des 
passions liumaines. Il saisissait avec 
la même habileté ces mouvements 
si divers et fugitifs, dont le génie seul 
peut suivre la trace. Ses ligures bril- 
laient par l'élégance et la correction; 
sa touche était raisonnée et spiri- 
tuelle; son pinceau savait embellir 
la natuie sans jamais la déligurer. 
Une de ses qualités distinctivcs, sui- 
vant le témoignage des anciens , 
était la manière dont il coiffait ses 
têtes, et la grâce qu'il savait don- 
ner aux contours de la bouche de ses 
figures. Ou doit en conclure qu'il 
n'excellait pas moins â rendre la 
délicatesse et la finesse de ceux des 
extrémités. (7est l'éloge que lui don- 
ne Pline, qui le regarde comme su- 
périeur en cette ])artie à tous les 
peinties anciens ; et il est remarqua- 
ble (jue c'est par les mêmes qualités 
que se sont dislingues Raphaéi et le 
(jorrège. Parrhasius avait écrit uu 
J'raité sur .la sjniétrie dcj corps , 



o'i PAR 

(lu'il avait puise clans robscrvation 
cic la nature, et qui lui servait de 
guide dans tous ses ouvrages. Il ne 
travaillait jamais que lorsqu'il se 
.-entait inspire', et c'était en clian- 
tant à demi-voix qu'il nourrissait 
son enlliousiasme. Son tableau allé- 
gorique représentant le Peuple dfA- 
ihènes, lui acquit une grande célé- 
brité. Parrhasius ne put se garantir 
d'une faiblesse trop commune aux 
artistes. Il conçut une si haute idée 
de lui-même, qu'il avait sans cesse 
ses louanges à la bouche , et témoi- 
gnait un profond mépris pour ses 
rivaux. 11 poussait la vanité au point 
de se prétendre issu d'Apollon , et 
disait que VBercide qu'il avait peint 
à L3^ndns , était tel que ce dieu lui- 
même lui élait apparu. II déployait 
le plus grand luxe dans tout ce qui 
tenait à sa personne , et ne parais- 
sait jamais en public qu'habillé de 
pourpre et la tête ornée d'une cou- 
ronne d'or, se considérant comme 
le roi de la peinture. Il sortait 
toujours appuyé sur une canne ex- 
trêmement riche ; ses brodequins 
étaient de la plus grande magni- 
ficence , et attachés par des agraf- 
fes d'or. Malgré ce faste et cette 
vanité , il ne laissait pas de se regar- 
der comme un véritable sage. Quel- 
ques auteurs rapportent qu'ayant à 
peindre un Prométhée déchiré par 
le vautour^ il acheta un esclave, et 
le fit expirer dans les tourments pour 
étudier d'après nature les angoisses 
d'un homme qui meurt dans les dou- 
leurs 'y et l'on dit qu'il fut accusé à 
ce sujet et défendu devant l'aréo- 
])age. Ce trait, dont rien ne garantit 
l'authenticité, semble n'avoir été ac- 
crédité que pour fournir à un so- 
phislc le sujet d'une déclamation. 
Une action semblable a été mise sur 
le con:plc de Michcl-Angc^ avec 



PAR 

aussi peu de fondement. Parrhasius 
malgré la supériorité de ses talents 
ne fut pas à l'abri des revers. Charg 
de peindre, en concurrence avec le 
célèbre Timanthe, un tableau A' A 
jax disputant à Ulysse les arme, 
d" Achille, \e travail de son rival fut 
préféré au sien. Comme nn de ses 
amis tâchait de le consoler : « Ce 
)) n'est pas moi qu'il faut plaindre ^ 
» répondit l'artiste, toujours plein 
» de son mérite ; mais le fils de '1 é- 
» lamon, victime une seconde fois 
« delà sottise de ses juges. » Pline, 
au sujet de la perfection à laquelle 
ce peintre avait porté son art , fair 
le récit de la dispute qu'il eut avec 
Zeuxis , sur la prééminence de leur 
talent ^ du moms dans l'iiDitatioii 
de la nature , où Zeuxis s'avoua 
vaincu. On peut en voir le détail à 
l'article de ce dernier peintre. Parmi 
les ouvrages les plus i^marquables 
de Parrhasius , on citait un tableau 
de jyiéléagre, Hercule et Persée 
qui existait à Rhodes, et qui, frapj 
trois fois de la foudre , n'en avai 
pas été détruit; ce qui ajoutait 
l'admiration que sa vue faisait naî 
tre. On parle encore du Porirai 
d'un Archigalle ou grand -prêt) 
de CjbèlCj dont l'exécution étai 
tellement parfaite, que l'cmpcreuj 
Tibère l'avait fait j^lacer dans s; 
propre chambre , afin de pouvoir 
l'admirer à toute heure. On regardait 
également comme un de ses chcfs- 
d'œuvie un tableau où il avait re- 
])réscntc Enée , Cator et Pollux , 
Teleplie , Achille , Agamemnon et 
Ulysse , et surtout deux figures , 
dont l'une re])résentait lui Homme 
courant que la sueur inondait, et 
un Soldat qui semblait haleter en 
détachant ses armes. Carlo Dati a 
écrit sa Vie : la première édition a 
paru à Florence; elle a été réimpri- 



PAR 

ine'eà Naples avec de savantes notes, 
et l'on y trouve jointes les vies de 
Zeuxis, d'Apelles et de Prologcne. 
On peut voir aussi , dans le 35^. li- 
vre de Pline , Tenumération des ou- 
vrages les plus importants de Par- 
rhasius. P — s. 

PARRH ASIUS ( AutusJ ANUS ( i ), 
savant grammairien , ne' en i470, à 
Coscuza, était (ils d'un conseiller au 
sénat de Naplcs. Son père ^ qui sou- 
haitait de pouvoir lui transmettre 
un jour sa cliarge, le pressait d'étu- 
dier la jurisprudence : mais eutraîné 
par son goût naturel , le jeune homme 
préféra la culture des lettres ; et, di- 
rigé dans ses études par quelques 
membres de la fameuse académie de 
Pontano , il fît des })rogrès qui au- 
raient été plus rapides encore , si 
son père ne l'eût pas privé de tout 
secours. Lors de l'iu vasion du royau- 
me de Naplcs par les Français , il se 
rendit à Rome, où ses talents lui mé- 
ritèrent bientôt des protecteurs^ mais 
son attachement pour deux cardi- 
naux {'2) tombés dans la disgrâce du 
pape Alexandre VI , lui fit courir 
des dangers auxquels il n'échappa 
qu'en se retirant à Milan. Il y épousa 
une fille du savant Dcmétrius Chal- 
condyle (/^. ce nom) ; et peu après il 
fut pourvu d'une chaire d'éloquence 
(3) , qu'il remplit avec un tel succès 
que le fameux général J.-J. ïrivulce 
ne dédaignait pas d'assister à ses 
leçons. 11 eut aussi l'honneur de 
compter au nombre de ses élèves , 
André Alciat , qui , dans la suite , 
se montra peu reconnaissant envers 
son ancien maître. Parrhasius , dont 



(i) Use nommait Jpan-Paul PakisiO; mais, sui- 
vant l'u»ag(î drs saviiiits du mi/.iJriic siîclc, il chan- 
g<«a ce «oiB roiilre celui ^^^xi est à lu tt-te de cet aiv 
liclc, le s«iil sou» lequel il soit oouuu. 

/•a) Celaient les cardiuaui^ Bernard Caietan et 
Siliui SalieHo. 

{}) l'arrhutiiu i«;cuj>ait celte cliHÙe ta\5ço. 



PAR 



a3 



les succès avaient éveillé l'en vie, fut 
accusé d'un crime infâme , et obligé 
de sortir de Mil an ^ vers 1 5o5 , })0ur 
se soustraire aux poursuites qu'un 
commençait à diriger contre lui. Il 
fut accueilli à Vicencc par ïris- 
sino , qui lui fit obtenir une chaire, 
avec un traitement de deux cents 
cens. La guerre qui suivit la ligue de 
Cambrai, força Parrhasius de quit- 
ter Vicence; et il retourna dans sa 
ville natale, où il jeta les fondements 
d'une école qui a joui d'une assez 
grande célébrité. Des chagrins do- 
mestiques le déterminèrent à accep- 
ter l'offre d'une chaire à Rome , où 
ses anciens amis le rappelaient. Il 
en prit possession en i5i4 J et l'on 
sait qu'il commença ses cours par 
l'explication des Lettres de G.céron 
à Alticus, Bientôt de fréquentes atta- 
ques de goutte le forcèrent de renon- 
cer à l'enseignement ; il retourna en- 
core une fois à Cosenza, où, après 
avoir langui plusieurs années , dans 
des douleurs presque continuelles , 
il termina ses jours, vers i534 , lais- 
sant à peine de quoi se faire enterrer. 
Valerianus lui a donné place dans la 
liste des savants malheureux {Dein- 
felicit. litlerator.) : sa vie n'offre 
en elTet qu'une suite de chagrins , 
de persécutions et de misères. Il eut 
des ennemis violents, qui publièrent 
contre lui d'atroces libelles. Tirabos- 
chi en a cité deux, dans une note, à 
la page i5oG de la SLoria délia let- 
teratura, tome vu :. on croit inutile 
d'en rapporter les titres. Outre des 
Coimnenlaues s\\rYenlé\>ement de 
Proserpine, poème de Claudien , Mi- 
lan, iSoo ou i5oi , in-.fol. ; ibid,, 
i5o5 (i), on a dt> Parrhasius des 



(i) Cf'lle sf^conde rdition est augmcnlée d'une re- 
vit.nM' vJhenâtîiito dv Paiiliasiiis à m\s ditiai;l<*"i-"> 
U crut dcvuir la |jt.ubJici' Mva Iv uoQl 4'u)i 4? '^'V 
eUvis, 



ai PAR 

Notes sur les Hërnïdes d'Ovide, sur 
V Art poétique d'Horace , sur le Dis- 
cours âe Ciccvon pour Milon, et un 
Abrégé de rhétorique (Baie , i SSf)). 
Enfin il a publie un Becueil de frag- 
ments d'anciens grammairiens (Cor- 
nel.Probns, Fronton et Phocas),Yi- 
rcnce , 1509 , infol, ; et on lui doit 
la première édition des Frai^ments 
de Charisins Sosipater , ISaples , 
i5'6i. Mais l'ouvrage qui a fait le 
plus d'honneur à Parrhasius, est ce- 
lui qui est intitule : De Rébus per 
epistolam quœsitis ( i ) ; il a été pu- 
blie pour la première fois, par Henri 
Estienne (Paris, 1567, in-H».) , avec 
«ne lettre à Louis Castelvelro, dans 
laquelle il donne l'histoire de ce 
manuscrit. Janus Gruler l'a insère' 
dans le tome i du Lainpas seu fax 
artium ( F, Gruter) ; et Xavier JVTat- 
tei en a publié une bonne édition , à 
Naples, en i 77 i . C'est un recueil de 
lettres dans lesquelles Parrhasius 
explique avec beaucoup d'érudition 
plusieurs passages des anciens au- 
teurs , et éclaircit dilïcrcnts points 
d'histoire et d'antiquités. A la suite 
de ces lettres on trouve: Dissertntio 
de septenario dierwn numéro ; peti- 
te pièce assez intéressante. — Proie- 
a^omena in Plauti AmphitrjGnem. 
— Oratio ante prœleclioneni episto- 
lar. Ciceronis ad Atlicum , etc. ; Par- 
rhasius y entre dans de grands dé- 
tails sur ses chagrins domestiques. 
Dans l'édition d'Estienne, le volu- 
me est terminé par une dissertation 
de Campanus : Quœstio Firgiliana 
{For. Campanus, VI , (i3o). Mat- 
teia fait ])récéderla sienne d'une Fie 
de Parrhasius , et du catalogue de 
&CS Ouvrages, imprimés, ou conser- 



(r ) Aide le jeune fut nrciisp d'avoir fait de largps 
«■rtjpriints à cet ouvrage de Parrliasius; mais cVtait 
uii«> calomiùe <!..».t il ;>'i.ut pas de peiue à se jusli- 
Ccr ( f . Manuce, XXV i , 63g 1. 



PAR 



ri 



vés en manuscrit à Naples, dans 
bibliothèque de Saint- Jean de Car- 
honara. — Le savant J. Leclerc s'est 
cache sous le nom de Tli. Parrha- 
sius^ et a publié, sous le titre 
Parrhasiana , un mélange de cri 
que et d'érudition ( F. Lf.clerc , 
XXllI,5in. W— s. 

P A R R G E L ( Barthelemt ) , 
peintre, d'une famille distinguée du 
Forez , naquit à Montbrison , et fut 
destiné par ses parents à l'état ecclé- 
siastique 'j mais son goût pour la 
peinture s'était manifesté de bonne 
heure, et l'emporta sur la volonté 
paternelle. L'amour qu'il avait pour 
son art , lui fit faire des progrès ra- 
pides , et il résolut de se rendre en 
Italie pour achever son éducation 
de peintre. Un grand d'Espagne qui 
le icncontra en route, fut charmé 
de son esprit et de ses dispositions , 
et lui proposa de l'emmener dans 
sa patrie. Le jeune artiste accepta 
celte proposition ; et après un séjoi 
de plusieurs années en Espagne, 
de nombreux travaux furent égal 
ment avantageux à son talent etj 
sa fortune, il résolut de mettre enf* 
à exécution son projet de voii'I'll 
lie. Il s'cud)arqua à cet effet; mais" 
après quelques jours de navigation, 
il fut pris par des corsaires d'Alger. 
Heureusement le capitaine de son 
vaisseau connaissait le consul fran- 
çais; et un prompt échange lui pro- 
cura sa liberté et celle de Parro- 
cel. Ils allèrent tons deux à Rome, 
oii le jeune artiste se remit avec une 
nouvelle ardeur à l'étude de la pein- 
ture. Après un séjour de quelques 
années dans cette ville, il reA^int en 
France, et se jendit à Brignoîes , 
vilic natale de son capitaine.: il en 
devint bientôt le gendre, se 'fixa 
près de lui , et y mourut, en i6(3o, 
clans un âge peu avancé, laissant 



PAK 

trois fils qui cultivèrent également 
la peinture. L'aîne mourut fort jeune; 
le second , Louis, exerça son art avec 
quelque distinction , et se retira en 
Languedoc , après avoir séjourne 
quel([iie temps eu Provence et à Pa- 
ris. — Joseph Parrocel , le dernier 
i\es {'As de Bartlielemi , n'avait que 
douze ans lorsque son père mou- 
rut, ne lui léguant d'autre héritage 
vjue de rares dispositions pour la 
])eintnre. Il alla trouver en Langue- 
doc , son frère Louis , et reçut de lui 
les premiers éléments de son art. Au 
bout de trois ans il se rendit à Mar- 
seille , où il se fit connaître par- 
quelques peintures qu'il exécuta dans 
des intérieurs de vaisseau. Il vint en- 
suite à Paris, où son économie et le 
produit d'un travail assidu le mi- 
rent en état de faire le voyage de 
Rome : il avait vingt ans lorsqu'il y 
arriva. Il y fit connaissance avec 
Courtois , célèbre peintre de batail- 
les, surnommé le Bourguignon , et se 
.mit sous sa direction. Aux leçons de 
i.cc maître il joignit l'étude des beaux 
morceaux deSalvator Rosa. En quit- 
tant Rome, il parcourut l'Italie, et 
se rendit à Venise, où il eut même 
le projet de se fixer j mais, une nuit, 
il fut attaqué, en passant sur le pont 
de Rialto , par huit assassins qu'a- 
vaient apostés des envieux de son 
talent. Il ne dut qu'à son courage et 
à sa vigueiu' le bonheur de sortir 
•sani et sauf des mains de ces bri- 
gands ; mais dégoûté , par cette aven- 
turc, du séjour de l'Italie, il revint 
en France, en 1G75, et reparut À 
Paris , ou il se maria six mois 
jprès son arrivée. Il désira faire 
JKirtie de l'académie, et fut reçu sur 
un tableau représentant. Une sortie 
de la garnison de Maeslridd , re- 
poussée par les Français comman- 
dés par Louis XI f^ en personne. 



PAR 



25 



En 1 703, il fut nommé conseiller de 
racadémie. Lebrun ne voulut point 
employer Parrocel dans les tableaux 
àds campagnes de Louis XIV des- 
tinés à être exécutés en tapisserie des 
Gobelins. On prétend qu'il trouvait 
son coloris trop brillant , et qu'il 
préféra le ton plus sage de Vander- 
Meulen. Il est facile de disculper 
Parrocel sur ce point. Sans doute ce 
grand peintre a plus de verve que 
Vander-Meulen; mais c'est plutôt de 
rexagciation que de la clialeur : ses 
batailles sont des tal)leaux de conven- 
tion, au lieu que chez son rival, tout 
est exact, tout est vrai , et c'est du 
moins le portrait de l'action qu'il 
cherche à retracer. Quoi qu'il en 
soit , Louvois informé du mérite de 
Parrocel le chargea de peindre un des 
quatre réfectoires de l'hôtel des In- 
valides. 11 y représenta les Conquêtes 
de Louis XI F. Le même ministre, 
satisfait de son ouvrage, lui donna 
de nouveaux ordres pour le château 
de Versailles. ?*Ialheureusemcnt pour 
Parrocel, Louvois mourut; et Man- 
sardfut misa la tête des l»âtiments. 
L'artiste avait fait , pour le surinten- 
dant, plusieurs tableaux dont il n'a- 
vait point été payé : il obtint contre 
lui une prise de corps, et le fit arrêter 
dans son carrosse. Mansard, irrité de 
cette irrévérence, voulut s'en venger 
en faisant mettre à l'écart le tableau 
de Parrocel représentant \v Passage 
du lilnn , qui lui avait été com- 
mandé : mais Louis XIV, ayant aj)- 
pris que ce tableau était terminé, vou- 
lut le voir, et en fut tellement satis- 
fait qu'il donna l'ordre de le p'acer 
dans la chambre du conseil de Ver- 
sailles. Parrocel tiavaillait avec une 
extrême assiduité; ce qui, joint à 
son exécution facile , lui a permis de 
j)rodifire un grand nondjre d'ouvra- 
ges. Son coloris est chaudelbriilanl, 



'ji6 



PAR 



sa touche îieurtëe et pleine de verve; 
SCS cfTcts de lumière sont vifs et pi- 
quants ; SCS composilions sont remar- 
quables parle fracas, la fougtie, et 
l'eulliousiasme. 11 disait , en parlant 
de son talent comme peintre de ba- 
tailles, que lui seul saisit tuer son 
homme. Enfin le plus grand elogc 
que l'un ait cru faire de lui est de n'a- 
voir jamais rien lire que de son pro- 
pre génie. Mais cet ëloge devrait 
plutôt être un reproelie : ces mou- 
vements exagères, cette expression 
outre'e , ne ressemblent en rien à la 
nature; et l'on voit trop dans ses 
compositions , qu'au contraire de 
Vandcr-Meulen, il n'a jamais suivi 
les armées. La plupart de ses ta- 
bleaux ont noirci avec le temps, 
surtout dans les ombres. Le bleu 
dont il s'est servi pour peindre ses 
ciels à la manière des Vénitiens , a 
également pousse au noir; enfin l'u- 
sage trop fre'quent des huiles sicca- 
\ tives pour le glacis de ses tableaux , 
a écaille la peinture en plusieurs en- 
droits, dans un grand nombre de ses 
ouvrages ; et l'on n'en connaît que 
lrès-j)eu qui aient echap])c à cet te 'm e'- 
thode funeste. Le musée du Louvre 
possède deux des compositions de ce 
maître. L'une est ce Passade du 
Rhin dont il a été question. On voit 
sur le devant Louis XIV à cheval , 
au milieu de ses généraux qui vien - 
nent recevoir ses ordres. L'autre 
est un Tableau de bataille. Au 
second plan , on aperçoit un corps 
de cavalerie mis en déroute; sur le 
devant , le général en chef donne ses 
ordres à un ofticier. Les dessins de 
Parrocel ne sont pas moins estimés 
que ses tableaux. Ils sont faits à 
la plume sur un simple trait de 
crayon, et assez ordinairement lavés 
à Teucrc de la Chine. Il y en a (piel- 
ques-uns de coloriés ;, où l'on relrou- 



PAR 

ye le n)<îme feu que dans ses ba- 
tailles. I! s'était exercé aussi clans le 
genre de l'histoire, mais avec moins 
de succès; et il abandonna bientôt 
entièrement ce genre , parce qu'il pré- 
tendait qu'on ne pouvait exceller 
dans aucun, lorsqu'on en embras- 
sait plusieurs à-la-fois. Il a gravé 
avec esprit, à l'cau-forle, plusieurs 
sujets de sa composition ; I. Les Qua- 
tre heures du jour ; V Aurore ou le 
Camp ; le Midi ou la Halte; le Soir 
ou la Bataille; la Nuit ou le Champ 
de bataille^ 4 pitîces in-4'*. en tra- 
vers. II. Quatre sujets de bataille, 
in-4^. en travers. 111. Une suite de 
48 sujets tirés de la Vie de Jésus- 
Christ. Cette suite, qu'il présenta à 
l'académie, en 1G9O, est remarqua- 
ble par le feu , la vivacité de l'iraa- 
ginalion, l'effet des lumières , et la 
verve de la composition. Parrocel 
mourut, en se mettant à table, d'une 
attaque d'apoplexie, en 1704. — 
Ignace Pjvrrocel , neveu du précé- 
dent, et son élève , ])eignit , comme 
lui , les batailles , et fut celui qui 
approcha le plus de sa manière. Il 
voyagea en Italie et en Autriche, 
où l'empereur et le prince Eugène le 
chargèrent d'un grand nombre de 
travaux: il avait peint, pour ce der- 
nier prince, les batailles les plus mé- 
morables où il s'était trouvé. Ces ta- 
bleaux, au nombre de sept, ont fait 
partie de la collection du Louvre ; 
ils provenaient de la galerie de Vien- 
ne : l'Autriche les a repris en 181 5. 
Ignace, s'étant rendu dans les Pays- 
Bas, où le duc d'Aremberg l'avait 
appelé , mourut à Mons , en i^'i'i. 
— Pierre Paurocel , frère cadet du 
précédent, naquit à Avignon, en 
1664, ^^ f^^'t ^^^'^^ ^^ son oncle Jo- 
seph. Il se rendit à Rome, et se mit 
sous la diircfion de Carie Mar.itte 
qui se plut à cultiver ses heure 




PAR 

dispositions. Revenu en Fiance , il 
parcourut le Languedoc , la Pro- 
vence , et le Comtat d'Avignon , lais- 
sant , dans tous les endroits où il 
passait, des preuves de son talent. 
Parmi ses ouvrages les plus remar- 
quables , on cite la Pèche miracu- 
leuse , la Bésurrection et V Ascen- 
sion de J.-C. , qu'il peignit pour la 
chapelle des Pénitents-Blancs , à Avi- 
gnon. Sur la présentation qu'il fit 
des esquisses de ces tableaux , l'a- 
cadémie s'empressa de l'admettre 
au nombre de ses agréés. Appelé à 
Paris , il exécuta , pour la galerie de 
l'hôtel de Noailles , à Saint-Germain- 
eu-Laie, seize tableaux représentant 
V Histoire de Tobie. Cette suite pas- 
sait pour un de ses plus beaux ou- 
vrages : mais son chef-d'œuvre se 
trouvait dans l'église de SaiiUe-Marie, 
à Marseille j il représentait la Fierté 
couronnée par VEjifant- Jésus. Aux 
grâces du dessin et du coloris , ce ta- 
bleau joignait une exécution ferme 
et un elFét harmonieux. Ce peintre 
mourut à Paris , en 1 789. — Charles 
Parrocel , fds de Joseph , s'est éga- 
lement distingué comme peintre de 
batailles. Il naquit à Paris, en 1G88. 
Trop jeune encore, lorsque son père 
mourut , pour avoir pu recevoir ses 
leçons, il entra chez Lafosse, qui 
lui enseigna d'abord le genre de l'his- 
toire. 11 se rendit ensuite à Rome , 
où , sur un tableau de Moïse sauvé 
des eaux , qu'il envoya à Paris , 
d fut admis, à l'académie comme 
pensionnaire du roi. II continua , 
pendant son séjour en Italie , à 
• niliver le genre historique; mais 
.!• retour à Paris , la célébrité que 
'•n père avait acquise dans les ta- 
••-'••aux de bataille , cl surtout sa 
propre inclination, le déterminèrent 
.1 suivie le même genre; toutefois il 
t>v bt une manière dif!ércnlc, et 



PAR 27 

parvint au même Lut par une au- 
tre route. Voulant acquérir les con- 
naissances que l'étude seule de la 
nature peut donner , il entra dans 
un régiment de cavalerie, et fit plu- 
sieurs campagnes, afin de pouvoir 
représenter , avec exactitude , les 
grandes manœuvies des armées , et 
les évolutions particulières de cha- 
que corps et de chaque arme ; il 
s'attacha surtout à rendre les mou- 
vements du cheval. En conséquence, 
il s'engagea , quoique membre de Va- 
cadémie , et quoique exerçant dans 
cette compagnie la charge de pro- 
fesseur depuis 1745. Aussi rien 
de ce qui tient à l'allure du che- 
val n'échappa à son crayon; et c'est 
par l'exactitude , le naturel , et la 
grâce qu'il sait donner à tous les 
mouvements de ce bel animal , qu'il 
a su s'élever au-dessus de son père. 
Doué d'un coloris moins brillant que 
ce dernier , ses tableaux ont moins 
de fracas ; mais ils charment l'œil 
par un ton de vérité bien préférable. 
En 1721 , le duc d'Anlin lui or- 
donna , de la part de Louis XV, 
de peindre deux tableaux de vingt- 
deux pieds de long , représentant 
V Entrée de V Ambassadeur turc 
par le jardin des Tuileries , et la 
Sortie du même ambassadeur par le 
Pont-Tournant^ après une audience, 
11 en fit sur-le-champ les esqui.sses 
qui furent agréées par le roi ; mais il 
ne les exécuta en grand que dans la 
suite , et lorsque ce priiice lui eut ac- 
cordé un logement aux Gobelins , 
avec une pension de Goo liv. Ces 
deux tableaux ont été depuis copiés 
plusieurs fois en tapisseries. Ils sont 
remplis d'un nombre immense de 
figures; et, malgré la variété des 
troupes et des ])ersonnages , rien n'y 
est Confus , et tout au contraire pré- 
sente la plus b<;lle oidonnancc. Eu 



a» 



PAU 



1744 ^t 1745, Parrocel fut charge 
de suivre Louis XV dans ses cairi- 
pagiies de Flandre, et de peindre 
les Conquêtes du roi. Cet artiste 
))eignaut dans la pâte , ses ouvrages , 
quoique moins brillants que ceux de 
son père, n'ont point à craindre les 
ravages du temps, comme ces der- 
niers. Ses tableaux de chevalet re- 
présentent ordinairement des cscar- 
mouclies de cavalerie et d'infante- 
rie. Ij'action générale se passe dans 
les fonds ; et la fumëe du canon 
et de la mousquelcrie leur donne 
un vaporeux qui fait ressortir les 
devants avec plus de force. Ses des- 
sins sont également très - estimés ; 
ils sont touchés avec esprit et avec 
une rare facilité : ils sont exécutés 
tantôt à la plume , tantôt à la san- 
guine; et quelques-uns même sont lé- 
gèrement lavés à i'encre de la Chine. 
Parrocel a gravé au trait, avec beau- 
coup d'esprit, une Suite de cavaliers 
et de fantassins , d'après ses pro- 
pres dessins, in-4''. Dcsplaces , Preis- 
1er , Lcbas, etc. , ont gravé;, d'après 
lui, plusieurs Sujets de chasse et des 
Actions militaires. Ce peintre, à son 
retour de Flandre , en 1749 , eut une 
attaque d'apoplexie, qui se renou- 
vela deux ans après avec plus de 
force , et l'empêcha de se livrer à 
rexercice de son art. Enfin une nou- 
velle attaque l'enleva, en 1753, aux 
Gobelins, où il demeurait. — Etienne 
Parrocel, peintre, et petit-neveu 
deCharles,naquità Paris vers 1720, 
€t cultiva le genre historique. Il ne 
fut jamais qu'un peintre assez mé- 
diocre; et le compte que rend Dide- 
rot , des tableaux de Céphale qui se 
réconcilie avec Procris , de Procris 
iuée par Céphale , de Jésus sur la 
montagne des Oliviers , de l'esquisse 
d'une Gloire , et de V Adoration des 
Alagcs , qu'il exposa aux Salons de 



PAR 

17G1 , 1763 et 1765 , prouve qu'il 
était loin de soutenir la gloire de son 
nom. 11 a cultivé la gravure à l'eau- 
forte, et a gravé d'un assez bon style : 
I. Une Bacchanale de sa composi- 
tion. II. Le Triomphe de Mardo- 
chée y d'après de Troy. III. Le 
Triomphe de Bacchus et d'Ariane , 
d'après Sublevras.-i- Joseph-Ignace 
Parrocel, fils de Pierre, naquit a 
Avignon , et fut le dernier ])eintre 
de cette famille. Membre de l'acadé- 
mie de peinture, il mourut à Paris , 
vers la fin du règne de Louis XV, 
ne laissant que des filles, dont l'aînée 
( M"^'^. de Valranseaux ) , presque 
nonagénaire aujourd'hui , et douée 
d'une partie des talents qui ont illus- 
tré ses ancêtres , cultive encore , sans 
lunettes , le genre des fleurs et des 
animaux. P — s. 

PARSONS(RoBERT),enlatin Per- 
sonius, célèbre jésuite anglais, né en 
i547,àNeither-Stowey,prèsdeBrid- 
gewater, dans le Sommersetshire , 
ëtaitlils d'un forgeron. 11 fit ses étude 
avec beaucoup de distinction ,àOi 
ford, et passait pour le plus habile 
maître du collège de Baliol. Quoique 
son père eût péri sur l'échafaud po^ 
son attachement à la religion c< 
thoîique, et qu'il eût été élevé lui- 
même dans celte religion , le désir 
s'avancer dans l'université lui fit pr^ 
ter le serment de suprématie qu'( 
exigeait pour être admis au docto- 
rat. Il l'abjura, en i574, et alla étu- 
dier en médecine et en droit à Pa- 
doue, d'où il se rendit, l'année sui- 
vante à Rome, pour entrer chez les 
Jésuites. Cinq ans après, le cardinal 
Alien l'envoya en Angleterre, com- 
me missionnaire, avec son confrère 
Campian. Il était porteur d'un bref 
de Grégoire XIV, qui modiliait , à 
certains égards , la fameuse bull 
Rcgnuns in excelsis , contre la reil 



PAR 

Élisabetli , mais qui n'en laissait pas 
moins subsister les clauses par les- 
quelles celte princesse était déclarée 
excommuniée, et ses sujets déliés de 
Jeur serment de fidélité. 11 eut le bon- 
heur, à la faveur de divers déguise- 
ments, de se soustraire aux mesures 
rigoureuses qui furent prises centre 
les prédicateurs et les exécuteurs de 
ce bref; et il se rendit à Rome , oii 
il devint recteur du séminaire an- 
glais , dont la direction avait été re- 
tirée aux prêtres séculiers pour être 
confiée aux Jésuites, ce qui fut le 
germe de la division qui éclata peu 
de temps après entre le clergé et la 
Société. Dans deux voyages qu'il fit 
en Espagne , il se servit de son cré- 
dit à la cour pour faire ériger , en 
différentes villes de la domination es- 
pagnole, des collèges et des séminai- 
res destinés à y recevoir les Anglais 
que la persécution forçait de quitter 
leur patrie. Il revint ensuite à Rome, 
clfut réélu recteur du collège anglais; 
place qu'il occupa jusqu'à sa mort , 
arrivée le 1 5 avril iGio. Les écri- 
vains protestants et même ceux des 
catholiques avec lesquels il eut des 
contestations , ont porté des juge- 
ments plus ou moins sévères sur sa 
personne. Dodd , qui cherche à le 
justifier, le représente comme un 
homme d'un commerce agréable , 
doué d'un rare talent pour les af- 
faires , nourri d'une grande lectu- 
re , écrivant dans sa langue avec élé- 
gance et pureté. En le louant pour 
son attachement aux devoirs de son 
état , Dodd convient que certaines 
circonstances de sa vie ont besoin, 
d'apologie. Ainsi il excuse la viva- 
cité de ses ouvrages polémiques 
par un grand zèle pour l'orthodoxie; 
sa conduite envers le clergé séculier, 
par une extrême prédilection pour 
son ordre. Il réduit le n;proche que 



PAR 



29 



lui adressaient les protestants, d'a- 
voir été pensionne par la cour de 
Madrid j)our susciter des entre- 
prises contre la reine Elisabeth , à 
l'usage qu'il fit de sou crédit pour 
procurer des moyens de subsistan- 
ce â ses compatriotes exilés, et pour 
faire établir des collèges cl des 
séminaires , destines à l'éducation 
des catholiques anglais. Il est cer- 
tain que ce fut principalement au P. 
Parsons et au cardinal Allen , qu'on 
dut la conservation delà foi en An- 
gleterre, par le grand nombre d'é- 
tablissements dont ils obtinrent la 
fondation en diverses contrées , et 
d'où partaient de nombreuses colo- 
nies de missionnaires , qui perpé- 
tuèrent l'exercice du saint ministère 
dans leur pays. Parsons entreprit à 
cet effet beaucoup de voyages , et 
entretint une immense correspon- 
dance , qui se conserve en manuscrit. 
Dodd assure que plusieurs des écrits 
qu'on lui attribue contre sa souve- 
raine, ne sont pas de lui. Cependant 
Ch. Plowden , jésuite , possesseur 
d'un grand nombre de manuscrits 
de son confrère, avoue, dans ses 
Remarques sur les Mémoires de 
Pensant , qu'après la défaite de l'Ar- 
mada , Parsons, Allen et leurs amis , 
se donnèrent de grands mouvements 
pour faire exclure .Jacques I^', du trô- 
ne , et pour faire passer la couronne 
sur la tète de l'infante d'Espagne, ou 
du duc de Parme, ou de tout autre 
prince catholique, sans égard pour 
le droit de succession légitime; que 
c'est dans celle vue que fut composé, 
en 1595, le fameux Dialogue, con- 
nu sous le titre de Doleman, destiné 
à prouver que, dans l'ordre delà suc- 
cession , on doit avoir moins égard 
à la légitimité qu'aux intéièts de la 
religion'. Dodd prétend , contre l'opi- 
nion commune, que Parsons n'eut 



3o 



PAK 



aucune part à la composilion de cel 
ouvrage 5 mais le P. Plowden sou- 
tient qu'il en fut uu des principaux 
auteurs , avec le cardinal Allen *et 
François Engleficld. Ce qu'il y a de 
certain , ajoute Plowden , c'est qu'il 
avait souvent approuve les scnli- 
ments consigne's dans ce livre. Ses 
autres ouvrages sont : ï. Le Direc- 
teur chrétien , qui fut bien reçu, non- 
seulement des catholiques, mais en- 
core des proiesiants. Il y en a eu un 
grand nombre d'éditions , dont la 
dernière est de 1782. On prétend 
que Louis de Grenade lui en avait 
donné le plan et les principales preu- 
ves. II. JJeperseciitioiie an^licand y 
Bologne, i58i; Rome, i58i>. j tra- 
duit en anglais et imprimé à Douai. 
III. Responsum ad edictum reginœ 
Elisaheih.v , Rome , i SgS , in-8^. ; 
traduit en anglais , sous le nom 
à' André Fhilopater. L'auteur y en- 
seigne que le pape peut prononcer 
la déchéance d'un prince apostat , 
et délier ses sujets du serment de fi- 
délité. Ses apologistes l'excusent, en 
disant que c'était alors la doctrine 
reçue dans les écoles. IV. Baisons 
pour lesquelles il nest pas permis 
aux Catholiques d'aller aux égli- 
ses des Protestants j Douai, i58o, 
in-8*^. ; quelques-uns attribuent cet 
ouvrage à Jean Howlet. V. Desacris 
alienis non adeundis , Saint-Omcr, 
1607 , in-12; c'est vraisemblable- 
ment une traduction du précédent. 
VI. Des trois conversions de VAn- 
Q:leterre, ibid., i']o3.\ïl. Examen 
(lu calendrier de Fox, ibid. , 1604. 
VIII. Relation de la conférence de 
Fontainebleau j en 1600, ibid., mè- 
ne année, in - 8"^. ÎX. Relation de 
cllv controverses publiques, qui eu- 
rent lieu dans l'espace de quatre an- 
nées , sous Edouard vi et la reine 
Marie, ibid.,in-8^. X. Exposition 



I 



PAR 

de la folie de ceux qui , en An^, 
terre ^ s' appellent eux - mêmes j 
très séculiers , i iWi , in-4". XI. A 
logie de la hiérarchie ecclésiastiq\ 
et catholique établie par le pape 
Clément riii , Saint-Omcr, 160 1 , 
in-8". XII. Divers écrits contre 
serment à^ Allégeance. On lui a 
tribué la République de Leicester , 
pamphlet plusieurs fois réimprimé 

( /^. DUDLEY, XIT, 187. ï D. 

PARSONS (Jacques), médecin 
et antiquaire anglais, né en 1705 , 
à Barnstable , reçut sa première 
éducation à Dublin , et vint à Pa 
ris , suivre les leçons des mciileu 
professeurs des sciences médira 
Ayant pris le doctorat à Reims . 
1 736, il revint à Londres , fut e 
ployé par le docteur Douglas dans 
ses travaux anatomiques, et se mit 
à exercer l'art des acconchemenfs. 
Plusieurs ouvrages qu'il publia , lui 
ouvrirent l'entrée delà société royale, 
de celles des antiquaires , et des ar 
et manufactures. Il mourut le 
avril I 770. Son éloge a été écrit p; 
le docteur Maty. On a de lui : î. 
cherche mécaniqueet critique sur 
nature des hermaphrodites , ^']^\ 
in-8^. Ce n'est guère qu'une coi 
pilation. II. Description de la vt 
sie urinaire de V homme , et 
parties qui en dépendent, avec 
gures, 1742, in-8°. ; trad. en fraj 
çais et en allemand. Le princiL* 
objet de cet écrit était de décréditer 
le remède de mistriss Stephen contre 
la pierre. III. Leçons (Croonian lec- 
tures) surle înouvement musculaire, 
imprimées dans les Transactions 
philosophiques , de 174^. Il y con- 
sidère les fibres musculaires comme 
des tubes remplis par intervalle d'un 
esprit nerveux , aérien : la troisiè- 
me leçon traite de l'utérus et de ses 
dépendances. IV. La Physionomie 



« 



PAK 

hninaine expliquée ; dnns i^appcii- 
dix des Transaci. phil. pour 174^). 
L'auteur y indique quels sont les 
i7Hiscles que les alFections de l'ame 
JiicUeut en mouvement. V. Obser- 
vations philosophiques sur l'analo- 
f^ie quilj^ a entre la propagation 
(les rniniaux et celle des végétaux ; 
traite ingénieux, dit le docteur Ai- 
kin , où, après avoir examiné les 
diflcrcnts systèmes sur la génération , 
Parsons en propose un nouveau. II 
s'attaclie surtout â discuter les faits 
relatifs à la reproduction des poly- 
pes , et à réfuter les arguments qu'on 
en a tirés par rapport à la matéiia- 
litè et à la divisibilité de l'ame, VI. 
Aulrcs écrits, dans les Trans. phil. , 
sur des points d'anatomie et de phy- 
siologie, notamment sur la dissec- 
tion d'un rhinocéros , avec des fi- 
gures bien exécutées. YII. Festiii;es 
(Kemains) rZ<? Javhet, ou Recherches 
historiques sur V affinité et V origine 
des langues européennes , 1 7G7 , in- 
4"^.; ouvrage savant et qui suppose 
})eaucoup de recherches , niais dont 
l'auteur a accordé trop de confiance 
à des traditions fabuleuses et à des 
monuMîents douteux. Il croit recon- 
naître , dans les habitants des îles 
britanniques , les descendants en 
liane directe de Gomer et Magog 
m! us de deux mille ans avant J.-(^.), 
iwcc les vestiges de leur langue pri- 
mitive. L. 

PAiiSONS (Abraham), voyageur 
anglais, fut nommé, eu 1767, con- 
sul et agent de la marine à Scande- 
roiiu, sur la côte de Syrie; il y ré- 
\\:i trois ans. Des affaires de com- 
merce lui firent alors eut; éprendre 
nn voyage dans la partie du pays 
située à l'est d'Alep; il alla jusqu'à 
Bassora, s'.embarqua pour Bombay, 
puis revint en Egypte par la mer 
Kuuge. l'Lnlin* il alla s'établir à Li- 



PAR 3r 

vourne, oii il mourut en 1785. 11 
avait écrit la relation de toutes ses 
courses , qui ne fut publiée par ssi 
famille que long - temps après sa 
mort: elle est intitulée : Fojages 
en Asie et en Afrique , Londres , 
1808, in-4^. On reconnaît aisément 
que ce livre a été écrit par wn hom- 
me occupé principalement de com- 
merce. Tl narre sans prétention; ses 
observatiojis sont exactes. On en 
trouve \n\ extrait dans le tome xxa 
des Annales des vovagcs. E — s. 

PARTllAMASlfelS, prince de la 
race des Arsacidcs, et fils de Pacorus, 
roi desParthes, fut déclaré roi d'Ar- 
ménie par son oncle Cliosroès , qui 
avait succédé à Pacorus sur le trône 
de Perse. Nous ignorons comment 
Parthamasiris avait été privé de la 
couronne paternelle, et quels furent 
les événements qui amenèrent son 
établissement en Arménie. Exeda- 
rès ou Axidarès (i)y régnait alors 
en prince indépendant des Parthcs 
et des Romains (2). 11 en fut chassé; 
et Parthamasiris reconnut tenir sa 
couronne du roi des Parthcs. Cette 
révolution attira vers POrient les re- 
gards de Trajan , qui avait terminé 
la guerre contre les Daces, et qui, 
depuis long- temps , avait à se plain- 
dre des insidtes des Parthcs. Déjà il 
était en marche pour aller pacifier 
la Syrie et les autres provinces de 
l'Asie qui avaient été ravagées par 
les invasions de Pacorus, lorsqu'on 
l'an r 06, il reçut à Athènes les ambas- 
sadeurs de Ghosroès, qui venaient 
luidemander , pour Parthamasiris et 



(i^ C'est sais autorité que Vaillant, et npr<'s lui 
M. Viscouti ( frninig. grec/. , t. Il , ]». i(iK , ot t. m, 
1>. 117 ), suppriseut <£ue ce p:ince c-tait frère do Par- 
tiiiiina.sii'Ï!). 

(ot) On a siippos»? ciirorc fort sratnitptnpilt que 1« 
roid'Arm^'nic .rliassc p r ParllMiiia.sii'i,s,ft:iit dipcii- 
rii.nt des Iloiualns ; le co: trair»^ est foriui'IlRnii-ut 
o'uoi oé par'Di..n Castiinii, I. LXVIIl, «^ i-. 



32 



PAR 



son fils, le royaume d'Arménie, as- 
surant qu'Exedarès avait, abdique la 
couronne. Celte demande était ac- 
compagnée de magnifiques présents 
et de pressantes supplications. Tout 
fut refuse ; et Trajan se l)âta de pas- 
ser en Asie. Les Part lies turent clias- 
scs d'Antioclie, et obliges de repas- 
ser riuiplirate. Abgare, roi de l'Os- 
rhoène, tous les rois et tons les dy- 
nastesde ces re'gions s'empressèrent 
de lui envoyer des présents, ou de ve- 
nir se soumettre en personne. I/em- 
reur tourna ensuite ses pas vers l'Ar- 
incnie. Redoutant les événements , 
Partliamasiris s'enipressa d'écrire à 
Trajan; il avait pris le titre de roi : 
aussi sa lettre resta sans réponse. 
Partliamasiris bii écrivit de nou- 
veau , mais il ne prit aucun titre • il 
priait seulement l'empereur de lui 
envoyer M. Junius, gouverneur de 
la Gappadoce , pour qu'il put lui 
communiquer ses intentions. Trajan 
se contenta d'envoyer le fils de 
Junius; et, sans s'arrêter, il mar- 
cha vers Samosate, qui se rendit à 
la première sommation. Cette indi- 
cation de Dion Cassius ( i ) nous 
apprend que le nouveau roi d'Armé- 
nie était entré à main armée sur le 
territoire romain; car, depuis Ves- 
pasien, la Commagène, dont Samo- 
sate était la capitale, faisait partie 
de l'empire. Trajan arriva bientôt 
après à Satala, ville frontière de l'Ar- 
ménie sur l'Eupîirate; il y reçut les 
présents d'Anchialus, roi des Hé- 
nioches et des Machélons , peuples 
qui habitaient le Caucase. Arrivé à 
Elegia , il attendit Parthamasiris , 
qui vint bientôt le trouver. L'empe- 
leur le reçut assis sur son tribunal; 
et Parthamasiris s'empressa de dé- 
tacher son diadème , pour le mettre 

(i) L. LXVlI[,§i(). 



PAR 

à ses pieds, croyant qu'il le lui ren- 
drait, comme autrefois Néron l'a- 
vait fait à Ti ridâtes. Une victoire si 
facilement obtenue, et le spectacle 
d'un Arsacide prosterné comme un 
captif, frapjièrent d'étonnemcnt tou- 
te l'armée romaine, qui manifesta sa 
joie par de bruyantes acclamations. 
Partliamasiris en fut irrité : il vou- 
lut se retirer , mais voyant qu'il était 
entouré, il supplia l'empereur de le 
dispenser de parler devant la foule 
assemblée ; on le conduisit alors 
dans la tente de Trajan, qui refusa 
de lui accorder ce qu'il desirait. Ce 
refus irrita encore plus le prince par- 
the. L'empereur le fit alors reparaî- 
tre devant son armée; et, pour qu'il 
ne se répandît pas de faux bruits sur 
les propositions faites par le roi 
d'Arménie , il l'obligea de déclarer 
publiquement ce qu'il voulait. La co- 
lère de celui-ci ne connut plus de 
bornes : il s'emporta en paroles in- 
jurieuses contre l'empereur, qui trai- 
tait avec tant d'indignité un roi qui 
n'était pas son captif, et qui n'avait 
pas même été vaincu. Trajan se con- 
tenta de lui répondre que l'Arménie 
était aux Romains, et qu'il ne pou- 
vait la laisser qu'à des rois amis des 
Romains; qu'au reste il était libre 
de se retirer où bon lui semblerait. 
H lui donna ensuite une escorte, et 
le renvoya, lui et tous les Parthes 
qui l'avaient accompagné. C'est ici 
que M. \isconti et beaucoup d'au- 
tres terminent l'histoire de Partha- 
raasiris. Il est cependant difficile de 
croire qu^meentrevueaussi peu ami- 
cale n'ait pas eu d'autre suite, et 
qu'un prince irrité sans avoir été 
vaincu , n'ait pas eu recours à la voie 
des armes pour conserver un royau- 
me qu'il possédait, et où son enne- 
mi avait à peine mis le pied. La cho- 
se n'est guère vraisemblable. Ce pas- 



PAR 

.«îcige (le Sextus Rufus : Sublato dicule- 
mate y régi Armeniœ majoris re^- 
nani adeniit , indique quel jiic chose 
de plus. Aussi Eutrope ( i ) dit-il qu'à 
la suite des démêles de Trajan aA'cc 
Par[haraasiris , ce dernier fut tué. 
Siumaise {'x) pensait qu'il fallait en- 
tendre par-là que Parlhamasli-is avait 
clé mis à mort par ordre de Trajan. 
Casaubon et beaucoup d'autres cri- 
tiques ont combattu cette opinion , 
bif'ji à tort, à ce qu'il nous semble. 
Elle est encore confirmée par un pas- 
sage de Dion Gassius , qui dit dans 
Xi pli il in (3), que Trajanjmnit le roi 
cf Arménie '.Jly.^Oy.'X'-latovj rïi rôv A.c- 
liî'jixv èriuLupTi'jy-o. On ne doit pas 
entendre avec Keiraarus (4), pur ces 
paroles, une simple punition , comme 
l'aurait été la privation de la cou- 
ronne ; s7LiJLupr}fjxzo dit plus , il indi- 
que une peine capitale. Au reste, s'il 
pouvait encore y avoir quelques dou- 
tes sur la fin tragique de Partliamasi- 
ris , nous allons rapporter un pas- 
sage de Fronton, nouvellement dé- 
couvert par l'abbé Mai, qui suffira 
pour les faire disparaître. Le philo- 
sophe s'exprime de manière à ne 
laisser aucune incertitude sur le sup- 
plice du roi d'Arménie , dont il fait 
même un reproche à la mémoire de 
Trajan , et qu'ilregarde comme une 
tache pour le nom romain ; Trajano, 
dit-il , cœdes Parthamasiri res;is 
supplicis haïul satis excusata. ta- 
metsi ultrb ille vim captans , tu- 
inuhu orto , meritb interfectUs est^ 
meliore tamen Romanoruni famd 
inipimè supplex abisset, quàinjure 
supplicium luisset. Namque ialiuni 
facinoriim causa facti latet, fac- 



(i) Lih. Via, cap. art 5. 
(a) ^1d Spartiani Jdrian., c. 5 , p. /,S. 
(.») Dion Cagsius, lib. LXVIII, ^ i8. 
(\) Dion Ca«siu3,t. U, p. ii<5. 

XXXlît 



PAR 35 

tuin spectatur : lon^eque]prœstai 
secundo gentium rumore injuriaia 
ne gU gère , quant adverso lindicare 
(ij. , S. M—^. 

PARTIIAMASPATES , prince ar- 
sacide, (ils d'Osdroès , roi d'Armé- 
nie, fut déclaré roi des Parthes, eu 
l'an 1 »5, devant une nombreuse-as- 
semblée de Romains et de Parlhes 
réunis, par ordre de Trajan, au mi- 
lieu d'une vaste plaine, près de Ctesi- 
phon, capitale du royaume. Depuis 
plusieurs années , Trajaji faisait la 
guerre à un roi des Parthes dont le 
nom nous est inconnu. Cenepouvait 
être Ghosroès, dont d n'est j^as ques- 
tion une seule fois au milieu de tous 
ces événements , et dont la chrono- 
logie arménienne place la mort en 
l'an 1 1 1. Il est probable qu'à cette 
époque, plusieurs prétendants se dis- 
putaient l'empire; ce qui contribua 
sans doute à faciliter les progrès de 
Trajan. La Chronique deMalala par- 
le d'un IMeherdotès , qui régnait alors 
sur les Parthes, et qui périt en com- 
battant les Romains dans l'Euphra- 
Icse. Son fils Sinatrocès continua la 
guerre; Osdroès, roi d'Arménie, son 
oncle, envoya son fds Parthamas- 
pâtes à son secours. Les deux prin- 
ces ne tardèrent pas à se broudier. 
Trajan engagea Parlhamaspates à se 
joindre à lui, prcmeltani de le faire 
roi des Parthes; l'alliance ïul bien- 
tôt conclue , et , après la prise de 
Ctesiphon , l'empereur s'acquitta de 
sa promesse. Le règiic de Partha- 
raaspates fut de courte durée : un 
prince élevé sur le trône par les Ro- 
mains ne pouvait plaire long-temps 
aux Parthes, qui le chassèrent peu 
après, sous le règne d'Hadrien. L'em- 
pereur , voyant que Parthamaspatcs 



' \) Tnimloni», Piiitcifiia liiflorier , p. 



(i)et .'jo, 



34 



1>AR 



no jouissait pas (ruiic f^rnndr consi- 
dération parmi eux, le rappela , ef lui 
donna à goiivorner nu royannie qiio 
les anciens historiens ne nous font 
pas connaître. S. M — -n. 

PARTHElNAY (JeanLarchevê 
<>ITE de) , sci<i;ncur de SonLise, der- 
nier mâle de l'ilinstre maison de Par- 
thenay , en Poiton, se signala par- 
mi les capitaines calvinistes du sei- 
zième siècle. Apres avoir embrasse' 
la reforme à la conr de Ferrare , il 
l'introdnisit dans sa terre de Sonbi- 
se, se flatta même, dit- on, de ga- 
^nev Catherine de Medicis , et mon- 
tra constamment le pins grand zèle 
pour sou parti. Le prince de Conde 
îe choisit pour commander dans 
Lyon, à la place du baron des Adrets. 
Il sut conserver cette place, avec au- 
tant de prndencc que de courage, 
contre les efforts du duc de Nemours, 
qui l'assiégeait , contre les négocia- 
tions artificieuses de la reine-mèie, 
et contre les intrigues du baron des 
Adrets , (pii cherchait à se venger 
sur son parti de l'affront qu'il pré- 
tendait en avoir reçu par la mission 
de Soubise. On dit que les Catholi- 
ques ayant amené' la femme et la 
fille de ce dernier à la vue de la 
place, en le menaçant de les égorger , 
s'il n'ouvrait les portes à l'armée 
royale , les deux héroïnes l'exhortè- 
rent fortement à tenir ferme , quoi 
qu'il leur en pût arriver. Il mourut, 
en i566 , à cinquante - quatre ans , 
respecté des Calvinistes et redouté 
des Catholiques. Les dépositions de 
Poltrot , meurtrier du duc de Guise, 
le chargèrent considérablement. — 
Anne de Partuenay, sa sœur, fem- 
me du comte de Marennes, se ren- 
dit célèbre à la cour de Ferrare, par 
son esprit, ses grâces et ses talents. 
Elle avait une très-belle voix , et sa- 
vait parfaitement la musique, îe grec 



PAR 

et le latin. Elle aimait à s'entretenir 
avec les savants sur des matières de 
ihcologie. Sa ciu'iosité lui devint fu- 
neste; eileeml)rassa les erreurs non- 



que 



Renée de France avait 



introduites dans sa cour. T — d. 

PARTHENAY ( Catherine Lar- 
cuevêquede), fdle unique du pré- 
cédent, épousa , en 1 5fi8, Charles de 
QuelléneCy bf^ron de Pont, dont elle 
se sépara, au bout de deux ans, pour 
cause d'impuissance. Elle se rema- 
ria, en iS-jS, à René; vicomte de 
Rohan, mort en i58^^. Cette dame 
avait l'esprit très-orné , et cultivait 
les belles-lettres avec succès. Elle fit 
imprimer, en i57'i, (juelques poé- 
sies de sa composition, sans comp- 
ter beaucoup d'autres qui n'ont pas 
vu le jour , parmi lesquelles on peut 
comprendre sa tragédie à^/Jolopher- 
ne ^ qui fut jouée pendant le fameux 
siège de la Rochelle, en iS-jS. On a 
encore d'elle une Apologie pour le 
roi Henri IF, envers ceux qui îe 
blâment de ce qu'il gratifie plus ses-'j 
ennemis que ses serviteurs. On trou- 
ve cette pièce dans le quatrième to- 
me du Journal de Henri III, édit. 
de 1744? iii -8". La duchesse de Ro-] 
han était piquée de ce que ce prince 
n'avait pas voulu épouser sa fille, et 
de ce qu'il n'avait pas pour la mai- 
son de Rohan toute la considération 
qu'il devait avoir. Aussi cette satire 
ingénieuse, mal-à-propos attribuée 
à Cayet , contient - elle une ironie 
perpétuelle des vertus du monarque. 
M™*^. de Rohan , zélée calviniste , 
s'enferma à la Rochelle avec sa fille. 
Pendant le siège , elles vécurent trois 
mois de cheval et de quatre onces de 
pain par jour; et, n'ayant pas vou- 
lu être comprises dans la capitula- 
tion, ellesfurenttransportécsà Niort, 
et renfermées dans une étroite pri- 
son ; rigueur sans exemple , s'écrie 



PAR 

le fine dcRohan , dans ses Meiiioir;\s, 
qiCune personne de cette qualité , 
à Vd'^e de soixante-div ans , jiit 
renfermée dans une dure prison , 
sans lui donner un seul domestique 
j)Our la serifir , et sans lui permet- 
tre V exercice de sa religitm. L » mè- 
re inourat au Parc en Poitou, en 
i63i , âgée d'environ soixante-dix- 
sept ans. L'éducation qu'elle avait 
donnée au célèbre Henri de Rolinn , 
son fils aine , ne contribua pas peu à 
faire germer les sentiments d'un cou- 
rage indomptable qui brillèrent en 
bii. On en peut dire autant de sa fille 
Catherine, mariée au duc de Deux- 
Ponts, morte le lo mai 1(307, et 
si connue par sa belle réponse à 
Henri IV : J'ai trop peu de bien 
pour être votre femme , et je suis de 
trop bonne maison pour être 'votre 
maîtresse. T — d. 

PARTHENIUS de NICÉE, poè- 
te grec, était (ils d'Hcraclides ctd'Eu- 
doras. Suidas nous apprend qu'il fut 
fait prisonnier dans la guerre contre 
Mitliridate, et amené à Rome, où 
ses talents lui valurent la liberté. On 
croit que c'est le même Parthenius 
que Lucien a en en vue, dans son 
traité de la Manière d^écrire l'his- 
toire y OÙ il lui reproche la longueur 
de ses descriptions. Virgile n'a pas 
dédaigné de lui emprunter quelques 
vers ( r. Aulugelle, xiii, '2G, et 
Macrobe , v, 17 ). Tibère, qui, 
comme l'on sait, aimait les lettres, 
avait pris les ouvrages de Parthe- 
nius pour modèles , et fait placer 
son ]iortrait dans les bibliothèques 
publiques ( Voy. Suétone , Fie de 
Tibère^ c\\. 70); mais on a eu tort 
d*cn conclure que l'auteur vivait 
encore sous le règne de ce prin- 
ce. Parthenius avait compose des 
Elégies amoureuses y un Eloc^e fu- 
nèbre de sa femme Arcté , divisé en 



PAR 35 

trois livres, et des 3fél amorj>hoses ^ 
qui peuvent avoir été utiles à Ovide. 
C'est probablement à ce poème qu'ap- 
partiennent les vers sur Biblis , que 
Parthenius rapporte dans le onziè- 
me chapitie du seul ouvrage qui nous 
reste de lui : De amatoriis ajj'ectic* 
ràbus liber. C'est un recueil de tren- 
te-sept anecdotes , d'autant plus pré- 
cieuses, qu'elles sont tirées d'ouvra- 
ges dont aucun ne nous est parvenu : 
Parthenius l'adresse à CorneHus Gal- 
lus , qu'il invite à y choisir des su- 
jets d'élégies ( F. Gallus ). Il a été' 
publié , pour la première fois , d'a- 
près le seul manuscrit que l'on en 
connaisse, et avec la traduct. latine 
de Janus Cornarius , Baîe , i53i , 
in -H". Cette édition est plus raie 
que recherchée. Il eu existe une sc- 
con !e,dc i555, dans la même ville; 
et cet ouvrage a été réimprimé plu- 
sieurs fois, avec les romans grecs 
d'Achilles Tatius , d'Eustathe , de 
Longus , etc. Th. Gale l'a inséré dans 
V Historiœ poëticœ scriptores ( Voy. 
Th. Gale). Mais la meilleure édition, 
sans contredit , est celle que Heyne 
a publiée, avec les corrections de 
Lucas Legraiid, Gottingue, 1798, 
in-8^. Le recueil de Parthenius a été 
traduit en français ( F. Jehan For- 
mer, XV, 278). On croit que le 
Moretus^ poème (pie certains criti- 
ques attribuent a Virgile , n'est qu'u- 
ne imitation d'une pièce grecque 
de Parthenius. On peut consulter , 
pour plus de détails, le curieux ar- 
ticle que Fabricius a consacré à ce 
poète , dans le tome 11 de sa Biblioth. 
grœca, p. 675 et suiv. , et surtout la 
Lettre critique de Bast à I\T. Boisso- 
nade , sur Antoninus Liberalis , etc. 
Paris, i8o5, in-8'^', , qui contient 
depuis la page 1G8 jusqu'à la pai^e 
uo(). d'importantes coi-rcctions sur 
le texte de Parthenius. W — '^. 



3r. 



PAU 



PARTICIPATIOouPARTICÏAC- 
CIO ( AîVGE ) , ori2;inaire d'iicraclce, 
fut c'ipvc à la digiiile ducalo par les 
Vénitiens , dont il avait ete le libe'- 
rateur dans nn moment de danger. 
Obelerio était doge, et avait men- 
die l'appui de la France, contre son 
prédécesseur, lorsque simple parti' 
Gulier et conspirateur impuissant , 
il avait e'ie contraint de chercher un 
asile dans ce royaume. Pcpin , fils de 
Charlemagnc , et roi des Lombards , 
venait de s'emparer de l'Istrie et du 
Frioul : il écrit à Obelerio de se join- 
dre à ses troupes prêtes à envahir la 
Dalmatie, ne soupçonnant pas un 
refus de la part de son ancien pro- 
tège. Le doge ne put engager les Ve'- 
nitiensà seconder un voisin déjàtrop 
puissant, qui occupait presque toute 
la rive occidcnlaie de leur golfe. Pé- 
pin, irrite, livre aux flammes Aqui- 
iëe et Heraclee. Les Veniliens , sou- 
tenus par une flotte grecque , ayant 
repondu à ces hoslililës , il leur en- 
leva la tour de Brondolo , les îles 
de Chiozza et de Paleslrine , en- 
tra dans Albiola , et se pre'senta de- 
vant Malamocco , sic'gedu gouverne- 
ment, qui n'avait pour défense que 
son étroit canal. Participatio, que la 
déposition du doge laissait pour chef 
à une population abattue, l'entraîna 
tout entière à Kiaito , oiî un bras 
de mer plus étendu pouvait favori- 
ser une vigoureuse résistance. Les 
vaisseaux de Pépin, attire's près de 
la terre par les bâtiments légers des 
"Vénitiens, éprouvèrent, quand la 
piarée vint h baisser, le désavantage 
d'une immobilité forcée, et ne pu- 
rent se retirer qu'en grand désordre. 
Le roi lombard s'en vengea par la 
dévastation des îles qui étaient en son 
pouvoir. Participatio , élu doge en 
Bo6, et assiste de deux tribuns an- 
nuels, eut à réparer ces désastres. 



PAR 

L'année suivante, il conclut un traité 
qui plaçait la république sous la pro- 
tection de l'empire de Goiistanlino- 
ple, et satisfaisait à un double intérêt, 
en facilitant son commerce au Le- 
vant , et en lui donnant un appui 
politique trop éloigné pour devenir 
oppresseur. Rialto demeura le centre 
du gouvernement. Soixante petites 
îles qui l'environnaient, furent join- 
tes par des ponts , et comprises dans 
une enceinte : tels furent les coin- 
niencemcnts de Venise. Participatio 
fit construire à Olivolo , une église 
cathédrale et un palais ducal , sur 
le même emplacement que le palais 
d'aujourd'hui. Malamocco , Pales- 
trine , Chiozza , se relevèrent de 
leurs ruines; Héraclée reparut sous 
le nom de Ciltà-Nuava. Particijîatio 
gouverna dix-huit ans , et maintint 
l'état dans une longue paix, que 
deux événements troublèrent à peine. 
Le patriarche d'Aquilée , suivi de la 
noblesse du Frioul, attaqua le pa- 
triarche de Grado , et fut battu pai 
l'armée vénitienne , qui exerça d< 
cruelles représailles sur les côtes di 
Frioul. Une conjuration, ourdie pa^ 
trois chefs , fut étouffée par la \)\\m\ 
tion de ses auteurs. Participatio as- 
socia successivement à son autorité 
Jean et Justinien, ses fils. — Celui-ci| 
faible de corps et de courage, suc- 
céda , en 827, à son père. C'est sous] 
ce doge que fut transféré d'Egypte à 
Venise le corps de i'évangéliste saint 
Marc. Ces vénérables restes étaient 
gardés par deux prêtres grecs , dans 
une é2;lise d'Alexandrie. Dix vais- 
seaux vénitiens stationnaient dans 
la rade. Un de leurs capitaines en- 
gagea les deux prêtres à lui céder 
les reliques de î'apôtrc : ils coupè- 
rent avec précaution l'enveloppe qui 
les renfermait • et pour que le zèle 
des fidèles ne se refroidît point , ils 



PAR 

y siil)stitiHîrent le corps de saint Clau- 
dien. Celui de saint Marc , arrive à 
la flotte , fut caché dans des voiics, 
et atiaclié à une antenne. La vigi- 
lance musulmane fut trompée : Jc 
vaisseau chargé de ce dépôt fut en 
vain assailli par une tempête, sui- 
vant le récit du vieil historien Sa- 
bellicus; le saint fut porté à la cha- 
pelle ducale, au milieu d^un enthou- 
siasme universel, et son nom devint 
un cri de ralliement national. Le do- 
ge Justinien légua une soranie pour 
la construction d'jine église de Saint- 
Marc , et mourut peu de temps après. 
— Urso Parïicipatio, 7°. doge de 
cette famille , en 912, est plus connu 
sous le nom de Badocro (Z-^. cenom ). 

F— T. 

PARTS (Jacques des). F. Des- 

PAIiïS, Xr , 'i2l. 

PARIJTA (Paul), historien ita- 
lien , naquit à Venise, le 14 mai 
1 540, d'une ancienne famille de Luc- 
ques, établie à Venise depuis plus de 
deux siècles, Barthélcmi Paruta, l'un- 
de ses ancêtres, avait conquis le patri- 
ciat , en armant à ses frais deux, ga- 
lères, et en payant , de ses deniers , 
mille sohiats dans la guerre de Ghiôz- 
za , en i38i. Envoyé à l'université 
de Padoue , Paul étudia, sous des 
maîtres habiles , la théologie , la 
jurisprudence et l'art oratoire. De 
retour à Venise , il s'entoura de gens 
de lettres ,' réunit dans son palais 
une espèce d'académie, et contribua 
presque autant que les Manuces à 
cleVer sa .patrie au rang des na- 
tions savantes. Il se préparait dès- 
lors à la vie publique ])ar des études, 
dont ses ouvrages politiques attestent 
l'étendue. Ces études lui inspirèrent 
la pensée d'écrire une histoire n.itio- 
nale, celle de la guerre de Cypro, et 
il osa l'écrire en italien. Nommé his- 
tofiograiTiie de la république , le sd- 



PAR 37 

nat lui fut ouvert en i58n.Dcux ans 
après, il fut appelé à la dignité de 
su^e de terre J'arme , c'est-a-dire, 
à l'adminislralion générale. Paruta 
fut réélu huit fois à cette charge im- 
portante; et les années suivantes le 
virent successivement membre du 
conseil des soixante ( 1687), envoyé 
prèsderarchiducd'Autrichc( I ^89), 
surintendant de l'artillerie, gouver- 
neur de Brescia ( iS^o), enîin am- 
bassadeur à Rome ( 1 59'i). Dès 1 062, 
il avait suivi, à Vienne, Michel Su- 
riano, homme consommé dans les 
aff.iires, alors chargé d'une mission 
près de l'empereur et du roi des 
Romains. A leur retour , ils s'ar- 
rêtèrent à Trente , où le concile 
était assemblé ,• et le jeune Paruta y 
connut les hommes les plus remar- 
quables du clergé d'Italie. On ^eut 
voir comment il les peint, dans son 
Traité de la Pie poluique, dont ils 
sont les interlocuteurs. Ce séjour ne 
fut point perdu pour Paruta : ses né- 
gocialions avec Clément VII l , sou- 
vent difùciles, furent toujours heu- 
reuses ; et l'ambassadeur en fut ré- 
compensé, en 159G, par la charge 
de procurateur de Saint-Marc, la se- 
conde de la république. Nommé sage 
de Vinqidsitlon^ et bientôt appelé , 
pour la troisième fois, en qualité de 
sage-grand, à préparer les résolu- 
lions les plus importantes du collè- 
ge, qui était le conseil d'état de Ve. 
nisc ; il fut encore élu réformaleur 
de l'université de Padoue , et chargé, 
pour la seconde fois, du soin des 
subsistances publiques, emploi du 
premier ordre dans une aristocratie 
dont on connaît la maxime, relati- 
vement à la classe populaire : l-'ane 
in piazza, giusliziain palazzo. Pa- 
ruta avait clé nommé surintendant 
des forteresses; et le sénat venait de 
lui'coulier trois missions diploma- 



38 



PAR 



tiques dans une même année, lors- 
que Ja mort le surprit, le 6 dcccm- 
hie 1 5()8 , et non le 1 5 février 1 599, 
comme l'a cru De Thon , qui lui rèiid 
ce])eau tcmoii:;!iage : Virrard in ex- 
plicandis neu^oliis solertld et elo- 
quentid, quas vi7tutes variis Ici^a- 
tionilnis exercuit , et scripiis, quœ 
i7iag7io preiio intcr ci\>ilis pruden- 
iiifsectatores jnentbliahentur, con- 
sipiavit. On a de lui : I. Délia per- 
Jezione délia vita polhica , libri 
tre, Venise, 1579, i586, 1699, 
i65o, in -40. Ce Traite est souVla 
forme d'un dialogue, à la manière 
des anciens; ce sont des lieux-com- 
muns de pliilosopliie, de morale et 
de politique , à travers lesquels on 
reconnaît quelquefois une vue péne- 
Iranle, et presque toujours un esprit 
judicieux : il a c'te traduit en anoîais 
et en français. TT. Viscorsi poUiicl , 
dwisi in due libri , nei rptali si con- 
siderano diversi fatli iÙustri e me- 
morahili di principi e de repuhliche 
antiche e moderne ^ Venise, 1599; 
Ciènes, 1600; Venise, 169.9, i65o, 
in- 4^. Le premier livre offre quinze 
Discours sur Kome et sur Atlicncs ; 
le second, des Considérations sur la 
politique contemporaine et suv Ve- 
ïiise. En développant les causes de 
la grandeur et clc la décadence des 
Romains, la sagacité de l'auteur a 
])révenu plus d'une fois le génie de 
Montesquieu. En comparant leur his- 
toire à celle de sa ])atrie , en apro- 
fondissant la constitution des répu- 
bliques anciennes et modernes, ses 
jugements décilent un esprit juste, 
étendu, quelquefois profond; et, lors 
même que les sujets de ces Discours 
sont d'un rhéteur , on y reconnaît 
les méditations d'un homme d'état. 
Ils ont élé traduits en allemand. III. 
Soliloquio ^ net (piale fa un brève 
esume di luiLo il corso délia sua 



PAR 



Dis-^i 



I 



vita, imprimé à la suite des 
cours po!iti(jues. Ce morceau porte 
r«mpreiute d'une piété sincère, ct^HÉl 
fait très-bien connaîlie le caractère^^H 
de l'auteur. IV. Oraiione funèbre '• 
in lande de' niorti nella vittoriosa 
batta^lia contra Turchi set^uita a 
Curzolari Vanna 1571 , Venise, 
1 57 '.i, in-4^. V. Stoiia Feneziana , 
divisa in due parti, Venise, i6o5, 
1645, 1703 et 1718, in-4^- l^a pre- 
mière partie se compose de douze 
livres* elle fait suite h l'histoire du 
cardinal Bembo, et s'étend de l'am 
1 5 1 3 à l'an 1 553. La seconde , écri- 
te avant l'autre, n'a que tiois livres 
c'est le récit de la guerre des prince 
chrétiens contre Sélira II, à l'occa- 
sion du royaume de Cypre, enlevé 
par les Turcs aux Vénitiens en 1571. 
La vie politique de Paruta fut trop 
])leine pour lui permettre de remplir 
la lacune qui sépare ces deux his- 
toires , lesquelles auraient embrassé 
toutes les affaires d'Italie, depuis le 
pontificat de Léon X jusqu'à la ba- 
taille de Lépante et aux premières an 
nées de Grégoire XIII. Sa premier 
partie est un écrit olilciel, et l'on s'en 
aperçoit quelquefois ; mais c'est toiW 
jours à son insu qu'il cède aux ins- 
pirations de l'orgueil national. « Le 
» premier, dit M. Daru, il a eu le mé-. 
» rite d'introduire dans sa narration 
V lesdétailsdel'histoire civile, ordi- 
T) nairement dédaignés par les écri- 
» vains, au milieu des récits des guer- 
» res et des révolutions. » Le style 
de Paruta est généralement clair , 
et d'une gravité soutenue. Il ex- 
prime sa pensée avec netteté , avec 
éîégancej mais il ne la peint jamais. 
On sait (|u'il avait d'abord écrit en 
latin les quatre premiers livres de 
son Histoire. Les biographes ita- 
liens louent beaucoup ce travail , qui 
n'a pas élé publié. Celte Histoire 




PAK 

tftë traduite en anglais , par H. Ca- 
ry , comte de Monmoiitli , traduc- 
teur des Discours poUliques, A}M)s- 
tolo Zeno a donne une nouvelle c'fU- 
tion de la Storin veneziana , de Pa- 
ruta, avec une Vie de l'auteur, que 
ses coutemporains aTaient surnom- 
me le Caton de J^enise. Celte Vie 
est la seule exacte, et il faut se dé- 
fier de toutes les autres. F — ï {3 

PAHUTA (Philippe), anticpiaire, 
né à Palerrae, vers le milieu du sci- 
iuènie si cle , d'une famille noble, 
s'appliqua dès sa jeunesse avec ar- 
deur à l'élude. Après avoir achevé 
ses cours , il reçut le laurier doctaral 
d.ius la doul)!e faculté de droit, et fut 
<liar!;é de diîïéients emplois, qu'il 
remplit d'une manière Irès-lionora- 
l)le. Ses talents et l'amabilité de son 
caractèie le firent rechercber des 
plus grands seigneurs de la Sicile : le 

Ivîince de Eutura , qui ne pouvait 
aisser passer un jour sans le voir, ne 
■se mettait point à table que Parula 
ne fût arrivé, s'il était retenu j)our 
quelques alfaires. Il fut nommé , vers 
1 3Ç)8, à la place importante de secré- 
taire du sénat cle P.derme , et mourut 
en cette ville, le i5 octobre iG'29, 
.dans un âge avancé. Parufa était l'un 
•des membres les plus distingués des 
.académies des Accensi et des Bescy- 
luti. Ant. Mongitore lui a donné des 
éloges (|ui paraissent exagérés , dans 
la BiblioUieca Sicida, 11, \ 7376 , oîi 
l'on trouvera la liste de tous les au- 
teurs qui l'ont cité, et le Catalogue 
détaillé de ses productions , tant im- 

{)rimécs (pie manuscrites. L'ouvrage 
e plus connu cle Parula , est intitulé : 
Tva Sicilia dcscriUa cou médaille ^ 
Palerme, iGiu , in-fol. Ce volume , 
qui est très-iare, ne contient que les 
méilailles de la wSicile, sans les ex- 
plications ; il a été réimprimé à Ro- 
me , en i(i/i9, avec une suite, par 



PAS 



39 



Monardo Agostini , et plusieurs fois 
depuis, avec de nouvelles add il ions 
{F. Agostim, 1, 3o5 ). Les expli- 
cations de Parula , long-temps atten- 
dues , n'ont pas été publiées : elles 
avaient été lemises avec quelques au- 
tres de ses ouviages, par son fils , à 
IMarrhesi, négociant palermitain, qui 
s'était chargé de les faire imprimer à 
Venise , où il se rendait pour ses af- 
faires. Mais il mourut dans ce vova- 
ge; et les manuscrits de Paruta pas- 
sèrent , dit-on, entre les mains d'un 
•bénédictin de la' congrégation du 
Mont-Cassin, qui les transporta en 
Allemagne. Mongitore, qui rapporte 
les détails qu'on vient de lire, ne ])a- 
raît pas y ajouter lui-même trop de 
confiance. Parmi les autres ouvrages 
de Paruta, on cite des Descriptions 
de fêtes, des Intermèdes , et des 
Chansons dans le dialecte sicilien , 
publiées dans un Becueil de pièces 
du même genre; enfin, les Éloges 
des poètts siciliens, en vei"s et eu 
prose, que Mongitore se proposait de 
mettre au jour. Mais c'est par une 
grave erreur que Gerdès ( Fiorilt- 
^ium libror. rariorimi ) , et après lui 
Freytag ( Amilecta litteraria), et 
Paner ( Biblioth. libror. rarior.)^ 
lui attribuent : Fulenno anlico , sa- 
crû et nobile , ouvrage qui est incon- 
testablement d'Agos!. Tnvcges ( T^. 
Inveges ), et les Meniorie istoriche 
délia città di Catania^ dont l'au- 
teur est P. Carrera ( P^. Carueba ). 
W— ». 
PAS ou PAAS (Crispin dk ), en 
latin Passœus, dessinateur et gra- 
veur , naquit à Armnyde , en Zélande , 
vers l'année i53(). Tîi. Coornhaert 
lui enseigna le dessin et la gravure. 
11 exerça son art à Amsterdam , à 
CologJic, à Londres et à Paris. Pen- 
dant Sun séjour dans cette dernière 
vdi<c, il publia lui Traité de pers^.cc- 



k 



4o PAS 

Vive et (le dessin, orne de (Igurcs de sa 
composition, et dans lequel il donne 
les proportions de phisieurs esiièces 
d'animaux , tels que chevaux , lions^ 
curs, tigres, éléphants^ moutons ^ 
chats, etc., ainsi que de dilïërenlcs 
sortes à'oiseauxci de poissons. Dans 
une Préface écrite en français , et 
placée en tête de ce Traite, il rap- 
porte les particularités suivantes sur 
sa vie : « Des ma jeunesse, je me 
-» suis adonné à plusieurs et divers 
•» exercices; mais je me suis parti- 
» culièrement attache à estudicr avec 
» les plus fameux maislres , le sieur 
» Freminet, peintre de S. M. T. G., 
» le renomme peintre et architecte , 
» sieur Pctro Paulo Rubens, Abra- 
« ham Bloemart, Paulo Morclson, 
» peintre et architecte d'Utrecht ; 
» mais plus particulièrement le très- 
M noble seigneur Vander Burg, avec 
» lequel je visitai l'académie, oti 
» e'toicnt les plus illustres hommes 
» du siècle , et l'illustre prince Mau- 
» rice, d'heureuse me'moire, pour 
y> enseigner le desseing à l'académie 
» dn sieur Pluvinel , premier ccu) er 
» du roi. » C'est pour rendre té- 
moignage de l'amitié qui le liait 
avec ce dernier , qu'il orna de ses 
gravuo-es l'ouvrage qui parut sous ce 
ti7re : Le Manège royal, ou Instruc- 
tion du roi Louis XIII en V exercice 
de monter à cheval , par messire 
Antoine de Pluvinel , grand vo- 
lume in- fol. Les planches représen- 
tent les diflerents exercices du ma- 
nège, et les portraits de plusieurs per- 
sonnages de la cour de France. Pas 
s'est exercé avec un égal succès dans 
l'histoire et le portrait. C'est pen- 
dant son séjour en Angleterre qu'il 
cultiva plus particulièrement ce der- 
nier genre. Le portrait de Thomas 
Percy est un des plus beaux qu'il ait 
gravés : celui de la B-eine Elisabeth 



PAS 

en hahits de cérémonie, ne le lui c 
de en rien. En général , tout ce qu'o 
possède de cet artiste , est d'une bcll 
exécution et d'un fini extrêmemen 
précieux. Il était très-laborieux. Ou- 
tre le Manège royal , son œuvre se 
compose de plus de cent quarant 
pièces, parmi lesquelles sont quarait 
te portraits et plus de soixante pièces 
de son invention. Parmi celles qu'il a 
gravées d'après d'autres maîtres, on 
regarde comme les plus belles , une 
Suite des quatre èvangèlistes , d'a- 
près Geldorp Gorcius, et une Suite 
de quatre paysages montagneux , 
d'après Breughel de velours. — Cris 
pin DE Pas, dit le Jeune, fils aîn 
du précédent, apprit de lui l'art d 
la gravure* il naquit à Utrccht, e 
1570. On ne connaît de lui qu'un 
très-petit nombre de pièces , soit 
qu'il fût mort jeune, soit qu'il eût 
abandonné de bonne heure la <;ar- 
rière des arts. On regrette qu'il n'ait 
pas produit un plus grand nombre de 
planches; car celles que l'on comiaîi 
de lui annonçaient qu'il eût surpas 
son père ; ce sont , un Portrait 
Jean - Ange IVerd^nhagen et d 
Frédéric , électeur palatin , et tro 
Pièces àeV Histoire de Lazare, do 
la quatrième a été gravée par so 
père. — Guiîlaum.e ue Pas , secon 
fils de Crispin le Vieux, reçut ans; 
les leçons de son père , dont il pa 
vint à imiter avec succès la ma 
nière. ïl passa fort jeune en Angl 
terre, où ses ouvrages eurent le plu 
grand succès. Le nombre des por 
traits qu'il a gravés pendant son s ' 
jour à Londres, est considérable^ 
presque tous sont d'après Van-Dyck * 
et l'élude de ce grand -maître lui a 
donné un style brillant, quoique na- 
turel. Ses portraits, bien que de pe- 
tite dimension , sont recherchés 
cause ds la linessc de rexéculioa 



I 




PAS 

on ciie surtout ceux de Eobert , 
comte d'Esse.v , et de George Vil- 
iiers , duc de Bitckiiif^ham , tous 
lîcux à cheval , et celui de Sir Henri 
Rich , capitaine des gardes, petit in- 
folio ovale, d'un beau fini. — Si- 
mon Di: Pas, troisi(îmc fils de Cris- 
]Mn le Fieux, naquit à Utrcclit, en 
1.574? et ne se distingua pas moins 
que ses frères dans l'art de la gravu- 
re. Également élève de son père , et 
sc'diiil par les succès que son frère 
Guillaume avait obtenus en Angle- 
terre, il se rendit dans ce royaume, 
où Nicolas Hilleard, célèbre peintre 
en miniature , l'employa pour gra- 
ver les portraits des différentes per- 
sonnes de la famille royale. Simon 
s'y fit une assez grande réputa- 
tion , qu'il soutint par diflTérentes 
productions dans des genres divers, 
tels que sujets de dévotion, frontis- 
pices et ornements de livres. Après 
un séjour de dix ans en Ai'gletcrre, 
il pas^a au service du roi de Dane- 
mark. On croit qu'il mourut à Co- 
penhague. Ses ouvrages se font re- 
marquer par unburindélicat, conduit 
avec fermeté et une grande facilité. 
11 a gravé à l'eau-forte les Portraits 
de quatre ducs de Bourgogne, qui 
sont très-estimés; on les regarde com- 
me ce que Teau - forte a produit de 
plus libre et de plus piquant. Ses deux 
plus belles pièces sont celles qui re- 
présentent les Pèlerins d'Emmaïis 
et m^Q Sainte-Famille, demi-figures, 
d'après le Barochc. — Madelène de 
Pas, sœur .des précédents, née à 
Utrecht en iS^G, se distingua dans 
l'art qui a illustré sa famille. Elle 
reçut, comme ses frères, les leçons 
«le son père; mais elle suivit une au- 
tre route, où elle ne s'est pas moins 
fait estimer : elle n'opérait qu'avec 
le burin , dans un style fini et agréa- 
ble. C'est surtout d'après Elsheimer 



PAS 



41 



qu'elle s'est exercée avec succès. Elle 
a cherché à imiter la manière du com- 
te de Goudt ; et, si elle n'est pas par- 
venue à rendre les eflcts de clair-obs- 
cur d'une manière aussi piquante 
que cet artiste , elle en dédommage 
parla douceur du burin et l'harmo- 
nie des tons. La manière dont elle a 
giavé le paysage, la place au rang des 
plus habiles graveurs. On regarde 
comme ses chefs-d'œuvre les Vier- 
ges sages Qi les Vierges folles , d'a- 
près Elsheimer, estampe rare et bel- 
le, de format in-4°., en travers, et 
deux Prtj'5rti,^6'5, d'après Adrien Wil- 
Icret, foimat in-folio. P — s. 

PAS (De ). r. FeuquiÈre. 

PASCAL, anti-pape, était un ar- 
chidiacre de Rome, qui, peu avant 
la mort du pape Conon, s'était as- 
suré de la protection de l'exarque de 
Ravenne pour se faire élire au siège 
pontifical : mais il trouva un anta- 
goniste dans la personne de Théo- 
dore, après le décès de Conon , en 
688 jet les suffrages se partagèrent 
entre les deux contcndants. Théo- 
doie s'était emparé de l'intéiicur 
du palais de Latran, et Pascal de 
l'extérieur. Les premiers magistrats, 
la plus grande partie du clergé et du 
peuple, se réunirent enfin pour faire 
cesser cette lutte scandaleuse; et la 
nomination de Sergius en fut le ter- 
me. Théodore se soumitassezpromp- 
tement; et Pascal ne le fil qu'après 
quelque résistance. D — s. 

PASCAL P'-. (Saint), élu pape 
le 25 janvier 817 , successeur d'E- 
tienne IV, était Romain et fils de Bo- 
nose. Son éducation religieuse, son 
application aux saintes Écritures , 
au jeûne, à la prière; son attache- 
ment aux moines les plus recom- 
mandables de son temps, lui avaient 
fait donner , par Léon III, la direc- 
tion Un monastère de Sr.int Élienne 



kl 



PAS 



près Saliit-Picne, où il faisait de 
pîrandf.s aiinionosà tons les pèlerins 
qui afljuaicntà iio;ne. Aussitotaprès 
sa eoiisecialioii, il envoya , en France, 
des légats , qui portèrent des pré- 
sents à l'empereur Louis le Debor,- 
nairc, et protestèrent, de la part 
du nouveau pape, qu'il n'avait ac- 
cepte le pontificat que par force et 
à regi-et. Ces députes rapportèrent, 
d.il-on , à Rome un acte im])orlant; 
ce fut la confirmation de la dona- 
tion de Pépin et de Cliarlemaoue , 
à laquelle Louis ajouta les îles de 
Corse , de Sardaigne et de Sicile. 
Fieurj ])ense que ce dernier nom 
a ëtc ajoute depuis, parce qu'alors 
la Sicile était sous la domination 
des Grecs j mais il convient que 
Lempereur pouvait bien y^posse'- 
dcr quelques propriétés personnel- 
les , quoique sous une domination 
ctrangère. 11 remarque cette clause 
importante ; « sauf sur ces duchés 
» notre domination en tout et leur 
» sujétion»; ce qui doit s'entendre, 
ajoute-t-il, princi|)a!ement de la du- 
clié de Rome , où Louis et ses suc- 
cesseurs conservèrent \^ souverai- 
neté, ainsi qu'il est prouvé par la 
cuite de l'bistcire. Le même écrivain 
relève une clause de cet acte, où il 
est dit , « que ies Romains éliront 
» librement le pape, et qu'après sa 
» consécration , il enverra de» légats 
» au roi des Français, pour entrete- 
» nir la paix. » Cette convention lui 
paraît suspecte , attendu que l'usage 
contraire , d'approuver l'élection du 
pape , avant qu'il lût sacré , subsista 
même sous le règne de Louis. Quoi 
qu'il en soit , cette donation fut sous- 
crite par l'empereur , ses trois fils , 
4ix. évêques , huit abbés , quinze 
vomies , et (juelques oiî'icicrs du pa- 
lais.. L'Orient était désolé par les 
fureurs des iconoclastes : quelques 



PAS 

Grecs , cliassés par la persécutioi 
8e réfugièrent à Rome. Pascal y foi 
da pour eu\ un monastère, où il 
trouvèrent un asile, ci le libre ex( 
cice de la religion. En France , Le- 
tliaire venait d'être associé à l'em- 
pire, et couronné ensuite à Ron ~ 
])arlepape, en 8.i3 , après la rc 
voltc et la mort de Bernard. L'au- 
torité du nouveau souverain avait 
néanmoins beaucoup d'ennemis. Ils 
tuèrent, dans le palais de Latran , 
deux partisans de Lotliaire ; Théo- 
dore, primicier de l'Église romaine , 
et Léon , nomenclateur , son gendrt 
Le ])ape fut soupçonné d'avoir o 
donnéouconseilléces meurtres. L'e 
peieur Louis voulut être exacteme 
informé. Ses envoyés avaient déjà 
été prévenus en France par ceux du 
pape, qui venaient protester de son 
innocence. Les fils de l'empereur 
vinrent aussi à Rome, pour s'assurer 
de la vérité du fait , et n'y réussirent 
point. Le pape se purgea par ser- 
ment en leur présence , devant le 
peuple romain , dans le palais de 
Latran, assisté de trente-quatre évê- 
ques, avec des prêtres et des diacre^^^ 
Telle était alors la forme des j>'K<^^| 
lorsque le eoml3à^™l 



m 



ments criminels 

judiciaire n'avait pas lieu; telle fut 
l'origine de ces coTijiirateurs , dont 
le témoignage suffisaitpour absoudre 
un accusé. Pascal , au surplus , r( 
fusa de livrer les véritables me 
triers , parce qu'ils étaient de la fa- 
mille de saint Pierre, et sous prétexte 
que Théodore et Paul , assassinés , 
étaient coupables de lèse -majesté. 
L'histoire n'en fournit pas les preu- 
ves. Quoi qu'il en soit, Louis, après 
avoir entendu de nouveaux députés 
du pape, ne donna pas d'autre suite à 
ses recherches, suivant son inclina- 
tion naturelle, qui le portait à la c!4 
UK'nce. Pascal survécut peu 




PAS 

événement. Il mourut le 1 1 mai 8'i4? 
après un pontificat de sept ans , trois 
mois et dix-sept jours. Il avait reparé 
quantité d'églises et de monuments, 
qu'il avait ensuite magnifiquement 
ornés. L'Église romaine , qui l'a mis 
au nombre des saints, honore sa 
mémoire le i4m.ai. Pascal eut pour 
successeur Eugène II. D — s. 

PASCAL II , successeur du pape 
Urbain II, se nommait Rainieri : ne 
a B.'ede , en Toscane, et d'abord 
moine de Cluni , il fut envoyé à 
Rome, à l'âge de vingt ans, pour 
régler les affaires de son monastère , 
et se fit connaître de Grégoire VII, 
qui, charmé de son mérite , le retint 
auprès de lui , l'honora bientôt de la 
pourpre, et le fît abbé de Saint-Paul 
hors de la ville. Elu au bout de quinze 
jours a|)rès la mort de son prédéces- 
seur , il s'enfuit et se cacha ; il fal- 
lut employer une espèce de violence 
pour vaincre ses refus. C'était alors 
que Henri V , révolté contre son 
père , recherchait l'appui de Rome 
pour couronner ses desseins. Il trou- 
va les dispositions les plus favorables 
dans le pape; car l'inimitié contre 
Henri IV était presque héréditaire 
dans la succession pontificale. Pas- 
cal excommunia ce père ]ilus mal- 
heureux alors que coupable , l'obli- 
gea de se démettre de l'empire , et 
protégea hautement son rival. Ce- 
pendant Pascal ne trouva point dans 
ce prince la docilité qu'il semblait 
devoir attendre de ses bienfaits. 
Henri V lui résista au sujet des in- 
vestitures ; aussi la division ne tar- 
da pas à éclater entre eux. Henri 
voulait recevoir la couronne des 
mains du pape , et ne lui rien céder. 
Celui-ci avait quitté Rome , pour al- 
ler chercher, en Allemagne d'abord, 
ensuite en France, des secours contie 
•son ennemi. Ses démarches n'eurent 



PAS 



43 



pas des résultats très-hcurenx : il fut 
obligé de retourner en Italie, où 
Henri vint le trouver. Pascal résista ; 
Henri eut recours aux plus grandes 
violences. Il s'empara de la personne 
du pape : les Romains se révoltè- 
rent, firent main-basse sur les Alle- 
mands , et faillirent à prendre le roi 
lui-même. Alors Henri redoubla 
de rigueur: par ses ordres, le pape 
fut dépouillé de ses ornements , et 
ensuite lié de cordes. Pascal ré- 
sistait encore ; mais il céda enfin , 
avec larmes , aux prières de ses 
amis. Il abandonna les investitures 
à Henri , auquel il donna la cou- 
ronne , et fut délivré, à ce prix , des 
mauvais traitements et de la pré- 
sence de son persécuteur. L'Eglise 
était partagée sur cette question des 
investitures , où il paraissait si dif- 
ficile alors de tracer les limites con- 
venables entre les deux puissances , 
dont l'une devait exercer le droit 
d'institution canonique , et l'autre 
celui de la mise en possession des 
biens temporels alïèctés au bénéfice, 
et qui toutes deux n'étaient que trop 
portées aux empiétements et aux 
usurpations. A Rome , le pape était 
blâmé par ceux qui avaient échappe 
à la persécution, et approuvé ou du 
moins excusé par ceux qui avaient 
été prisonniers avec lui. De Terraci- 
ne , où il s'était retiré;, le pape écrivit 
à ses détracteurs , rejetant sur la 
nécessité des circonstances tout ce 
qu'il pouvait y avoir d'irrégulier 
dans ses concessions , et promettant 
de corriger ce qu'il n'avait fait que 
pour éviter la ruine de Rome et de 
toute la province. Cependant deux 
conciles assemblés , Tun à Vienne , 
et l'autre à Cologne , avaient excom- 
munié Henri, non-seulement comme 
héréti<nie, à cause de l'usurpation 
des investitures, mais même pour 



^^ 



fxl 



l'i 



PAS 



avoir cxtorf|ne du pape , par Irahi- 
soii et par force , un clccrct aussi 
contraire aux saints canons , et aux 
usages du Saint-Siège apostolique. 
Pascal assembla lui-même nn con- 
cile genéial dans l'église de Latran, 
en 1117, oii il exposa de nouveau 
toute sa conduite; il reconnut ses fau- 
tes, si on voulait appeler ainsi ce 
que l'empire des circonstances avait 
exige de lui , déclara nul le privilège 
qu'il avait accorde à Henri, et re- 
nouvela la défense faite par Gré- 
goire VII de donner ou de recevoir 
les investitures : mais il ne prononça 
point d'excommunications, quoiqu'il 
approuvât celles qui avaient elé lan- 
cées par d'autres conciles et d'autres 
cvêques. Pascal était re'serve' à de 
nouveaux chagrins. Le préfet de Ro- 
me venait de mourir. Des se'ditieux, 
sans doute partisans secrets de Henri, 
e'Iurent le lils à celte place , et vou- 
lurent forcer le pape d'approuver 
cette élection , pendant qu'il céle'- 
brait la messe le jeudi saint. Le pape 
s'y refusa. Les mouvements séditieux 
continuèrent. Le lundi de Pâques, le 
j^ape fut assailli à coups de pierres 
par le jeune homme à la tcte de sa 
troupe. Le lendemain ils abattirent 
plusieurs maisons de ceux qui refu- 
saient de le reconnaître; et Pascal 
s'enfuit à Albano , et ensuite à Béné- 
vent. Henri , contre lequel des cvê- 
ques se déclaraient de nouveau , en- 
tre autres l'archevêque deMaïencc, 
revint à Rome , sous prétexte de né- 
gocier la paix avec le pape , mais en 
effet pour se faire couronner une se- 
conde fois par l'archevêque de Bra- 
gue ( F. BouRDiN ) , que Pascal ex- 
communia pour cetacte de déloyauté, 
dans un concile tenu à Bénévent. Ce- 
pendant Henri quitta Rome à cause 
des chaleurs de l'été , avec promesse 
de re>»enir dans une saison plus favo- 



PAS 

rabïe, Le pape profita de cette ab- 
sence pour y retourner lui-même. 
Sa présence intimida ses ennemis, et 
surtout le nouveau préfet , qui se ca- 
chèrent dans la ville. Le pape se 
préparait à les réduire parla force, 
lorsqu'une maladie de fatigue l'em- 
porta, le 1 1 janvier 1 1 18. Il avait 
occupé le Saint-Siège pendant dix- 
huit ans , cinq mois et cinq jours. On 
a de lui plusieurs Lettres , entre au- 
tres une, par laquelle il ordonne à 
l'abbé de Cluni de communier sous 
les deux espèces séparées , et de ne 
plus tremper le pain dans le vin , 
suivant l'usage de cette abbaye ; et 
une autre , adressée au clergé de Té- 
rouane , qui prouve ^ne cei tains prê- 
tres avaient de la peine à se confor- 
mer aux décisions des conciles qui 
leur défendaient le mariage ( Coll. 
des histor. de France , tome xv, 
pag. 23 ). 'Pascal II eut pour suc- 
cesseur Gélase II. D — s. 

PASCAL III (Gui de Crème, 
anti-pape , sous le nom de ). F", 
Alexandre III. 

PASCAL ou PASCHAL (PiFRRi 
littérateur sans taknt, mais pleinj 
vanité et d'impudence, était né, 
i52'2, à Sauvcterre , dans le Baî 
dois , d'une famille noble. Avec; 
peu de latin, puisé dans Nizoliusj 
trouva le secret , dit La Monnol 
d'en imposer aux personnages les 
plus instruits , et de se faire passer 

{îourun savant. Il s'insinua dans les 
Donnes grâces du cardinal d'Arma- 
gnac, qu'il accompagna à Rome; et, 
après y avoir pris ses degrés en droit, 
il visita les principales villes de l'I- 
talie, Il se trouvait à Padoue , en 
1547, ^^^'^ ^^ l'assassinat de Jean 
de Mauléon , neveu de l'évêque de 
Comrainges ; et , ayant été chargé 
par la famille de poursuivre la puni- 
tion de ce crime, il le dénonça an 



PAS 

sénat de Venise, par une harangue 
qu'il fit imprimer. La chaleur qu'il 
avait mise dans cette afiaire, lui at- 
tira des ennemis ; et , craignant de de- 
venir leur victime, il se hâta de ren- 
trer en France. Il se fixa à Paris, oii 
il eut bientôt des protecteurs puis- 
sants. Il annonçait le dessein de con- 
tinuer les Eloges des savants, de Paul 
Jove, et de travailler à l'Histoire de 
France. Les poètes les plus célèbres. 
Ixonsard, Olivier de IMagny, Jacq. 
Tahureau, etc. , le comblèrent à l'cn- 
vi de louanges, dans l'espoir d'ob- 
tenir une place dans ses écrits • et 
le j^oi Henri II le gratifia d'une pen- 
sion de douze cents livres , somme 
alors très-considérable (i). Le sa- 
vant Adr. Turnèbe, qui n'était pas, à 
])eancoup près aussi bien payé, tour- 
na Pascal en ridicule , dans une épî- 
tre intitulée : De novd captandœ uti- 
litatis è litteris ratione , que Joach. 
du Bellay traduisit en français. Le 
moyen que Pascalavaitemployépour 
se faire une réputation, ne sufiisait 
pas pour la soutenir. Après la mort 
de Henri II, sa pension cessa de lui 
être payée : il contracta des dettes ; 
et, pour échapper à ses créanciers , 
il quitta brusquement Paris, laissant 
en gage ses manuscrits ('2). Il se re- 
tira à Toulouse, où il vécut quelques 
années aux dépens de ses admira- 
teurs. Il mourut dans cette ville, le 



(x^ « Cotait, dit Dnve-dier, qui a donne un ar- 
V l'clf curieux sur P. Pascal, dans sa lii/'liothei/iie , 
• '(tait nu pur ahaseur de iii')nde , qui re|)aissait 
I -s g(-iis de rumé'e au lieu de rot, et qui avec cela 
Mit tirer de l'cparune douze cents livn s de gages 
' liaciiM an , pour fdire rhist)irc de France ; etoour 
en douner bonne espérance, semait de petits billets 
portant ces mois : P. Patrhaii L hei i/naitiis le- 
inm à Franris iieUnrnm : jaroit ((u'il n'en eût pas 
i'iiit seulement six reuillels lorscpi'il mourut. » 

y « Ku s'en allant, dit encore Duverdier, il 

l.iissa tout ceT][u'il avait lait en sa vie de rilislolre 

<ie irrauce, qui ne passait pas dix ou douze t'euil- 

>'l't^,avec quelques h irdes, à son bote, nomme' 

» Miingis, pour {;age de la somme de cinquantcccu* 

j' qu'il lui devait «iucore , de reate de dcpcusc. » 



PAS 45 

iG février i5G5, à l'âge de quaran- 
te-trois ans, et fut inhumé dans le 
cloître Saint-Etienne, où ses amis 
lui dressèrent une épitaphc , rappor- 
tée dans le JDucatlana ( i''^. part. p. 
67 ), et dans le Dictionn. de Moré- 
ri, éd. de lySg : elle ne contient de 
vrai que la date de son décès. On a 
de Pascal : I. Adversàs Joannis Mail- 
m parricidas aclio in senatu Venc- 
io recitata^ etc. , Venise et Lyon , 
.1548, in 8*^. (i) Alasnitedu Dis- 
cours qu'il avait prononcé devant le 
sénat, on trouve la Fiosopnpée de 
la France demandant vengeance de 
l'assassinat de Mauléon , et sa lia- 
rangue pour la réception du docto- 
rat à Rome ; ces trois pièces , dit La 
Monnoie, sont des compositions d'é- 
colier. Le Recueil est terminé par 
les Lettres que Pascal avait écrites 
à ses amis pendant son voyage d'I- 
talie ; elles contiennent des parlicu- 
larilés sur les savants avec lesquels il 
s'était lié, et sur les ouvrages qu'il an- 
nonçait déjà comme termines. Dans 
la dernière, adressée h. D'Urban , le 
meilleur de ses amis, il l'autorise à 
envoyer à Détournes ses Odes^ ses 
Elégies^ SCS E pi gramme s ^ s'il les 
juge dignes de l'impression. IL Hen- 
rici II elogium , effigies et iumulus , 
Paris, i5Go, iu-8*^.; réimprimé la 
même année, in- fol. , avec des tra- 
ductions en français, en italien et en 
espagnol. Les nouveaux éditeurs de 
la Bihl. de France disent que Pas- 
cal tira cet Eloge des Mémoires sur 
le règne de Henri II , que le cardinal 
de Guise lui avait confiés pour les cor- 
riger; et c'est d'après eux qu'à l'ar- 
ticle Guise ( xix , 19'i ), on lui a 



(i) Y'Oiahon de Picrià Paschal an sênft de Ve- 
nise , contre les meurtriers de L'archidiacre de Miiii- 
It-on , Irad. du latn en frcin^ais , jiar le protouo- 
taire d'Urban; France pur /irosofiop^-e ii la répuldi-' 
ouc de y cm se, ouvrage du miau: Paschal , Pari» , 
V ascoaai) , 1 5/|(i , /u-8". 



^ 



40 



PAS 



reproclicfle s'être approprie' l'omTa- 
«^edii cardinal: ruais, en remoiilant 
à l'origine (le cetleacciisalion, on en 
a reconnu la fanssctc. Aubery est 
évidemment raulcnr du soupçon de 
plagiat, dont la me'moire de Pascal 
est entachée : « Nons aurions, dit-il, 
X) du cardinal de Lorraine, une trcs- 
» ample et très -curieuse liisloiredu 
» règne de Henri II, s'il a voit confie, 
» en mourant, les Mémoires qu'il 
» eu avait dressés , à un écrivain plus 
» fidèle que Charles Pascal, de qui 
» le public n'a point eu d'autres œu- 
» vres qu'une traduction françoisc 
» d'un Eloge de la reine Catherine 
)> de Médicis ( Ilist. des cardin. ) » 
Aubery ne connaissait pas l'ccrivairi 
dont il parlait si légèrement. Char- 
les Paschal, traducteur del' £Zog^e de 
la reine Catherine de Médicis, est au- 
teur de plusieurs ouvrages irès-esti- 
més ( V. Ch. Paschal), et n'était nul- 
leraent capable de l'infidélité qu'on 
lui reproche. Le P. Le Long, trom- 
pe' par la ressemblance des noms , 
et, après lui, l'abbé Joly {Eloge du 
card. de Lorraine ) , ont rejeté l'ac- 
cusation deplagiatsur P. Pascal, avec 
d'autant plus de vraisemblance qu'il 
s'était occupé de l'histoire du règne 
de Henri II. Mais le cardinal de Lor- 
raine n'a remis ses Mémoires qu'en 
mourant, suivant Aubery; ainsi P. 
Pascal n'a pu s'en servir pour la ré- 
daction d'un ouvrage imprimé qua- 
torze ans auparavant. III. Ilistoria- 
rum fragmenta tempore Henrici 
IL Ce manuscrit , cité dans la Bihl. 
de France ^u^. i -^ 748, est 1 3 même 
que celui dont parle Duverdier. Il 
en existait une copie dans le cabi- 
net de Dupuy, et une autre dans la 
hibholh. des PP. de l'Oratoire, à 
Troyes. W — s. 

PASCAL ( Blaise ), géomètre du 
premier ordre , l'un des plus illustres 



PAS 



m 

it§ , 

'P 

irne 



écrivains que la France ait produits , 
philosophe sublime et le plus élct. 
qnent apologiste moderne de la re! 
gion chrétienne , naquit dans la 
])itale de l'Auvergne, le 19 juin 16^3, 
Etienne Pascal, son père, premi 
président à la cour fies aides de Cl 
mont, était lui même un hom 
d'un grand mérite, qui, aux con- 
naissances de son état et au fidèle 
accomplissement de ses devoirs , sa- 
vait allier la culture des lettres et des 
sciences. Ayant perdu sa femme en 
i6'i6, il comprit toute l'étendue des 
soins qu'exigeait dès - lors , de sa 
part , l'éducation de sa jeune fa- 
mille. Bîaise , son fils unique et l'ob- 
jet de ses plus chères espérances , 
n'avait que trois ans. Le haut degré 
d'intelligence dont la nature avait 
favorisé cet enfant, excita toute la 
sollicitude paternelle. Aussi le jeune 
Biaise ne fut-il introduit dans aucun 
collège, et n'eut -il jamais d'autre 
maître que son père. Etienne Pascal, 
voulant cultiver pareillement les 
heureuses dispositions de ses deux 
filles, résolut de se démettre de son 
emploi, et de seiivrertout entier 
à l'éducation de ses enfants. Il ven- 
dit sa charge, en i63i , quitta la 
ville de Clermont , et vint s'établir 
à Paris. Cette époque est remarqua- 
ble dans les annales de l'esprit hu- 
main et dans l'histoire des sciences 
en particulier. Les ténèbres de la 
philosophie scolastique se dissi- 
paient peu-à-peu aux approches de 
la lumière que commençait à répan- 
dre l'étude des sciences naturelles. 
Une philosophie observatrice et une 
métaphysique plus sainepréparaient 
la chute prochaine de ces erreurs 
systématiques et héréditaires, qui de- 
puis si long-temps régnaient en maî- 
tresses dans les écoles. Les géomè- 
tres , les physiciens et les astroujâ 



I 



PAS 

nies, ensrip;naicnt , par loiir.s exem- 
ples , la inairlie rigoureuse du rai- 
sonuenient, et la verita'hle njeliiode 
(le l'élude, qui devait renouveler tou- 
tes les sciences. Des hommes d'un 
grand mérite, des savants du premier 
ordre , répandus dans les diverses 
parties de l'Europe, mettaient en 
commun leurs recherches et leurs 
travaux; une correspondance sou- 
tenue , des (|uestions projiosees, un 
échange réciproque de luinirrcs, 
provoquaient de toutes parts de non- 
veaux elîorts et accéléraient rapide- 
ment les progrès des sciences. Etien- 
ne Pascal , lie avec les hommes les 
plus instruits de la capitale, prit 
ime part active aux conférences qu'ils 
avaient entre eux, et an commerce 
épistolaire qu'ils entretenaient avec 
les savants étrangers. Cette société, 
dont l'amitié et le goût pour les 
sciences formaient le doux lien , se 
composait de Mersenne, Roberval, 
Mydorge , Carcavi , Le Pailleur , 
et de plusieurs autres savants dis- 
tingués. Elle fut, comme on sait, le 
premierberceau de l'académie royale 
des sciences de Paris, dont l'existence 
pen-à-peu alfermie fut sanctionnée 
par l'autorité souveraine, en 1666. 
Etienne Pascal avait fixé le plan d'é- 
ducation de sa famille, et le mettait en 
(leuvre avec tous les soins affectueux 
d'un père tendre, et jaloux de rem- 
plir un si saint devoir. H est assez 
rare qu'un père, sans consulter les 
dispositions naturelles et l'inclina- 
tion de ses enfants , ne soit disposé 
à leur prescrire le genre d'étude ou 
de travaux le plus conforme à ses 
occupations et à ses goûts. Pascal 
père n'eut point cette faiblesse à l'é- 
gard du jeune Biaise. Adonné lui- 
même à la culture des sciences ma- 
thématiques, il ne voulut point ap- 
pliquer d'abord son fils à réliide de 



PAS 



47 



la géométrie. Trcséclairé surîa mar- 
che ortlin.iire de la nature da!:.s!e dé- 
veloppement des facultés morales et 
intellectucnes, il ne ])ouvait ignorer 
que la mémoire, cette providence de 
l'esprit, si l'on ])eut ainsi parler, 
chargi'e de recueillir et de conserver 
les matériaux, précède nécessaire- 
ment le jugement , qui doit plus tard 
les choisir et les employer. Il savait 
qu'en attendant que la raison se for- 
me et puisse marcher seule , rien 
n'est plus utile que d'occuper la 
mémoire à s'enrichir de trésors qui 
trouveront un jour leur usage, et d'ai- 
der à vaincre les dlfiicultcs des élu- 
des purement malériclies, dans un 
âge où Ton n'en peut faire d'autres,, 
et où Ton oublie bientôt des peines 
qui deviendraient trop rebutantes 
à l'époque où l'esprit commence à 
goûter le charme du raisonnement. 
il sentait combien il importe de cul- 
tiver le cœur avant l'esprit; de ne 
pas négliger ce germe de sensibilité, 
cette fleur d'imagination , qui ap- 
partiennent au jeune âge, et d'oii 
doivent naître par la suite le caractè- 
re moral , le sentiment et le goût. Il 
n'ignorait pas que la liaison et la ri- 
gueur du raisonnement dans l'étude 
sévère des sciences proprement di- 
tes, exigent nnc force et une maturité 
d'esprit qui ne sont pas l'apanage de 
l'enfance. Enlin il partageait l'opi- 
nion commune, qui peut avoir quel- 
que fondement , mais qiii, générali- 
sée sans exception , deviendrait nnc 
erreur, que la culture des sciences 
exactes est incompatible avec celle 
des lettres, et que l'exactitude géc- 
métrique ne peut se concilier avec 
le sentiment et l'imaginaliou dans 
les choses de goût. En conséquence 
de ces vues , au fond judicieuses , 
Etienne^ Pascal appliqua d'abord sou 
fils à l'élude des langues. Cepen- 



n 



43 PAS 

daiit , afin que celle clude ne fût pas 
aveugle et beiîlemcnt uiacliiiiale , il 
voulut que son fils fut capable d'y 
apporter une intelligence convena- 
ble ; et il ne lui fit commencer le la- 
tin qu'à l'âge de douze ans. Jusque-là, 
il l'y prépara par des instructions 
ménagées sur tout ce qu'il croyait à 
sa portée, il lui de'veîoppait la na- 
ture et le mécanisme des langues, 
leurs principes communs , l'origine 
du langage et les sources de la gram- 
maire générale, le génie propre à 
chaque langue , les préceptes fondes 
sur ce génie ou sur l'usage , les rè- 
gles et les exceptions. Ces notions 
exposées avec ordre et proporJion- 
Demcnt à l'inlelligcnce de l'clève, 
rendirent au jeune Pascal l'étude des 
langues anciennes très - facile. En 
même temps son père saisissait tou- 
tes les occasions pour lui donner des 
idées justes de cliaque cliose, pour 
lui faire apercevoir la liaison des ef- 
fets aux causes , l'encliaînemcnt des 
phénomènes qui ont entre eux une 
mnlucllc dépendance , et pour l'ac- 
coutumer à ne jaràaissc payer d'une 
raison vague ou d'une explication 
équivoque. Celte méthode d'instruc- 
tion et ces soins journaliers produisi- 
rent leur efTet : c'était une bonne se- 
mence confie'e à un excellent terrain. 
La sagacité de renfarif, la justesse 
naturelle de son esprit et sou avide 
curiosité, lui faisaient trouver un at- 
trait particulier dans les entréliéns de 
son pèi-e , surtout lorsqu'il s'agissait 
de matières où la vérité peiit se ma- 
nifester avec évidence. 'Aussi, bien- 
tôt en vint-il à n'avoir plus de repos 
que lorsqu'il avait trouvé une solide 
raison dans tous les objets de ses 
recherches. Sa Fie a. été écrite par 
M'"*'. Périer, sa sœur : cette dame 
rapporte qu'à celte époque Pascal 
ayant obicrvé qti'un plat de faïence^ 



PAS 

frappé avec un couteau, rendait un 
bruit sonore qui cessait brusquement 
lorsqu'on touchait -le plat avec la 
main^ ce fi'.t pour lui un sujet de ré- 
flexions et d'expériences sur le son , 
et qu'il com])osa sur cet objet un pe- 
tit traité qui fut jugé d'un mérite au- 
dessus de son âge. Né avec un ins- 
tinct géométrique, et avec un esprit 
de celle trempe , cultivé chaque jour 
par les soins assidus d'un père judi- 
cieux , placé d'ailleurs dans des cir- 
constances journalières 011 il enten- 
dait sans cesse parler de sciences et 
de découvertes , il était difîicile que 
le jeune Pascal ne prît goût et ne se 
passionnât pour les sciences exactes. 
Il assistait aux conférences qui se 
tenaient (pielquefois chez son ])ère; 
mais on ne se douta point d'abord 
du genre d'attention el d'intérêt que 
pouvait y porter un enfant qui avait 
à peine douze ans. Cependant les 
questions qu'il ne cessait défaire sur 
l'objet des mathématiques , firent 
craindre qu'il ne prît précisément 
dans ses études la direction qu( 
père éclairé avait voulu préve| 
Dès-lors il s'abstint de parler de gî 
met rie en sa présence ; il lui délcnçii 
de s'en occilper pour le moment, 
promit de lui enseigner les matlié 
tiques , à titre de récompense ^ loi^>' 
q;i'il aurait achevé l'élude du latiu 
et du grec. Le père de Galilée avait 
agi à-peu-près de même envers son 
fils , pour l'engager à étudier la mé- 
decine ; et la ressemblance de la cir- 
constance est remarquable jusque 
dans les détads. Sur les iuslances de 
Biaise, qui voulut du moins savoir 
de quoi l'on s'occupait en géométrie, 
son père lui dit que cette science en- 
seignait le moyen de tracer des figu- 
res par une construction exacte, de 
trouver leur mesure , et de détermi- 
ner les rapports de leurs parties ; et il 



m 



PAS 

li)i rciioiiV(;la sa (Kifiaise. Ces mots 
sufriicut au jcuno Pascal. Dès ce 
itiomcnt il employa ses rcctxvitinns 
à mc'iiiter sur ce qu'il avait appiis 
\i:[v cette tlennilion et sur les coiise- 
qticuces auxquelles elle pouvait con- 
duire ; et s'eulermant seul dans une 
cliaiu^uc retirée, il traçait sur le 
])an[;iet des Heures avec du charbon. 
Il s'essayait à décrire un cercle par- 
fait , des triangles de toute espèce ; à 
observer la siliiation des lignes en- 
tre elles, leur longueur cl leurs pro- 
{)orlioiis , Pouvcrturc des angles, 
(le. Comme il faut des noms pour 
^ixer les idées et faciliter la marclic 
du raisonnement, et qu'il ignorait 
ceux des lignes et des ligures qu'il 
narait , il se fit nnc nomenclature 
!)arliculièrc , et il créa des défini- 
ions à sa manière. Il appela les \[~ 
,.;ues des barres ^ les cercles des ronds ^ 
etc. Poursuivant scsreclierclies avec 
{icrscve'rancc , et dirige à-la-fois par 
on intelligence et par rencliatne- 
iient naturel des premières vérités 
, éométriques, il parvint jusqu'à la 
nenle-deuxièmc proposition d'Eu- 
elide, ({ue la somme des trois angles 
l'ini triangle est égale à deux droits. 
;îossut, auteur d'un bon discours 
sur la vie et les ouvrages de Pascal , 
discours qui a mérité d'être placé à 
■a tète des œuvres de cet homme de 
^énie , rappelle que quelques person- 
nes unt élevé des doutes sur ce fait , 
tandis que d'autres, en l'admettant, 
ont prétendu qu'il n'offrait rien de 
merveilleux. Nous répéterons avec 
Tiossut et Montucla , qu'il n'y a au- 
ciui motif fondé de douter d'une 
(irconslance attestée par des lémoi- 
;nages irrécusables , et que le fait eu 
;ui-méme prouve un degré d'intel- 
ligence et nue force de génie peu or- 
dinaires à l'.îiie de dou/c ans qu'a- 



PAS 



49 



ait Pascal. INous croyons devoir 



faire observer qu'il n'avait point 
démontré la [>ro]îosition géométri- 
que dont il s'agit , mais qu'il en 
cherchait seulement la démonstra- 
tion : ^P"*^. Périer, sa sœur, le dit 
cxpressénient;'it l'on ne peut supjio- 
ser qu'elle ait voulu diminuer la gloi 
redcson frère. Cela montre du moins 
qu'il avait entrevu le théorème , et 
qu'il ne lui restait qu'à se le prouver 
à lui-même pour en être mieux assu- 
ré. Quoi qu'il en soit , son père le 
surprit en ce moment , et lui deman- 
da ce qu'il faisait. T^e jeune homme 
lui désigna l'objet de sa recherche. 
Le père voulut savoir comment il se 
trouvait amené là : P)laise lui exposa 
ses recherches antérieures, et, rétro- 
gradant de l'une à Faulre, il revint 
en arrière jusqu'au point d'où il était 
parti. Etienne Pascal resta immobile 
et muet de surprise ; il fut, dit M"»^'. 
Périer, ûépaiwanté de la pénétra- 
tion de son iîls et de la force d'une si 
jeune tétc, que, sans dire un mot, 
il courut auprès de son ami Le 
Pailleur, raconter , les larmes aux 
yeux , cet étonnant phénomène d'ap- 
])iieation et d'inliîlligence. Le Pail- 
leur jugea qu'il ne fallait plus con- 
trarier le penchant de Biaise , et 
qu'il convenait de lui laisser une en- 
tiève liberté de cultiver mic science 
pour laquelle il annonçait nnc si 
grande capacité. Il fut convenu qu'on 
ne le gênerait plus à eetégaid; et 
son père lui remit les Eléments d'Eu- 
clide,que le jeune homme parcou- 
rut seul et sans secours. Dès-lors il 
fit des progrès rapides ; il composait 
des essais, et les apportait dans les 
assemblées qui se tenaient chez son 
père, où non-seulement onnc fit plus 
dillicidtéde l'admettre, mais où on 
le consultait à sou tour sur les objets 
((ui s'y tjaitaicnt. Tia pénétration de 
ce jeune esprit ctail lelb;, qu'il fai- 

4 



5o PAS 

sait souvent, sur les ouvrages des au- 
tres , des observations critiques qui 
avaient échappe aux lumières des ju- 
ççes e'claircs qui s'en occupaient. Et 
cependant, il est à remarquer qu'il ne 
consacrait que les moments de ses re- 
créations à l'étude des sciences exac- 
tes } tandis qu'il s'appliquait d'au- 
tre part avec soin à l'étude du latin 
et du grec, outre les leçons de logi- 
que et de physique que lui donnait 
son père. On rapporte qu'à l'âge de 
seize ans, il avait composé un traité 
des sections coniques, qui contenait 
tout ce que les anciens avaient écrit 
sur ces courbes. Doué de cet esprit 
philosophique qui sait se placer dans 
un point de vue éljvé pour envisager 
toute l'étendue de son objet ; qui dans 
certaines propriétés particulières sait 
démêler les rapports qui les ratta- 
chent quelquefois à un même systè- 
me; le jeune Pascal avait considéré 
les sections coniques dans leurs ana- 
logies , et comme une seule courbe 
qui se modifie de diverses manières ;, 
selon le mode qui préside à leur gé- 
nération (i). il était parti d'un seul 
théorème fondamental, à'oii il avait 
déduit avec élégance 4oo corollaires 
qui embrassaient toute la théorie 
d'Apollonius de Perge. C'était beau- 
coup pour un géomètre de seize ans , 
privé du secours de cetle analyse al- 
gébrique, dont le grand Descartes a 
mis le fécond instrument entre les 
mains des géomètres, lesquels, par son 
secours, sont conduits sans effort. 



(i) C'est ainsi quC l'on peut faire naître les sec- 
tions coniques de l'intersection continuelle de deux 
droites moniles sur un plan, assuje'ties à tourner au- 
tour de deux points fixes, en faisant sur la droite 
qui joint ces deux points, des angles soumis à cer- 
taines conditions déterminées; génération qui dévoi- 
le toutes les analogies et toutes les propriétés spé- 
ciales des trois courbes, en les faisant découler natu- 
rellement d'une source commune. L'auteur de cet 
article les a traitées de cette manière dans un petit 
Mémoire inséré aux Annales de malhéniatiques , 
tome II, page 36o. 



PAS 

comme par enchantement, et sou- 
vent à leur insu, à la découverte ou 
à la manifestation de toutes les pro- 
priétés d'une construction géomé- 
trique, que la méthode a généralisée 
elle-même. Il faut bien que le Trai- 
té du jeune Pascal fût d'un mérite 
réel , puisque Descartes persista , 
malgré les assurances les pins ex- 
presses , à regarder ce travail comme 
l'ouvrage de Pascal père ou de De- 
sargues. En 1 638, le gouvernement, 
pour réparer les finances délabrées 
par l'effet des guerres et de quelques 
malversations , avait ordonné des 
retranchements' sur les rentes (\c 
l'hôtel -de -ville de Paris. L'un de- 
amis d'Etienne Pascal ayant com- 
battu cette opération comme injus- 
te, Pascal voulut prendre le parti 
de son ami j il osa le défendre , c" 
fut regardé , non-seulement comme 
son complice, mais comme l'un des 
principaux instigateurs des murmu- 
res qui s'étaient élcA^és parmi les ren- 
tiers. Il fut dénoncé au chancelier 
Séguier , et le cardinal de Richelieu 
donna ordre de l'arrêter et de le con- 
duire à la Bastille. Pascal, instruit 
des dispositions dn ministre à soï 
égard , s'était enfui en Auverguf_ 
Dans le même temps , la duchesse 
d'Aiguillon voulut faire représenter 
devant le cardinal une pièce de Scu 
dery, intitulée, V Amour tjranniquc 
et jeta les yeux, pour l'un des rôles 
sur Jacqueline Pascal, sœurcadetîc 
de Biaise. Gilberte, l'aînée , s'y oppo- 
sa d'abord, par un ressentiment na- 
turel contre le puissant ministre , au- 
teur de la disgrâce de son père. Mais 
ayant su que cette condescendane^ 
pourrait contribuer h. faire révoquer 
l'ordre du cardinal, elle consentit 
aux désirs de la duchesse : la pièce 
fut représentée le 3 avril 1639. La 
jeune Jacqueline s'acquitta si bien de 



PAS 

son rolc, que la cardinal de RicLe- 
lion , charmé de l'amabilité de ccric 
enfant, l'emiDrassa à pinsienrs re- 
prises , et lui accorda la grâce de son 
])ère, qn'elle venait de lui demander 
])ar nnc supplique en vers. Etienne 
Pascal fut rappelé; le cardinal vou- 
lut le voir, lui fît un accueil distin- 
gué, et lui annonça qu'il avait résolu 
de l'cmplover honorablement. Il lui 
donna en elTet , quelque temps après, 
l'intendance de Rouen. Dans l'exer- 
cice de cet emploi, qu'il remplit 
pendant sept ans , à la satisfaction 
:;énérale, Pascal confiait les opéra- 
tions de calcul à son fds. Ce fut 
l'occasion de l'invention de cette fa- 
meuse Machine arithmétique , dont 
le jeune Pascal s'occupa, dans l'in- 
tention d'abréger ses calculs. La com- 
binaison et la construction de cette 
macliine lui donnèrent des peines 
uicroyables, qui, dans l'âge où le 
corps doit acquérir le complément 
de son organisation, empêchèrent 
la nature d'achever son ouvrage, al- 
Icrcrent sa constilulion, et furent la 
source de ces maux qui remplirent 
le reste de sa vie et en abrégèrent 
la durée. Pascal aurait certainement 
moins employé de temps à exécuter 
directement ses calculs , qu'il n'en a 
mis à l'invention, à la construction 
et au perfectionnement de sa ma- 
chine : mais il avait en vue le sou- 
lagement des calculateurs qui vien- 
draient après lui ; et il n'est pas le 
seul , comme l'on sait, qui ait eu la 
pensée d'abréger, par quelque artifi- 
ce , les opcrfilions ordinaires dp l'a- 
ritliinétitpie ( V. Gersten ).La ma- 
chine de Pascal y réussit parfaite- 
ment. Les étonnantes combinaisons 
de cette machine , et la manière dont 
elle exécute les calculs qu'on lui de- 
mande, au gré de celui qui la met en 
action, attestent un eflort prodigieux 



PAS ^i 

de génie et de patience de la p.irt d'un 
jeune homme de dix-neuf ans. On eu 
])eut voir la description en tele du qua - 
trième volume de l'éuition complète 



des OEuvres de Pascal , in-8^. 



779 



(i), et dans le premier volume de 
l'Encyclopédie, par ordre alphabé- 
tique : cette description est de Dide- 
,rot (si). Pascal nous apprend qu'il 
avait fait de nombreux essais , et 
qu'il avait fait exécuter plus de cin- 
quante modèles, en bois, en ivoire, 
en cuivre, etc. Lorsqu'enfin il se fut 
arrêté à celui qui remplissait ses vues, 
il obtint un privilège du roi , qui , 
au milieu des éloges les plus flatteurs, 
l'engageait à communiquer les fruits 
de ses recherches au public. Déjà il 
avait reçu du chanceher Séguiei- 
d'honorables encouragements pour 
ne pas en abandonner l'exécution, et 
pour combattre les difficultés qu'elle 
présentait. Pascal adressa dans la 
suite ( ï6jo) sa machine à la reine 
Christine de Suède. On est à-peu-près 
désabusé aujourd'hui sur les grands 
avantages qu'on avait pu se promet- 
tre de ces sortes d'inventions (3). — 



[•x) Cctto «'flitîon pn 5 volumes, publiée par Bos- 
sut, ost celle que nous citerons dans le ciiurs de rct 
arliele, 

(!î) OnT qui sont «n état de Comprendre cefle 
description , et qui voudront prendre \n peine <le 
Il lire, porirront juger du savoir ou de Ja fionne f.>i 
de l'un des nntcurs des Notes mises an bas de la ("it 
niensc édition des Pcns e\ rie Pn<;cal, par (Condor 
cet; leijuel auteur, sons le tilre de second M leur, 
allirme, avec sa hardiesse ordinaire, que des jeuney 
gens snrif éflucafiort , de la Suisse, des Vosges et dij 
'l'yrnl, rntrttritiinienl des machines à-pcil-près sem- 
blables. S'ils ne faisaient que les consln>ire, la re- 
marque est ridicule : Pascal avait bien fini par trou- 
ver aussi des onvriers en ('tat de rontt/ni'rr la sien- 
ne; et il inipote ]ien de savoir quelle éducation ils 
avaient reçue. 

(3) Pour se convaincre du peu d'nfilif'' réelle di> 
tous ces nioyens , il sullit de considérer, i". la naf un- 
mènie des machines, qui, trop sim|)les, ne seraient 
que d'un nsa^e tro£i limiti-, ou «jui, plus conqOi- 
quées, dcnicnnent non-seulement dilliciles li cons- 
truire nyoc la jierfection nécessaire, mais snscejifi- 
Mrs de se d'raiiger trop aisi-mcnt; •*". les ]>rrlinii- 
liaires «pi'exigc Tusa^e <l'un moyen mécanique 
quelcon({ue, lesquels consument de|à un temjis utile 
qui pourrait être employé à marcher direclemeut au 
l>ul ; i'i. le» bornes dans lesquelles la S|)hirf de la 



4.. 



.^j?. PAS 

La vie des savants iMlcrc;>so pjincîpa- 
Icmenl sous lo ra|)porl de l'infliicnrc 
que leur gonic cl leurs dccoiivcrlcs 
oui exercée sur les proj^rès des scien- 
ces. Celte considération nous dctcr- 
ïuiue à ne pas nous astreindre ici 
scrupuleusement à l'ordre clirono- 
logitjue des travaux, de Pascal , dans 
les([uc!s nous aurous d'ailleurs peu 
de transpositions à faire, mais à sui- 
vre plutôt l'ordre des matières , afin 
défaire mieux saisir d'un coup-d'œil 
ce qu'il a fait dans cliacnnc des hran- 
clics dont il s'est occupe. Nons con- 
tinuerons donc à indiquer ses tra- 
vaux mathe'matiques , dont il aurait 
fallu interrompre l'iiistoire; et nous 
passerons ensuite aux découvertes 
que lui doit la pliysique. Ce fut en 
iG54 qne Pascal trouva son Trian- 
sj,e arithmétique, invention remar- 
quable, digne de bien plus d'atten- 
tion qu'elle ne semble en mériter au 
premier aperçu, et qui, ne se mon- 
trant d'abord que comme un ingé- 
nieux arrangement de quelques nom- 
bres , cause bientôt la plus grande 
surprise, par la richesse des consé- 
quences qui en deconlent. Le Triangle 
arillimetique dut sa naissance à des 
rcclicrches relatives aux combinai- 
sons dans les jeux de liasard. Le 
clicvaiier de Mc're' avait propose à 
Pascal deux ])roblèmes snr des par- 
ties de jeu : Pascal les eut bientôt 
ï-e'solus ; et , lorsqu'il eut découvert 
son Triangle, non-seulement ces sor- 
tes de rechcrclies ne lui offrirent 
plus aucune diiliculte, mais il trou- 
va dans le Triangle les ressources 



macliinc est nt'cc-saii'cmcnt circoiiscîito, rc qui la 
rend imitilc pour les cas qu'elle ne peut coniprcurlrc 
et qui sont prccisc'nicnt oeUx on l'on iuirail le plus 
besoin de secours, à moins que l'on n'ait recours à 
des méthodes anxiliairos et snpplcnieut;iircii , qui 
font retomber dans les longueuis cju il .s'as^issait d'é- 
viter; 4"' eniln , jJusieurs autres inconvénients inc- 
ritablrs, tels que les fiais de coastruttion , le volu- 
me, la diflicufté du transport, cte. 



PAS 

les plus fécondes pour une infînilc 
(le questions curieuses, dont ce trian- 
gle fournil la solution, comme ])ar 
cncliantement. « C'est une chose 
y> étrange , dit Pascal lui - même , 
)) combien il est fertile en pro- 
w prietés. » Il nous serait aise d'in- 
diquer ici la construction du Trian- 
gle; mais dans une matière aussi ri- 
che que celle de cet article, nous se- 
rons obliges d'abréger sans cesse, 
et de renvoyer souvent les lecteurs 
aux ouvrages mêmes r'ePascal. Nous 
nous bornerons à dire que la déter- 
mination de tous les nombres qui en- 
trent dans ce triangle , dépend de 
celui que l'on choisit pour généra- 
teur , et qui peut être un nombre 
quelconque. Pascal avait choisi V uni- 
té ; et de ce cas on déduit facilement 
les résultats pour tous les autres* 
Il expose quelques-uns des usages 
du Triangle j il l'applique en particu- 
lier aux combinaisons, aux proba- 
bilités dans les jeux de hasard, aux 
nombres figurés, aux puissances des 
binômes, dont le Triangle donne im- 
médiatement les coefFicients numéri- 
ques pour une puissance quelconque, 
dans le cas de l'exposant entier et 
positif; ce qui est précisément la for- 
mule de Newton, h. laquelle il ne 
manquait que d'être généralisée , 
comme elle l'a été par ce grand géo- 
mètre, pour devenir applicable à 
tous les cas de l'exposant entier ou 
fractionnaire, positif ou négatif, au 
moyen de l'ingénieuse et importante 
notation introduite par Wallis, pour 
ramener les racines et les fractions 
à la forme des puissances. Les mé- 
ditations qui avaient conduit Pascal 
à la découverte de son triangle, l'en- 
gagèrent dans des recherches ulté- 
rieures sur la théorie des jeux de 
hasard, et lui firent poser les pre- 
mières bases du calcul des proba- 



VAS 

bililcs, nouvelle brandie d'analyse, 
dont il doit cire regarde comme l'un 
des premiers fondateurs, et qui a fini 
par acquérir le plus baut degré d'im- 
portance entre les mains des nom- 
breux et liabiles géomètres qui l'ont 
étendue et perfectionnée. La théorie 
des probabilités a détrône le hasard, 
ou plutôt elle a fait voir que la puis- 
sance mystérieuse , capricieuse et in- 
certaine, indiquée par ce mot, n'exis- 
te pasj qu'aucun événement ne peut 
être régi par une loi assez bizarre 
pour être elle-même l'absence de tou- 
te loi. « La courbe décrite par une 
» simple molécule d'air ou de va- 
» peur ( dit l'illustre auteur de la 
Mécanique céleiste , à qui le cal- 
cul des probabilités doit de si 
beaux développements ) cette cour- 
» bc est réglée d'une manière aus- 
» si cerlainc que les orbites pla- 
» nélaires : il n'y a de diirérencc 
» entre elles que celle qu'y met notre 
» ignorance. » Ce n'est pas ici le lieu 
d'entrer dans aucun détail sur la na- 
ture de ce calcul , ni sur les nom- 
l)reuses applications qu'en ont indi- 
jiiées les analystes, uon-seulemeut 
a l'étude de la nature, à celle des phé- 
nomènes physiques , et à la recher- 
che de leurs conséquences, mais en- 
core à une foule de questions qui 
intéressent l'ordre social , la fortune 
et le bien-être des particuliers , et 
même la cause des moeurs, telles que 
les problèmes de raritliméfiipie ci- 
vile et politique , les résultais des 
clélibérations-, les assurances , les 
tontines , les spéculations viagères, 
les loteries, etc. Pour rabaisser le mé- 
rite de Pascal dans cette partie de ses 
lechcrches , on a, d'abord observe 
juc, dans le calcul des probabili- 
iés , i! n'a considéré qu'un seul cas , 
clui de deux joueurs qui vculentsa- 
voir dans quelle proportion ils doi- 



PAS 53 

vent partager renjcii, au moment où 
ils veulent cesser de jouer , cl lors- 
qu'ils n'ont pas une chance égale de 
succès. Ensuite, on a dit que Huy- 
gens s'occupait du même objet dans 
le même temps , tandis que Huygcns 
a fait lui-même cette déclaration : 
a II faut qu'on sache, dit-il, que 
» toutes ces questions ont déjà, été 
» agitées parmi les plus grands géo- 
)) mètres de France (il s'agit surtout 
» ici de Pascal et de Fermât) , afin 
•» qu'on ne m'attribue pas mal-à- 
» propos la gloire de l'invention. » 
( Prél'ace du Traité De raiiocinils in 
liîdo alecc , publié en 1(357.) Allé- 
guant ensuite la dillérence qu'il y a 
entre un homme qui est sûr de ga- 
gner une somme, et celui qui n'a 
qu'une très-légère probabilité de ga- 
gner une somme plus considérable , 
on observe que cette dificrence ne 
tend à diminuer qu'à mesure qu'on 
multiplie le nombre des parties de 
jeu; et qu'ainsi l'égalité de siti'.atioit 
ne peut nullement être supposée en- 
tre eux, daus le cas où le jeu n'au- 
rait lieu qu'une seule fois. De là on 
a conclu que Pascal a fait une chose 
presque ridicule en appliquant la 
théorie de la probabdité à la déci- 
sion que doit prendre l'homme qui 
considère le sort des impies dans 
l'hypothèse des peines élcrnelles ^. 
et l'avantage infini attaché à la 
croyance de la vie future , pour j)eu 
que cette éternité de peines et de ré- 
compenses soit jM'obable : d'où il 
paraît qu'on a voulu inférer qie l'in- 
crédule fait bien de ne pas échanger 
les choses terrestres , qui sont pour 
lui nubien certaia, contre le peu de 
])robabililé des biens infinis de l'é- 
lernité, attendu que sa situation en- 
vers l'un et l'autre de ces deux gen- 
res de* biens , est le cas des deux 
j meurs ipii ne jouent qu'une fois. 



blY 



PAS 



Celle objection , faite pour ruiiici* 
rargiimciit de Pascal , manque tota- 
lement de justesse. Le joueur qui se 
contente d'un gain modique et cer- 
tain , n'a plus rien à craindre d'autre 
part; la jouissance de son bien ne 
peut entraîner aucune conséquence 
fâcheuse pour lui. Mais dans l'appli- 
cation de l'exemple des joueurs aux 
chances de 1 a vie future, il y a ur. e t ont 
autre sorte de compensation que celle 
qui résulterait de la répétition mal- 
tipliec des parties de jeu : c'est, d'un 
côté , l'inquiétude et le trouble at- 
tachés aux jouissances sensuelles , 
qu'ils empoisonnent chez celui qui 
hasarde son éternité; et de l'autre, la 
douce sécurité de celui qui espère et 
qui trouve dans son espérance un 
puissant allégement à ses privations, 
mais surtout qui se sent délivré du 
remords et de la terreur d'un re- 
doutable avenir ; car , comme l'a 
dit Pascal , le pire qui puisse arri- 
ver à ce dernier, n'est précisément 
que ce que l'autre désire le j)lus ar- 
demment pour son compte. Ainsi , 
ia conclusion de Pascal est d'autant 
plus légitime , qu'elle est ce qu'on 
appelle dans l'école, un argument à 
fortiori. Pascal éprouvait les vives 
atteintes des souffrances qui ont 
affligé la plus grande partie de sa vie 
et dont nous reparlerons plus bas , 
lorsqu'il s'occupa des fameux pro- 
blèmes de la Cydoïds. La célébri- 
té que le nom de Pascal a donnée à 
cette courbe, nous oblige d'entrer ici 
dans quelques détails. On a donné 
le nom de Roulette^ de Cycldide ou 
de Trochoïde , à la courbe décrite 
dans l'espace par le clou d'une roue 
qui roule sur une ligne donnée. Si le 
cercle roule sans autre sur une ligne 
droite immobile, le point générateur 
décrit la cycloide ordinaire. Si la 
ligne sur laquelle roule le cercle est 



PAS 

cllc-mcmc circulaire, la courbe ] 
le nom lïépicjcloïde : c'est 
qu'on donne aux dents des roues et 
des pignons , dans les systèmes d'en- 
grenage. On couçoil que la nature de 
la ligne sur laquelle roule le cercle, 
peut donner lieu à une infinité de 
cycloidcs difTérentcs. Si le cercle qui 
roule sur une ligne droite, a de plus 
un mouvement de translation dans 
le même sens , la cycloide devient 
alongée ; et si la translation se fait 
en arrière , la cycloide est rac- 
courcie; ce qui revient aux cas où 
le point générateur serait respecti- 
vement en-dedans ou en-deliorsde la 
cij'conférence du cercle qui engen- 
dre la cycloide ordinaire. On sait 
que la cycloide est tautochrone , 
c'est-à-dire (pi'elle détermine Tiso- 
chronisme des vibrations d'un pen- 
dule assujéli à parcourir un arc cy- 
cloïdal ( F, HuYGEKS ) : l'isochro- 
nisme n'est rigoureux que dans le 
vide. La cycloïde est encore la hra- 
c/y5foc/M-o/z^, c'est-à-dire, la courbe 
de la plus prompte descente. La dé- 
veloppée de celte courbe est une cy- 
cloide égale et semblable à elle-même. 
Sa circonférence est égale à quatre 
fois le diamètre du cercle générateur; 
et son aire vaut trois fois celle du 
même cercle. On croit que Galilée 
avait remarqué cette courbe en 1G09. 
Il ])roposa, trente ans après, d'en 
rechercher l'aire , à Cavalieri , qui 
n'y réussit pas. On dit que Torricelli 
résolut le problème plus tard , et que 
Yiviani eu détermina les tangentes. 
Pascal, dans son Histoire de la Rou- 
lette, ait que Beaugrand avait en- 
voyé à Galilée, en i638, les solu- 
tions de Robeival , sans en nommer 
l'auteur; qu'après la mort de Galilée 
et de Beaugrand, les papiers du pre- 
mier étaient tombés entre les mains 
de Torricelli , qui publia, en 164 4^ 



I 



PAS 

lissoiiilioiisdc RoLcrvc»!, en s'altri- 
Ijuaiit à lui-même les decoiivei les de 
celui-ci, et à (jalilee la première re- 
marque de la roulette, que Pascal 
croit devoir attribuer exclusivement 
au P. Mersenne. Mais en portant 
Tceil d'une saine critique sur les di- 
verses circonstances relatives à ces 
faits et surlcs monuments historiques 
([ui nous restent, il paraît que Pascal, 
trop prévenu en faveur de Roberval, 
qui n'était pas exempt de passion, 
a donne une croyance trop facile 
aux allégations intéressées de son 
ami • que Galilée avait réellement 
connu la cycloide avant les ^éomè- 
1 res français , et que Torricclli avait 
en clïet résolu les problèmes reven- 
diqués par Ruberval. Quoi qu'il en 
soit, le P. Mersenne avait connu la 
cyclo'iJe en i G 1 5 , et lui avait donné 
le nom de Boulette : il n'en décou- 
vrit aucune propriété. En i634, 
Koberval en mesura l'aire^ Descar- 
ies et Fermât en avaient aussi trou- 
vé l'aire ainsi que les tangentes. Ro- 
berval avait ensuite déterminé les 
solides de révolution engendrés par 
la cycloide autour de l'aire et autour 
delà base; et il avait appliqué sa 
métliode aux cycloides alongées et 
raccourcies. Il en avait aussi déter- 
miné les tangentes, les dimensions 
des plans et de leurs parties, et leurs 
centres de gravité. Tel était, en 1 644? 
l'état des connaissances acquises sur 
cette courbe. Ce fut quatorze ans 
après , que la tliéorie de la Roulette 
vint à la pensée de Pascal, qui, pour 
faire diversion à ses douleurs , se mit 
à méditer , pendant ses pénibles in- 
somnies, sur les problèmes qr.i res- 
taient à résoudre. Il entreprit de 
trouver l'aire et le centre de gravité 
d'un segment limite par une ordon- 
née quelconque parallèle à la base; 
la dimension et le centre de gravité 



PA8 55 

dits solijdes qu'il décrit en tournant 
soit autour de l'axe de la courbe, soit 
autour de l'ordonnée ; et les centres 
de gravité des segments ou moitiés 
de ces solides , déterminés par un 
plan de section passant par l'axe. Il 
voulait encore trouver l'aire et le 
centre de gravité des surfaces de ces 
solides , et eufm la mesure et les cen- 
tres de gravité de la courbe et de 
ses parties. Pascal s'était fait une 
métliode particulière pour trouver 
la mesure et les centres de gravité 
des lignes courbes ;, des surfaces pla- 
nes et courbes , ot des volumes de 
révolution ; métliode à laquelle il Ini 
semblait, dit-il lui-même, que peu 
de choses pourraient échapper. Il 
appliqua cette méthode aux problè- 
mes ci-dessus, en commençant par 
les centres de gravité des volumes , 
qu'il trouva par cette voie , et qui 
lui parurent si difficiles, par tout 
autre moyen , qu'il forma le dessein 
de proposer les trois premiers pro- 
blèmes indiqués ci-dessus, aux re- 
cherches des géomètres, parla voie 
d'un concours. Il y fut encore déter- 
miné par les conseils du duc deRoan- 
nez, son ami, qui voyait dans ce 
travail un moyen de servir utilement 
la religion , par l'exemple et l'autori 
té d'un homme de génie du premier 
rang professant avec docilité la foi 
du chrétien. Pascal rédigea _, en cou- 
séquence , un programme en latin ^ 
qui fut publié au mois de juin i658. 
Il laissait aux géomètres le choix des 
méthodes des anciens ou de celle des 
indivisibles. Dans ce programme, il 
demandait qu'on fît l'application des 
procédés qu'on emploierait, à une 
construction entière et au calcul 
complet, pour le cas où l'ordonnée 
se confondrait avec la base de la 
coufbe , et à celui où l'ordonnée tom 
bcrait au centre-. Quatre mois après , 



5G PAS 

il proposa les autres problèmes , sans 
les comprendre dans le concours, 
mais seulement pour comjileter la 
iheorie de la Roulette; et il annon- 
ça que si , au mois de janvier sui- 
vant, personne ne les avait résolus , 
il en publierait lui-même les solu- 
tions. Un prix de quarante pistoles 
était réserve' au premier géomè- 
tre qui aurait rempli les conditions 
du concours ; et un second prix 
de vingt pistoles , au premier qui 
viendrait ensuite. Les pièces, signées 
par un notaire » devaient être remises 
à Paris , avant le i*^'". octobre i658, 
à M. de Carcavi, dépositaire des 
prix et l'un des juges du concours.- 
Pascal se cacha sous le nom de Amos 
Dettom'Ule , anagramme de celui de 
Louis de Montalte , sous lequel il 
avait publié les Provinciales. Plu- 
sieurs géomètres des plus distingués 
s'occupèrent des problèmes propo- 
sés j mais deux seulement se mirent 
expressément sur les rangs dans le 
concours : ce furent le P. La Lou- 
bère et Waliis. Le premier écrivit 
qu'il avait résolu tous les problèmes, 
et il envoya , pour exemple , le cal- 
cul de l'un des cas indiqués ; mais il 
avait commis des erreurs graves _, 
qu'il reconnut lui-même sans vou- 
loir les rectifier, et il ne voulut pas 
faire connaître sa méthode , qui , si 
elle eût été trouvée bonne, aurait 
pu faire excuser des erreurs de cal- 
cul. Malgré tout ce qu'on a pu dire 
à ce sujet, il est évident, aux yeux 
dos personnes de bonne-foi, que ic 
P. La Loubère n'avait aucun droit 
aux prix. Waliis envoya un méjnoire 
bien supérieur à celui de son concur- 
rent , mais qui contenait des mépri- 
ses et des erreurs de méthode. Après 
s'être corrigé lui-jnême par plusieurs 
lettres^ il convint qu'il pouvait en- 
t:ore rester 'juelq-'.e.-; crrcuis dans son 



PAS 

travail j et il demanda si Ton ne 
contenterait ])as d'une solution i ^ 
prochée.Les juges du concours n'«.x 
minèrent pas moins son mémoii 
avec le plus grand soin. Ils mirent 
les erreurs de l'auteur en évidence^^^ 
et ils prouvèrent , entre autres , qn'^^f 
s'était particulièrement trompé su^^ 
l'article des centres de gravité des 
solides , objet principal du pro 
gramme. Il fut donc décidé (jr.c 
les conditions du concours n'avaien \ 
pas été remplies ( Voyez le llécil di 
V examen et du jugement des écrit: 
envoyés pour les prix , etc. , tonu 
V des OEuvrcs de Pascal, pag. i()3 
LqP. La Loubère et Waliis furei 
vivement affectés de ce jugement. 
La Loubère, (|ui avait reçu de Pas- 
cal les défis les plus j)ressants , et 
n'y avait nullement répondu , ])er- 
sista à soutenir qu'il avait résolu 
tous les problèmes , et ne publia 
néanmoins son grand traité de la 
Cycloïde qu'en 1660 , plus d'une 
année après l'apparition de celui 
de Pascal. Quant k Waliis , il donna 
à entendre que Pascal avait voulu 
favoriser les Français par la for^^ 
du concours , ainsi que par le modii 
et la date de la remise des pièces 
fît encore d'autres critiques à ce snj 
pour inculper l'auteur du concours 
et la décision des juges. Pascal n 
pondit fort plaisamment à toutes c< 
chicanes dans un écrit inîitrdé : /*( 
jlexions sur les Prix attachés a 
solution des problèmes concerna, 
la Crcldide{ tome 5 , pages il\'i 
suiv. ). ( I ) Au mois de janvier 1 Gf: 
Pascal publia la solution de tous 



(1) Hyauriiil ij^iioiaiirc des faits, on m;iuv;iisc Ici 
à admeitre l'assertion eiiouooe dans mi Eloge d»; î'i! 
c;il, tpio lo ]>ri.v fui refuse au P. La Loiil'irc, ^>.> 
de simjilcs fautes de copistes, et à \\'aiirs, iv.i. , 
que sou MemoitT elaii signe \y,\r un notaire rtV 
/.■-•(/, an liih de l'MK'par niiuolîiivc de Paris. {'.(*.: 



à 



TAS 

jMuljiôincs cbus une Lettre de Tri. 
Dettonville à M, de Carcavi, et 
il.'i^s son Traité général de la B<'U- 
Ictte. Le travail de Pascal excita 
l'adrajration des géomètres ; et Wal- 
lis iiiêiiie ne put s'enipccbcr de té- 
moigner la sienne à Huygcns. Celui- 
ci maiiiresla sa satisfaction à Pascal , 
en lui faisant connaîlrc que, sans 
aspirer aux prix , il s'était essayé 
sur (pu'lques-uns des problèmes de 
la Ronlclle , mais qu'il n'avait pas 
attaque les plus diiliciles , par la 
raison, dit-il lui-même, que d'autres 
plus habiles que lui y avaient échoue'. 
Nous ne pouvons entrer ici dans le 
détail des solutions de Pascal : les 
géomètres n'en ont pas besoin , et ce 
détail serait inutile pour les autres 
lecteurs. Nous nous bornerons à 
dire que , pour les centres de gra- 
vité, Pascal emploiela considération 
d'une balance en équilibre , dont les 
deux bras seraient divisés en par- 
lies égales , portant à chaque divi- 
sion des poids arbitraires , mais 
tels toutefois que leurs sommes , du 
nombre de celles qu'il appelle trian- 
gulaires ( I ) , faites à partir du point 
» d'appui , sur chaque bras , soient 
égales de part et d'autre , ce qui est 
la condition de l'équilibre. C'est une 
applicalion ingénieuse du principe 
des moments dans le cas de l'équi- 
libre du levier. Pour apprécier con- 
venablement la niarche de Pascal , 
il f.iut tenir compte de la grande 
didérence qu'il y a entre les mélho- 



(O " »•'• (iiit fias roiitoiidri- les ^nniintts Irinny^ii- 
/«//f«, Huit il s'agit ici, a\ec wllcs quism-eiii à 
loniicr l.vs itoinhivs iVils Irinnauhilici ; «iir , <.ii(ro 



uiK' ct!ii\-<i dcrivenl «1«- \n progiMs-sion :u ifliirirliuue 
donUa (hii; rciicc c-sl rimil. , lamlis «jik! I'a.s< «1 em- 
yA-ni: des n.jirilircs (jiidiooiit^iHii , il faut ciicoif ton- 
sidornr (luc rasral coiuiiomî d'ahord dfs soiuiiics do 
c<;.s iioii,f,r.s uil.iJ.iail««, wavaul l'ordre iiiv. is<; di; 
rihii daiw l'r|.id(ni j.iocid.- p.i.r coiii|.n.sfr leM.oin- 
l'ies tnaii^ulaiic!9, et qu'il pitud eusiiite iu somme 
totale de <x;4 soruuu-s jiarticllci. 



PAS .^7 

dus purement géométri(|ucs, et celles 
que fournissent aujourd'hui les lun:- 
veaux calculs. J^es premières exi- 
gent une sagacité et une force de l( le 
bien supérieures , dans cette altcn- 
tioii soutenue qui doit prome;icr 
sans relâche l'œil de l'esprit sur 
chaque détail , dans cette action 
continuelle de la pensée sur cha(|!:c 
fait , qui ne permet pas d'ali.iu- 
donncr un instant la chaîne des 
transformations et des comljiu.ii- 
sons (pii s'opèrent dans les parties 
de l'étendue. Les méthodes nou- 
velles, dont l'invention est, il est 
vrai, l'un des plus beaux fruits du 
génie, deviennent, entre les m-iins 
du géom'tre, un moyen de soulage 
ment, qui le dispense d'une gr.aiU; 
partie de cette fatigue, un in^ts li- 
ment qui o])ère presque tout .s( ni , 
un fil magique qui le condr.iî .ax 
but avec autant de faciliié que d." vi 
tesse. Aussi le poète célèbre qui a dit 
qu'un certain géomètre est autant 
au-dessus du géomètre Pascal^ (jue 
la géométrie de nos jours est an- 
dessus de celle des Roberval et des 
Fermât, ce singulier juge en géomé- 
trie n'a dit qu'une absurdité. L'ap- 
plication que fait Pascal de sa mé- 
thode aux parties d'une courbe quel- 
conque , d'une surface ou d'un soli- 
de , repose sur des notions analyli- 
fpies qui ne sont pas fort éloignc'cs 
de celles qui conduisent au calcul dif- 
férentiel. Mais , comme avant tout 
il faut être juste , nous croyons que 
Fermât, dans sa théorie des maxi- 
ma cl des miiiima, et dans celle des 
tafigentes , a bien plus a|)pr()ch{; (jiu; 
Pascal delà découverte de l'aiialyso 
infinilésimale , et qu'il méiile liia; 
partie de la gloire de cette découv. r- 
te , (jù'il a réellement préparée, s'i! 
n'en est pas plutôt le véritable in- 
veilleur, comme l'ont pensé Tillu.-.- 



58 PA5 

tie Lagi;iiitj;(; et le cclcbre auteur de 
hvMécanùjue céleste. Pascal ne s'oc- 
cupe pas seulciiicut tle la cycloiclc 
ordinaire, mais il donne le moyeu 
de mesurer les cycloides aloiigëesou 
raccourcies. 11 dcmonlie que la lon- 
gueur de ces courbes dépend de la 
rectification de l'ellipse , dont les 
axes , dans leur rapport variable , 
donnent, comme un cas particulier, 
celui de la cycloïde ordinaire, lors- 
que l'un des axes devenant nul , l'el- 
lipse dcj^cnère en ligne droite. Après 
les problèmes de la Roulette , qui 
sont une belle œuvre de génie pour 
l'époque à laquelle ils appartiennent, 
nous avons peu de chose à ajouter 
sur les autres travaux gc'oraéfriques 
de Pascal, où l'on voit toutefois écla- 
ter cette netteté de conception , cette 
aisance et cette clarté lumineuse d'ex- 
position, qui distinguent éminem- 
ment ce grand liomme dans tout ce 
([u'il nous a laissé. Nous indiquerons 
ces travaux plus bas , en donnant la 
nomenclature de ses ouvrages. Nous 
ne répéterons pas ici ce qui a élé dit 
à l'article de Fermât, sur le peu de 
cas que Pascal et son illustre ami de 
Toulouse faisaient de la géométrie en 
elle-même, qu'ils considéraient com- 
me le plus haut exercice de l'esprit , 
mais peu utile dans ses résultats , 
faute d'entrevoir, à cette époque, les 
services que devaient rendre plus 
tard la géométrie et l'analyse appli- 
quées aux lois de la nature , ainsi 
qu'à des sciences et à des arts qui 
sont au nombre des besoins de la 
société. On peut croire que Pascal , 
avec plus d'estime pour une science 
dont il sondait la profondeur en se 
jouant, et surtout avec plus de santé 
et une plus longue vie, non-seulement 
aurait elFacé les anciens , mais serait , 
peut être , devenu le plus grand des 
géomètres modernes. Lorsque Pascal 



PAS 

])ublia son Traité de la roulette , il y 
avait dix ans qu'il avait fait exécuter 
cette fameuse expérience du Puy-de- 
Dome, qui mit le sceau de l'éviden- 
ce à l'une des plus importantes dé- 
couvertes de îa physique, et qui opé- 
ra une de ces grandes et mémorables 
révolutions, dignes de faire époque 
dans les annales des sciences. Com- 
me ce point historique est très-con- 
nu, et a été souvent rappelé, nous 
croyons pouvoir en abréger le récit. 
Lesphilosophesdel'antiquitéavaient 
ignoré les principales propriétés de 
l'air atmosphérique.Aristote en avait 
entrevu la pesanteur , sans en tirera 
aucune conséqnence.Sénèque en avai 
reconnu l'élasticité , lorsque déjà Hé 
ron avait fait l'application de cett 
propriété à la fontaine qui porte son 
nom. Il faut franchir un intervalle 
de deux mille ans pour arriver aux 
premières connaissances positives 
d'un fluide qui ne cesse d'agir sous 
nos yeux. La philosophie de l'é- 
cole, cherchant à rendre raison dei 
phénomènes dus à la pression di 
l'air , avait trouvé un de ces mots qu; 
répondent à tout, et qui dispensen 
de toute explication : c'était Vhor- 
j'eur de la nature pour le vide. 
sait que des fontainicrs de Florenci 
ne pouvant élever l'eau à plus d 
trente-deux pieds, Galilée, consult 
sur la cause de cette impossibilité 
n'eut pas d'autre réponse à donne: 
qu'une horreur de la nature pour le 
vide, limitée à une force égale au 
poids de trente-deux pieds d'eau ; et 
cependant cet homme de génie avait 
constaté la pesanteur de l'air, par un 
procédé qui se répète encore tous les 
jours dans nos cabinets de physi- 
que. Torricelli soupçonna la vérita- 
ble cause de l'ascension des liqueurs 
dans les pompes aspirantes. Il pen- 
sa qu'un fluide plus pesant que l'eau 



t 

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11 
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s 

I 

I 



PAS 

n'arriverait pas à la mcmc liaiilcur; 
et pour obtenir à-la-fois plus de faci- 
lite dans les expériences , i! substitua 
une colonne de mercure , qu'il trouva 
de vingt -huit pouces, et îe baromè- 
tre fut inventé. Alors Torricelli com- 
prit que la colonne mercuricUe , et 
celle de l'eau , ne pouvaient être sou- 
tenues que par im même contrepoids j 
et ses méditations le conduisirent à 
cherclier ce contrepoids dans la pres- 
sion de l'atmosplière : mais la mort 
l'empêcha de consommer la décou- 
verte par de nouveaux essais. Pascal 
ayant eu connaissance des expérien- 
ces de Torricelli, communiquées eu 
France parle P. Mersenne, en i(344> 
mais dont il ignora d'abord l'auteur, 
entreprit de les répéter , et les viria 
de toutes manières avec des tubes de 
diverses dimensions, droits ou incli- 
nés , et en employant des liquides de 
diiïërentes densités. Il se prêta d'a- 
bord à l'hypothèse de l'horreur du 
vide, contre laquelle il avait déjà 
néanmoins une préoccupation fon- 
dée ; mais la véritable cause de la 
suspension ne tarda pas à s'ollrir à 
son esprit, comme nous le verrons 
bientôt. Il publia, en 1647, ^^^ ^^' 
périeuces touchant le vuide , qui 
firent une grande sensation. Dans 
cet imprimé, espèce de résumé d'un 
ouvrage plus étendu qu'il avait pré- 
parc sur cette matière, Pascal dé- 
cide que si la nature semble mon- 
trer d'abord une répugnance pour le 
vide, elle ne s'oppose pas plus à \m 
grand vide qu'à un petit, dès que la 
résistance est une fois vaincue : il an- 
nonce qu'il répondra à toutes les ob- 
jections contre ses conclusions. Les 
l>artisans du jdein se soulevèrent en 
clïet contre lui : la matière subtile , 
l'éther, les esprits aériens et autres 
.substances mystérieuses,accourureut 
de toutes parts au secours de la doc- 



PAS 5o 

trine reçue ', et il fut facile de rem- 
plir avec ces dociles agents, le haut 
du tube de Toriicelli, comme l'inté- 
rieur des pompes, des soulllets et 
des seringues, dont on avait bouché 
les ouvertures avant de les mettre en 
jeu. La physique du temps trouva 
un interprète digne d'elle dans le P. 
Noël, jésuite, qui écrivit successive- 
ment deux lettres à Pascal, et publia 
en outre un traité intitulé , le Plein 
du Fuide. Le lecteur nous dispense 
sans doute d'exposer ici les théories 
physiques du jésuite, qui y mêle une 
métaphysique non moins curieuse , 
et y fait entrer une discussion sur 
les espèces du pain et du vin du sa- 
crement de l'Eucharistie. Pascal eut 
beau jeu dans ses réponses, qui sont 
des modèles de dialectique, et 011 l'on 
entrevoit déjà le style et le Ion que 
devait prendre plus tard le spirituel 
auteur des Provinciales. Quant à la 
cause de la suspension du mercure 
dans le baromètre , le P. Nuèl admet 
d'abord la pression de l'air atmos- 
phérique, qu'il remplace ensuite par 
la légèreté mouvante du mercure , 
pour revenir de nouveau à la pesan- 
teur de l'air. Lorsque Pascal publia 
ses expériciices touchant le vide, il 
voulait seulement prouver que le vide 
n'était pas absolument impossible. 
Il envisageait déjà la pression de 
l'air comme cause de l'ascension des 
liqueurs; mais il n'osa la mettre en 
avant, faute d'expériences assez con- 
vaincantes. Au moyen d'un appareil 
de son invention, il avait soustrait 
le mercure à l'action de l'air dans les 
deux branches d'un tube recourbé ; 
et il avait vu les deux colonnes se 
mettre de niveau. 11 avait encore ob- 
servé que la hauteur de l'une des co- 
lonnes variait en raison des diflércn- 
c(îs ménagées dans la pression de 
l'air sur l'autre colonne. Cette expé- 



6o 



PAS 



licucc dlail dccisivc aux yeux do tout 
lionimc iion-picvciiu ; mais Pascal 
voyant qu'elle j)ouvair. encore olIVir 
quelque prise aux objections lailcs 
jusque-là par les partisans du pleiu , 
clierclia le moyen de lever tons 
les doutes par quelque expérience 
tranchante; et c'est alors qu'il con- 
çut le projet de porter le baromètre 
à didcrentes hauteurs, pour s'assu- 
rer si l'élévation et l'abaissement de 
la colonne mercurielle correspon- 
draient à la hauteur et au raccour- 
oi^ssement de la colonne atmosphé- 
rique. Ce fut lamème année de la pu- 
blication de ses expériences sur le 
vide , qu'il écrivit à son beau-frère M. 
Pe'rier ( i5 novembre 1G47 )' P^^^*' 
lui pro])oser de porter le baromètre 
sur le Puy- de-D6me. Pascal avait 
communique son projet à tous ses 
amis; et le P. Mersenue le transmit 
à ses correspondants eu Italie, en 
Pologne , en Suède , en Hollande et 
ailleurs : cnsorte que tous les physi- 
ciens étaient dans l'attente du résul- 
tat de cette grande expérience , qui 
ne put être faite que le 19 septem- 
bre de l'atinéc suivante. Elle eut 
lieu en présence de plusieurs per- 
sonnes éclairées , avec toutes les 
précaulions convenables. Le baro- 
mètre fut observé à diverses sta- 
tions de la montagne; et les hauteurs 
du mercure furent comparées h cel- 
les du baromètre qu'où Oijservaiten 
même temps au lieu le plus bas de la 
ville de Glermont. Ou trouva trois 
pouces une ligne et demie de diffé- 
rence dans la hauteur du mercure 
entre la station du sommet du Puy- 
de-Dôme, et celle du jardin des Mi- 
nimes, fja nature ne pouvait s'expli- 
quer plus nettement, et sa réponse 
ne laissait rien à désirer. La pesan- 
teur et le ressort de l'air furent en- 
core confirmés par l'expérience d'un 



VIS 

ballon à demi j^lein d'air, qui, porté 
sur le Puy-de-Dome, s'enfla par de- 
grés , et s'arrondit à mesure qu'on 
['élevait dans un air plus rare et 
chargé d'un moindre poids. Ainsi 
toutes les incertitudes furent levées; 
l'illusion fut dissipée , et le principe 
de l'horreur du vide vit crouler eu 
un inslant toute l'autorité dont il 
avait si long-temps joui dans l'école. 
Pascal , qui n'avait pu faire lui même 
l'expérience du Puy-de-Dôme , con- 
fiée à son beau-frère, voulut se pro- 
curer à Paris , le plaisir d'observer 
des résultats analogues : il répéta 
l'expérience en petit , sur la tour de 
Saint-JacqueS'de-la-Boucherie , et 
sur plusieurs autres édifices élevés 
(i). Les partisans du pleiji suppor- 
tèrent impatiemment leur défaite. 
Trois ans après l'expérience du Puy- 
de Dôme , un jésuite de Mont-Fer- 
raud fit soutenir, en i(35i , des thè- 
ses publiques , où Pascal fut accusé 
de s'être approprié les expériences 
de Torricelli. C'était une injuslic©] 
manifeste, puisque, dans «on écrit 
sur les expériences touchant le vide 
Pascal avait soigneusement distingué! 
les expériences d'Italie ( dont il igno-| 
rait alors le véritable auteur), de 
celles qu'il avait faites publiquement 
à Rouen , en 164G, et qui lui appar- 
tenaient en propre. Dans sa Lettre 
à M. de Rihejre ( tome iv, pag. 1 c)B 
et suiv. ) , il se justifia complète- 
ment : il y rend un témoignage écla- 
tant de son estime envers le savant 



(1) linssiil cl CoïKlorcplscsoiittroinjx's , lorsqu'ils 
ont |)hu-c les cx|)( i itucps de Paris avaut colle de 
<;ic-nii(jut, et ((ii'ils oui indique celle-<i coiiiinc une 
jiAisée posti-rienro ayant ])oiirbut de fournir des ré- 
sultats j)lus sensibles. Pascal dit ex])résséinent qua 
l'expérience du Puy-de-Dôme lui suggéra l'idée de 
celles qu'il lit à Paris ( Uécit de la grande expcrien- 
re de l^étfailifnc des lif/iieiirs , etc. , tome IV, pages 
35r) et 3()o ). Bossut s'est rectifie sur ce point dans 
l'ediliun qu'il a douucc de son Discours sur la vie 
et les «uvrages de Pascal , à la Gn du 9S. vt.l. de son 
Eiud iUi- i'hist. ^Cità . des riiatlicntuli fUi.i. 



liroresseurdcFlorcm c, ijti'll iicnom- 
nie pas autreinnU (juc //,' i^rnnd To'- 
ricelli; ce (jui réfute pleinement celle 
mire nccusation de ses ennemis, 
ijiie , clans sa Iclîrc à M. Perier, oii 
i! propose l'expc'rience du Puy-de- 
Dome , il avait évite avec soin de 
nommer Torricelli. La vciitc est 
qu'à l'époque de celte lettre il igno- 
rait (jue les expériences d'Italie eus- 
sent c'ic faites par Torricelli , et qu'il 
ne l'apprit que long-temps après, 
au moyen des informations qu'il (!t 
prendre en Italie à ce sujet. Desear- 
les voulut s'attribuer la première 
idée de l'expciiencc de Clcrmoiit , 
et il écrivit qu'il l'avait suggérée à 
Pascal. ÎVIais celle prétention ne 
peut guère se soutenir : on ne peut 
raisonnablement douter que ce der- 
nier ne soit véritablement l'au- 
i(rur de Pexpe'rience dont il s'agit, 
comme il ralliime lui-même de la 
manière la plus positive. Nous ne 
nous arrêterons pas à comb.ittrc 
les allégations gratuites contenues 
(!uis les Notes de l'édition des Pen- 
sées de Pascal par Gondorcet , où 
d'ailleurs on attribue à l'académie 
(Ici Cimenta , établie seulement en 
i(J55 , la gloire des découvertes de 
Pascal , faites, au su de tout le mon- 
de, de 1647 ^ '^49' ^'^ première 
des conséquences que tire Pascal de 
l'expérience de Clermont, est digne 
de remarque : c'est l'usage du baro- 
mètre comme instrument de nivelle- 
nieui. Cette heureuse idée n'a pas 
ctè perdue; elle est deveimc fécon- 
de par les travaux postérieurs des 
])liysiciens et des géomètres, qui, 
cclaire's sur la principale propriété 
de l'air atmosphe'rique, en ont ])u 
dès -lors étendre et aprofondir la 
théorie. Perfectionnant à-la -fois les 
instruments et les moyens d'obser- 
vation, et réunissant toutes les can- 



PAS ni 

ses (pu pcuvcnl iiidiu r , dans un ins- 
tant donné, sur la pesanleur et le 
ressort de l'air, ils ont pu établir 
ces savantes fornudes, traduction 
ingénieuse de tous les accidents four- 
nis par l'observation, et fidèle ex- 
pression d'un phénomène compli- 
qué, qui donnent à l'observateur le 
moyen prompt et facile de connaître 
le degré d'élévation où il se trouve , 
et de déterminer ainsi, pour chaque 
point accessible du globeterrestre, la 
troisième des coordoiniéesqui fixent 
rigouieusemcntsa position : lésidtat 
l'un des plus beaux de la science, et 
surtout d'une immense utilité pour 
la physique, l'histoire naturelle, le 
génie, et plusieurs brandies impor- 
tantes du service public, Pascal en- 
lievil également l'utililc des obser- 
vations barométriques pour la mé- 
téorologie; et il en fit lui-même des 
essais dont nous trouvons les résul- 
tats dans quelques fragments qu'il a 
laissés sur cette matière. Ce furent 
les communications qu'il fit à ce su- 
jet à son beau frère, M. Péricr , qui 
déterminèrent celui-ci à entrepien- 
dre , à Clermont , des observ;itions 
coirespondanles à celles qu'il faisait 
faire en même temps à Paris et à 
Stockholm; observations qu'on doit 
regarder comme le premier type do 
ces remarques simultanées et com- 
binées que l'on a si fort multipliées 
dans la suite, pour contribuer à la 
connaissance des variations relatives 
de l'atmosphère. Pascal, dans son 
Trailé de la pesanteur de la masse 
de Z^a'r, passe en revue tous les prin- 
cipaux phénomènes attribués jus- 
qu'alors à l'horreur du vide; et il en 
donne l'explication par l'ellet de la 
pression de l'air. Il est vrai qu'il 
s'est trompe en attribuant unique- 
ment à la même cause l'adhérence 
de deux conis polis : mais ce n*cst 



"^! 



6-2 



PAS 



pas , comme on Ta tlit , fniUc de con- 
iiaîlre celte expérience dans le virlc 
( Hist, j)hilosophiqne des progrès ne 
la physique., tome ii , page 78 ); 
car il décrit Ini-raême cette expé- 
rience, dans l'écrit inlilnle : Nou- 
velles expériences faites en Angle- 
terre.^ etc. ( tome iv, page 878 ), où 
il expose tontes les expe'riences fai- 
tes par Boyle dans le récipient de 
la machine d'Otto de Gnerike, qu'il 
avait perfectionnée. Pascal expli- 
quait l'adhérence qui a lieu dans ce 
récipient, par le ressort delà portion 
d'air qu'on ne pouvait extraire. Au 
reste , son erreur était inévitable , à 
une époque où la grande loi de l'at- 
traction physique etmoleculaire était 
encore à découvrir. Ses recherches 
sur la pesanteur de l'air l'avaient 
détermine à s'occuper des fonde- 
ments de l'hydrostatique. Il écrivit 
à ce sujet son Traité de V équilibre 
des liqueurs , qui précède celui de 
\di pesanteur de l'air, dans lequel il 
renvoie fréquemment an premier. On 
croit que ces deux traités ont été ache- 
vés en 1 653. Pascal commence par le 
principe déjà démontré par Sfévin 
et Galilée, qu'une colonne de fluide 
pèse en raison composée de sa base 
et de sa hauteur. Il démontre de nou- 
veau ce principe, le développe et le 
féconde avec autant de sagacité que 
de clarté. Il en déduit le moyeu 
d'employer un vase plein d'eau com- 
me une machine de mécanique pro- 
pre à multiplier les forces; car de 
la pression que les fluides exercent 
en tout sens, il résulte que si, dans 
un vase plein et fermé de toute part, 
on pratique deux ouvertures inéga- 
les, et qu'on applique k ces ouver- 
tures deux pistons poussés par des 
forces qui leur soient proportion- 
nelles , le fluide sera en équilibre. 
Pascal parcourt les principaux faits 



PAS 

de l'hydrostatique, en s'occupai 
tonr-à-tour des fluides de divers^ 
densités et de l'immersion des corj 
solides. Nous laissons ces détaih 
qui sont assez connus dans l'histoii 
de la science. Mais nous ne quitte 
rons pas cette branche des travaux 
de Pascal , sans dire un mot de 
méthode qu'il s'était prescrite dan.< 
ses observations; méthode qui nous 
paraît éminemment philosophique , 
et digne d'être olïerte comme un 
modèle de sagesse à tous ceux qui 
s'occupent de la recherche de la 
vérité dans un ordre de choses que] 
conque. Pascal n'a pas, comme De 
cartes , écrit un traité ex profes 
sur la Méthode : il s'est reslrein 
qjielques préceptes généraux sur l'a: 
d'exposer la vérité, qui font partie 
son système de philosophie , duquel 
nous parlerons plus bas : mais, dans 
la manière dont il a successivement 
formé son opinion sur la cause de la 
suspension des liqueurs, il nous olfre 
un exemple de sa méthode en action ; 
et cet exemple suflit. L'examen apro- 
fondi et comparé des méthodes de 
ces àcw^s. illustres philosophes pour- 
rait fournir la ma'tièrc d'un paral- 
lèle aussi instructif que piquant : 
nous nous bornerons à quelques 
courtes remarques. Piéfléchissant sur 
l'horreur pour le vide, attribuée à 
la nature , Pascal conçoit d'abord 
des doutes sur la vérité de ce 
principe; mais, n'osant abandon- 
ner brusquement une maxime géné- 
ralement reçue , il interroge la na- 
ture et multiplie les expériences. Ses 
observations le portent à conclure 
que si la nature répugne au vide, 
cette résistance est limitée, et qu'é- 
tant une fois vaincue, la nature ne 
se refuse pas plus à un grand vide , 
au moins apparent, qu'à un petit; 
enfin il prononce affirmativement 



la 

1 



4 



PAS 

que la nature peut re'ellemcnt ad- 
mettre un vide al).solu. Dès-lors celte 
horreur du vide ne pouvant plus 
expliquer la suspension des liqueurs , 
il saisit l'idée de la pesanteur de l'air, 
que , toutefois , il n'admet d'abord 
qu'avec reserve, et qu'il n'assigne 
définitivement pour cause certaine 
du phénomène, que lorsqu'une ex- 
périence sans réplique répand sur 
cette vérité tout l'éclat de l'évidence. 
Pascal résume lui-même sa méthode 
dans ce peu de mots, qui valent une 
lliéorie complète : « Je n'estime pas 
» qu'il nous soit permis de nous dé- 
» partir légèrement des maximes 
» que nous tenons de l'antiquité, si 
1) nous n'y sommes obligés par des 
» preuves indubitables et invincibles. 
» Mais, en ce cas, je liens que ce se- 
» rait une extrême faiblesse d'en 
^) faire le moindre scrupule, et 
» qu'enfin nous devons avoir plus 
» de vénération pour les vérités évi- 
» dentés que pour ces opinions rc- 
» eues , etc. » On voit que la mé- 
thode de Pascal appartient à la 
grande école de cette philosophie 
«expérimentale et observatrice, qui a 
ruiné l'esprit de système, et allumé, 
dans le domaine des sciences, ce 
flambeau du raisonnement a])puyc 
sur les faits, à la clarté duquel elles 
ont toutes marclsé avec tant d'assu- 
rance et de rapidité. Tandis que le 
doute de Descartes se dirige en ar- 
rière et s'exerce sur le passé, celui 
de Pascal porte sur l'avenir. L'un 
discute les anciennes maximes avant 
do les admettre ; l'autre tire de l'exa^ 
mon des faits nouveaux, le jugement 
qu'il doit porter sur les idées reçues. 

^scal part des opinions admises , et 
I > lient pour vraies jusqu'à ce qu'un 
inoiif assez, fort lui fasse un devoir 
'l'y renoncer. Ce n'est point chez lui 

ic aveugle obstination, mais une 



PAS 



63 



simple préférence fondée sur une au- 
torité de plus , celle de l'assentiment 
général; il suspend sa tlécision à l'é- 
gard des systèmes ou des hypothèses 
qui n'ont point encore subi l'épreuvo 
du temps et de l'expérience. Pascal 
a inventé la brouette nommée Finai- 
^rette , ou chaise roulante traînée 
à bras d'homme , et le lïaquet, ou 
charrette à longs brancards, qui est 
une heureuse combinaison du levier 
et du plan incliné. On a même voulu 
lui faire honneur de l'invention de 
la presse hydraulique. — Les divers 
écrits de Pascal que nous avons in- 
diqués jusqu'ici , ne^sont pas seule- 
ment remarquables par la justesse et 
la liaisoi-r des idées , par la force et 
la clarté du raisonnement , par le 
choix et la vigueur des arguments ; 
ils le sont encore parla propriété des 
expressions , par les tournures heu- 
reuses , par la pureté de la diction , 
en un mot , par la couleur et les 
agréments du style. Le mérite de ces 
écrits est d'autant plus sensible dans 
la collection de ses OEuvres , que ce 
recueil présente, dans les lettres de 
quelques-uns des correspondants et 
des adversaires de Pascal , des tcr- 
me."de comparaison qui marquent la 
distance de leur style au sien. L'ai- 
mable facilité, et le rare bonheur 
avec lequel il manie la langue fran- 
çaise, olfrent un contraste frappant 
avec le ton ampoulé, le style pré- 
cieux, guindé et surchargé défigu- 
res ridicules, (pie l'on trouve dans 
les écrivains les plus en vogue de 
son tcm])s. Les grâces (pi'il sait ré- 
pandre sur des discussions arides de 
physique et de géométrie , annon- 
cent un talent qu'il vadéplover bien- 
tôt de la manière la plus éclatante, 
sur des matières non moins ingrates. 
Pour ne pas répéter ici ce qu'on peut 
trouvef dans d'autres articles , nous 



ircnirtM'ons dans aucun ilclail snr 
l'histoiro du jauscnisjno, ui sur le 
fond de ces queslious qui ont tant 
fait de bruit, mais qui ont perdu au- 
jourd'hui la pins grande partie de 
i'intcict qu'elles avaient alors. ( F. 

MoLTiVA, J.ANSÉNIUS,6a1!Nï-GyRAN, 

AiîNAULD, Annat, etc. ) Pascal était 
eu relation d'amitié avec les soli- 
(aiies de Port - Royal j il goûtait 
louis graves entretiens et la scveritc' 
do leurs principes. Sans être attache 
h leur maison, il leur faisait de fré- 
quentes visites, et sejournaitdctemps 
vu temps parmi eux. IjC plus célèbre 
de ces personnages, Antoine Arnanld, 
disciple de Duverger de Haurannc , 
qui avait ete l'ami de Jansenius, pu- 
îilia, en iG55, une Lettre à un duc 
€t jyair, dans laquelle il avançait 
qu'il n'avait pas trouve dans V.^u- 
i^ustinus de Janse'nius les cinq pro- 
positions attribuées à l'auteur , et 
condamnées par la bulle d'inno- 
cenl; X, mais que , les condamnant 
en quelque lieu qu'elles fussent , 
il les condamnait dans Janse'nius , 
•si elles y étaient. On lisait dans 
la même lettre cçtte proposition : 
(i!ic Samt Pierre oJJ'raii dans sa 
chute Vexemple d'un juste à qui 
la grâce , sans laquelle on ne 
peut rien ( la grâce elîicace ) , avait 
manqué^ dans une occasion où Von 
nu ] eut pas dire quil n'ait point 
péché: c'était absolument la premiè- 
re des cinq propositions de Janse'- 
nius, Cette lettre attira l'attention de 
l.i Sorbonne , qui convoqua des as- 
semble'es pour délibérer sur les pro- 
positions d'Arnauld. Celui - ci pré- 
tendit se justifier par de nombreux 
écrits; mais comme les graves défen- 
ses du docteur étaient ])eu propres 
à exciter l'intérêt du publie, il eut 
recours à la plume de Pascal, qui se 
saisit en maître de l'arme puissan- 



PAS 

le du lidicnle. Celui-ci fit paraiire, 
le '>,3 janvier i6f>(j ,1a première £f?f- 
tî^e de Louis de Montalte à un Pro- 
vincial de ses amis. Le succès pro- 
digieux de cette Lettre ne put arrê- 
ter la censure de la Sorbonne, qui 
eut lieu sur la fin du même mois , et 
dans laquelle furent enveloppés, avec 
Arnauld, soixante -onze docteurs , 
qui avaient pris sa défense. Arnauld 
fut exclu pour toujours de la Sor- 
bonne ; et ses propositions furent 
condamnées. Pascal terminait, le 9A) 
janvier, sa seconde Lettre, où il trai- 
tait de la grâce suffisante , lorsqu'il 
apprit la nouvelle de la censure: il 
en fit le sujet d'une troisième Lettre, 
datée du ç) février suivant. Le plai- 
sant et spirituel Montalte , qui avait 
trouvé le secret de divertir la Fran- 
ce entière avec la grâce suffisante 
et \c pouvoir prochain, publia suc- 
cessivement^ jusqu'au 2 août de la 
même année, sept autres Lettres^i 
un Provincial, dans lesquelles, après 
avoir traité de la grâce actuelle des 
Jésuites et des péchés d'ignorance , 
il commence ci examiner les princi- 
pes de morale de quelques-uns de 
leurs auteurs; ce qui forme ensuite 
le sujet de huit Lettres aux BR. 
PP. Jésuites , qui viennent après , 
et dont la dernière est datée du 24 
mars 1607. On croit que le docteur 
Arnauld eut part à quelques-unes des 
Provinciales , et notamment aux 3^., 
9^., ii«., 12'^., iS'^., 14*^. et i5«. ; 
du moins c'est le sentiment de l'au- 
teur du Supplément au Nécrologe 
des défenseurs de la ^vérité ( Nécro- 
loge de Port-lloyal). Les difTéreii- 
tes situations de l'homme , et les vi- 
cissitudes qu'éprouve la société, in- 
troduisent une foule de rapports 
compliqués, d'oii naît une grande 
diversité dans les devoirs des indivi- 
dus. Outre cela , un même acte peut 



PAS 

se présenter sous une foule d'aspects 
(lilicrents j il peut être détermine par 
des causes variées, environné d'une 
muîfiliide d'accessoires divers , d'où 
il reçoit son mérite, sa méchanceté , 
ou son indifTcrence. La sin2;ularité 
d'un cas , sa nouveauté ou sa com- 
plication, peuvent faire naître le dou- 
te , et rendre incertaine l'application 
des lois ordinaires de la morale. De 
là les fonctions des casuistes , char- 
gés de peser les actions humaines à 
la balance de la justice divine, et de 
prononcer sur la légitimité d'un fait 
qui sort de la marche commune des 
choses. Mais le même esprit que la 
scolastique avait porté dans l'étude 
de la métaphysique, devait exercer 
son influence sur la théorie de la mo- 
ralité humaine. On y porta le goût 
des vaines subtilités : des distinc- 
tions puériles , des questions oiseu- 
ses , prirent quelquefois la place du 
bon sens , et ouvrirent une voie d'é- 
garement aux esprits peu judicieux. 
Des moralistes imprudents subor- 
donnèrent les intérêts d'une jus- 
tice qui devait toujours être franche 
et inflexible, aux opinions en crédit, 
ou à la réputation d'un homme fa- 
meux. Tels furent quelques casuis- 
tes , (pii, dominés par l'esprit du 
temps, se livrèrent, dans la solitu- 
de, à des spéculations inconsidérées 
et aux écarts d'une imagination dé- 
réglée. Pascal trouva dans leurs dé- 
cisions , souvent remplies d'incer- 
titude et d'équivoque, ainsi que dans 
la doctrine des opinions probables , 
de l'autorité et des restrictions men- 
tales, une amj)le matière à la plaisan- 
terie et un funds inc])uisablc de ri- 
dicule. Mais nous ne devons pas dis- 
simuler qu'on lui a reproché le tort 
d'avoir exhume des écrits la plu- 
])art obscurs et entièrement oubliés , 
et le tort encore plus grand d'avoir 

XAXIII. 



PAS 65 

attribué à une conipagnîo entière 
les opinions de quelques-uns de ses 
membres , et même des sentiments 
puisés dans des écrits qui ne leur 
appartenaient pas. On a observé de 
plus qu'il devait quelques égards 
à une corporation religieuse , qui 
comptait dans son sein des hommes 
distingués , non moins recomman- 
dables parleur piété que par leurs lu- 
mières ' enfin , que Pascal aurait dû 
prévoir qu'on ne pouvait répandre 
le ridicule sur une telle société , sans 
prêter aux ennemis de la religion des 
armes dont ils ne manqueraient pas 
d'abuser. LesProvincialesfurcnt con- 
damnées et plusieurs fois réfutées : 
mais malheureusement le talent ini- 
mitable de Pascal ne se retrouvait pas 
dans les réponses de ses adversaires, 
dont quelques-unes n'étaient pourtant 
pas dénuées de mérite ( /^. Daniel , 
X , 5 1 1 ) ; et le coup était porté sans 
retour. Il paraît cependant que Pas- 
cal était de bonne foi dans l'usage 
qu'il a fait de matériaux fournis par 
des mains étrangères. Maintenant 
les Provinciales ne doivent plus être 
citées que sous le rapport littéraire. 
Or, comme elles sont incontestable- 
ment , dans l'ordre des temps, le 
premier chef-d'œuvre de fe langue , 
et l'un des plus beaux monrunents de 
la littérature française, nous croyons 
que, pour en aprécier le mérite, il est 
indispensable de se prêter à la si- 
tuation de l'auteur ; ce qui peut se 
faire sans blesser en rien les règles de 
l'impartialité. Nous pardonnera-t-on 
de nous citer nous - mêmes à c(; 
sujet ? Nous ne pouvons avoir deux 
manières d'envisager l'ouvrage dont 
il s'agit ; et nous ne voyons pas 
quelle utilité réelle il y aurait à cher- 
cher d'autres expressions pour ex- 
poser précisément les mêmes idées. 
Nous* avions dit àes, Provinciales -, 



6C) 



1>,VS 



PAS 



« Pascal adopte, comme par ins])i- 
» r.ilion, le |»lan It* plus neiiC cl le 
» plus heureux : il ilounc à ses î.ct- 
y> très une forme (Irauialique et piei- 
» ne de vie; ii met ses personnages 
» en scène, et s'y place avec eux ; 
» là il les immole, avec un admiia- 
» ble talent , à la gaîtd du public. 
» .... Le législateur du Paniasse frau- 
» çais , qui se connaissait en livres , 
» regardait les Provùwiales comme 
î> le premier de tous ; et il osait le 
» dire aux. hommes mêmes qui s'y 
)) trouvaient si fort maltraites. L'au- 
» leur de Britannicus , à'Iphi^énie 
» et d'y/thûlie, lorsqu'il écrivait en- 
» core contre Port- Royal , voyait , 
)» dans l'auteur des Prwinciales ^ le 
» plus bel ornement de cette société; 
» il mettait l'enjouement de Pascal 
» au-dessus de toute la science et de 
» tout le sérieux d'Arnauld. Un poè- 
» te du premier ordre, c'gaicment 
» habile dans tous les genres d'e'cri- 
» re, et qui ne peut être suspect dans 
» les éloges qu'il donne à Pascal , 
» assure, en tenant la plume de l'his- 
» toiiC,que les meilleures pièces du 
» plus grand des comiques n'ont pas 
» plus de sel que les prcmièies Let- 
» très provinciales^ et que Bossuet 
w n'a rien de plus sublime que les 
» dernières. Quels juges et quels suf- 
» frages (i)! Et plus tard, le même 
» ouvrage, aux yeux du Quinlilien 
» français, est le premier où la langue 
y) ait paru fixée, et où elle ait pris 
» tous les tours de l'éloquence ; et ce 
» jugement, qui a été celui de tous 



(i) On peut ajouter ici ce aue Voltaire à dit 
dis Provinciales rla<is sou Siècle de louis Xîl ., 
cliap. XXXTU : «H est vrai que tout co.Kvie portait 
« sur un fondement faux. On attribuait adroitonient 
» à toute la société, des opinions extravagantes de 
» f{uelques jésuite» espagnols et flamands..,. IViais ii 
« ne s'agissait pas d'avoir raison , il s'agissait de di- 
» vertir le puldic. » Voyez aussi la lettre de Voltai- 
re au père Latour, en date du 7 février i;:*;, dans 
lu Corr«<pondar»cc gt-nérale. 



» I 



es cnnna»f.s('r,rs , n'a jamais es • 
» suyéla uioiiKlreconîradiclion, pas 
» même celle de l'envie, de l'igno- 
1) rance on de la singularité. L'ingc- 
» nieux panégyriste de Molière, le- 
» connaissant que ce grand peintre 
» de mœurs avait trouvé déjà créés 
» quelques traits éparsdc ses savants 
» tableaux , avoue qu'entre autres , 
» les Provinciales lui présentaient 
» un modèle parfait de la bonne co- 
» médic. ... Si la langue française 
» s'est perfectionnée à l'aspect d'un 
» si beau modèle , elle s'est aussi en- 
)) richiedcs emprunts que n'ont cesse 
» de faire à ces Lettres, tous les 
» écrivains distingues qui ont paru 
» depuis lors : ils y ont trouvé un&j 
» raine abondante de formes , d'ex- 
» pressions et de tours que cha^îuTy' 
» a convertis à son usage , selon les 
)) circonstances ; et quand on ht cet 
» ouvrage , on retrouve à leur source 
» une infinité de locutions , de pen- 
» sées , de maximes devenues pro- 
» verbes, (]nQ l'on avait rencontrer 
» daué la circulation , et qu'on avai 
» prises plus d'une fois pour lun 
» heureuse propriété des auteurs qi 
» les employaient. » On a reproché 
Pascal , dont ce chef-d'œuvre lui a 
justement acquis, comme écrivainJ 
une autorité universellement recoi 
nue , d'avoir méprisé la poési( 
Mais la manière dont il s'explique 
ce sujet ferait penser qu'il a vouli 
seulement tourner en ridicule certai- 
nes expressions et images banales 
ou ampoulées , dont se servaient 
quelques poètes français, aune épo- 
que où n'avaient j.oint encore pa- 
ru les plus admirables productions 
du siècle de Louis XIV. On a de 
la peine à croire que Pascal fut 
resté insensible aux beautés qu'il 
avait dû remarquer dans les poètes 
de l'antiquité. Les Provinciales ont 



k 



PAS 

t'tc l'objet de diverses rritiqncslilte- 
laires. Nous ne ferons aneune dilii- 
niltë d'admettre que ces lettres pè- 
ciient quelquefois par défaut d'èle- 
gancc et d'harmonie ; mais nous 
croyons que la postérité a suiFisam- 
ment vengé Pascal du reproche d'a- 
voir manqué fréquemment de sens 
et de goût. On a souvent admiré que , 
dans le choix de ses expressions , 
il ait tellement pressenti le génie 
de la langue, que presque aucun, 
des mots employés dans les Pro- 
çinciales n'a vieilli depuis plus d'un 
siècle et demi. Seulement on y trou- 
ve , comme dans tous les auteurs 
du temps , quelques mots qui dès- 
lors ont changé d'acception. Mais il 
est juste de convenir qu'on y ren- 
contre aussi plusieurs tours qui ont 
cessé d'être en usage , et qui portent 
visiblement le cachet du siècle au- 
quel ils appartiennent. Pascal avait 
étudié l'art de parler aux hommes, 
et d'obtenir leur attention, art qu'il 
a si bien mis en pratique. lia hissé 
sur ce point des rélJexions d'une 
grande justesse, et les préceptes les 
plus judicieux , qui équivalent à un 
traité. Ce qu'on ne saurait trop re- 
marquer , c'est que cet homme , né , 
selou l'observation de Nicole, plutôt 
pour inventer que pour apprendre , 
trouvait dans son propre fonds ce 
que les autres sont obligés de cher- 
cher péniblement daiis les livres. 
Doué d'un sens exquis , d'une sa- 
gacité peu commune , d'un seuliment 
naturel des convenances , d'un goût 
innc et toujours sûr , il saisissait le 
juste et le vrai avec une étonnante 
facilité: il trouvait de lui-même les 
règles des arts , et son génie lui en 
révélait tous les secrets. Mais le plus 
beau titre de gloire de Pascal, celui 
d'une gloire vraiment immo-^telle et 
sans image,' est le livre des Pensées ; 



PAS 



()■ 



fragments détachés , jetés comme .n» 
hasard sur le papier , sans liaison et 
sans ensemble; matériaux épars, pri- 
vésde l'ordonnance que la main seule 
de leur auteurpouvaity mettre , mais 
marqués du sceau du génie, qui par- 
tout y a laissé son empreinte , disjecù 
memhra poëtœ. Pascal ne s'est occu- 
pé des hautes méditations qui soîit 
['objet de ces Pensées, que durant 
quatre années de sa vie , au milieu 
des cruelles soufl'rances qui en ont 
si fort abrégé le cours. On a souvent 
déploré qu'il n'ait pu compléter ces 
magnifiques pierres d'attente , et sur- 
tout qu'il n'ait pu élever lui-memo 
le grand édifice dont il avait conçu 
le plan. Divers éditeurs des Pensées 
ont essayé de les classer pour y in- 
troduire un certain ordre ; mais il est 
difficile de s'assurer quel était réelle- 
lement l'enchaînement et le genre de 
liaison que l'auteur y aurait rais. 
Cependant , nous nous sommes per- 
suadé que , par le moyen d'un exa- 
men aprofondi, on pourrait aper- 
cevoir quelques traces de correspon- 
dance entre ces divers matériaux , 
quelques relations de ces fragments 
a\ec le plan auquel ils étaient, sans 
doute, assortis et subordonnés. Nous 
avons teuté cet examen ; et nous 
avons cru entrevoir , au milieu de 
ces pièces diverses , un système 
complet de philosophie, le plus 
beau (fui jamais soit sorti des con- 
ce])tions humaines , un système qui 
efface toutes les méditations des phi- 
losophes anciens et modernes ; sys- 
tème parfaitement lié dans toutes ses 
parties , qui embrasse l'homme tout 
entier , qui dévoile toute sa nature , 
qui en trace la peinture la plus éner- 
gique avec une vigueur de pinceau 
peut-être inconnue jusque-là ; qui 
ap])rend à l'homme la juste mesure 
et les bornes de toutes ses puissances 



(38 



PAS 



physiques et morales ; qui met à nu 
toute sa faiblesse et sa misère , et lui 
découvre, en même temps, les restes 
de sa grandeur décline, et celle à la- 
quelle il peut s'ëlever encore; qui 
(Icmèle et combine ces étonnantes 
contrariete's de son état présent , les- 
quelles ont fait le desespoir de tous 
les philosophes , dogmatiques ou 
sceptiques , également incapables de 
les comprendre, de les expliquer, 
et de les concilier ; système qui fait 
jaillir de ces considérations frap- 
pantes de vëritë et de profondeur , 
toutes les lumières nécessaires pour 
montrer à l'homme sa véritable si- 
tuation sur la terre, ce qu'il y doit 
faire , quelle est sa destinée finale , 
et quelle voie il doit prendre pour 
l'accomplir* Ici se déroule le plus 
magnifique tableau de la religion 
chrétienne , considérée dans les ar- 
chives de la révélation , dans son 
histoire , dans les preuves de sa di- 
vinité , dans la haute sagesse de ses 
lois et de ses maximes, dans son 
admirable convenance à l'état et à 
tous les besoins de l'homme , dans 
sa perfection, qui complète toutes 
les théories morales , qui apporte ce 
qui manque à toutes les doctrines 
imparfaites des hommes. Nous avons 
tâché d'esquisser ailleurs l'ensemble 
de ce système , qui ne peut trouver 
ici sa place (i). C'est de Pascal que 

(ï ) Nous ayons cru, en particulier, y de'mMer le» 

firiîicipcs foudameiitaux d'une théorie complète des 
acuités de rLonime intellectuel , et de leur usage 
dans tout emploi du raisouuement, outre la base d'un 
système ])liiJnso]}liique, ài]\ remarque' avant uous , 
sui* la r< alite et le jir nci])e des coimaissauccs, repo- 
sant sur le sentiment ])rimitîf des vérités de fait. 
Pascal ue laisse peut-être rien à désirer sur l'art 
d'exposer la vérité, et sur celui de j)crsuader , sur 
les déliaitioiis et leur usage, sur l'autorité en raatiè 
re de philosophie. Ses considérations sur ce dernier 
point le conduisent au fameux sjstnme de Aaperfèc- 
fihilité de l'esprit humain , que quelques philoso- 
phes modernes paraissent lui avoir emprunté sans 
en rieu dire , et qu'ils ont exagéré et défiguré , en 
refusant ou négligeant de recoimaitre avec lui que 
si l'homme avance toujours , c'est dans une sphère 



la 



PAS 
plupart des orateurs chrétiens ont 



cm|)runté leurs plus beaux coups de 
]>iuccau , lors(ju'ils ont voulu peindre 
l'état actuel de l'homme.Onen voit 
des exemples dans quelques passa- 
ges de Bossiiet, où il est facile de 
reconnaître le modèle que cet autre 
grand peintre avait sous les yeux. 
Beaucoup des pensées de Pascal sont 
des traits de génie, qui réunissent en- 
core le mérite d^une expression plei- 
ne d'énergie et de beauté. Les pen- 
sées sur la nature en général, et sur 
l'homme , sont les unes d'une magni- 
ficence, et les autres d'une profon- 
deur, qui ne pourront jamais épuiser 
l'admiration. Pope en a de mêra 
emprunté une grande partie dans 
son Essai sur Vhomme. Quelques- 
unes de ces pensées sont enveloppées 
d'obscurité ; d'autres présentent de 
légères taches dans le slyle; plu- 
sieurs sont d'une imperfection réelle : 
les unes et les autres se ressentent 
de l'état dans lequel Pascal se trou- 
vait en les écrivant. Celles qui sont 
visiblement contraires aux senti- 
ments de l'auteur, n'étaient, selon 
toute apparence , que des objec 
tions destinées à être combattues. 
Il y a des répétitions assez fré 
quenles, tantôt avec quelques va 
rialions seulement dans les termes, 
d'autres fois à très peu près avec les 
mêmes expressions. Ce recueil in- 
com})let de notes , de pièces sim- 
plement ébauchées, ne doit être ju- 
gé , ni dans ses détails , ni moins 
encore dans son ensemble , selon les 
règles ordinaires de la composition 
littéraire. Ces considérations n'ont pu 
prévenir certaines critiques, d'autant 



dont il ne dépassera jamais les limites, laquelle n'est 
qu'un point en comparaison de l'immensité de la 
nature; et qu'ainsi l'homme verra toujours le but à 
la même distance : couunc une fourmi qui emploie- 
rait sa vie à gravir une montagne , et qui n'en aé- 
rait ])as plus prèsdu soleil. 



I 
I 



I 



PAS 

plus déplorables , qu'elles paraissent 
évidemment dictées par la mauvaise 
foi. Mais ce n'est pas au\ Pensées 
seulement que se sont attaqués les 
ennemis de la gloire de Pascal ; ils 
ont essayé tour à-tour de lui dispu- 
ter tous ses titres à l'admiiation de 
la postérité : leurs vains elForts ont 
échoué contre l'opinion universelle , 
qui ne peut cesser de voir dans 
Pascal un homme également grand 
comme savant , comme écrivain et 
comme philosoplie. Il nous reste 
maintenant à jeter un coup d'œil 
sur la vie privée de cet illustre 
personnage et sur son caractère. 
Les études soutenues auxquelles il 
s'était adonné depuis sa tendre jeu- 
nesse , et les peines que lui causè- 
rent l'invention et le perfectionne- 
ment de sa Machine arithmétique , 
avaicntportéà sa santé, comme nous 
Tavons remarqué , une atteinte irré- 
parable. Aussi a-t-il dit lui-même 
que , dès Tàge de dix-huit ans , il 
n'avait plus passé un seul jour sans 
souIlVir. C'est à vingt-trois ans qu'il 
reçut la première connaissance des 
expériences do Torricellij et l'année 
suivante il publia les siennes sur le 
même sujet. Ses Traités de l'Équili- 
bre des liqueurs et de la Pesanteur de 
l'air avaient été achevés en i653 , et 
celui du Triangle arithmétique , eu 
îG54. C'est dans cette dernière an- 
née, qu'il ofliit, avec une modestie 
rcmarcpiable, quelques ouvrages la- 
tins de géométrie , à la société libre 
de savants dont nous avons parlé. 
Dans le même temps encore il s'é- 
tait occupé de ses recherches re- 
latives aux jeux de hasard , qui fu- 
rent l'occasion de l'invcnlion de son 
Triangle arithméficpje. Cependant 
SCS maux allaient en augmentant. 
Une cs])èce d'attaque de paralysie 
qu'il avait etie en 1(347, lui '^^"''^ 



PAS 



6g 



presque ôté l'usage des ]aml>es. Mais 
les soins de son père et de sa sœur 
Jacqueline lui procuraient quelque 
soulagement. On l'engagea à se dis- 
traire par des promenades et des 
voyages. 11 perdit son père en 1 65 1 ; 
et sa sœur, que des talents distingués 
et une réputation de grand mérite 
semblaient appeler à faire dans le 
monde le charme delà société, tou- 
chée de ses pieux discours et des 
vertus qu'il pratiquait avec tant de 
zèle, embrassa la vie religieuse dans 
la maison dePort-Royal-des-Champs. 
Les discours et l'exemple de Pascal 
exerçaient une grande influence sur 
tous ceux qui l'approchaient : son 
père même, dont la vie avait été 
une pratique continuelle des vertus 
les plus recommandables, prenait 
un tel goût à ses entretiens, qu'ils 
redoublèrent chez lui les sentiments 
de piété, et le rendirent plus attaché 
encore à ses devoirs religieux. Lors- 
que Pascal fut resté seul , son ap- 
plication au travail n'éprouvant plus 
d'ojjstacles, il en abusa de nouveau 
au détriment de sa santé , et les rapi- 
des progrès de ses maux le forcèrent 
bientôt d'y renoncer tout-à-fait. 11 
éprouvait de grands mauxdelête, 
une inflammation dans les entrailles; 
et, dans cet état, il ne pouvait avaler 
aucun liquide qui ne fût chaud , et 
seulement goutte à goutte. Les mé- 
decins lui ordonnèrent de se purger 
Ions les deux jours pendant trois 
mois: il se condamna, sans se ])lain- 
dre, au long supplice de prendre 
toutes ces médecines de la seule ma- 
nière dont il pouvait le faire. Il re- 
couvra un peu de santé. Les méde- 
cins lui conseillèrent alors de se li- 
vrer à ({uchpies distractions : il ne 
le lit d'abord (ju'avec répugnance ; 
et il se répandit, en efl'et , dans le 
monde, où il porta cette aménilé , 



7'> TAS 

CCS lun:ièrc.s arconip.ignecsdc l)o.'m- 
c.oiip de modestie et de réserve , qui 
ivndaicjit sa société si agréable. Lui- 
même prit peu-à-peu plus de goût 
pour le commerce des lionimcs; et 
l'on prétend mcme qu'il forma le 
dessein de se marier. IMais un mal- 
heureux accident qui lui arriva au 
mois d'octobre i654 ■> opéra une 
révolution dans ses idées , et donna 
ime direction nouvelle à ses vues et 
h sa conduite. Il allait se promener 
du cote du pont de Neuilli , dans un 
carrosse à quatre chevaux, selon 
l'usage du temps. Quand il fut près 
de ce pont , les deux premiers che- 
vaux prirent le mors aux dents , vers 
un lieu où il n'y avait point de bar- 
rière au bord de la Seine; ils se pré- 
cipitèrent dans la rivière : la secousse 
produite par leur chute , lit heureu- 
sement rompre les traits , et la voi- 
ture resta sur le bord. La commo- 
tion subite et violente que reçut Pas- 
cal , faillit lui faire perdre la vie, 
et aggrava toutes ses infirmités : elle 
ébranla son imagination ; et l'on 
prétend que dès-lors il croyait voir 
quelquefois un précipice à ses colés. 
(.et événement lui parut un avertis- 
sement que lui donnait la Providence 
sur la fragilité de la vie : il résolut 
d'en profiter. Sa sœur , la religieuse, 
contribua , par ses conseils , à lui 
faire embrasser le nouveau règle- 
ment de vie cpi'il mit a exécution. 
Il renonça dès -lors à toute culture 
des sciences profanes. 11 changea 
de quartier ; et , après un court sé- 
jour à la campagne, il revint dans 
sa nouvelle demeure se consacrer à 
une retraite absolue , et à une prati- 
que de plus en plus rigoureuse de ses 
exercices de piété. Tous les jours il 
retranchait quelque chose des com- 
modités de la vie • et voulant se dé- 
bctrrusbcr de tout ce qu'il regardait 



PAS 

comme superflu , il ôta jusqu'aiïx" 
])isscries de son appartement. N' 
ployant le secours des domestiques 
que dans les circonstances oîi il lui 
était indispensable , il faisait lui-J 
même son lit, et allait prendre se^ 
aliraenls dans la cuisine , d'où il lej 
portait dans sa chambre. Il consa^ 
crait la plus grande partie de soi 
temps à la prière , et à la lecture de^ 
l'Écriture sainte , qu'il finit par re- 
tenir toute entière , au point de re-,^ 
connaître sur-le-champ la vérité 
la fausseté ou l'inexactitude d'une 
citation. Il s'appliquait à morti- 
fier ses sens de toutes manières. S« 
sœur rapporte qu'il portail sur lu 
une ceinture garnie de pointes M 
fer, pour rappeler son attention sul 
lui-même, et réprimer au besoin 
les mouvements intérieurs d'amour- 
propre , auxquels il se sentait ex- 
posé dans les conversations. C'est 
alors qu'il conçut le dessein et le 
plan du grand ouvrage dont il n'î 
laissé que les premiers linéamenl 
dans ces fragments isolés qui noi 
restent sous le litre de Pensées. Ces 
aussi pendant ce temps qu'il écriv: 
les Provinciales. A trente-cinq art 
il sentit se renouveler tous ses mau: 
Il éprouva d'aîiord un violent mî 
de dents qui le plongea dans ces cruel 
les insomnies pendant lesquelles 
médita les problèmes de la CycloideJ 
Il écrivit les solutions de ces pr 
blêmes en huit jours , fournissant 
les feuilles à deux imprimeurs à-la 
fois. Ses douleurs ne lui laissèrenjl 
plus aucun relâche. Sa dernière ma>^ 
ladie , qui dura deux mois , com- 
mença par un dégoût complet. W^ 
logeait dans sa maison un pau- 
vre homme avec sa femme et ses 
enfants ; l'un de ceux-ci fut atteint 



de la petite vérole. Pascal craignan 



qu( 



sa sœur , M"^^. Périer , ii'cût 




PAS 

|Mi ccllo laiiiou , à cause de H'S pro- 
pres eiilaiJts , quelque re])ugnaiicc 
a lui rendre ses soins ordinaires , 
dont il lie pouvait se passer , ne per- 
mit point qu'on sortît de clie/. Itji le 
malade , qui nc])ouvait cire déplace 
sans ris(pie : mais il deciJa que c'é- 
tait à lui-nicme de sortir, attendu que 
le péril n'était pas aussi grand pour 
son compte ; et, malgré ses sout- 
irances , il se fit traiisporter chez sa 
sœur. H était sans lièvre ; mais son 
état surprit les médecins : il en con- 
nut biejilot lui-même tout le danger; 
et il demanda, avec instance, les 
Secours de la religion. Il éprouvait 
de grands maux de tête , des coli- 
([ues et des douleurs atroces , qui 
ne lui arracliaient aucune plainte. 
Au milieu de ces sou urances , il iie 
pensait qu'a des œuvres de charité : 
se voyant l'objet des soins les phis 
soutenus, i! désira que l'on plaçât 
dans la maison , un malade auquel 
l'on prodiguerait les mèiucs atten- 
tions , voulant avoir, disait-il, la 
consolation de savoir qu'il y eût (|uel- 
qu'un d'aussi bien traité que lui. Com- 
me on ne le croyait point malade au 
point où il l'était en effet, on le pria 
de différer de recevoir les derniers 
sacrements, pour ne pas effiayer 
ses amis. Le i 7 août , il lui prit une 
convulsion qui semblait devoir l'em- 
porter, et l'on eut regtetde s'être re- 
fusé à ses prières. Lorsqu'il eut re- 
couvré la conrîaissancc et un j)eu de 
calme, on se hâta de lui faire admi- 
nislrer l'cuchaiistie. Foi ci , dit le 
curé de Saint -Etienne -du -Mont, 
en hii apportant le viatique , 2wici 
éclat éiua vous avez tant désiré. 
Pascal le reçut avec une ferveur et 
une résignation qui émurent les as- 
sistants jusqu'aux larmes. Quehjues 
mstaiîts après , il lelomba dans de 
nouvdlcb coavubions ^ quidurèienl 



PAS 71 

vingt - (ju.itrc heures , et diwis les- 
quelles il juouiul, le Kjaoût i6(r.>., 
âgé de trente-neuf ans et deux mois. 
Ou ouvrit saii corps , et l'on trouva 
les intestins gangrenés , l'estomac et 
le foie flétris. On fut fi-appé du vo- 
lume considérable de la cervelle, c|ui 
avait une consistance presque solide. 
Ainsi périt celle frclc machine , qui 
servit pendant quelques instants de 
demeure à l'une des pins sublimes in- 
telligences uni aient paru sur la ter- 
re. Qiu pourrait dire ce qu eut lait 
un tel homme , si , doué d'une meil- 
leure constitution physique , il eut 
vécu la durée ordinaire de la vie hu- 
maine, et consacré tout ce temps à 
la culture des sciences, des lettres 
et de la philosophie? Il est douteux, 
qu'on eût vu deux fois briiier une 
telle lumière parmi les hommes. Il 
paraît que Pascal avait épousé do 
bonne-foi la cause des Jansénistes ; 
il était peisu.nlé que leur doctrine 
sur la grâce était celle de saint Au- 
gustin et de saint Thomas ; et dès- 
lors il ne crut pas qu'd fût possible 
de s'écarter de Celte doctrine sans 
tomber dans l'erreur. Ainsi, loi-s<[ue 
les Jansénistes montrèrent quelque 
condescendance à l'égard du tor- 
midairc àc 1G57 , Pascal les désap- 
protjva expressément; ce qui appor- 
ta un ])eu de refroidissement dans 
ses relations avec Port-Koyal ; d'où 
l'on avait coiiclu, par méprise , qu'il 
avait rétracté ses opinions. Il paraît, 
au contraire , qu'il est mort , coujme 
on a dit , dans les sentiments du 
jansénisme le plus rigoureux. Mais 
laissons de côté le jansénisme de 
Pascal , pour admirer en lui , sans 
restriction , le rival d'Archimède et 
de Galilée, le précurseur tle Mo- 
lière et de Boileau , l'égal de Dé 
mosthi-nc et de liossnct pour la liaii- 
teurulc l'éloquence, le plu§ grand 



PAS 



peut être des philosophes, eu pre- 
nant pour philosopliic l'art d'appré- 
cier la juste valeur des choses , la 
science de l'homme , et la connais- 
sance de ses destinées et de ses de- 
voirs 5 et, sous ce dernier rapport , 
il est encore le plus grand apolo- 
giste de la religion chrëlienne , et le 
plus redoutable adversaire de l'in- 
crédulité. Il avait pour les verifes de 
la foi la docilité d'un entant; doci- 
lité qui s'allie très-bien avec les plus 
hautes qualités de l'esprit. Ou ne 
peut pas dire que Pa«,cal eût l'ame 
ficrvile : quelques-unes de ses pensées 
les plus énergiques prouvent qu'il 
avait une indépendance d'esprit 
très-prononcée. Voyez avec quelle 
uoble liberté il parle à im person- 
nage d'un rang éminent , en lui tra- 
çant la distinction qu'il fait entre 
les grandeurs naturelles , et celles 
qui ne sont que de convention : « 11 
» n'est pas nécessaire , parce que 
» vous êtes duc, que je vous estime j 
» mais il est nécessaire que je vous 
» salue. Si vous êtes duc et honncte- 
j) homme , je rendrai ce que je dois 
» à l'une et à l'autre de ces qualités.... 
» Si étant duc et pair, vous ne vous 
T) contentiez pas que je me tinsse dé- 
» couvert devant vous , et que vous 

V voulussiez encore que je vous es- 
Btiraasse, je vous prierais de me 
I) montrer les qualités qui méritent 
» mon estime. Si vous le faisiez , 

V elle vous est acquise , et je ne pour- 
» rais vous la refuser sans injustice; 
» mais si vous ne le faisiez pas , vous 
» seriez injuste de me la demander, 
» et assurément vous n'y réussiriez 
» pas , fussiez- vous le plus grand 
» prince du monde. » Nous n'avons 
pas besoin de parler du sel piquant , 
et de la finesse de plaisanterie , dont 
l'auteur des Provinciales savait as- 
saisonner ses entretiens ; plaisanterie 



PAS 

d'autant j)lus aimable , qu'elle et 
toujours tempérée par la crainte 
déplaire. Pascal vit les troubles 
la Fronde ; il résista avec une îi 
meté inébranlable à toutes les solfT^ 
citations qu'on lui fit pour le détar 
cher de la cause du roi. Si c'ét 
nn crime à ses yeux de vouloir 
troduire,parla révolte, un roi dans 
une république établie, il n'en voyait 
pas un moins grand, au sein d'une 
monarchie , dans tout ce qui blessait 
la majesté royale, qui était, selon 
lui, une image de la puissance de 
Dieu. Non-seulement il délestait la 
guerre civile , à cause des maux 
freux qu'elle entraîne, mais il cm 
sageait principalement ces maux 
avec les yeux de la charité chrétien- 
ne. Cette charité était l'une de ses 
vertus dominantes : il la pratiquait 
avec un grand zèle ; et sa tendresse 
pour les pauvres se manifestait dans 
toutes les occasions. Il s'imposait , 
sur son nécessaire, des privations au 

f)rofit des infortunés. Il se serait vo- 
onliers dépouillé de tout pour 
courir les malheureux, sans ri 
craindre pour lui 7 même : J^ai 
marqué, disait-il, que, quelque pé 
vre que Von suit , on laisse toujoi 
quelque chose à sa mort. Pas< 
souffrait avec humilité qu'on lui 
remarquer ses défauts : le princi] 
était une disposition à l'impatieni 
qui est ordinaire aux naturels vif 
et surtout aux hommes de travail. 
Lorsqu'il craignait d'avoir fâché 
quelqu'un par ses vivacités , il met- 
tait un si grand empressement 
tant de douceur à réparer sa fa 
te, qu'il en effaçait aussitôt jusqu^ 
la moindre impression. Il tachait , 
de tout son pouvoir , de se déga- 
ger des choses terrestres , comme 
indignes de fixer une amc destinée 
à l'immortalité. Par suite du mô- 






4 



ii 



PAS 

Tïic principe, et maigre la tendre af- 
fection qu'il avait vouce à ses parents, 
il faisait un généreux effort sur lui- 
même pour combattre celte alliec- 
tion, et pour inspirer aux autres 
le désir do se détacher de lui-mc- 
me. Ja ne suis^ disait-il, la fin de 
personne; il est injuste rjuon s* at- 
tache à muij et je tromperais ceux 
en qui je ferais naître ce désir. Par 
un sacrifice douloureux sans doute 
pour la nature, et que la religion 
«eulc ])eut adoucir, il immolait son 
cœur à l'amour divin , qu'il regar- 
dait comme le seul sentiment qui 
doit remplir une ame chrétienne. 
Lorsqu'il se vit oblige de renoncer 
au travail , il se dédommageait de 
son oisiveté en fréquentant les églises 
et en assistant à toutes les solenni- 
tés. Sa prière favorite était la récita- 
tion des petitesHcures canoniales; le 
psaume 1 18 lui paraissait admirable 
et il en parlait avec une sorte de ravis- 
sement. Nous avons dit un mot des 
mortifications qu'il aimait à s'impo- 
ser : sa sobriété surtout était remar- 
quable. Il ne voulait permettre aucun 
assaisonnement dans les mets qu'on 
lui destinait ; et il n'aimait point 
qu'on vantât la délicatesse des plats. 
Comme l'état de sa santé exigeait 
qu'on lui servît des aliments choisis, 
on mettait beaucoup de soin à lui 

Erocurer des choses saines et agréa- 
Ics: cette dernière qualité était tou- 
jours en pure perte, car il s'était exer- 
cé à ne point savourer sa nourriture; 
cl, lorsqu'on lui demandait s'il n'a- 
vait pas remarqué la bonté de tel ou 
tel mets , il répondait avec une ai- 
mable naïveté : P^ous deviez ni en 
avertir auparavant ; je vous avoue 
que je n\y ai pas pris garde. Nous ter- 
minerons parl(;portraitsuivant,qu'il 
a fait de lui-même : « J'aime la pau- 
» vreté, parcefjueJésus-Ghristra ai- 



PAS 73 

r> mée; j'aime les biens, parce qu'ils 
» donnent le moyen d'assister les mi- 
» sérables. Je garde la fidélité à tout 
» le monde. Je ne rends pas le mal à 
» ceux qui m'en font. J'essaie d'être 
3) toujours véritable, sincère et fidc- 
» le à tous les hommes. J'ai une ten- 
» dresse de cœur pour ceux que Dieu 
» m'a unis plus étroitement. Soit 
» que je sois seul, ou à la vue des 
» hommes, j'ai en toutes mes actions 
« la vue de Dieu . qui doit les juger, 
» et à qui je les ai toujours consa- 
» crées. Voilà quels sont mes senti- 
» raents. » Pascal fut enterré à Paris, 
dans l'église de Saint- Etienne - du- 
Mont, sa paroisse, derrière le maî- 
tre-autel, au pied du pilier droit de 
la chapelle de Notre-Dame. Nicole a 
fait de ce grand homme un court 
Éloge en latin , que Bossut a placé au 
commencement du premier volume 
de sou édition. Perrault, parmi ses 
Hommes illustres du dix -septième 
siècle , avait compris Pascal et Ar- 
nauld , dont les Éloges furent sup- 
primés, dit-on, par reUct des démar- 
ches et du crédit des Jésuites ; ce qui 
donna lieu , comme l'on sait, à l'ap- 
plication du fameux passage de Ta- 
cite, relatif aux images de Cassius 
et de Brutus ( F. Arnauld ). Le Dis- 
cours sur la vie et les ouvrages de 
Pascal, inséré, en 1779, dans la 
collection complète de ses OEuvres, 
5 vol. in -8**., a été imprimé à part, 
en 1781 , avec des corrections et 
des additions considérables , Paris , 
Nyoïi, iu - S*^. de u\6 pag. Nous ne 
parlerons pas de l'Éioge étrange, di- 
rons-nous dérisoire , ([ue Condorcet 
a mis en tète de son édition des Pen- 
sées. Il est singulier que, pendant un 
siècle et demi , aucune société litté- 
raire de France n'ait j)roposé l'éloge 
de Pascal aux elïbrls de 1 élocpuMice. 
Eu 181 1 , l'académie des Jcux-Flo- 



'W\ 



PAS 



raux (le luiiioiise rcpaia eik^iii cet 
oubli. Après ciiuj ans d'épreuves et 
d'appels réitères à de nouveaux cf- 
iorts , le prix accoutumé qui avait 
été doublé {Vés(Lantine (Vor) fut dé- 
corné , le 3 mai 1816 , au Discours 
envoyé par l'auteur de cet article 
( I ). L'académie accorda un second 
prix à un autre Discours qui lui pa- 
rut digne de récompense, et dont Tau- 
tenr était M. Belimc (Paris, i8i(), 
iu-80. ) Un autre Eloge de Pascal, 
par Aiexis Dumc'.n"J, avait paru trois 
ans auparavant ( Voyez -eu l'extrait 
dans les Annales littéraires de M. 
Dussault, tome iv). M. J.-H. Mo- 
nier, avocat-général à la cour royale 
de Lyon , a aussi donné un Essai 
sur Biaise Pascal^ Paiis, 1822, 
iu-S*^. — Nous gaidcrons , eu indi- 
(piant les écrits de Pascal , le même 
ordre que nous avons suivi dans 
l'exposition de ses travaux. Sou in- 
différence pour la renommée a cau- 
sé la perte de plusieurs de ses écrits 
sur les mathématiques et la physi- 
que, que l'on doit regretter, sinon 
pour le fond des matières, qui n'au- 
raient plus aujourd'hui le même in- 
térêt , attendu les progrès que les 
sciences ont fails , et le changcmeut 
total des méthodes ; du moins sous 
le rapport historique des scien- 
ces, et comme monunîcnts des tra- 
vaux d'un homme de génie , qui 
ont toujoui's leur piix aux yeux des 

sij Aioi^e tic Ijldis- Pascal , accorn^m^ttc de no- 
te-. Iiiif<:j-/ffiics el rrilif/iii s , discoii's qui a remporte 
le prix doiiLle d'éloquence , etc., par M. G. M. 
r.aymoud, in-8o., Toulouse, iSiG; Lyon, 1816, 
secoude cditiou. Si l'ou veut connaître le jugement 
j>ort(! pnr les journaux sur cet ouvrage , on peut con- 
sumer le Journal di; Toulouse, mai i8it); la Oiio- 
liilif.iiiie du a?, novembre 1817; V liiii de la itli^^ion 
tl du roi, du a juillet 1817; Je Journal des sa-an/s , 
cahier de stj.tembre 1817; la Bihliottièque luiiver- 
sellc de Genève, cahier de jiuivjer 1817; les j-htna- 
le< enryclopédit/ues de juillet 1817; les /Iniinles pc- 
liti/jues, Lnéruires , etc., du -/.'i mai 1818; \e Jour- 
tu.l de Turin, Ail ?,,> janvier 1817; le Journal de 
Iran, du i5 février 1817; le Joutnald,- l'-lin, 
du .f.1 niai i8!7, etc. ' C. M. P. 



PAS 

ujjsci'vaîeurs. J. Essai pour lej 
Coiuyues y 1640. Leibuitz , à qui 
ses manuscrits avaient été commu- 
niqués, annonçait, dans une lettre 
à M. Périer_, neveu de Pascal , du 3o 
août 1676, qu'il avait trouvé deux 
exemplaires imprimés de cet écrit. 
Il fait mention de quelques autres 
fragments de Pascal qu'il y avait réu- 
nis : l'un De restituliune Coni ^ qui 
servait à faire retrouver les sections 
coniques au moyen des diamètres et 
des paramètres donnés ; un autre 
intitulé Maguum prohlema , qui 
fournissait le moyen de couper 
cône par un point donné, de m 
nière à obtenir une section coniqi 
semlilable à une section donnée. B 
sut a mis V Essai pour les Conique, 
le seul qui reste de ces fragments , 
tête du quatrième volume de son édi- 
tion de 1779. H. La même lettre de 
Leibnit/> fait mention de six autres 
Traités , tous relatifs aux sections 
coni([ues, lesquels formaient , selon 
l'avis de Leibnitz , un ouvrage net 
achevé , en état d'être imprimé. « 
» ne faut pas demander, ajoute-t-il 
» s'il le mérite • je crois même qu'il 
» est bon de ne pas tarder dava^ 
» tage , parce que je vois paraîtlj 
» des Traités qui y ont quelque raj 
y> |)ort : c'est pourquoi je crois qu^j 
w cstboudeiedonnerau plutôt, avat^ 
» qu'il ])erde la grâce de la noi 
» veauté. » Il parait néanmoins qi 
ces traités sont perdus. Il est inuiii 
iVan donner les titres ; car quel- 
ques-uns n'en avaient pas d'aulres 
que ceux que Leibnitz lui-même y 
avait mis. 111. Parmi les écrits dont 
Pascal annonçait l'hommage , en 
\i)[)f\ , à la société libre de savants , 
dont il a été plusieurs fois question 
dans cet article , il en est quelques 
uusqui pai-aisscntcompiisau nombi^ 
de ceux dont lait mention ia bjllre de 



lui 

1 



PAS 

Lt'ibniîz. Ce icciRil devait contenir 
les écrits suivants : i'^. De numeri- 
carum pole.sLcitum ainhitihus. — *>>^. 
Un traite sur les nombres multiples , 
qui les faisait trouver par la seule 
iiddition des caractères. — 3". De 
iiunieris jjia^icojnagicis ; céiail une 
jiiélliode de foiraer un carre raagi- 
(juc , tel que si l'on otait l'une quel- 
conque des bandes du contour , le 
icste formait toujours un carré ma^^i- 
que, et ainsi de suite pour toutes les 
bandes successives. — 4*^* Promo- 
tus Apollonius Galliis; Pascal avait 
étendu V Apollonius Gallusàc Vicie 
sur les contacts des cercles , et l'avait 
pousse bien au-delà du travail de l'au- 
teur ancien. — 5^. Tacthnes sphœ- 
ricce , ouvrage sur les contacts des 
sphères , analogue au précédent , et 
l) aité par la même méthode. — 6". 
Tacliones eliam conicœ ; c'est le 
moyen de résoudre ce problème : 
Etant donnés cinq points et cinq li- 
gnes droites, faire passer une section 
conique par ces cinq points , ou par 
quatre points en louchant une des 
droites, etc. — 7°. Loci solidi; ces 
lieux solides embrassaient tous les 
cas. — 8*^. Loci plani ; Pascal, par 
une méthode nouvelle et courte , 
avait compris les lieux plans des an- 
ciens , avec les additions des géo- 
mètres modernes , et y avait réuni 
plusieurs choses nouvelles qui lui 
.ippartcnaient. — 9". Conicorwn 
opus completum ; c'était le traité 
lies Coniques qu'il avait composé à 
si'izc ans , dont nous avons parlé 
en son lieu , et qu'il avait ensuite 
disposé dans un autre ordre. — lo». 
Perspectivœ melhodus ; Pascal an- 
nonçait que , par une méthode la 
plus courte que l'on pût imaginer, 
i'ii trouvait tous les points sccno- 
^iaphiques par l'intersection seule- 
ment de deux lignes droites. — \ i". 



PAS 75 

Aleœ a,eometria , ou De coinposi- 
tione aleœ in ludis ipsi suhjectis ; 
il s'agit ici des méthodes de Pascal 
pour les partis des jeux de hasard. 
H annonçait, en outre , qu'il avait 
un traité de Gnonionique , et uu 
grand nombre de Mélanges qui n'é- 
taient pas en ordre , ou qui lui pa- 
rissaient de trop peu d'importance. 
IV. Avis nécessaire à tous ceux qui 
auront curiosité de voir la Machi' 
ne arithmétique , et de s'en servir y 
avec une dédicace au chancelier Sé- 
guier (1G45) ; suivi de la Lettre de 
Pascal à la reine Christine ( de 
Suède ) , en lui envoyant la Machi- 
ne arithmétique ( i(35o). V. Traité 
du Triangle arithmétique.Ml. Trai- 
té des ordres numériques ; la lec- 
ture de ce traité suppose la connais- 
sance et l'usage du Triangle arithmé- 
tique. VU. De numericis ordinihus 
Tractatus; ce traité, qui est une 
suite du précédent, comprend , en- 
tre autres exercices sur les nombres , 
quelques-uns des usages du Triangle 
arithmétique déjà exposés en fran- 
çais dans le traité du Triangle. Ces 
trois Traités ont été réunis et pu- 
bliés , in -40. , Paris, i665. VIII. 
Deux Lettres à Fermât , des 29 
juillet et 24 août i()54, qui con- 
tiennent les méthodes de Pascal pour 
résoudre les questions des jeux de ha- 
sard. TX. Prohlemaia de Cjcloïde 
proposita mense j unii i658. C'est le 
programme des Prix proposés tou- 
chant la Roulette. A la suite de ce 
programme de deux pages , est ua 
éclaircissement sur ces problèmes , 
intitulé : De eodem arpimento ad- 
ditamentum. X. Bejli'xions sur les 
conditions des Prix aitachés à la 
solution des problèmes de la Cr- 
cloïde. Nous avons indique' plu& 
Iniit l'objet de cet écrit, qui com- 
prend quatorze pages. W. Annotala 



'! 



10 PAS 

i>i quasdamsolutiones Problemalum 
de Cycloïde. En attendant l'examen 
que les juges du concours devaient 
faire des solutions envoye'es , Pascal 
examine ici la pièce transmise par le 
P. La Loubère; il tait voir qu'elle ne 
contient qu'un calcul faux, sans au- 
cune démonstration ni méthode , et 
qu'elle ne remplit aucune des con- 
ditions proposées. XII. Histoire de 
la Roulette appelée autrement Tro- 
choide ou Cjcloïde. C'est une courte 
notice sur les premières découvertes 
relatives à cette courbe , et sur le 
résultat du concours proposé. Nous 
avons indiqué plus haut les points 
de cette notice qui sont susceptibles 
de critique. Pascal exposa ensuite 
tout ce qui s'était passé entre lui et 
le P. La Loubère au sujet du con- 
cours , sous ce titre : Suite de llds- 
toire de la Roulette. Ces deux piè- 
ces existent aussi en latin, et sont 
intitulées: Historia TrocJioïdis^si^e 
Cycloïdis , gallicè , la Roulette ; et 
Ilistoricf Trochoïdis , sive Cjcloï- 
dis, continuatio. XIIL Les travaux 
de Pascal touchant la solution des 
problèmes proposés sur la Roulette, 
comprennent les écrits suivans : i°. 
Lettre de M. Dettonville à M. de 
Carcavi , ci-devant conseiller du roi 
en son grand-conseil; cette lettre, 
qui est une espèce d'introduction, 
contient d'abord , à la suite de quel- 
ques propositions préliminaires , la 
Méthode générale de Pascal pour les 
centres de gravité de toutes sortes de 
lignes , de surfaces et de solides j — ' 
'1*^, cinq Traités préparatoires des 
propriétés des sommes simples , 
triangulaires et pyramidales , des 
irilignes rectangles , et de lews on- 
glets, des sinus du (piart de cercle, 
des arcs de cercle et des solides 
circulaires ; — a". Traité général 
de la Roulette , ou Problèmes pro- 



PAS 

posés publiquement et résolus par 
A. Dettonville. Pascal donne ici les 
solutions de tous les problèmes , les- 
quelles, eu vertu de sa méthode , se 
déduisent des traités qui précèdent. 
XIV. Dimension des lignes courbes 
de toutes les Roulettes. Pascal en- 
voya ce travail à Huygens , pour ac- 
compagner les solutions des problè- 
mes de la Cycloïde , que Carcavi 
devait lui adresser. XV. De V Es- 
calier circulaire , des triangles cy- 
lindriques et de la spirale autour 
du cône. Cet écrit fut envoyé par 
Pascal à Sluze, chanoine de Liège, 1 
à qui il Pavait proiuis , en même ' 
temps que les problèmes de la Piou- 
lelte. L'ar.teur détermine la dimen- 
si on et le centre de gravité de 
l'escalier circulaire , d'un triangle 
cylindrique quelconque, et d'un so- 
lide spiral-cylindracé, engendré par 
le mouvement spiral d'une droite 
qui croît uniformément en se mou- 
vant perpendiculairement au plan 
d'un cercle , de la circonférence au 
centre. XVI. Propriétés du Cercle, 
de la Spirale et de la Parabole. 
Dans ce petit écrit., traité à la ïn^^ 
nière des anciens, l'auteur démon1^^H| 
que la ligne parabolique, et la spir^^" 
d'Archimède correspondante, sont 
égales ; ce que Roberval avait déjà 
avancé , mais sans démonstration. 
XVII. Nouvelles Expériences tou- 
chant le vuide (1647). XVIIT. Ré- 
ponse de Pascal au P. Noël, jésuite, 
(1647). XIX. Lettre de Pascal à 
M. Le Pailleur, au sujet du P. 
Noël. Ces deux lettres sont un mo- 
dèle de raisonnement , et ne sont pas 
moins remarquables par le mérite 
du style. XX. Lettre de Pascal à 
M. de Ribejre , premier président 
de la cour des aides de Clermont- 
Ferrand, etc. ; Réplique de Pascal 
à M. de Pàberre. 'C'csl dans la pre- 



w 



PAS 

mièrc de ces lettres que Pascal 8e 
justifie de l'accnsation qu'un jésuite 
de Mont-Ferraiid avait clevcc contre 
lui dans une thèse publique, tou- 
rlîant les expériences de Torrirelli. 
\XI. Traité de V équilibre des li- 
queurs , suivi du Traité de la pe- 
santeur de la masse de Vair. On a 
trouve dans les papiers de Pascal , 
deux fragments d'un ouvrage plus 
étendu sur les mêmes matières, dans 
lesquels il traite des variations du 
baromètre relativement à la me'fe'o- 
rologie. Faute d'un nombre de faits 
suffisant , il tire à ce sujet quel- 
ques conséquences pre'maturees et 
qui avaient besoin de reposer sur 
des observations plus nombreuses , 
et que l'expérience n'a pas justifiées. 
Ces deux Traités ont été publiés en 
i663 , Paris, in-i'i , en tête des 
deux ouvrages suivants. XXII. Ré- 
cit de la {grande expérience de 
l'équilibre des liqueurs , projetée 
par le sieur B. Pascal^ etc. ( 1 648). 
Ce récit contient la Lettre de Pascal 
à M.Périer, dans laquelle il propose à 
celui-ci l'expérience du Puy-de Dô- 
me, en lui exposant les motifs qui la 
lui ont suggérée. XXIII. Nouvelles 
expériences faites en Angleterre , 
expliquées par les principes établis 
dans les deux Traités de V équili- 
bre des liqueurs et de la pesanteur 
de la masse de Vair. C'est une expli- 
cation des expériences faites dans le 
récipient de li machine pneumati- 
que. XXIV. Lettre de MM. Pas- 
cal et Robervfil à M. Fermât , sur 
un principe de géostatique mis en 
avant par ce dernier. Cette lettre , 
qui est comprise dans le recueil des 
OEuvres de Fermât, traite du centre 
de gravité d'un système de deux 
poids égaux, liés par uneligne droite 
inflexible et sans poids. On y exa- 
mine comment se compoiterait ce 



PAS 



77 



c<»ntrc de gravité au centre commun 
des corps pesants, dans chacune des 
trois hypothèses qui régnaient alors 
fiurla cause delà pesanteur, savoir, 
que celte cause peut résider, ou dans 
le corps seul qui tombe, ou dans la 
terre seule , ou dans l'un et l'autre 
à-la-fois. XXV. Lettres de Louis 
de Montalte à un Provincial de 
ses amisj et aux Rfi. PP. Jésuites , 
sur la morale et la politique de ces 
Pères. C'est le recueil des lettres 
connues sous le titre impropre de 
Lettres Provinciales. Les premières 
sont au nombre de dix , et les autres 
au nombre de huit , outre le frag- 
ment d'une lettre au P. Anna t. Ces 
lettres parurent d'abord l'une a])rès 
l'autre , dans le format in-4^. Elles 
furent bientôt traduites dans plu- 
sieurs langues. XXVI. Pensées de 
Pascal. On les trouva écrites sans 
ordre sur des feuilles détacliées. Les 
solitaires de Port-Royal en publièrent, 
en 1670, in-i 2, une édition dans la- 
quelle ils avaient supprimé quelques- 
unes de ces pensées, qui furent en- 
suite publiées en formede supplé- 
ment par le P. Desraolcls de l'Ora- 
toire. Il en parut, en 1687, à Paris, 
une édition en 'i vol. in-i9i, accom- 
pagnée de la Vie de Pascal, par jna- 
dame Périer, sa sœur; d'un Discours 
de Dubois-de-la -Cour, sur les Pen- 
sées , et d'un Discours sur les preu- 
ves des livres de Moise. Ce recueil , 
accompagné des mêmes Discours , 
fut réimprimé en i-jGS , 'i vol. in- 
ici. Quelques éditeurs des Pensées en 
avaient retranché plusieurs, les unes 
à cause de l'état d'imperfection dans 
lequel Pascal les avait laissées , et 
d'autres comme évidemment con- 
traires aux sentiments de l'auteur. 
Mais on n'avait ])as pris garde , rela- 
tivement à ces dernières, qu'on ne 
peut riéii conclure de quelques mate- 



■"■■"■'''^-''•'P 



78 PAS 

riiUJX j)nils doul la iic.stuial,i()ii li'cst 
pas indiquée; et qu'un écrivain qni 
se propose un système de défense ou 
d'apoloi^ie , doit naturellement re- 
cueillir les objections qu'il aura à 
combattre. Bossut a fait une cliose 
très-utile , non seulement en rcta- 
l)lissant les Pensées de Pascal dans 
leur intégrité , mais en les distri- 
buant dans un ordre qui leur donne 
quelque ensemble, et en rend la lec- 
ture plus facile , au moyen de l'es- 
pèce de classification à laquelle il les 
a soumises. Le même e'ditcur a en- 
core rendu un très-r>;rand service au 
public , en reunissant , en un seul 
corps d'ouvrage , tous les écrits qui 
restent de Pascal , outre plusieurs 
pièces relatives aux travaux de cet 
îiorarae célèbre, qui forment des 
documents intéressants pour l'histoi- 
re de ces travaux. Condorcct avait 
publie en 1776, une édition des Peii- 
sées, précédée d'un Eloge de Pascal. 
Cette édition ne mérite aucune con- 
fiance: l'éloge contient des erreurs, et 
se ressent, sur beaucoup de détails , 
de l'esprit avec lequel il a été com- 
posé. L'auteur aiTecte de se contre- 
dire lui-même dans des notes , ce qui 
jette un louche continuel sur ce qu'il 
dit de son héros, toujours placé de 
cette manière entre la louange et le 
sarcasme; ce procédé est celui d'un 
écrivain qui ne respecte pas plus le 
public qu'il ne sait se respecter lui- 
même. Les Pensées de cette édition 
sont incomplètes; quelques-unes sont 
mutilées ,et d'autres même falsifiées. 
Voltaire, faisant les fonctions de se- 
cond éditeur, a renforcé le travail 
de Condorcet, de nouvelles notes , 
dans une édition qui parut en 1778; 
réimprimée en '2 vol. in- 18, Lon- 
dres (Cazin ), 178'). A la lecture de 
ce recueil et du double commen- 
taire qui l'accompagne , le livre 



Pas 

tombe des mains. La raauvaise-^foi 
et l'indécence y éclatent à chaque 
page , sans parler de la faiblesse 
du raisonnement dans les passages 
où les auteurs ont voulu être sé- 
rieux. Si ce travail est un déplo- 
rable monument des efforts de l'in- 
crédulité , il atteste du moins Tira- 
puissance des auteurs dans une triste 
cause, par la perfidie des moyens 
qu'ils sont réduits à employer. On 
sait que Voltaire faisait à Condorcet 
cette loyale invitation : «Mon ami, 
» ne vous lassez point de répéter que 
M depuis l'accident du pont de Neuil- 
» ly, le cerveau de Pascal était dé- 
)) rangé. » 11 est vrai que, selon la 
remarque de Bossut, il n'y a à cela 
qu'une petite difïiculté : c'est que 
QQ, cerveau dérangé Si produit depuis 
l'accident, les Provinciales et les 
solutions des problèmes de la Bou- 
lette. XXVII. Lettre touchant la 
-possibilité d' accomplir les Com- 
mandements de Dieu, et Disser- 
tation sur le véritable sens des 
paroles du Concile de Trente ^ que 
les commandements ne sont pas im- 
possibles aux justes. XXVIII. Plu- 
sieurs écrits de peu d'étendue : Dis- 
cours sur la possibilité et le pouvoir ; 
Comparaison des anciens chrétiens 
avec ceux d'aujourd'hui ; Questions 
sur les miracles; Écrit sur la si- 
gnature du Formulaire ; Fragment 
d'un écrit sur la Conversion du pé- 
cheur ; etc. XXIX.. Parmi d'autres 
écrits attribués a Pascal , ou du moins 
auxquels on croit qu'il a travaillé 
avec Arnauld , Nicole , Hermant , 
etc. , on cite des Factum pour divers 
curés, touchant l'ouvrage intitulé, 
Apologie pour les casuistes ; des pro- 
jets de Mandements; la Béponse àun 
éciit sur le sujet des miracles quil 
a plu à Dieu de faire à Port-Boral , 
etc. R-M-Q. . 



1 



PASCAL -\ Ai. LOXOljl-: (Jo- 
iph-Skcret ), géniiral (Je briçjatin 
• liiis raruie du gcuie. naqnil à Sratvo 
]( partcrnrij}. du Gard), le i4 avril 
1760. Dans le cours de la levoin- 
tioii , il passa, du gc'nie dos j)onls et 
(dianssces , dans le génie militaire, 
rt lit toutes les campagnes du Nord 
et d'Italie. Le commandement des 
îles de la Grèce lui fut confié après 
la paix d'L'dine. On Feu relira pour 
Texpëdition d'Egypte. Fait prison- 
:icr au combat d'Aboukir, il reve- 
nait en France sur sa parole, avec 
quarante-cinq autres officiers ; mais 
le vaisseau qui les portait avant re- 
Liché à Sypiiante, ils furent livres 
aux Turcs par le capitaine, charges 
de feis, envoyés à Goustantinople, et 
enfermes dans les prisons du bagne. 
Son talent pour la poésie , qu'il n'a- 
vait cultivée que comme un amuse- 
ment, lui fut singulièrement utile en 
cette occasion. Une épître en vers , 
qu'il adressa à l'ambassadrice d'An- 
gleterre à la Porte, pour l'intéresser 
à son sort et à celui de ses compa- 
gnons d'iufortime, toucha celle fem- 
pie sensible, bellc-sreur de sir Sid- 
ney Smith, qui était alors en grand 
crédit à la cour Ottomane , et qui 
obtint facilement leur liberté. Le 
poète captif avait trouvé au bagne 
une centaine de Français , restes 
mutilés de quatre cents braves qui 
avaient succombé sous l'effort de 
onze mille Turcs, au combat de Ni- 
•opoli , en Epire , le 23 octobre 
I 71)8. Il a publié la relation de celte 
allaire et des horrijjles traitements 
qu'éprouvèrent, de la part des vain- 
queurs, ceux qui furent assez malheu. 
reux pour conserver la vie. Quand 
la guerre se fut rallumée, après la 
paix d'Amiens, Pascal - Vallouguc , 
qui avait recouvré, par ce traité, lo 
droit de reprendre les armes, servit 



PAS ;„ 

de nouveau , avec distiriction , eu 
Allemagne et en Italie. A Ulni , it 
eut l'honorable mission de recevoir 
les drapeaux que l'armée vainrno 
s'était soumise à déposer aux pieds 
du vainqueur. Après la victoire 
d'Ausîcriir./, , il alla commander le 
gelnie au siège de Gaéte , où il fut 
tué, le 17 juin 180G. Les troupes 
consacrèrent un monument à sa mé- 
moire, aussitôt qu'elles furent en- 
ti'ées dans la place, quatre jours 
après sa mort ; et le chef du gou- 
vernement napolitain à cette épo- 
que , lui en (it ériger un autre , 
sculpté par Canova , ci sur lequel 
fut placée, par ses ordres, l'inscri])- 
tion la plus honorable. Le général 
Valiongue fut le principal ré.lac- 
teur du Mémorial topos^raphiffue 
et militaire , dresse au déptk de la 
guerre; collection estimée et fort im- 
portante. Ou regrette que ce travail 
n'ait pas été continué de[)uis sa 
mort. 11 n'en a paru que cinq ca- 
hiers in 8". V. S. L. - 

PASGH ( George ) , savant philo- 
logue, né en i{i(ii à Dantzig , était 
iiis d'un riche négociant de cette 
ville. Après avoir achevé ses pre- 
mières études, il alla à Grauclenfz 
apprendre le polonais , dont la con- 
naissance lui était indispensable pour 
suivre les afKiires de sa maison ; et , 
au bout de six mois , il parla cette 
langue avec autant de facilité que les 
habitants. De retour à Dantzig , il 
obtint de sou père la permission de 
fré({ucnter les cours de l'université ; 
visita ensuite les académies de Ros- 
tock et de Koenigsberg, et prit, eu 
1684, ses degrés à Wittemberg. Le 
désir d'acquérir de nouvelles con- 
naissances le détermina à voyager; 
il parcourut rAlleiuagne et les Pays- 
Bas , la France et l'Angleterre, et 
revint 'dans sa patrie solliciter un 



8o 



PAS 



emploi dans l'enseignement public. 
S'étant aiTclc à Kicl , il épousa une 
fille du savant Glir. KoilhoU , et 
obtint, en 1701 , à runivcrsilc fie 
cette ville, la chaire de morale, qu'il 
remplit avec beaucoup de distinc- 
tion. Il venait d'être nomme' pro- 
fesseur de tlicologie, lorsqu'il mou- 
rut , le 00 septembre 1707 , à l'âge 
de cinquante-six ans. On a de lui des 
tlièses sur des sujets intéressants : De 
paradoxo morali : Et qui accipît, et 
qui nihil vel pauca dat , liberalis 
est , Kiel, 1 702 j — De Fahulis ro- 
manensïbus antiquis et recentiori- 
hus, ibid. , 1 704, in-4".; — Defictis 
rehus publicis , ibid. , 1 704 , in-4^.; 
c'est une dissertation sur les plans de 
gouvernement , imagines par Platon, 
Th. More, Carapanella, etc.- — I)e 
Philosophid characterisiicd et pa- 
rœneticd , ibid. , 1 706 ; — Dere lit- 
terarid y pertinente ad doctrincnn 
vioralem Socratis, ibid. , 1 706; — 
Brevis introductio in rem littera- 
riampertinenteni ad doctrinam mO' 
ralem , 1 706 ; — De re litterarid 
potissimum morali Platonis^ 1 707 ; 
■ — De scepiicorumprœcipuis hjpo- 
ihesibus , 1 707 j — Programma de 
difficultate muneris theologici , ib. , 
1707 , in-4°. ; c'est le discours que 
Pasch prononça en prenant posses- 
sion de sa chaire de théologie. Mais 
les deux principaux ouvrages de 
Pasch sont : I. Tractatus de novis 
inventis quorum accuratiori cultui 
Jacem prœtulit antiquiias , deuxiè- 
me édition , Leipzig, 1700 , in-4". 
Cet ouvrage savant , mais lui peu 
indigeste , est recherché. L'auteur se 
propose de prouver que la plupart 
des opinions regardées comme nou- 
velles , étaient déjà connues des an- 
ciens ; et qu'on retrouve dans leurs 
écrits le germe de toutes les idées de 
philosophie , de morale et de politi- 



PAS 

que des modernes ; il s'attache en- 
suite à faire voir que toutes les dé- 
couvertes dans les arts et les sciences 
ne sont que le résultat et le dévelop- 
pement des connaissances qui en ont 
été transmises par l'antiquité : il y a 
v.n peu de coni'usion dans cet ouvra- 
gej mais on y voit un grand nombre 
de faits curieux, et sa lecture n'a 
pu qu'être très-utile à Dutens , qui a 
cherché à établir le même système. 
( Foj. Dutens, xii , 897. ) IL De 
variis modis moralia tradendi ^ 
Kiel, 1707, in-4". Il traite dans cet 
ouvrage, des différentes méthodes 
qui ont été employées pour l'ensei- 
gnement de la morale , par les dia- 
logues , les fables , les satires , les 
caractères , les adages ou apoph- 
tegmes , etc. , et donne ensuite l'his- 
toire des six principales sectes de 
philosophie. La notice sur ce phi- 
lologue , que l'on trouve dans le 
tome VII des Mémoires de Niceron, 
est inexacte et incomplète. Voyez 
V Hist. littér. de V université de Kiel^ 
par J. C. Thiess, 1 800 , in-8<^. , pag. 
234-'-i47- — Jean Pasch, né a Ralze- 
burg , dans le comté de-Lauenburg , 
était , en 1687 , professeur de phi- 
losophie à Uoslockj il exerça en- 
suite le ministère pastoral , dont sa 
mauvaise conduite l'obligea de se 
démettre , et mourut , en 1 709, dans 
l'hôpital de Hambourg. On connaît 
de lui vingt-sept opuscules ou Dis- 
sertations académiques , sur divers 
points de philologie ou d'exégèse 
biblique : la plus remarquable est 
son Gjnœceum doctum^ seu de.Jœ- 
minis emditiSy Wittemberg , 1 686 , 
iii-4°. W — s. 

PASCH (Jean), peintre suédois, 
naquit à Stockholm , en 1706: ne 
pouvant se former en Suède, il fit 
plusieurs voyages en Hollande, eu 
France et en Italie , et se periçctiou^ 



4 



PAS 

lia surtout daus le genre des déco- 
rations. Il réussissait aussi dans le 
paysage , dans les marines et dans la 
peinture des fleurs. Son goût et ses 
connaissances furent très-utiles aux 
progrès de i'academie des beaux-arts 
fondée à Stockholm, en 1734. Le 
morceau le plus remarquable qu'on 
a de lui est le plafond de la chapelle 
du roi au palais de Stockholm, dont 
Taraval, peintre français, avait fait 
une partie, mais que Pasch recom- 
mença , et peignit tel qu'on le voit 
maintenant. Jean Pasch mourut en 
17(59, laissant une collection pré- 
cieuse de tableaux et de dessins , 
qu'il avait rassemblés dans ses voya- 
ges. — Tiaurent Pascu, autre pein- 
tre suédois, s'est distingué dans le 
portrait, et a dirigé long-temps l'a- 
cadémie des beaux - arts de Stoc- 
kholm. — Sa fille, Ulrique-Frédéri- 
que Pasch , née en 1785, montra 
aussi un talent très-dislingué, fut re- 
çue, en 1773, membre cle l'acadé- 
luie de peinture et de sculpture , et 
mourut le i3 avril 1796. G — au. 
PASCHA.L (GuARLES Pasquali, 
plus connu sous le nom de ) , en latin 
Paschalws y négociateur et anti- 
quaire, était né, en i547 ? ^ Goni , 
dans le Piémont, d'une famille no- 
ble. Il vint faire ses études à Paris, 
et eut l'avantage d'être admis chez 
le fameux Gui de Pibra.: , président 
au parlement , qui , charmé de ses 
talents , se chargea de le produire 
dans le monde. Aubcry rapporte que 
le cardinal de Guise lui remit ses 
Mémoires sur le règne de Henri II , 
pour les publier ; mais c'est sans au- 
cune preuve que cet écrivain accuse 
Paschal d'une infidélité dont il était 
incapable ( V. P. Pascal). L'espéran- 
ce de parcourir avec honneur la car- 
rière des emplois l'ayant déciflé à se 
iixer ch France , il s'y lit naturaliser. 
xxxni 



PAS 



Si 



Il fut chargé, en 1076, par Henri 
III , d'aller en Pologne réclamer les 
meubles précieux que ce prince y 
avait laissés en quittant ce royaume ; 
et il s'acquitta de cette commission 
avec tant de succès , que le roi le 
créa chevalier, et lui permit d'ajou- 
ter une fleur de lis à ses armoiries. 
Il épousa , quelque temps après, une 
riche veuve d'Abbeville, qui. n'ayant 
que des parents éloignés, lui fit do- 
nation de tous ses biens. Hem i IV 
l'envoya, en 1589, en Angleterre, 
demander ci la reine Elisabeth à^cs 
secours , qu'il eut le bonheur d'ob- 
tenir. En i59'2, il fut reçu avocat- 
général au parlement de Rouen ; 
mais il n'en remplit pas long-temps 
les fonctions. On le jugea propre à 
travailler à la pacification des pro- 
vinces qui refusaient encore de re- 
connaître l'autorité royale; il par- 
courut successivement à cet effet le 
Languedoc , la Provence et le Dau- 
phiné, et il réussit a y apaisf>r les 
troubles. En récompense de ses ser- 
vices , Paschal fut nommé conseiller- 
d'état, et, en 1604, ambassadeur près 
les Ligues-Grises. Il y passa dix an- 
nées ; et , comme les devoirs de sa 
place lui laissaient du loisir, il l'em- 
ployait à l'étude des anciens auteurs, 
qui avaient toujours fait ses délices. 
Rappelé à Paris, en i(Ji4, il vint y 
prendre place au conseil-d'étal. Mais 
une attaque de paralysie l'ayant pri- 
vé d'une partie de ses facultés , il se 
fit trans])orter dans son château de 
la Quente, près d'Abbeville, où il 
mourut presque octogénaire , le 25 
décembre i6'25. Il fut enterré dans 
l'église de Saint-Wulfran d'Abbevil- 
le, où l'on voyait son tombeau dans 
le chœur, avec uneépitaphe rappor- 
tée par diflérents auteurs. Paschal , 
n'ayant point eu d'enfants , adopta 
un jcUnc homme, qu'il institua l'Iié- 
6 



82 PAS 

rilicr de ses grands biens, à con- 
ililion (le relever vson nom et ses 
armes. Ou trouve la liste de ses ou- 
vrages dans V Histoire ecclësiast. 
(V Ahbeville , par le P. Ignace-Joseph 
de Jésus -Maria, carme déchausse 
(c'était un neveu du fameux géogra- 
phe Sanson ) j dans les Mémoires 
de Niccron, tome xvii, et dans les 
Scrittori Piemoniesi , de Fr. Agost. 
délia Chiesa. Les principaux sont : 
1. Fitl Fabricii IHbrachii vita , 
Paris, i584, in-r2, et dans les 
Fitœ selectœ , Breslau , 17 1 1 , in- 
8°. Cette Vie de Pibrac est rem- 
plie de détails curieux et singu- 
liers ; elle a été' traduite en français 
par un de ses descendants ( Gui 
du Faur , seigneur d'Ilermay ) , Pa- 
ris, 1617, iu-ï'2.II. Elogium Elice 
Fineti, au-devant du Commentaire 
sur Ausone , par Vinet ( Foy. ce 
nom). III. Ue oplimo génère elocu- 
tionis ti^actutus y Rouen , i SqS , in- 
12; Paris, 1601 , in -8°. IV. Lega- 
tus, Rouen, i5g8, in-S^. Cet ouvra- 
ge, l'un des premiers qui ait traite 
des devoirs et des fonctions de l'am- 
bassadeur , eut nn succès qu'il ne 
méritait pas : il a ete reimprime plu- 
sieurs fois j mais on ne recherche 
que la petite édition de Leyde, 1 64^7 
in-i'iy parce qu'elle fait partie de 
la collection des Elseviers. Paschal 
prétendit que le Traite de l'ambas- 
sadeur, par Jean Hotraan, n'était 
qu'un extrait de son ouA^-age ; et il 
en fit paraître la réfutation, sous ce 
titre :iVbte5 sur un petit livre premiè- 
rement intitule : IJ Ambassadeur^ 
et depuis : De la charge et dignité 
de V ambassadeur , par de Colazon , 
gentilhomme breton, Paris , i6o5 , 
in-80. liotman lui répliqua par l'An- 
ti-Colazon ( /^. Hotman, xx , 5g?.. ) 
Baillct avait pris Colazon pour un per- 
sonnage réel ^ mais La Monnoic ,dans 



I 



PAS 

ses Notes sur les .-//2ii, prouve jus 
révidence qr.e c'est un mascjue d 
s'est servi Paschal , qui ne voul 
pas figiner en son nom dans u 
qiici-elle lilt'éraire ( Voy. les Anti de 
Raillet ). V. Gnomœ seu axiomata 
jiolitica ex Tacito, Paris, i6oo,i 
s'x. VI. Censura animi ingrali 
ibid., i6oi, in-80. VIT. Christia 
narumprecum lihri duo , ibid . , i Go .2 , 
in-24; ibi.l., 1G09, in-S». Scaliger 
faisait beaucoup de cas de ce recueil 
de prières, qui n'est pas commun. 
Colomiez lui a donné place dans sa 
Bibl. choisie. VllI. Coronœ^ opus 
decem libris distinclum , ibid., 1 6 
in-4°.; Leyde, 1G71 et jG8i,in- 
C'est un traité complet des cour 
nés et de leurs usages chez les a 
riens; on y reconnaît une érudition 
immense, mais un peu indigeste. IX. 
Firiutum et vitiorum dejinitiones , 
Paris ^ i6i5,in-8°.; Genève, iG'io, 
même format. X. Legatio Hhœ- 
tica , sii^e Relatio eorum quœ intri 
decennium in Fihœtid accideruni 
ibid. , 1G20. C'est l'histoire de Tai 
bassade de Paschal dans le pays 
Grisons. Wicquefoin dit qu'on voj 
par cet ouvrage , qu'il savait parlj 
grec et latin, mais qu'il n'était qu' 
ministre fort médiocre. ( Foj. 
traité de V Ambassadeur^ livre 1^* 
Hailer {BibL hist. Suiss. ) parle 
contraire fort avantageusement 
ce livre , dont on a nne mauvaij 
traduction allemande, par J. Fii 
cher , Coire, 1 78 1 , in-8'\ W — ?,p 
PASCHAL ( Françoise ), auteur 
dramatique du xvii«. siècle, n'est 
pas citée dans V Histoire littéraire de 
Lyon, par Colonia. On a cependant 
lieu de croire qu'elle était de celle 
ville ; car ses cinq pièces y ont été 
imprimées. Pernetti a réparé l'o- 
mission de Colonia; mais il ne parle 
que des deux premières pièces de 



ta i 

4 



PAS 

Paschal. Voici les litres de ses ou- 
vrages : T. J-u^athonplnle ^ martyr ^ 
trag i - comédie , 1 655 , iii - 8'\ T I. 
Endymion, ti'agi-corncdic , 105^, 
iii-8'\ Dans la preTace de celle piè- 
ce , F. Paschal repousse le reproche 
qn'oîi lui avait fait de ne pas cire 
seule l'auteur à' rigathonphile. lïl. 
iSésostris. tragi-comédie, i(3{)i , in- 
\'2. IV. Le rieillard amoureux ou 
Vheureuse Feinte , pièce comique 
en un acte et en vers (de huit sylla- 
bes ) , 1 6G4 , in- 1 'i. V. \j Amoureux 
extravagant ^ pièce comi([nc en un 
acte et en vers, 1607 , in-8\ Le 
Dictionnaire universel lui attribue 
des Noëls français et bourguignons , 
publiés, dit-il, à Dijon, en 17^3, 
in- 12 , mais (|ui ne sont pas venus à 
notre connaissance. A. B — t. 

PASCtlASE DE SAINT -JEAN, 
(Le P.), carme déchausse, ne en 
Franconie,lc i3 avril 1O37 , fit pro- 
fession à Trêves en i(J58, suivit 
quelque temps les arme'cs en qualité 
cî'aumonier et de chapelain du com- 
te Roger de Stahrcniberg , donna 
quelques missions dans les campa- 
gnes, fut professeur de belies-lettres 
cl de poésie latine à Ravensbourg 
en Bavière, et dans le Tyrol ( Lcon- 
tinœ in Tfroli) : il mourut à Budc , 
le i5 août 1692. On connaît de lui 
\VA ouvrage fort curieux , intitu'é : 
Poësis arlijiciosa , Wiirlzbourg , 
1668, in-1'2, fig. Indépendamment 
des règles générales de la versifi- 
cation latine, on y trouve les plus 
grands détails, accompagnés de nom- 
breux exemples , sur les tours de 
force les plus singuliers que le dé- 
mon de la poésie latine ait jamais pu 
inspirera ses adeptes. Les vers léo- 
nins, les échos, les anagrammes, 
les vers arithmétiques on chrono- 
grammes , ne sont pour lui que des 
bagatelles. Il donne jusqu'à G7 sortes 



PAS h; 

dilTércntes de ces futilités, dont le 
plus grand mérite, si c'en est un, 
est celui de la difilculté vaincue. Ses 
A'ers mnémoniques et stcganographi- 
qnes présentent un certain objet d'u- 
tilité. La plupart des autres ne sont 
que des (Ufjicilcs migœ ; mais plu- 
sieurs peuvent passer pour des cliefs- 
d'œuvre en leur genre. Après avoir 
donné les 191 '2 combinaisons de ce 
vers protce : 

Tu iiiea lux viliv virç;o spet mnximn sah'c , 

il cite, d'après Juste Lipse et H. Du- 
puy ( Erycius Puleanus ) , le vers 
suivant : 

f?ejf , r/i/.r , sol , lex , lux ,Jons , s/>ps, pax , mous , 
pelra , Chiistm , 

indique le nombre de combinaisons 
dont on le croyait susceptible, et 
ajoute avec bonhomie , ego certè cre- 
(1ère malim quàm exyeriri. ( Voy. 
Dlpuv , XII , 3-23 , not. ) L'ouvrage 
est orné de figures, non moins cu- 
rieuses que le texte. C. M. P. 

PASCiïASlUS. / qr. Calentyn. 

PASGOLI ( LÉON ) , biographe et 
littérateur peu estimé , né à Pérouse 
le 3 mai 1G7 4, vint s'établir à Rome, 
où il mourut le 3o juillet 1744* 0" 
cite de lui : I. Fite de' piitori^ scul- 
tori ed architetti moderni, KtSme, 
1 730-36 , 9. vol. in-4'^; le premier 
volume contient les vies de 4o pein- 
tres, le deuxième celles de 33 peiji- 
tres, 8 sculpteurs et 6 architectes, 
II. Vite de' jnttori , scuUori ed ar- 
cidtetti Perugini^ ibid., i73o.,in-4*\ 
Ce volume qu'on réunit, ordinaire- 
ment aux deux précédents, est le 
seul qui soit recberché des curieux, 
parce qu'il renferme quelques dé- 
tails sur les artistes Peronsiens, qu'on 
ne trouve pas dans les autres bio- 
graphes. Au reste , l'auteur ne s'y 
borne pas aux artistes; mais il parte 
de tous les personnages plus ou moins 

U,, 



84 



PAS 



célèbres qu'a produits sa pairie. Dans 
cet ouvrage il a pousse' jusqu'à l'ex- 
cès un défaut que les Grecs nom- 
maient acrihia , et qui consiste à 
entrer dans les détails les plus mi- 
nutieux sur les figures et les vi- 
ces corporels de ceux dont il dé- 
crit la vie. Ainsi l'on trouve chez 
lui que tel peintre avait le nez bien 
proportionne ; que tel autre l'avait 
court ou long; que celui-ci l'avait 
aquilin ou quelque peu creusé; celui- 
là efiile' , etc. Un autre défaut qu'on 
peut lui reprocher , c'est la manière 
dont il défigure les noms-propres 
des peintres étrangers. III. Testa- 
mento politico in ciii si j'anno di- 
iersi pro^etti per istahilire un re- 
golato ccmmercio nello stato délia 
Chiesa , Cologne (Perouse) , 1733, 
in-4". IV. Il Tevere navigato e na- 
i>igaJjile, etc. , ibid. , 1 744 ? i» - 4^« 
Cet ouvrage renferme des vues uti- 
les pour assurer la navigation du 
Tibre dans toutes les saisons , et en 
prévenir les inondations si fréquentes 
et si désastreuses. Pascoii se signala 
aussi par quelques pamphlets en fa- 
veur de Lagomarsini, contre Lami, 
dans la guerre littéraire de ces deux 
écrivains. — Son frère, x\lcxandre 
Pascoli, médecin etanatomiste, né 
à Pérouse, le 10 janvier 16G9, fut 
professeur à Rome, où il mourut, le 
5 février 1737. Ses OEuvres ont été 
recueillies en u vol. in-4*^. ( Venise, 
174» et 1757.) Voyez le Gjmna- 
sium romaniim du P. Carafa, tome 
II, p. 377. ' W — s. 

PASINELLI ( LoRENzo ) , peintre 
d'histoire , naquit à Bologne , en 
1629, et fut successivcmenl élève de 
Cantarini et du Torre. Il sortit de 
cette dernière école dans toute la 
force de l'âge; et c'est à cette cir- 
constance, peut-être , qu'il faut at- 
tribuer les défauts que son dessin 



PAS 

laisse trop souvent apercevoir. A Yé- 

poque où il naquit , la carrière ou- 
verte et parcourue avec tant de gloire 
par les Carraches , avait été aban- 
donnée par la plupart des artistes. 
Pasiuelli résolut d'y rentrer ; et 
non content d'imiter ces grands 
maîtres , il voulut y joindre la grâce 
de Raphaël et le brillant de Paul 
Véronèse. C'était beaucoup entre- 
prendre ; mais ses efforts ne furent 
pas sans succès : sous le rapport du 
dessin , il surpassa Paul Véronèse , 
qu'il regardait comme le prototype 
de l'art. 11 n'a cependant pas pour lui 
un respect aveugle : il n'en prend que 
cet air de grandeur et de majesté qui 
le distingue; et c'est chez un autre 
maître qu'il va chercher ses airs de 
tête, et l'entente générale du coloris. 
Il était naturellement porté à étonner 
le spectateur par l'appareil d'une 
composition vaste , nombreuse , ri- 
che et spirituelle. C'est p^r ce mé- 
rite que se font remarquer les deux 
tableaux de V Entrée de Jésus Christ 
à Jérusalem ^ et de la Descente du 
jils de Dieu dans les limbes , (\\\ç. l'o; 
voit à la Chartreuse de Bologn 
ou V Histoire de Coriolan qu'il p 
gnit pour la famille Ranuzzi , av 
tant de succès qu'on lui en deman 
de toutes parts des copies. Personne 
ne peut voir ces peintures sans rC' 
connaître dans leur auteur une m 
nière pleine de feu , une grande nou 
veau té d'idées , et un talent pour les 
grandes machines. Malgré ces émi- 
nenfes qualités , on reproche à ses 
figures des mouvements quelquefois 
forcés, et un peu d'affectation dans 
l'imitation de Paul Véronèse, en 
ce qui tient à la représentation des 
étoffes et au luxe des vêtements 
et des accessoires ; telle est la Pré- 
dication de saint Jean - Bap- 
tiste y qu'il peignit en concurrenci 



au 

I 



I 



VAS 

avec TanifTi , et dont ce peintre di- 
sait en plaisantant, qu'il ne crojait 
point voir le Désert , mais bien la 
place Saint -Marc de Venise. Ce- 
pendant , il a su souvent se mainte- 
nir dans de justes bornes ; et l'on en 
a pour preuve la Sainte-Famille 
que l'on voit aux Carmes-dccliaux , 
et qui a tout le caractère d'un Al- 
bane. Il a beaucoup plus travaille' 
pour les particuliers que pour le 
public ; toutes ses productions sont 
remarqualiles par leur esprit et par 
la variété du coloris. Ou connaît de 
lui un grand nombre de tableaux 
d'appartement , entièrement peints 
dans la pâle , et d'un coloris si frais 
et si brillant , qu'on les prendrait 
pour des productions du meilleur 
temps de l'école lombarde ou véni- 
tienne. Ces qualités font surtout le 
mérite de certains tableaux de Ferais^ 
qlii passent pour être le portrait 
d'une de ses trois femmes. Quelqucs- 
^ncs de ses peintures manquent de 
relief , les teintes ne s'y fondent point j 
et sa couleur y ressemble à celle des 
productions antérieures aux Car- 
raclies ; mais on doit reporter ces 
tableaux , ou à sa première jeunesse, 
ou à ses derniers temps. Pendant 
qu'il réformait l'école de Bologne , 
Carlo Cignani , de son côté , lui don- 
nait aussi une nouvelle direction; et, 
ce qui fait honneur à ces deuk ar- 
tistes rivaux, c'est qu'ils ne furent 
jamais jaloux l'un de l'autre , et 
qu'ils ne cessèrent pas de vivre en 
bonne iulelligence. A la même épo- 
que , le Canuti florissait à Bologne. 
Cet artiste ayant quitté cette ville , 
PasincUi hérita de ses élèves , parmi 
lesquels Giov. Antonio Burrini sut 
gagner son amitié , et, par les soins 
de son nouveau maître , se fit un 
nom dans la peinture. Au nombre 
de ses élèves les plus distingués ; 



PAS 85 

on cite Gio. Gioseffo dol Sole , Do- 
nato Creti , Aurelio Melani , etc. Cet 
habile artiste mourut à Parme, en 
1700. Il a gravé à l'eau-forte , d'a- 
près ses propres compositions , quel- 
ques morceaux , parmi lesquels on 
estime surtout : I. Le Martyre de 
plusieurs Saints , grand in-folio en 
travers. II. La Prédication de Saint- 
Jean dans le Désert , grande et belle 
eau-forte , en travers. III. Les Noces 
de Jacob et de Bachel ^ d'après le 
Perugin ; grand in-folio en travers. 
P— s. 
PASINI ( Louis) , professeur de 
philosopliieet de médecine àl'univer- 
sité de Padoue , au seizième siècle, 
était un grand praticien. Sa réputa- 
tion dans tout l'état de Venise était 
telle , que de tous les cotés on 
l'appelait : mais il n'aimait pas a 
quitter Padoue; et il fallut un ordre 
du doge pour le déterminer h se 
transporter auprès du duc d'Ur- 
bin , qui commandait l'armée de la 
république. Le médecin se prit d'a- 
mitié pour son malade , et ne le 
quitta qu'à sa mort. Pasini revint 
alors à Padoue reprendre sa chaire. 
Il était grand amateur d'antiquités , 
et avait un fort beau cabinet. Il 
mourutle2'2 août i557. On a de liiir 
I. De Pestilentid Patavind anni 



Padoi 



556, in-8«. II. 



Liberin quo de thermis Patavinis ac 
quibusdam balneis Italiœ tractalur. 
( Dans la collection intitulée^ De bal- 
neis omnia quœ extant , Venise , 
i553,infol. ) — Pasini (Antoine), 
médecin à Vérone , à la lin du sei- 
zième siècle , est auteur des ^n- 
notazioni ed emendazioni nella 
traduzione d'Andréa Matthioli de' 
cinque libri délia materia médici- 
nale di Dioscoride , Bergame, 1 59 1 , 
et i(io8 , in 4". Voy. la Verona it- 
luUrata, 11 , SgS. A. B — 1. 



86 



PAS 



PASÏNI (Joseph ), ne à Turin, 
en 1696, cinbrassa l'c'tat ecclésias- 
tique , se livra de bonne lieure à l'é- 
tudc de la langue hébraïque , et fut 
lîorainc bibliothécaire de l'univer- 
silc de Turin. Il avait le titre de con- 
seiller du roi de Sardaigne , et mou- 
rut à Turin, vers 1770. Parmi ses 
ouvrages , nous citerons : I. Deprœ- 
cipiiis Bihlionim liiiguis et versio- 
nibiis , Padoue, 1 7 16, in-8^. II. Dis- 
sertationes selectœ in Fetitateu" 
chiim , i']i'i , in- 4°. HI. Gram- 
matices lin^uœ sanctœ institnlio , 
Padoue, 1739; ibid. , 175G. IV. 
Vocaholario italicino lalino ^ ^1^1 y 
0. vol, in-4'*., dont il y a plusieurs 
éditions, et un aln-ëgë, fait par Tau- 
leur lui-même. V. Storia del Nuo- 
vo-Testameiito , coji alcune rejles- 
sioni morali edossejvdiùmi^ Turin, 
1749; Venise, 1751. VI. Codices 
manuscripti bibliothecœ res^iœ Tnii- 
rinensis athenœi per lingiias di- 
g^esti , Turin , 1749, '-i voL in-fol. , 
fig. Pasini eut pour collaborateurs 
de ce Catalogue Antoine Rivaulella 
et Fr. JBerta. A. B — t. 

PASÎTÈLES, qu'on a quelque- 
fois confondu avec Praxitèle . fut 
im des artistes grecs qui vinrent s'e'- 
tablir à Rome après la guerre de 
Hace'doine et les conquêtes faites eu 
Asie. On I3 surnomait autodidac- 
^ fw5, comme s'etant forme lui-même 
sans le secours d'aucun maître. Il 
perfectionna l'art de modeler. Il 
travaillait surtout en métal et en 
ivoire* et il fit dans cette matière la 
statue de Jupiter pour le premier 
temple élevé en marbre à Rome sous 
Métellus le Macédonique, Sculpteur 
et écrivain tout - à-la- fois , il est 
mentionné par Pline comme l'auteur 
d'une description, en 5 livres , des 
plus beaux monujnents connus de 
sou temps. G — CE. 



PAS 

PASOLINl (D. Sérafin), bio-- 
graphe, né, en 1649, '^ Ravcnne , 
d'une famille noble, embrassa la vie 
religieuse dans la congrégation des 
chanoines de Saint- Jcan-de-Latran, 
et professa la philosophie et la théo- 
logie dans sa ville natale, avec dis- 
tinction. Les talents qu'il avait dé- 
veloppés, lui méritèrent l'honneur 
d'être élevé à la dignité d'abbé per- 
pétuel de sa congrégation. Il consa- 
cra le reste de sa vie à des recher- 
ches utiles sur l'histoire civile et lit- 
téraire du Ravennais , et mourut, le 
24 décembre 1715, à l'âge de soi- 
xante-huit ans. Outre quelques Thè 
ses de phiioso])hie, pou intérrssan 
tes aujourd'hui , on a de lui : 1. Re 
lazlone délia madona greca de^ ca- 
nonici portuensi di llavenna, ibid., 
1676, in- I '2. II. Lustri Ravennatl 
dalV anno 600 dopo Viinwersale 
diluvlo sino al J 7 1 3, etc. , Bologne, 
Forli, 16^8-1 



I 



713 



4' 



7 part, in 
C'est un abrégé chronologique d 
l'histoire de la ville de Ravenne 
dont on voit que i'autcur fait remon 
ter la foiiclaîion à une époque bien 
éloignée : il est rare de trouver ce 
ouvrage complet , même dans 1 
bibliothèques d'Italie. III. liiinmi 
illastri di B.avenna antica , et alti 
degni professori di leltere et armi 
erudito tralteniniento , Bologne- 
170JÎ y in-fol. De cinq livres dont c( 
ouvrage se com])Ose, le troisième 
le quatrième comprennent les écri- 
vains Ravennais, rangés d'après les 
sciences qu'ils ont cultivées , en cora- 
meuçant par les théologiens. Cette 
Biographie est devenue inutile par 
la publication des Memorie degli 
scnttori Ravennati , par Ginauni , 
Faenza, 1769, 1 vol. in- 4^. W-s. 
PASOR ( George ), savant philo- 
logue, né, en 1 670, à Herborn, dans 
le'comté de Nassau, fut pourvu , à 



m 



PAS 

vinti;t-scpt ans, de la chaire de llieo- 
logie et d'iicbreii de l'acadéinie de 
sa ville natale, et remplit avec dis- 
tinction ce doul)le emploi. Appelé, en 
i(3jG, à Fraueker pour y professer 
la langue grecque, il se rendit utile 
à ses élèves, par la publication de 
([uelqiies ouvrages , qui sont , dit 
Ijayle, d'un usage merveilleux aux 
écoliers et aux proposants. 11 mou- 
rut en cette viile, le lo décembre 
1(337 , et fut inliumé dans l'eglisc 
principale, avec une epitaplie lio- 
norable, que Foppens a rapportée 
dans la Jhhl. Beli^ica, p. 34'i. Ou- 
tre V Oraison funchre de JeaiiPis- 
cator, Ileiborn, 16^5, in-4*^. , on 
cite de lui : Manuale ^rœcanim 
vocum N.-Testamentiy deque ^rœ- 
cis N.-Testamenti accaitibus. — 
Srllabus, sive idea omnium N.- 
Te^tanienli diclionum seu dialecta- 
riim. — Grammatica ^rœca N.- 
Teslamenli in treslibros distrihiita. 
— Lexicon gr.-laiinum in N.-Tes- 
tameatiim. Tous ces ouvrages ont 
('te revus et corriges par Mathias 
Pasor , fils de George, qui en a pro- 
cure de])onnes éditions. La meilleu- 
re du Lexique est celle qu'a publiée 
Jeau Lcusden, Amsterdam, iG^S, 
in - 8'*. — Analjsis difjlcilium vo- 
cum in operihus Hesiodi; c'est un 
jndex fort utile , et qui a cte rcim- 
]iiime plusieurs fois à la suite des 
Poésies d'Hésiode. On peut consul- 
ter, pour plus de détails , les Athe- 
if'.p /'V/5/C(y, de Vrieraoet, 237-4^). — 
Mathias Pasor, ne , en i5c)9, à 11er- 
born, après avoir achevé ses ëtndes 
avec succès à l'académie d'Hcidel- 
berg , y obtint , en i6jt.o ^ une chai- 
re de mathématiques; mais l'inva- 
sion du Palatinat rayant oblige de 
quitter l'Allemagne , il passa en An- 
gleterre, et s'établit à Oxford , oîi , 
s'clanl fait connaître avantagcuse- 



PAS 



87 



ment , il fut nomme professeur de 
langues orientales. Il quitta cet em- 
ploi, eu iG'29, pour se rendre à 
Groningue , et y professa successi- 
vement la philosophie , les mathé- 
matiques et la théologie, avec beau- 
coup de distinction. Il mourut le 28 
janvier i(î58, sans avoir cte marié. 
On n'a de lui que quelques Thèses : 
il n'avait jamais rien voulu impri- 
mer, par la raison qu'il craignait de 
détourner les jeunes gens de \a lec- 
ture des bous livres qui existaient 
déjà , et d'exposer les libraires à 
perdre leurs avances. On trouva 
parmi ses papiers le Journal de sa 
vie, qui fut publié à Groningue, 
i658, in- 4^. Bayle, qui lui a con- 
sacré un article intéressant dans son 
Dictionnaire , pense qu'on a eu 
grand tort d'imprimer ce Journal , 
ou du moins qu'on devait en retran- 
cher plusieurs minuties. W — s. 
PASQUALI(CuARLEs). r. Pas- 

CHAL. 

PASQUALTS. Toj. Martinez. 

P ASQ U I ER ( Etienne ) , né à 
Paris en 1529, fut destiné des l'en- 
fance , par ses parents , à suivre la 
carrière du barreau. La profession 
d'avocat brillait alors de tout son 
éclat ;elle participait à limporlance 
que la magistrature avait prise dans 
cette période de notre histoire , où 
l'autorité royale , le bon ordre et 
l'intérêt général , luttaient contre * 
les débris épars de la constitution 
féodale. Les études de droit étaient 
très -fortes et très - réelles. L'ar- 
deur du seizième siècle pour l'étude 
et le savoir , se mêlait avec le besoin 
de la justice et du droit, qui tendaient 
k s'introduire dans les sociétés, où 
jusqu'alors le pouvoir et les garan- 
ties avaient cherché leur sanction 
dans la force seulement. « L'un des 
» plus grands heurs que je pense 



88 



PAS 



« avoir recueillis en ma jeunesse. 
» dit Pas(|iuer, fut qu'en Tan i54t) 
» Hotoraan et Balduin commcncè- 
» rent leurs premières lectures de 
» droit aux écoles de cette ville de 
» Paris , en un grand tlieatre d'au- 
»diteurs; et, ce jour même, sous 
» ces deux doctes personnages , je 
» commençai d'étudier en droit ; et, 
» l'an d'après, dans la ville de Tou- 
» louse , je fus à la première leçon 
» que Cujas fit en l'école des institu- 
» tes , et continuai mes leçons sous 
» lui ; chacun le trouvant d'un es- 
» prit fort clair, et qui ne promet- 
» toit pas peu de clioses. » De là 
Pasquier se rendit à la célèbre uni- 
versité de Bologne, où il étudia sous 
Marianus Socin, « qui avait acquis 
î) tant de nom , que la plupart des 
» Italiens se venoient vouer à ses 
» jîieds, l'espace de cinq à six mois 
» pour tirer de lui consultation. » 
Pasquier fut reçu avocat , en 1 549- 
Le barreau était alors honoré par un 
grand nombre d'hommes célèbres. 
C'était le temps des Loisel , des 
Montholon , des Pithou , des Bru- 
lard. Il fallait du temps et du mérite 
avant de pouvoir se faire un nom au 
palais. Au bout de huit ans , lorsqu'il 
se maria, et qu'il épousa M^^^. de 
Montdomaine, d'une famille d'Am- 
l)oise,iI était encore peu connu. Une 
maladie grave, et qui se prolongea 
beaucoup , le força d'interrompre , 
pendant près de deux ans, les devoirs 
de son état, et d'habiter les champs 
ou la province. <i Puis retournant à 
)) Paris , voulus reprendre mes an- 
» ciennes brisées du palais, et me 
» trouvai si éloigné de mes premiè- 
V res intentions, que nul procureur 
» presque ne me reconnaissoit. Ce 
» peu de racine que j'y avois aupa- 
» ravant , se trouva du tout amorti. 
» Je vc^ois cependant plusieurs avo- 



PAS 

» cals de ma volée , avancer ^ que je 
w passois auparavant d'un long vol. 
» Je me promène deux mois dedans 
» la salle du palais, sans rien faire; 
» et croyez que c'étoit un crèvc- 
» cœur admirable : tellement que de 
» dépit, il me prit opinion de m'en 
» bannir toul-à-fait. » Dans ce loisir 
forcé, Pasquier s'adonna plus que 
jamais aux lettres qu'il avait toujours 
aimées et cultivées. Il se lia d'amitié 
avec deux savants hommes de l'uni- 
versité de Paris , maître Béguin 
et maître Levasseur : « Nous nous 
» voyions diversement, et d'ordi- 
» naire allions nous promener aux 
» faubourgs en quelquesjardins; pen- 
» dant lequel temps, nos propos 
» étoient ores de la sainte Écriture , 
» ores de la philosophie, et ores de 
» l'histoire , que nous accompa- 
» gnions , de fois à autre, de jeux de 
» boule et de quilles. » Au bout de 
quelque temps , Pasquier revint en-^ 
core à ses anciens errements du pa- 
lais^ et, à force de constance, il co 
mença à reprendre pied au barrea 
(-e fut aussi alors qu'il fit paraître 
les premiers livres, de ses Bechert 
ches sur la France ^ son dialog 
intitulé le Pourparler du prince , 
ses Dissertations sur l'amour , so 
le titre du Monophile. Les Rccher' 
ches sur la France eurent surtout uu 
grand succès. De la sorte , il acquit 
une réputation parmi ceux de son 
ordre. Ce fut en i564 seulement 
qu'advint la circonstance qui devait 
décider de la vie de Pasquier, qui fut 
la source de sa fortune, et la cause 
de sa renommée. « Les Jésuites, après 
» avoir pied à pied gagné terre de- 
» dans Paris, se présentèrent à l'uni- 
)j versité, afin qu'il lui plût les ira- 
» matriculer en son corps; chose 
» dont ils furent éconduits. » Les 
Jésuites se pourvurent au parlement; 



I 



PAS 

et l'affaire fut mise en instance. Pas- 
quier ne devait pas s'attendre à être 
charge' d'une si grande cause. L'uni- 
versité avait ses avocats; et il était 
encore bien nouveau au barreau. 
Mais Béguin et Levasseur avaient ac- 
quis une si grande idée du talent de 
leur jeune ami , et s'opiniatrèrent de 
telle façon , qu'on arrêta qu'il serait 
chargé de la cause. Elle fut plaidée 
avec un éclat extraoïxlinairej et la 
société de Jésus fut dès-lors soumise 
à un examen aussi hardi que tous 
ceux qu'elle a eus à subir depuis. 
Pasquier chercha à prouver que les 
Jésuites avaient d'autres intérêts que 
ceux de la France , et s'efforça de 
faire voir que de leur institut il ne 
peut résulter que corruption de la re- 
ligion , et trouble chez les peuples. 
Ce ne fut pas , comme on peut croi- 
re , sans exagération, ni sans V acre- 
té scholastique de ces temps-là , que 
cette cause fut plaidée ; mais certes 
c'était un grand spectacle et un bi- 
zarre résultat de la constitution po- 
litique de la France , que de voir des 
avocats traitant, dans un procès pri- 
vé, les plus hautes questions socia- 
les; et un tribunal appelé à pronon- 
cer, d'après une plaidoiiie , sur l'in- 
térêt le plus vaste et le plus natio- 
nal. Le parlement de Paris ne pro- 
nonça point. Il appointa la cause , et 
laissa les parties en l'état. Pasquier 
se trouva porté par ceUe plaidoirie 
au premier rangdes avocats. Son plai: 
doyer fut répandu partout : on le tra- 
duisit dans • les langues étrangères. 
L'auteur dès-lors fut employé dans 
les procès les plus célèbres. En 1576, 
il eut encore à plaider une cause de 
haute politique. Le roi avait concédé, 
comme gage , la ville d'Angoulême, 
à Monsieiu-, son frère. La ville re- 
fusa de sortir ainsi des mains du 
souverain , pour passer dans celles 



PAS 39 

du prince. L'affaire fut envoyée au 
parlement, où Pasquier plaida pour 
lavilled'Angoulême.Eni579,ilsui- 
vit la commission du parlement qui 
alla tenir les grands jours à Poitiers , 
et y fit un séjour assez long. En 1 585 ^ 
il fut pourvu, par Henri III, de la 
charge d'avocat-général à la cham- 
bre des comptes. En i588, il fut 
nommé député aux états-généraux , 
et se rendit à Blois. Là, il fut témoin 
de l'assassinat du duc de Guise , et 
ses lettres en font le récit exact et 
impartial. Après la dissolution des 
états , il ne quitta point le roi , et le 
suivit à Tours. Il y vit la réconcilia- 
tion avec le roi de Navarre : son cœur 
tout français , malgré sa répugnance 
contre les Huguenots , se sentit ému 
d'un heureux augure, et fut, sur-le- 
champ, soumis au charme du ca- 
ractère et des manières de Henri IV. 
Peu après , le roi installa , à Tours , 
les cours souveraines de Paris, c'est- 
à-dire , le petit nombre de magistrats 
qui avaient , avec lui, abandonné Pa- 
ris rebelle et ligueur. Pasquier porta 
la parole dans cette triste solennité. 
Il s'affligea des maux de la France ^ 
de cet exil du roi , et de la magistra- 
ture ; mais loin de célébrer , dans un 
langage d'orgueil et de menace , la 
fidélité du petit nombre de magis- 
trats qui n'avaient point quitté le 
roi : « Je ne voulus pas dire que nos 
» compagnons de Paris fussent en 
leur cœur moins bons sujets et 
» serviteurs du roi, que nous qui 
» étions à Tours ... A celte parole, 
» les grosses larmes me tombèrent 
» des yeux; . . . comme bon citoyen , 
» ne pouvant plus dissimuler la dou- 
» leur que je portois de la misère de 
» ce temps; ... la parole me mou- 
» rut en la bouche. . . . J'aurois vou- 
» lu que ceux de Paris en eussent été 
» spectateurs. » Pasquier ne tarda 



r>o 



PAS 



])()iiit ;V avoir une triste part clans la 
(^alaiiiilc ])iibii(}iie. Trois de ses fils 
étaient dans rarmce du roi. Kien de 
])ius noble et de plus touchant que 
les enseignements qu'il leur avait 
donnes , eu les plaçant dans celle 
carrière de pe'ril et de désordre. 
« Combien que votre vie me soit 
«chère, toutefois c'est la moindre 
» partie dont je lais état; bien duise- 
» je (pie ne la mettiez au hazardsans 
» sujet.... Pour le service de Dieu et 
» du roi, votre vie et votre mort doi- 
» vent vous être iudilïérentes ; mais 
» il faut ménager votre vie, non pour 
» fuir la mort, mais pour la réscr- 
» ver cà une entreprise dont il puisse 
» revenir finit pour votre patrie.... 
» Surtout je crains en votre charge 
» la foule et oppression du peuple.... 
» Je vous prie et je vous commande, 
» entantquej'ai commandement sur 
» vous, de penser que si vous vouiez 
V que Dieu bénisse vos actions , il 
» faut, sur toutes choses, épargner 
» ce pauvre peuple , qui n'en peut 
» mais de la querelle , et néanmoins 
» en porte la principale charge. 
» Quand je vous recommande le peu- 
» pie , je vous recommande vous- 
» même. Les bénédictions qu'il vous 
» donne, sont autant de prières à 
» Dieu. » C'est en iSgo, que le plus 
jeune des fils de Pas^uier fut tué, en 
combaltaîit contre les ligueurs au 
siège de Melun. Peu de mois après , 
sa femme, qui avait été long-temps 
prisonnière à Paris , pour avoir 
refusé de payer une taxe aux li- 
gueurs, était parvenue à en sortir, et 
vint le retrouver à Tours ; mais elle 
y mourut presque en arrivant. Lors- 
qu'en 1 5c)3 le roi se vit près de ren- 
trer dans Paris, Pasquier vint à Me- 
lun. Ce fut à celte époque que Bar- 
rière attenta à la vie de Henri IV {F. 
Barrière, llï, 4'9 )• Pasquier fut 



PAS 

chargé de rédiger un manifeste" 
récit de cet événement ; et comii 
adversaire en litre des Jésuites 
ne manqua pas d'y accuser la Soci< 
téj mais cette pièce fut imprimi 
sans nom d'auteur ni caractère ai 
thentique. Enfin, eu \5ç)f\ , Paris 
rendit. Les cours souveraines revii 
rent sur leur siège. « Le roi voulut 
» quechacun, sans discontiuualion , 
» entrât en sa charge , tout ainsi 
» comme si jamais nous n'eussions 
)> été partialisés. La question n'est 
» pas petite de savoir si celte voyc 
» était la plus politique. Quant à 
» moi, je suis pour celle-ci tout aiJ 
» si que dès le premier abord; le ri 
» et le peuple se sont reconnus avec 
» un contentement réciproque, sans 
» se ressentir des choses ])assées ; 
» aussi étoit-ilbieu raisonnable , que 
» la justice y eût part , et qu'entrant 
» dedans Paris , nous fussions tous 
» réconciliés les uns avec les autres , 
» sans respit. Chacun de nous se doi 
» diversement glorifier en toute h 
» miUté , d'avoir fidèlement sei^ 
» son roi ; celui qui étoit rcfugii 
» Tours, de l'avoir fait régner p( 
M dant les troubles , au milieu de 
» justice , l'espace de cinq ans 
» tiers; l'autre, qui étoit demeurée^ 
» dans Paris , d'avoir moyenne 
» désormais il régnera, si Dieu plaî 
» avec toute magnificence et sph 
» deur. Partant, quand nous coi 
» mencons de nous reconnoîtrc en 
» nos compagnies , il faut que notre 
» absence de cinq ans soit réputée , 
» du jour au lendemain , comme une 
» présence , sans y apporter ébahis- 
» sèment ou reproche. » A peine le 
roi était-il rentré à Paris , que l'uni- 
versité trouva la circonstance favo- 
rable pour faire prononcer sur son 
alTaire avec les Jésuites. Le plai- 
doyer de Pasquier fut réimprimé et 



w 



PAS 

répandu partout. L'attentat de Pier- 
j re Chàlel trancha la question , et 
donna gain de cause à l'université et 
àPasquier. Deux ans après , faisant 
paraître la suiie de ses Recherches 
sur hi France^ il y insera son plai- 
doyer , et ajouta encore de nouvelles 
attaques contre les Jésuites. Les pè- 
res ne restèrent pas muets* et une 
vive guerre de plume s'alluma. Les 
Jésuites publièrent d'abord la Véri- 
té défendue ^ puis, Réponse de Re- 
né de Lafon pour les religieux de 
la compagnie de Jésus ; ce dernier 
écrit était d'une telle force , que la 
famille et les amis de Pasquier le lui 
cachèrent pendant quelque temps. 
Quand, par hasard, ce livje fut venu 
à sa connaissance, il se mit à y ré- 
pondre d'une façon tout aussi violen- 
te, et fit imprimer, sans y mettre 
son nom, que cependant personne n'i- 
gnorait , le Catéchisme des Jésuites 
ou Examen de leur doctrine : il y 
fut riposté par la Chasse du renard 
PasquiUj découvert et pris en sa ta- 
nière du libelle dijjamatoire faux 
marqué. Cette controverse se pro- 
longea long - temps ; car, après la 
mort de Pasquier , le jésuite Garasse, 
H dont le nom est resté fameux dans 
" les annales de la polémique , fit pa- 
raître, en iG2i,les Recherches des 
recherches ( F. Garasse ) , à quoi 
b's fils de Pasquier répliquèrent par 
d'autres écrits. En i()o3 , Pasquier 
<; démit de sa charge d'avocat du 
roi , en faveur de Théodore Pas- 
(juier, son iils aîné; et ne perdant 
rien de son activité, il consacra les 
loisirs de sa vieillesse, aux lettres 
• jîi'il avait aimées toute sa vie, et 
lUx plaisirs de la société et de la 
couversation qu'il avait toujours 
doucement goûtés. Il ])assait sou 
temps , soit à Paris, soit à sa maison 
de campagne en lîric C,o lui fur rn- 



PAS 



91 



core une perte douloureuse que celle 
de son (ils Pierre de La Ferlandière , 
avec lequel il faisait état de passer 
désormais ses étés aux champs. Les 
Lettres de ses dernières années nous 
le représentent comme un aimable 
vieillard, d'humeur douce et gaie, 
repassant les souvenirs d'une vie 
qui avait vu tant de choses grandes 
et diverses; conversant et philoso- 
phant à la mode du temps sur tou- 
tes sortes de sujets ; jouissant de tout 
le calme d'une bonne conscience et 
d'un heureux caractère. Une de ses 
dernières lettres est adressée à son 
fils Nicolas; il l'intercédé en faveur 
d'une de ses peliles-filles que Nico- 
las Pasquier voulait marier en pro- 
vince , et qui s'en désolait. Il est 
touchant de voir ce vieillard de 
quatre-vingt-cinq ans condescendre 
mieux et compatir davantage aux 
chagrins d'une jeune fille qui craint 
de se voir exiler des habitudes d'une 
société élégante et choisie , et récla- 
mer pour elle plus d'indulgence. 
Élieune Pas(|uier mourut à Paris , le 
3 1 août 161 5 , et fut enseveli en l'é- 
glise de Saint-Séverin. Ses Recher- 
ches sur la France forment son ti- 
tre principal à la renommée litté- 
raire : cependant c'est un livre sans 
plan ni méthode ; son érudition n'a 
pas beaucoup de critique. Il est 
assez sujet à voir les temps anti- 
ques de notre monarchie , comme 
s'il y eût régné la même civilisa- 
tion que de son temps : il raisonne 
sur les institutions et la cour Je 
Clovis ou de Charlemagnc , comme 
s'il s'agissait de François P'»'. ou de 
Henri 11; et en cela il a servi jusqu'ici 
de modèle à presque tous nos rédac- 
teurs d'histoire: du moins, ils n'ont 
pas mieux pénétré dans le passé. 
Mais ce qui se fait remanpier dans 
Pasquier, c'est un amour filial pour 



iYi PAS 

la France ; uii altaclicment siiicèrç 
pourtoutcs les institutions quiavaicnt 
contribue à mettre Tordre dans le 
pays , et à y garantir la justice ; un 
penchant pour l'autorité' royale, qui, 
pour parler son langage , fut le pre- 
mier auteur de nos grandes polices 
et de nos liberte's. L'origine et l'his- 
toire de tous les e'tablissernents civils 
ou religieux , et des grands corps de 
l'état , y est curieusement tracée , et 
surtout à dater de la troisième race. 
Un mérite remarquable et rare dans 
un jurisconsulte français , c'est le 
goût presqu'exchisif du droit natio* 
liai et coutumier , par opposition au 
droit romain. Pasquier indique fort 
bien comment l'esprit d'une législa- 
tion émanée d'un pouvoir absolu, et 
qui n'admettait ni contradiction , ni 
consultation^ est contraire au carac- 
tère de la monarchie française. Il in- 
siste beaucoup sur ce que le droit ro- 
main, tel qu'on l'enseignait, se com- 
posait bien plus des opinions des ju- 
risconsultes romains, que des lois 
textuelles et authentiques. Bref, il y 
voit un guide qui doit être suivi avec 
méfiance, mais jamais une autorité 
positive. Les recherches touchant 
notre langage et nos mœurs ont aussi 
de l'intérêt. Tout cela est devenu 
vulgaire à force d'avoir été copié 
dans tous les livres qu'on a faits de- 
puis , et répété dans la conversation 
habituelle; mais il faut savoir gré 
au premier qui a rassemblé ces do- 
cuments, tout incomplets qu'ils sont. 
Les Lettres de Pasquier sont une chro- 
nique intéressante de son temps. Pres- 
que toutes avaient été écrites pour 
être publiées de son vivant. Ainsi 
elles n'ont point l'abandon et la naï- 
veté des mémoires et des correspon- 
dances familières; elles doivent être 
jugées comme un livre : en ce sens, 
c'est l'ouvrage d'un bon citoyen j 



PAS 

mais c'est aussi celui d'un horai 
passionné , et qui se laisse trop sou- 
vent entraîner par l'esprit de parti. 
On voit qu'après tant de crimes, 
d'intrigues , de variations , de désor- 
dres , il avait dû se répandre un es- 
prit d'indifférence et une habitude 
qui avaient émoussé les sentiments vi- 
goureux; que Pasquier,' tout éclairé 
et plein d'honneur qu'il était , s'en 
trouvait un peu atteint. Bon royalis- 
te , il montre pourtant que son ima- 
gination est un peu séduite par l'é- 
clat du duc de Guise. Sons Henri IV, 
son goiJt pour la royauté se trouva, 
de tout point , conforme avec sou 
amour pour le roi; mais c'était un 
amour de magistrat , et non pas un 
amour de courtisan. Un jour qu'il 
« avoit l'honneur de faire à ce mo- 
» narque des remontrances sur quel- 
» ques fâcheux édils envoyés en la 
» chambre des comptes pour y être 
» vérifiés, il lui advint de dire, que dc- 
» puis la réduction de Paris, ceux (pii 
D étoient près du feu roi, voulaient 
» rétablir son état, par les mêmes 
» voies que le roi avoit perdu le 
» sien. «Zélé catholique, il avaittou- 
jours regardé comme une erreur et un 
crime de vouloir réprimer le calvinis- 
me par le glaive. Sa haine pour les 
Jésuites l'avait amené au point de les 
tcuïr pour aussi hérétiques que les Hu- 
guenots. Pasquier a laissé beaucoup 
de vers français ; il en faisait à tout 
propos et facilement. En les lisant , 
on ne s'étonne pas qu'ils ne lui coû- 
tassent guère. Son imaginatian n'a- 
vait pas le tour poétique. Ses poé- 
sies ont un caractère scolastique et 
vulgaire, qui se retrouve , à peu d'ex- 
ceptions près , dans tous les poètes 
du temps , et dans l'école de Ron- 
sard, dont Pasquier fui grand admi- 
rateur. Malgré le charme de naïveté 
du langage d'alors , à peine trouve- 



PAS 

rait-on un vers h citer daiisPasquicr. 
Mais il eut du renom dans son temps. 
Un jour , étant à Poitiers^ il aper- 
çut une puce sur le sein ne niade- 
inoiselle Desrocbes : ce lui fut un 
sujet de vers ; et le succès de celte 
pièce fut tel , que tout ce qu'il y avait 
de poètes en France, se mit à faire 
des vers français ou latins sur ce 
sujet. La puce de mademoiselle Des- 
rocbes pénétra raeraeen Italie et en 
Espaj:;ne , et y fît naître des poe'- 
sies. On en ferait un volume ( Foj-. 
Di:sK0CHES, XI, 235) : mais il ne 
s'y trouve rien qui ne soit lourd et 
trivial j ou, pour parler plus juste, 
qui ne le soit devenu depuis. On en 
peut dire autant des nombreuses 
poésies sur les mains de Pasquier. 
Un peintre avait oublie de lui faire des 
mains dans son portrait. La-dessus 
déluge de plaisanteries riraéessurles 
mains , et sur tout ce qu'on en peut 
faire; en telle sorte que la Puce et les 
Mains devinrent des circonstances 
importantes de la vie de Pasquier, 
et ({u'il en est question à tout pro- 
pos dans ses lettres. Pasquier a com- 
pose aussi beaucoup de vers latins. 
On les trouve meilleurs que ses vers 
français. « 11 est aisé, a dit un cri- 
» tique en eu parlant , de faire en 
» latin des vers qui soient trouves 
» passables j et il estdiflîcile de con- 
« damner, avec un plein discerne- 
» ment , ceux qui sont veritable- 
» ment mauvais. » Avec ce goût 
pour la littérature , Pasquier dut se 
trouver en relation avec tous les 
bomraes importants de son temps ; 
on le voit en correspondance et en 
compliments réciproques avec Ron- 
sard, D'Urfe,Ramus,Sainle-Martbe, 
Loisel , De Serres , etc. : il est cu- 
rieux de l'entendre parler de Mon- 
taigne. Députes ensendjle , à et; qu'on 
croit , aux états de Blois , ils avaient 



PAS 93 

beaucoup conversé , « se promenant 
dedans la cour du château. » C'est 
chose plaisante que de lui entendre 
reprocher à Montaigne, ses locu- 
tions gasconnes , et lui remontrer 
le beau français ; du reste , rendant 
grande justice à son esprit, « et n'ayant 
nul livre entre les mains tant caressé 
que les Essais. » Le Monophile et 
les Colloques d'Amour sont un peu 
diffus et pédantesques pour les su- 
jets qu'ils traitent ; mais c'est ainsi 
que , dans la première ferveur d*un 
temps tout scolastique, écrivaient les 
hommes qu'un génie particulier ne 
préservait pas de l'affectation et de 
l'imitation dans les dialogues philo- 
sophiques. Le Fourparler du prince 
mérite d'être distingué; c'est une des 
productions où Pasquier a le mieux 
exposé et résumé ses idées sur le 
gouvernement. Touty respire !e goût 
d'une liberté légale , et le respect 
des droits du monarque et des peu- 
ples. Les Recherches et les Lettres 
de Pasquier, après avoir été publiées 
successivement de son vivant ou peu 
après sa mort, et avoir eu diverses 
éditions séparées , furent réunies, en 
i7'23,dans une édition complète, 
imprimée à Trévoux, en 2 vol. in- 
fol. Cependant on n'y trouve ni ses 
Ordonnances d'Amour ( le Mans , 
1 5(34 , in-S'*. ) , œuvre de sa jeunesse, 
trop peu grave pour être conservée , 
ni le Manifeste après le procès de 
Barrière , ni le Catéchisme des Jé- 
suites , qu'alors on n'aurait pas eu 
la permission de réimprimer : on le 
trouve dans un Recueil de pièces 
historiques et curieuses , 'i vol. in- 
\'i , Delft , 1717. Etienne Pasquier 
laissa trois fils : Théodore, qui lui 
succéda dans sa charge d'avocat- 
général; Nicolas, qui fut maître des 
requêtes ; et Gui, auditeur des comp- 
tes : ce' furent des hommes éclaires. 



94 PAS 

On a joint aux œiwrcs d'ËticriTic , 
les lettres de Nicolas , son fils. Klles 
ont quelque iiUe'rct comme témoi- 
gnage liistorique , mais , du reste , 
n'apprennent rien qui ne soit dans 
les mémoires du temps. Cette famille 
dont le nom avait e'te illustre par 
des vertus, des talents et par la fa- 
veur des rois Henri III et Henri IVj 
qui avait occupe de grandes char- 
ges ; s'était tout-à-coup éclipsée de 
la scène du monde politique , et n'a- 
vait plus paru dans nos cours sou- 
veraines , jusqu'au moment où un de 
ses descendants, ayant reçu son édu- 
cation chez les Jésuites , rentra dans 
la magistrature, et devint procureur 
du roi au Ghâtelet, puis conseiller au 
Parlement (0- — Nous avons vu, 
dans cet article , qu'un des fonda- 
teurs des Jésuites se nommait Pas- 
QUiER Broiiez. Il n'avait nulle rela- 
tion de parenté avec l'adversaire de 
son ordre. Villeroy, dans ses Mé- 
moires d'état , fait mention aussi 



(i) Ce fut lui qui fit le rapport dans le procf's cIti 
comte de Lally, et qui lui fit met Ire un hriillon 
lorsqu'on le mena au supplice, afin qu'il ue plîitpoint 
parler au peuple; voici ce qu'on lit à l'occasion de 
ce procès dans l'ouvrase intitulé : Vie privée (la 
Louis X/^, Londres, 1 781 ,])arDangervillc, 4^- vol. , 
jiag. 83. « Le rap])orteur était W. Pasquier, le mo- 
» me qui avait r..it le rajiport de l'affaire de Da- 
» miens et de celle de Labarre. Très-expert dans le 
« labyrintlié de la chicane et des lois, très-adroit , 
» très-subtil, c'était en nièmetcmps un vieillard sii- 
» jet aux ])reventions , entête , fougueux , colère , et 
» d'un caractère l)leu opposé au caractère flegma- 
« tique et impassible du rapporteur des Canadiens. 
» M. de Lally avait la plupart des mêmes défauts. 
» Delà, des scènes vives entre ces deux pcrson- 
» nages dans les interrogatoires. Cbex de pareils 
» hommes, il en résulte souvent un levain qui fcr- 
» meute sourdement, et qui les rend très-dangereux 
« qiiand ils sont Juges; à plus forte raison quand, 
» charges du développement d'une affaire aussi com- 
« pliquée, leur rap])ort n'est ))as dirigé par l'exacte 
y> impartialité, t/est ce qu'on rej)roche jj M. Pas- 
» quier. Ce conseiller cependant ne put articuler 
» aucun crime assez décisif, surtout d^ans le fiiit de 
» haute-trahison, pour mériter à l'accusé la ])eiiic 
« de mort, en s'en tenant à la lettre de l'ordonnan- 
» ce. Mais il fit envisager aux )uges que dans nu 
» procès de cette nature, hors du cours ordinaire 
» de la justice , il fallait sVlevcr au-dessus de la loi , 
» entrer dans l'esjirit du législateur, et prononcer 
» d'après les grandes vues d'administration , faire un 
» exemple éclatant sur un coupable illustre, etc. » 



'm 



PAS 

d'un antre Pasquilu , un de ses se- 
crétaires , contemporain d'P^tienne , 
mais qui ne sendjie pas non pins 
appartenir à sa famille. Vj. 

PASSAROTTI ou PASSEnOTTI 
(Bartiieleimi), peintre , naquit à Bo- 
logne , dans les premières années du 
seizième siècle. 11 fut élève de Jaco- 
po Vignola, peintre et surtout archi- 
tecte renommé. Il apprit, sous cet 
habile maître, l'art de dessiner à la 
plume, pour lequel il avait des dis- 
positions particulières , et qui lui fa- 



I 



édita , par la suite, la pratique de la 
gravure. H y réussit à un tel point, 
qu'AugustinCarrache lui-même vou- 
lut apprendre de lui cette franchise 
et cette fermeté dans le trait, qui 
distinguent ses dessins. Au premier 



coup-d'œil , on pourrait facilement 
les confondre* et l'on est forcé de 
convenir que ceux d'Augustin laissent 
apercevoir cette espèce d'incertitude 
qu'offrent toujours les imitations mê- 
me les plus parfaites ; mais il rache- 
tait ce défaut par une profondeur 
d'invention qui décèle l'artiste supé- 
rieur. Passarotti suivit à Rome son 
maître Vignola j- et il y fit une étude 
particulière des ouvrages des meil- 
leurs artistes. De retour dans sa pa- 
trie , il exécuta une foule de beaux 
ouvrages; et il éleva une école, dont 
les élèves , étant entrés par la suite 
dans celle des Carraches, se sont fait 
un grand nom dans les arts. Il avait 
composé un Traité, dans lequel il 
enseignait les proportions et l'ana- 
tomie du corps humain , connais- 
sance nécessaire au peintre; et ce 
fut lui qui, le premier, pour faire 
preuve de sa science, introduisit des 
figures nues dans les tableaux de 
saints qu'U a exécutés à Bologne. 
Parmi ses ouvrages les plus remar- 
quables de ce genre , on cite la Dé~ 
cotation de saint Paul à Rome, j 



PAS 

niix trois Fontaijies , et la Fierté 
'lUonrée de suints , qu'on voit dans 
i'e'^lisc de Saint - Jacques de Bolo- 
j;nc; ce tableau qu'il fit en coucnr- 
lence avec les Carraches , obtint les 
plus grands élosjcs de la part même 
de ses compétiteurs. Ou regardait 
également comme une production 
•lu premier mérite im tableau repré- 
sentant Tytie , que les plus habiles 
})rofesseurs eux-mêmes prirent pour 
un ouvrage de Michel-Ange , lors- 
qu'il l'exposa en public. Cependant 
d n'a point apporté cette recherche 
et ces soins dans tous les tableaux 
qu'il a exécutés. li se contente ordi- 
nairement de peindre d'une manière 
franche et facile , qui se rapproche 
de celle du Cesari , quoique infini- 
ment plus correcte. Il peut être mis 
au premier rang des peintres de 
portraits; et le Guide le regardait 
en ce genre , comme venant immé- 
diatement après le Titien : il ne pla- 
çait pas même les Carraches au- 
dessus de lui ; et la plupart des 
portraits attribués à ces maîtres , 
sont l'ouvrage de Passarotti. La ga- 
lerie de Dresde possède de lui un 
beau tableau , dans lequel il s'est 
peint lui-même , avec toute sa fa- 
mille. On loue , par-dessus tout , la 
Suite de portraits de la famille Le- 
^;i«mi, qu'il a peinte en pied, et dans 
lesquels la variété des costumes, des 
poses et de l'action , fait voir toute 
la fécondité de son génie j car sa cou- 
tume était de peindre un portrait 
comme un tableau composé. Ce ta- 
lent , qni le rendait agréable aux 
grands, était accompagné de maniè- 
res aimables et distinguées. Malheu- 
reusement il n'épargnait pas les Car- 
raches dans ses plaisanteries; et il 
leur préparait des rivaux, ou plu- 
!(Jt des ennemis, dans plusieurs de 
:=es fds , qu'il formait lui-même à la 



PAS 



0^ 



pratique de son art. 11 peignait or- 
dinairement un moineau (passero) 
dans ses tableaux, pour faire allu- 
sion à son nom. — Parmi ses nom- 
breux enfants, Tibur/.io, mort en 
i6i'2, se distingua par un vérilablo 
talent; et il existe de lui, dans Té- 
glise de Saint-Jacques, un beau ta- 
bleau du Marty re de sainte Cathe- 
rine , peint entièrement dans le goût 
de son père. — Aurelio Passeroxti, 
autre lils de Bartolomeo , juort à 
Rome, sous le pontificat de Clément 
VIII , se fit connaître par son talent 
pour la miniature, genre dans le- 
quel Gaspar , son neveu, (\\s de Ti- 
biirzio , acquit un nom également 
célèbre. — Passerotlo Passerotti , 
mort en 1583 , et Aurélia, sa sœur, 
qui cessa de vivre en i63o, furent 
des peintres assez médiocres ; mais 
leur école a produit des artistes qui 
ont fait honneur à la ville de Bo- 
logne ; et Bartolomeo , le j)ère et le 
chef de cette école , doit être com- 
pris parmi les plus grands artistes 
que Bologne ait produits. 11 mourut 
en i59'2. D'habiles artistes ont gra- 
vé d'après lui, tels que Pli. Tho- 
massin , Cor. Cort , Aiig. Carrache, 
et autres. Lui-même a gravé avec 
succès plusieurs eaux-fortes , d'après 
ses dessins , ainsi que d'après Sal- 
viati et Pieti-o Perugino. On recher- 
che surtout : I. La f' ier^e assise, te- 
nant V Enfant. Jésus , et ayant à ses 
pieds le petit saint Jean, eau-forlc 
de son invention. II. La Visitation 
de la Fierté, riche composilioa 
d'après F. Salviati, grand in-folio, 
en travers, très-rare. P — s. 

PASSP: ( Crispin de ). F. Pas. 

PASSEMANT (Claude-Simeoiv), 
né à Paris, en i70'2, fit ses études 
au collège Mazarin, et montra de 
bonne heure im goût particulierpour 
les hautes sciences , et surtout pour 



i-'W 



9<5 



PAS 



raslronornic. Ce goût était tel,qii*a- 

{)rès une maladie grave , qu'il eut yers 
'âge de quatorze ans , le premier 
ouvrage qu'il lut , à sa convalescen- 
ce, fut le livre de Nicolas Bion , sur 
VC/sage des globes céleste et ter- 
restre. Passemant avait perdu son 
père de bonne heure; et sa mère, 
ayant à lui clioisir un état , le des- 
tina au barreau. Il ne put rester 
loiig-temps dans l'étude d'un pro- 
cureur, et entra chez un marchand 
de draps, pour y faire l'apprentis- 
sage du commerce; mais il n'avait ces- 
sé de se livrer à l'optique et à l'astro- 
nomie. Le besoin d'avoir un état le 
détermina cependant à se faire mar- 
chand mercier. Les détails de celte 
profession ne lui laissaient point le 
temps de continuer ses travaux scien- 
tifiques. Aussi , dès qu'il fut marié , 
en 1 733 , abandonna-t-il à sa femme 
la conduite de son négoce; et, cinq 
ans après, il donna son ouvrage sur 
les télescopes. Ce fut en 1749 qu'il 
offrit à Louis XV une pendule as- 
tronomique , couronnée d'une sphè- 
re mouvante , qui fut mise dans 
un des grands appartements de Ver- 
sailles. Passemant eut pour récom- 
pense une pension de mille francs et 
un logement au Louvre. « Tout ce 
» que l'horlogerie a produit de cu- 
» rieux et d'intéressant , se trouve 
» renfermé dans cette pièce , » dit 
M. Antide Janvier. Beaucoup d'au- 
tres productions de Passemant sont 
énumérées dans V Eloge historique 
sur la vie et les ouvrages de M. 
Passemant^ ingénieur du roi, par 
M, Sue le jeune (son gendre), 1778, 
in-S*'. Il était mort le 6 novembre 
1769. Les écrits qu'il a composés 
sont : I. Construction d'un télescope 
de réflexion , de seize pouces jusqu'à 
six pieds et demi , ce dernier fai- 
sant Vejfet d'une lunette de cent 



PAS 

cinquante pieds, avec la composi- 
tion de la matière des miroirs et la 
manière de les polir et de les mon- 
ter, 1 738 , in-40. Lalande, qui, dans 
sa Bibliographie astronomique , an- 
née 1738, parle d'une réimpression 
faite à Avignon , dont il ne donne 
pas la date, mentionne, à l'année 
1741 , un ouvrage qui porte le titre 
à! Amsterdam, et qui pourrait bien 
n'être que l'édition d'Avignon. IL 
Description et usage des télesco- 
pes, microscopes, ouvrages et in- 
ventions de Passemant , 1763, in- 
12; réimprimé depuis la mort de 
l'auteur, avec des augmentations 
par ses élèves , Olivier et Nicolet , 
qui continuaient son établissement. 
A. B— T. 
PASSERANI (Albert Radicati, 
comte DE } , seigneur piémontais, at- 
taché au service du roi Victor-Amé 
II , prit une part active aux démê- 
lés que son maître eut avec le Saint- 
Siège , relativement à la nomination 
des bénéfices consistoriaux; et il écri- 
vit contre la cour de Rome des pam- 
phlets si virulents , que, lorsque ces 
différends furent apaisés, il fut cité 
devant l'inquisition , et obligé de se 
sauver en Angleterre. Son procès 
fut instruit; il fut condamné par 
contumace , et vit ses biens confis- 
qués. Il emporta en Angleterre une 
haine ardente contre l'Église romai- 
ne , et se signala par plusieurs écrits 
qu'il publia dans ce pays, où il se 
lia avec Collius, Tyndal et autres 
esprits -forts. Ces écrits se trouvent 
dans le Recueil de Pièces curieuses 
sur les matières les plus intéres- 
santes, etc., qu'il publia, en 17 36, 
à Rotterdam , en français : ce sont 
un Parallèle entre Mahomet et 
Sosem ( anagramme de Mosès ou 
Moïse ) ; — Histoire abrégée de la 
profession sacerdotale ancienne et 



PAS 

moderne^ dédiée à la très-illuslre et 
tres-célèbre secte des esprits - forts , 
par un Frcetliinker , clirétien naza- 
réen, et Lycurgos , mis en parallèle, 
par Lucius Sempronius , néophyte , 
où il soutient , entre autres choses, 
que Jésus-Christ et saint Jean se 
sont fait initier par les Egyptiens , 
dans les mystères des prêtres d'Osi- 
ris . — Récit fidèle et comique de 
la religion des cannibales moder- 
nes , par Zelim Moslem , dans le- 
quel l'auteur déclare les motifs 
qu'il eut de quitter cette idolâtrie 
abominable^ traduit de V arabe j 
écrit dirigé en entier contre l'Eglise 
romaine; — enfin une Dissertation 
sur la mort , imprimée séparément 
à Rotterdam , en 1733. L'auteur, 
pour faire plaisir aux Anglais , vou- 
lut justifier le suicide : à cet effet, 
il met en avant le matérialisme, sou- 
tient que la mort n'est autre chose 
que la décomposition de la matière 
et son changemcntde forme; qu'ayant 
reçu la vie pour être heureux, nous 
sommes libres de la rendre lorsqu'el- 
le n'atteint pas ce but; que les peines 
et les récompenses éternelles ne sont 
que des inventions de la crédulité; et 
que toutes les actions étant néces- 
saires, il n'y a point de bien et de 
mal moral. Cet écrit , ayant été tra- 
duit en anglais , comme les autres , 
lui attira une poursuite de la part de 
la justice: il fut arrêté avec le tra- 
ducteur et l'imprimeur, et son écrit 
fut supprimé. Dégoûté alors de 
l'Angleterre , Passerani se rendit en 
France, et delà en Hollande, où il 
passa le reste de sa vie. Il publia 
encore une attaque contre la Bible , 
sous ce titre : La Beligioit maho- 
métane comparée à la païenne de 
V Indostan , par Aly-Ebn-Omar- 
Moslem ; Epître à Cinkain , Bra- 
mine à Visapour , traduit de l'a- 



PAS 



97 



rabe; à quoi est joint un prétendu 
Sermon^ prêché dans la grande as- 
semblée des quakers de Londres , 
par le fameux frère Ellwell, dit 
Vinspiré, Londres (Hollande), 1737, 
in-8<^.de 56 et 47 pages. On prétend 
qu'il rétracta ensuite, devant les mi- 
nistres du culte réformé , les opi- 
nions énoncées dans ses écrits contre 
la religion. Il légua ses biens aux 
pauvres. On a encore de lui un Pro- 
jet facile , équitable et modeste , 
pour rendre utile à notre nation un 
très- grand nombre de pauvres en- 
fants , qui lui sont maintenant fort 
à charge ; écrit bizarre , dans lequel 
on ne sait si l'auteur a parlé sérieu- 
sement , ou s'il a voulu plaisanter 
sur les faiseurs de projets. Passerani 
rend lui-même compte de ses aven- 
tures, dans le Faclum qu'il a mis à la 
tête du Recueil publié à Rotterdam , 
en 1736. D — G. 

PASSERAI (Jean), poète, 
né à Troyes , en i534, s'enfuit du 
collège, gagna Bourges, et mena quel- 
ques mois une vie vagabonde ; mais 
cet écart de jeunesse ne nuisit point 
à ses progrès : il reprit avec goût 
ses études , et vint les achever à 
Paris. Une chaire d'humanités lui 
fut confiée au collège du Plessis ; ce 
qui lui inspira le désir de recom- 
mencer et d'aprofondir la lecture 
des auteurs de l'antiquité : il donna 
la préférence aux auteurs latins , 
fi^t un choix de leurs locutions , et , 
pour compléter son instruction dans 
leur langjie par la connaissance du 
style des jurisconsultes , il se rendit 
à Valence , où il entendit Cujas. 
Après avoir passé trois ans auprès 
de ce grand maître , il se retira , en 
1.569, dans la maison de Henri de 
INIesmes , maître des requêtes , et 
protecteur des savants , dont il de- 
meura pendant vingt - neuf ans le 



(,^ 



PAS 



( omincnsal et l'ami, f^orsqucla mort 
tragique deRnmus laissa vacante une 
place de professeur d'éloquence au 
collège de France , on ût choix de 
Passerai pour la remplir ; et ses le- 
çons attirèrent Télite de la capitale. 
Demeure fidèle au roi légitime , il 
les interrompit pendant les excès de 
la Ligue , et se reunit aux beaux- 
esprits, qui composèrent la satire 
Mènippee : ( K Leroy, XXIV, 238,) 
les vers en furent faits par lui et Nie. 
Rapin, à l'exception de la Lamenta- 
tio7iderdneligueur,qmestde'Duranà 
de Labergerie. Passcrat reprit ses 
fonctions dès que Paris fut rentre' sous 
l'obéissance d'Henri IV": son travail, 
prolongé sans proportion avec ses 
forces, le réduisit, "en 1597, ^ "'^ 
état de paralysie presque complète , 
et lui fit perdre l'œil qui lui restait : 
depuis long-temps , un accident l'a- 
vait privé de l'autre en jouant à la 
paume. Sa gaîté ne s'altéra point ; 
mais on s'aperçut que ses facultés 
baissaient tous les jours. Il mourut 
le 12 septembre 160-2. On a de lui ; 
I. Fers de chasse et d'amour y Va- 
Ti^, i597 ' in-4''' On y trouve son 
poème du Chien courant , entrepris 
par ordre d'Henri III : il est écrit , 
en vers de dix syllabes , avec plus 
de naturel que d'imagination ; et 
quoique Ronsard, Baïf et Dubellay , 
en fissent le plus grand cas , il ne 
conserve d'importance que comme 
un des essais didactiques de notre 
poésie. Henri III, éprouvant le be- 
soin de revenir sur l'éducation né- 
gligée à laquelle une mère artifi- 
cieuse avait abandonné sa jeunesse, 
s'était mis à établir des conférences 
grammaticales dans son cabinet. Ces 
occupations , peu convenantes pour 
un roi , arrachèrent à Marillac , cet 
amer jeu de mots : Declinare cupit, 
vcrè déclinât. Passerai , qui venait 




PAS 

de traduire en vers , par ordre 
Henri , la fameuse tirade de Virgi 
Exciidant alii spirantia molliùs 
cera , etc. , eut la hardiesse d'en- 
voyer au roi , avec ce morceau , les 
vers suivants , où il le rappclaitj^ 
sa dignité compromise : 

J'ai pris ces vers d'un grand et grand poêle, 
Dont je ne suis qu'un petit interprête. 
Par un esprit ce ])ropos fut tenu 
Au sang d'Hector dont vous êtes venu. 
Sans clicrcLer donc la vertu cudorniie 
Aux vains propos de quelque académie, 
Liseï ces vers , et vous pourrez savoir 
Quel est d'un roi la charge et le devoir. 

Les lettrés courtisans s'écrièrent que 
la majesté royale était insultée; mais 
le monarque ne fit que rire de cette 
liberté poétique. IL OEuires poéti- 
ques , Paris , 1 602 , in - 1 2 ; ibid. , 
1606 , in-80. , édition plus ample. 
Neuf poèmes et quatorze élégies 
composent la plus grande partie de 
ce volume. L'auteur s'y montre 
l'imitateur des tours heureux de 
Marot; et sa Métamorphose d'un 
homme en oiseau est narrée .avec 
cette grâce naïve qui rappelle tou- 
jours Lafontaine. Comme lui^ Pas- 
serat avait fait ses délices de Rabe- 
lais : cédant à des scrupules qu'on 
lui suscitait , il ordonna , de son 
de mort, qu'un commentaire co 
plet , où il avait donné la clef des 
légories du curé de Meudon , devj 
la proie des flammes. III. Kalen 
januarice et 'varia quœdam poéma- 
i<z, Paris, 1597, iii-B^. ; réimpri- 
més avec des mélanges , en iGo3. 
Ce recueil renferme des Elrennes à 
Henri de Mesmes , des épigrammes , 
des épilaphes , des badinages sur le 
Rien y sur le Coq ^ sur V Eléphant. 
Tous ces petits morceaux sont les 
jeux d'une muse élégante et enjouée. 
IV. Un Commentaire sur Catidle ;, 
TibuUe et Properce , qui a conservé 
quelque réputation; Paris, 1608, in- 
fol.Scioppius lui-même, à la fin de ses 



ion 



! 



PAS 

Paradoxes littéraires , écrivit que 
c'était un ouvrage achevé. V. Prœ- 
fationeset Oratioiies, ih'id., 1606, 
in-8^. , reimprimées en iGSy , pur 
les soins de Gui Patin. Ces discours 
roulent, la plupart, sur Tacite , Ci- 
céron et Salhistc. VI. Conjectura- 
rum liber, ibid., i G i *2, in-S*^. Ce sont 
des explications hasardées sur cpiel- 
quespassagesdifficiles des classiques; 
reunies aux Apophoreta d'Adrien 
Behot. VII. De litterarum inter se 
cognatione et permiitatione , ibid. , 
1606, in-8*'. Cet important traité 
grammatical , auquel Passerai atta- 
chait le pbis grand prix, fut publié, 
comme tous ses ouvrages posthu- 
mes , par les soins de Rougevalet , 
son neveu. Il offre, dit Grosley, un 
index alphabétique, où est marqué 
le changement des lettres les unes 
avec les autres , soit à cause de l'af- 
finité du son, soit eu égard à l'ana- 
logie de la langue latine, qui, dans 
ses dérivés , ses composés et dans 
les divers temps de ses verbes, chan- 
ge les voyelles du mot primitif eu 
d'autres. On y trouve delà profon- 
deur unie à des connaissances éten- 
dues. VIII. Une mauvaise Traduc- 
tion d'Apollodore , Paris, i6o4, 
petit in- 12. Sa réputation d'habile 
grammairien détermina des librai- 
res à mettre sous son nom luie édi- 
tion du Dictionnaire de Calepin, Ge- 
nève, 1609, in-fol.,à laquelle, néan- 
moins , il n'avait eu aucune part , 
mais dont la réimpression de i654 , 
en neuf langues , donnée par Abr. 
Commelin , sous la direction de 
Cornel. Schrevelius , est encore la 
plus commode que nous ayons de 
ce livre ( f^. Calepino , vi , 520 ). 
Girardon a sculpté pour la ville de 
Troyes , le buste de cet écrivain. 
J^of. Les Ephémérides de Gros- 
ley , les liecherches de Leclerc dans 



PAS 



99 



la Bibliothèque ancienne et mod. , 
tome VII , 3 1 3-397, et le Mémoire 
sur le collège royal, par Goujef. 
— C'est à un François Passerat, 
qu'appartiennent les OEuvres de 
M. Passerai, dédiées à S. A. E. 
de Bavière , la Haye , 1(393 , in-i 2 , 
annoncée dans le Journal des sa- 
vants de 1 695 , p. 49^3. On y trouve 
une tragédie de Sabiims , deux co- 
médies (la Maison de campai^ne et 
le Feint campagnard ) ; une pasto- 
rale ( Amarjllis ) , un ballet , une 
nouvelle galante en prose (que l'au- 
teur donne pour véritable), de peti- 
tes poésies, des stances, des ron- 
deaux et des chansons. F — t. 

PASSERI ( Jean-Baptiste ), 
peintre et ])oète, i^lus connu com- 
me biographe , était né à Rome, 
vers l'an 1610, d'une famille ori- 
ginaire de Sienne. Il cultiva d'abord 
les Belles-lettres; et ce n'est qu'à 
l'âge de 25 ans , qu'il connut le Do- 
miniquin , dont les avis le décidèrent 
à s'appliquer à la peinture : mais , 
quoiqu'd ne manquât ni d'esprit ni 
de goût, et qu'il 2>ossédat bien la 
théorie de cet art , il ne put jamais 
s'élever au-dessus de la médiocrité. 
Cependant il était prince de l'aca- 
démie de Saint-Luc , lorsque le Do- 
miniquin mourut, en 1641 , et il 
y fit célébrer sa mémoire de la ma- 
nière la plus pompeuse : il exécuta 
lui-même, pour cette circonstance, 
le portrait de ce grand artiste , avec 
lequel il s'était lié d'une tendre 
amitié depuis le jour où il l'avait 
trouvé à Frascati poursuivi par 
les menées de ses envieux. Passeri 
composa aussi l'oraison funèbre et 
plusieurs pièces de vers pour les 
obsèques de son ami ; mais on n'en 
permit pas l'impression. 11 cultiva 
la poésie par délassement, et écrivit 
un grand nombre de sonnets , doui 



100 PAS 

l'im, (lit-on, servit h sa fortune plus 
que n'aurait fait un bon ouvrage. 
Passcri vécut au milieu de la société 
la plus brillante , reclierclie' pour les 
agre'ments de son esprit et la dou- 
ceur de ses mœurs, et mourut à Ro- 
me, le 11 avril 1679; il laissa en 
manuscrit : Le Vite de^ Pittori , 
Scultori ed Architetli cJie hanno 
lavorato in Roma , morti dal 1641 
finoal 1673. Cet ouvrage, supérieur, 
dit Tiraboschi , à tous ceux du mê- 
me genre, pour l'exactitude et l'é- 
tendue des détails , n'a cependant 
été imprimé que près de cent ans 
après la mort de l'auteur , Rome , 
1772, in-4°. Bottari, qui en fut l'é- 
diteur , retouclia le style , et en éla- 
gua ou adoucit les endroits où per- 
çait trop la haine de Passer! contre 
Lanfranc , le Bernin et d'autres ar- 
tistes dont les amis avaient , par 
leur crédit, empêclié jusqu'alors la 
publication de ce livre. On en avait 
pourtant déjà tiré la Vie de Salvator 
Rosa , qu'on trouve à la suite des 
Vite de' Pittori, etc., de Baglioni, 
Naples, 1733. — Passeri (Joseph), 
neveu du précédent , né à Rome en 
i654, fut l'élève de Carie Maratte 
qu'il égala dans quelques parties de 
l'art. C'est à ce peintre que l'on doit 
les belles fresques qui décorent les 
voûtes de Saint-Nicolas in Arcione , 
et de Sainte -Marie in Campitelli, 
et le salon de l'Aurore à la Pilla 
Corsini. La plupart des églises de 
Rome possèdent quelques tableaux 
de ce maître , parmi lesquels on dis- 
lingue surtout le Moïse portant les 
tables de la loi , qui forme le fond 
de la chaire de la Chiesa Nuova. Il 
peignit dans le Vatican, pour pen- 
dant au Baptême àe Maratte , Saint 
Pierre qui baptise le Centurion. Ce 
tableau a depuis été remplacé par 
une copie en mosaïque , et l'original 



PAS 

a été envoyé chez les Conventuelles 
d'Urbiu. Carie Maratte le dirigea 
dans l'exécution de ce tableau , qui 
se fait remarquer par sa couleur. 
Un de ses meilleurs ouvrages est le 
Jugement damier , qu'il a peint à 
Pesaro. Passeri mourut à Rome, le 7 
novembre 1715. W — s. 

PASSER! ( Jean - Baptiste ), 
l'un des plus laborieux antiquaires 
du dix-huitième siècle , était né , le 
10 nov. 1694 , à Farnèse, dans la 
Campagne de Rome , où son père , 
d'une famille patricienne originaire 
de Pesaro , exerçait la médecine. Sq5 
parents , qui le destinaient à la ma- 
gistrature , l'envoyèrent à Rome étu- 
dier la jurisprudence. A la vue des 
monuments que celte ville renfer- 
me , il sentit naître le désir d'en 
faire une étude particulière; et il ré- 
gla si bien l'emploi de ses journées, 
qu'après avoir rempli ses devoirs , 
il put encore s'appliquer à l'archéo- 
logie et à la numismatique. Il passa 
quatre années à Rome, partageant 
son temps entre les antiquités et la 
jurisprudence; et après avoir termi- 
né ses cours , il fut rappelé par son 
père, qui pratiquait alors avec suc- 
cès la médecine à Todi. Là , comme 
à Rome , le jeune Passeri ne connut 
d'autre délassement à ses travaux 
que la recherche des anciens monu- 
ments; et il employait souvent les 
nuits à examiner et à décrire les ob- 
jets que ses fouilles lui avaient pro- 
curés. Parvenu à l'âge de former un 
établissement, il se maria, et, s'étant 
fixé à Pesaro , continua d'y exercer 
la profession d'avocat, et de cultiver 
les sciences , dans lesquelles il avait 
fait de grands progrès. Devenu veuf 
en 1 7 38, après douze ans d'une union 
constamment heureuse , Passeri em- 
brassa l'état ecclésiastique, et fut re 
vêtu peu après de la dignité de vi- 



PAS 

caire-gënéral à Pesaro. Les devoirs 
de cette place, qu'il remplissait avec 
zèle, ne le détournèrent point de ses 
c'tndes favorites. La conformité' des 
goûts l'avait lie d'une étroite amitié 
avec le chevalier Annibaldef];liAbbati 
Olivicri , et avec le savant Gori : Pas- 
scri , moins occupé de sa gloire que 
de celle de ses amis , se chargea de 
terminer et de mettre au jour plu- 
sieurs des ouvrages de ce dernier ( i ). 
Malgré sa modestie, sa réputation 
avait franchi les bornes de l'Italie : 
la société royale de Londres, et l'a- 
démie d'Olmutz, lui expédièrent des 
diplômes d'associé : il reçut aussi 
le titre d'antiquaire du grand-duc de 
Toscane. Il exerça long -temps la 
charge (V auditeur de rote ^ magistra- 
ture importante • et, à toutes les di- 
gnités dont il était revêtu. Clément 
XIV ajouta celle de protonotaire 
apostolique. Passeri parvint à un 
âge avancé, entouré delà considéra- 
tion publique, et sans éprouver au- 
cune diminution dans cette ardeur 
(le savoir qui l'avait dévoré toute sa 
vie. Il mourut des suites d'une chute 
qu'il fit en revenant de sa maison de 
campagne , et mourut à Pesaro, le 4 
février 1780. La réputation dont a 
joui ce savant archéologue, ne s'est 
pas soutenue. Ou a reconnu qu'en- 
traîné par son imagination, il s'est 
souvent égaré dans ses explications , 
rejetant le sens le plus clair et le plus 
naturel pour établir des systèmes op- 
posés à l'évidence. Son enthousias- 
me pour les Étrusques l'a jeté dans 
des erreurs insoutenables : il n'a pas 
tenu à lui, par exemple, de persua- 
der que les philosophes de cette na- 



(1) C'est Passeri qui a coini>le'té le savant ouvrage 
de < 'Ori : Thcsiiunis velcniin. t/ip/yclioiinn , et il 
*u a rfidijçe' les pn'facc» ; c'est encore de lui que sont 
Im explications qui accompagnent les iilanclies du 
Theiaurus ^eniintiruin astnjérurum ( Vov. GoRI , 
XVIIf, ,38 ). ^ ^ • ' 



PAS 101 

tion ont connu la révolte des anges, 
la chute de l'homme, la vie future , 
etc. , et qu'ils avaient deviné ainsi la 
plupart des dogmes qu'enseigne la 
révélation. Outre des Dissertations 
dans le troisième volume du Muséum 
Etruscwnàe Gori ( 1 ), dans les Sjm- 
hola litteraria du même auteur (2), 
dans le Recueilàc la société Colora 
baire de Florence (3) et dans le Tlie- 
saurus antiquitat. Beneventanarum 
(4) , on a de Passeri : I. Lucernœ 
fictiles cura animadversionihus , 
'Pesaro, i739-4^^-5i, 3 vol. in- 
fol. , pubbés aux frais de l'académie 
de Pesaro. C'est la description des 
lampes antiques que Passeri avait 
recueillies et dont il était parvenu à 
former une collection considérable : 
elles n'étaient pas toutes dignes d'ê- 
tre publiées ', c'est ce que lui fit ob- 
server , en relevant quelques - unes 
de ses erreurs , un critique qui s'est 
caché sous le nom de Pietro Tomhi 
Mecchi^ bedeau de l'académie de Pe- 
saro. Un quatrièraevolurae, demeuré 
inédit , était consacré aux lampes 
trouvées dans les tombeaux chré- 
tiens. IL Lettere Boncagliesi nelle 
quali si dà la spie^azione di ali- 
quanti monumenti italici aniiclii. 
Ces Lettres , au nombre de dix-sept , 

(i) Les dissertations que Passeri a inse'rt'es dans In 
S*', vol. du Miiseiiin lùruscttni , sont au nombre de 
cinq: elles traitent du génie familier dis ancien.s; 
de r;iutel sépulcral; des cert-monies observées par li» 
Etrusques dans les funerailUs; d'une ancienne fa- 
mille de Pi-rouse, qui tire son origine des Valci^ et 
enfin de l'arcLitecture étrusque. 

(2) Il y enaciuq : Des monnaies e'triisques de'cou- 
vertes à Pxstuiu ; De riielleni.«ne des Jitrusques , 
c'est-à-dire, Des raj)poits qu'on observe entre ces 
peuples et les Orecs; D'une )x-tite figure de Jupiter, 
avec luic double couronne de Heurs; D'une uicdaille 
de Halla; et enfin D'un vase que Passeri conjecture 
avoir servi dans les lu.slrations. 

(3) On y trouve une diiiscrlation de Passeri, sur 
quelques monuments étrusques du Musée Coraï/ii , 
et une autre sur VOailuf^uiu , des anciens, que t'a\ 
lus cite ave(; éloge dans le tome IV du Recueil d'an- 
ti|uites, p. aoi. 

(4^ Cet ouvrage ne renferme qu'une dissertation d» 
Passeri : De. .'hmglypho Bctievenl tiio ; vWti cuttfdrvik 
$0 au ivavant Paciaudi. 



105 PAS 

ainsi nommées parce que rauteiir 
les a datées de sa campagne de Ron- 
cagli près de Pesaro, sont adressées 
à Olivieri degli Abbati , et ont été in- 
sérées dans la BaccoUa Calogerana 
tom. 19.,9/â , 'iÇ) et -27 : elles traitent 
principalcmejit des fameuses Tables 
Eu cabine s ^ le monument le plus 
important de la langue étrusque. IIÎ. 
Osservazioni sopra Vavorio fossile 
e sopra alcuni monumentt greci 
€ latini conservati nella fajniglia 
JVani, Venise, 17^9 , in- 4°? ^ig« 
IV. Paralipomena in libres de Etni- 
riaregalif Lncqyes, 1767, in-fol. 
Cet ouvrage se joint à VEtruria re- 
galis de Dempster, dont il est le 
supplément nécessaire ( F. Demp- 
ster, XI , 6g ). V. Picturœ Etrusco- 
rum in vasculis, niinc primàm in 
unum collectœ , explicaiionibus et 
dissert ationibiis illustratœ ^ Rome, 
1767-75, 3 vol. in-fol. avec 3oo 
pi. VI. Conjecturée de marmoreo 
sepulcrali cinerario Perusiœ effosso 
etP.Clemcnii XIF ohlatOj 1773, 
in-4**. VII. Noviis Thésaurus gem- 
marum veterum ex insignioribus 
dactjliothecis selectarum cuni ex- 
plicatione, Rome, 1781-83, 3 vol. 
in-fol. Cet ouvrage était sous presse 
lorsque Passeri mourut ; mais ses 
amis se chargèrent d'en surveiller la 
publication. Olivieri degli Abbati a 
donné une Vie de cet arcliéologue , 
sous ce titre: Memorie delVuditor 
Giambattista Passeri, ira gli ar- 
cadi FeralbOj Pesaro, i78o;,in-4*'., 
avec une liste exacte de ses ouvrages 
inédits, formant 80 volumes. La 
ville de Gubbio , qui, dès 17^0, 
avait reçu Passeri au nombre des 
ses patriciens , lui fit élever un mo- 
nument en marbre. ( Foj". Dont , 
XI , 557. ) W— s. 

PASSERONI (L'abbé Jean- 
Charles ) , poète italien dans le 



PAS 

genre burlesque et jovial , fut en 
même temps l'un des ecclésiastiques 
les plus modestes et les plus austè- 
res. La ville de Milan le compte au 
nombre des siens , quoiqu'il eût vu 
le jour dans le comté de Nice : il y 
était né , au village de Lantosca , 
le 9 mars 1 7 1 3 : mais son père l'en- 
voya de bonne heure à Milan , pour 
qu'il y apprît à lire, à écrire, et 
même le latin , cbez un oncle , qui 
y était ce qu'on appelle aujourd'hui 
un instituteur, et qu'on nommait 
simplement alors un maître-d'école. 
Le jeune Passeroni fit même , dans 
cette ville , son cours de philoso- 
phie : il revint à Nice pour celui de 
théologie. Quand il eut été ordonné 
prêtre , le nonce Lucinï le prit à 
son service, et l'emmena à Rome , 
d'où il le conduisit à Cologne;, dont 
le pape lui conférait la nonciature. 
Ces voyages , qui devaient mener 
Passeroni à la fortune , contrariaient 
le désir qu'il avait de se fixer à Mi- 
lan , où il ne pouvait avoir en pers- 
pective qu'une médiocrité voisine 
la misère. Il y revint bientôt , 
n'y eut en effet pour subsister, qu 
l'honoraire de ses- messes. N'ayant 
pas plus de besoins que d'ambition , 
il trouvait son bonheur à vivre dans 
une petite chambre basse, peu com- 
mode , et pauvrement meublée, où 
lui-même faisait les apprêts de sa 
nourriture , qui ne consistait qu'en 
du pain bouilli, des fruits et de l'eau. 
Un coq , qu'il s'était donné pour 
commensal et pour compagnon, le 
faisait jouir des douceurs de l'a- 
mitié. Aussi parlait -il souvent de 
cet animal , dans les vers qu'il com- 
posait. Ce fut en ce réduit, plus que 
modeste , qu'en pratiquant un ré- 
gime assurément bien anti-poétique , 
il fit, sous le titre de Capitoli, des 
espèces de satires pleines de sel at 



rs- 
u^^ 




PAS 

Mque, cl sous celui d'Esopia/n t/jw- 
loghi , des Fables où la poe'sie bur- 
lesque oin-ait tout ce qu'elle peut 
avoir de plus gracieux. 11 se sur- 
passa dans ce genre , par son poème 
// Cicérone^ en 34 chants. Quoique 
les poe'sies de Passeroni portassent 
éminemment le caractère original et 
capricienx de celles de l'Ariostc 
sans en avoir l'indécence , il s'était 
abstenu de cherclier à coimaître ce 
grand ])oète , et n'avait pas lu un 
seul vers de V Oiiando forioso , 
parce que sa conscience fort ti- 
morée le tenait éloigne' des choses 
licencieuses. Sa fidélité aux devoirs 
de son état, qui lui prescrivait celte 
réserve , était chez lui pour beau- 
coup dans cet amour de la pauvre- 
té , qu'on serait tenté de taxer de 
bizarrerie. Il refusa plus d'une fois 
le logement et la table, que des patri- 
ciens milanais lui offraient dans leur 
hôtel. Le comte de Firmiau, pléni- 
potentiaire de r Autriche en Lorabar- 
die, et protecteur empressé des gens 
de lettres ( V. Firmi an) , ne put mê- 
me le décider à accepter des emplois 
compatibles avecson état et ses goûts, 
qu'il avait imaginé de lui offrir pour 
lui procurer une existence moins mi- 
sérable. Comme il aimait à le voir , 
et l'obligeait à venir souvent causer 
avec lui , Passeroni avait conçu pour 
ce Mécène, d'un naturel si aimable, 
un attachement non moins sincère 
que désintéressé; et le comte avait 
coutume de dire , en ])arlant do lui : 
« Je l'aime , et je l'aime beaucoup , 
parce qu'il n'aime que moi dans 
mon pouvoir et ma dignité. Il n'est 
point comme ceux qui m'aiment à 
cause de ma table qu'ils viennent 
partager avec moi, ou à cause des 
places que je peux leur donner. Ma 
puissance lui est indifférente: il ne 
porte son attention que sur ma 



PAS 



lOJ 



» personne. » Laurent Sterne, à qui 
plusieurs Italiens croient que le Ci- 
cérone de Passeroni avait suggéré 
l'idée de son Trislram Shandr 
( comme ils ont dit que VAdamo du 
Milanais J. B. Andreini avait fourni 
à Mil ton celle de son Paradis per- 
du ) , étant venu à Milan, et ayant 
rencontré l'abbé Passeroni chez le 
comte de Firmian , lui exprima , de 
la manière la plus flalteusc, l'estime 
qu'il avait pour ses talents , et le 
plaisir qu'il éprouvait en faisant con 
naissance avec lui. Jugeant trop lé- 
gèrement, d'après ce qui se passe en 
Angleterre, que l'édiliondu Cicérone 
avait dû enrichir son auteur , il lui 
demande combien elle lui a rap- 
porté; et Passeroni lui répond avec 
une paisible simplicité qu'il n'a pas 
encore donné grand cours à cette 
édition. Sterne , lui voyant l'exté- 
rieur d'une trop basse médiocrité , 
et , s'indignant de ce que ce poème 
ne lui avait pas valu une sorte do 
fortune, lui fit des offres généreuses. 
Passeroni répondit, avec sa modes - 
lie ordinaire, qu'il n'avait besoin de 
rien. Cependant il ne put se dispen- 
ser d'accepter une pension de 5oo 
livres milanaises (383 fr. ^5 cent.), 
que le comte de Firmian lui assigna 
sur les fonds de l'impératrice Marie- 
Thérèse , encore vivante. Mais, cette 
princesse étant morte j)eu de temps 
après, la rente échappa à Passe- 
roni , qui ne s'en affligea point. Ses 
amis y suppléèrent , en lui faisant 
conférer deux petits bénéfices, dont 
la réunion lui procurait un reveiui 
égal à celui qu'il venait de perdre : 
mais la révolution française, qui pé- 
nétra bientôt en Italie , lui ravit ses 
l)énéfices. Il serait retombe pour 
toujours dans la misère , si le gou- 
vernement républicain , qui s'établit 
alors eu Lombardie, ne lui eût assi- 



io4 PAS 

gnc, sur les fonds publics, un reve- 
nu proportionne à son mc'rite. L'ab- 
bc Passcroni le fit servir au soula- 
gement des malheureux : content de 
peu , il ne cessa point de vivre pau- 
vrement. Quoiqu'il eut une pension 
de 4^00 livres milanaises ( 8070 
fr. 7 cent.), et eu outre 100 scquins 
( 1 194 fr. ) par an , comme membre 
d'un Inslilut de sciences ^ lettres et 
arts ^ que la republique cisalpine s'é- 
tait donne, à l'imitation de sa mère, 
la re'pnbliquc française , Passeroui 
n'avait point change ses anciennes 
habitudes. On le voyait toujours velu 
d'un drap commun, fort use' et mê- 
me ma]pro])re. Soutenu d'un bâton, 
il allait encore , à plus de quatre- 
vingts ans, acheter les objets ne'ces- 
saircs à sa très-frugale cuisine, qu'il 
continua de faire lui-même jusqu'à 
la fin de ses jours. Pendant la mala- 
die qui précéda sa mort, un de ses 
amis qui viutle voir sur son grabat, 
et qui s'aftiigeait de ce qu'il n'avait 
personne pour le servir , voulut lui 
donner un domestique: « Non, non , 
y> répliqua le a^cux Passeroni , je ne 
î) veux pas chez moi de trouble ni 
f) d'intrigue, » Il mourut à IMilan , 
Age d'environ quatre-vingt-neuf ans, 
le 26 dc'c. 1802. Parmi les diverses 
éditions de ses ouvrages , nous in- 
diquerons : I. Il Cicérone , poème 
in otiava rima, Venise, 1760, 1 
vol. in-S'^. , Milan , 1 768 , 6 vol. in- 
S''. ; Turin , 1 774 ■> 6 vol. ,; in- 1 'i. 
II. Traduzione di alcuni epigrammi 
f^reci , Milan , i 78^^-94 , 9 P'iit. in- 
8^. m. Favole Esopiane , ibid. , 
1786, 6 vol. in- 12. G — N. 

PASSEWAND OGLOU. r. Pass- 

WAN. 

PASSION ANO ( Le chevalier Do- 
MENico Cresti , peintre, surnomme' 
le ), du lieu de sa naissance, vit le 
jour en i56o. Destine' d'abord par 



PAS 

son père à l'ëtat de libraire , il fut 
envoyé à Florence : mais son goût 
pour le dessin s'e'tait manifeste de 
bonne heure ^ il se livra à la pein- 
ture , et il entra dans l'école de 
Machiclli , puis dans celle de J. B. 
Naldini. Vers celte époque , Va- 
sari , étant mort, laissa interrom- 
pue la peinture de la grande cou- 
pole de Santa-Maria del Fiore. 
Frédéric Zuccaro fut appelé pour 
terminer cette vaste composition. 
Passignano résolut de mollre à pro- 
fit le séjour de cet habile peintre à 
Florence, et voulut suivre ses leçons. 
Zuccaro le chargea de dessiner en 
grand les cartons des sujcls qu'il 
avait à peindre, particulièrement le 
tableau de V Enfer , dont il s'était 
contenté de faire l'esquisse en petit. 
Il lui laissa peindre entièrement la 
belle figure du Temps , l'un des ou 
vrages les plus remarquables de ce 
riche édifice. Après avoir terminé 
ces tra vaux , il se rendit à Pise , où 
il fit une étude particulière de l'ana- 
tomie. Zuccaro l'engagea depuis à 
venir le rejoindre à Venise; et Pas- 
signano y fut chargé , par la répu- 
blique, de quelques tableaux dont le 
sénat voulut faire présent au grand 
Turc. Rappelé à Florence , lors du 
mariage du grand -duc Ferdinand 
I^»". avec la princesse Christine de 
Lorraine, on lui confia l'exécution 
de toutes les peintures destinées à 
décorer la cathédrale. On cite en- 
tre autres un tableau du Martyre 
de Santa- Beparata , vaste com- 
position remplie de figures plus 
grandes que nature , qu'il termina 
en huit jours , et qui fiU placée en- 
suite cà l'entrée du palais Pitli , dans 
la salle des Gfardes Allemandes. Mais 
la preuve la plus extraordinaire de 
sa facilité est son tableau de Saint- 
Jean Gualhert. La veille de la ce 



4 



PAS 

rcinonie, au soir, on s'aperçut qu'il 
manquait un des tableaux destines à 
orner l'un des piliers qui soutiennent 
le dorae : Passignano fut prie de 
l'exécuter ; il passa la nuit à l'ou- 
vrage, et il eut termine le lendemain 
matin. Sans doute ce tableau ne peut 
être regarde comme un chef-d'œu- 
vre ; mais il jirouve du moins la 
rapidité incroyable avec laquelle il 
dessinait , et savait manier le pin- 
ceau. Néanmoins il se montra dans 
cette occasion tellement supérieur à 
tous ses concurrents , que le peuple, 
par un jeu de mots qui faisait tout- 
à-la-fois allusion à son nom et à son 
talent , ne l'appela plus que Passa- 
ogJiuno (qui surpasse toutle monde). 
Après avoir exécute à Florence , une 
foule d'autres ouvrages , il se rendit 
à Rome, où CiementVIIT le chargea 
de plusieurs travaux considérables , 
et lui donna la décoration de l'ordre 
du Christ ,• mais l'artiste ne trouva 
pas la même faveur auprès d'Uibain 
VIII , et il ne put obtenir de ce pon- 
tife les travaux de la Loge de la 
Bénédiction , qui lui avaient été pro- 
mis sous le ponlilicat précèdent. Il 
re'solut alors de revenir à Florence, 
où il fut nommé premier maître de 
l'académie de dessin , et fit , pour 
cette compagnie, son Portrait , qui, 
depuisaetcphice parmi ceux des pein- 
tres célèbres dans la fameuse galerie 
de Florence. Pendant son séjour à 
Venise , il s'était marie; il mourut à 
Florence, le 17 mai iG38. Admi- 
rateur de l'cçole vénitienne, il avait 
coutume de dire que quiconque na- 
i^ait pas vu Venise , ne pouvait se 
Jlatler d'être peintre. Ce mot sulUt 
pour faire juger du style de ses ou- 
vrages. Il ne brille , ni par un beau 
choix de nature , ni par la correc- 
tion ; mais il est propre aux gran- 
des machines , et riche cnarchiter- 



PAS 



io5 



ture : ses draperies, peintes à la ma- 
nière de Paul Véronèse , s'éloignent 
du goût dont on les traite dans l'é- 
cole florentine. Le mouvement de 
ses figures a souvent quelque chose 
du Tintoret; mais il se servait à tort, 
comme ce dernier , d'huile trop gras- 
se, ce qui est cause de la perte de 
plusieurs de ses tableaux. C'est ce 
qui est arrive au Crucifiement du 
prince des Jpôtres , que Passignano 
avait peint dans la basilique de Saint- 
Pierre , sous le pontificat de Paul V , 
et à la Présentation de la Vierge 
au Temple^ qu'il peignit dans le 
même édifice sous Urbain VIII. Il 
existe dans plusieurs villes d'Italie 
un grand nombre de ses produc- 
tions , qu'il faisait ébaucher par ses 
élèves , et qu'il terminait ensuite. 
Tels sont le Christ mortj dans la cha- 
pelle de Mondragone , à Frascali ; 
une Déposition de croix , dans le 
palais Borghèse , à Rome ; un Christ 
portant la Croix, dans le collège de 
San- Giovannino , et quelques-uns 
de ses ouvrages , ta Florence. Passi- 
gnano, sa ville natale, possède peut- 
être le morceau le plus parfait qu'il 
ait produit, chez lcsPP.de Vallom- 
breuse. Il a peint dans leur église 
une Gloire , où il se montre artiste 
consommé , et digne de compter 
parmi ses élèves Louis Carrache , le 
fondateur de l'école de Bologne , et 
le Tiarini, peintre non moins illustre^ 
et l'un de ses plus beaux ornements. 
Les élèves que lui doit la Toscane, 
ont moins de célébrité; le seul qui 
mérite d'être cité , est le Sorri , de 
Sienne. P — s. 

PASSIONEî (Dominique ) , sa- 
vant cardinal , né , le 2 déc. i68'i , 
à Fossombrone , dans le duché d'Ur- 
bin , d'une famille ancienne , fut 
élevé à Rome , sous les yeux de son 
oncle*, secrétaire des chiffres , et 



io6 PAS 

acheva ses éludes au collège Cle- 
incnlin , d'une manière brillante. 11 
reclieiclia ensuite la socielc du P. 
Tominasi , savant iheatin , et de 
Fonlanini , alors professeur d'élo- 
quence; et guide par ces deux habi- 
les maîtres , il (it de rapides progrès 
dans la connaissance des antiquités 
sacrées et profanes. En lyoS, Fon- 
tanini lui dédia la Défense de la 
Diplomatique de Mabillon, ouvrage 
dans lequel il avait inséré une lettre 
inédite d'Alcuin , avec des Notes de 
Passionei , dignes d'un lillérateur 
plus consommé. Celui-ci possédait 
déjà une bibliothèque composée des 
meilleurs auteurs , qu'il s'empressait 
de communiquer aux savants : sou- 
vent même il prévenait leur demande; 
et c'est ainsi qu'il envoya à D. Mar- 
tianay le catalogue des éiiitions des 
OEuvres de saint Jérôme, accompa- 
gné de remarques critiques; à Gro- 
novius , des notes et des variantes 
pour l'édition d'Aulugelle ; et au P. 
Montfaucon , plusieurs manuscrits 
grecs d'une haute antiquité , dont 
celui-ci a fait usage dans sa Faléo- 
^raphie grecque ( F, Montfaucon). 
11 regardait aussi comme un devoir , 
de prendre la défense des auteurs 
injustement attaqués. Il empêcha la 
congrégation de V Index de censurer 
les Mémoires de Tillemont , qui lui 
avaient été déférés par des ecclésias- 
tiques peu instruits ; et il fit lever 
la défense d'imprimer les Fies des 
cvequcs de Ravenne , par Agnello , 
monument précieux , découvert par 
Bacchini , qui en a publié une excel- 
lente édition {F. Agnello , 1 , 1Ç)5). 
Passionei fut chargé, en 1706, de 
porter la baretle à Philippe Gual- 
terio , nonce du pape à Paris. Il pro- 
fita de cette occasion pour accroître 
ses ricbesses littéraires , et se lier 
avec les savants. Il demeura deux 



PAS 

ans en France;, et passa en Hollande, 
où il s'acquit une telle considération, 
que le pape crut devoir l'inviter à 
prolonger son séjour à la Haye ; cl 
quoiqu'il ne fût revêtu d'aucun ca- 
ractère public ;, les états - générau-, 
lui accordèrent les mêmes privilèges 
qu'aux ministres étrangers. Il se 
disposait cependant à s'embarquer 
pour visiter l'Angleterre , lorsque le 
pape Clément XI le nomma son lé- 
gat au congrès d'Utrecht ( 171*2) , 
où Passionei se fit remarquer par 
sa fermeté et son zèle pour la reli- 
gion. En retournant à Kome rendre 
compte de sa mission , il s'arrêta 
quelque temps à Paris , et fut pré- 
senté à Louis XIV , qui lui témoi- 
gna son estime particulière , et lui 
donna son portrait enrichi de dia- 
mants. A peine avait-il repris le cours 
de ses travaux littéraires , qu'il fut 
envoyé au congrès de Bade (1714):, 
pour réclamer l'exécution des traites 
précédents , en ce qui concernait le 
Saint-Siège ; et , n'ayant pu obtenir 
ce qu'il demandait;, il rédigea une 
protestation , qu'il rendit publique ,_^j 
et dont il déposa l'original aux ar-^ÉÉ 
chivesde Lucerne. LesouA"crainpon^^| 
tifelui tint compte de ses elforts, quoi 
qu'ils eussent été infructueux; et dès 
l'année suivante , il fut renvoyé 
Soleure , pour assister à la cérémO' 
nie du renouvellement de l'allianc 
entre la France et les cantons Suis- 
ses. Sur le bruit que les Turcs ve- 
naient d'équiper une flotte destinée à 
attaquer l'île de JMalte , le pape lui 
proposa de s'y rendre avec le tilre 
de légat; mais il s'excusa d'accepter 
une mission qui pouvait l'éloigner 
long-temps de ses occupations favo- 
rites, et se renferma dans sa biblio- 
thèque , où il passa plusieurs an- 
nées, au milieu de ses livres, tra- 
vaillant ayec ardeur à la colj 



es 

i 






PAS 

des anciens manuscrits. Peu après 
son avènement au pontificat , Inno- 
cent XIII nomma Passionei à la 
nonciature delà Suisse (1721), et le 
décora en même temps du titre d'ar- 
chevêque d'Eplièse. Les Actes de 
cette légation , imprimes in-folio , 
pre'scntent un tableau fidèle et de'- 
taillc delà conduite que Passionei tint 
pendant le temps qu'il résida en 
Suisse. Incapable de ménagements 
qu'il regardait comme des preuves 
de faiblesse , il rompit ouvertement 
avec le conseil de Lucerne , qui lui 
reprochait d'étendre trop loin les 
immunités ecclésiastiques , et se re- 
tira à Altdorf , où il demeura plus 
d'un an , maigre les instances des 
magistrats de Lucerne, qui finirent 
par se désister de leurs prétentions. 
Passionei passa , en 1 780 , à la non- 
ciature de Vienne , et s'acquit , dans 
l'exercice de cette charge, de nou- 
veaux droits à l'estime du souverain 
pontife, qui le rappela, en 1 788, pour 
lui faire remplir la place importante 
de secre'taire des brefs. La même an- 
née , il fut décore de la pourpre , et 
admis dans les congrégations des ri- 
tes, de la Propagande, etc. 11 remplis- 
sait, avec zèle et exactitude, tous les 
devoirs qui lui étaient imposés, et 
trouvait cependant le loisir de cul- 
tiver les lettres. Il entretenait une 
correspondance étendue avec les sa- 
vants et les littérateurs les plus dis- 
tingués (i), qui s'empressaient de 
lui soumettre leurs productions ou 
de lui en offrir l'hommage. Il avait 
acquis , dans l'enclos des Camal- 
dules à Frascati , une villa , où il 



(i) Parmi Ips savants ci les littérateurs dont on u 
dos lettres l'i Passionei , on citera Hudson , Groaoviiis , 
I). Rninart, Pe/. , lickard , D. Calmet, Scliwartx, 
Hianchini, Hriuker , Maupertiiis , Foriney, Pnvid 
Riihnkcn , etc. Voltaire lui écrivit une lettre en 
italien ; et Passionei lui reiMjndit en français |Mnir le 
fr)mplimentcr sur la manière dont i\ écrivait dnii« 
i)« langtM étrangère. 



PAS 107 

rassembla h. grands frais des ins- 
criptions (9.), des antiquités , et des 
tableaux et des statues des plus 
grands artistes modernes; il y trans- 

})orta une partie de cette riche bi- 
)liothèque qu'il n'avait pas cessé 
d'accroître, et dont il faisait les hon- 
neurs avec une grâce charmante(3): 
aussi tou« les étrangers s'empres- 
saient-ils de visiter cette délicieuse 
retraite (4), et l'on n'en sortait jamais 
sans éprouver le désir de la revoir 
encore. Le cardinal Passionei, indé- 
pendamment de ses occupations, 
s'était chargé du soin de la biblio- 
thèque du Vatican, en l'absence de 
Quirini, qui passait une partie de 
l'année dans son diocèse; et il lui 
succéda, en 1765, dans la place de 
conservateur en chef de ce dépôt 
littéraire, l'un des plus riches de 
l'Europe. C'était la seule place qu'il 



{pi) Il avait rassemljlé à Frascati quatre cenfs 
beaux marbres ou inscriptions, que son neveu , Be- 
noît Passionei , prtUat très-verse dans les antiquités, 
a publics sous ce titre : Inscrizloni antiche con an - 
nul. , Lucques , i^tJô , in-fol. Ce recueil est estimé, 
licuoit Passionei , connu aussi par un recueil de 
Lettres inédites du cardinal Bonn, qu'il publia en 
1759, et par une traduction , enricbie de notes , de 
la Vie de dont C'aliaet , Rome, 1770 y in-4°. , mou- 
rut à Terni , eu 1787. 

3) Après la mort du cardinal', elle fut achetée 3« 
mille ccus romains, et réunie à la bibliothèque An- 
gélique ovi des Augustins, l'une des premières de 
Rome. Quelque riche et complète qu'elle lïit, Pas- 
sionei tenait , dit-on , lortemcnt à ce qu'il n'y entrât 
jamais des ouvrages d'aucun jésuite. Rcnoit XIV, 
qui l'aîmait beaucoup , et dont uu des plus grands 
plaisirs e'iait de l'attaqiu'r Ja;;»- 50H^/ô/'/, c'esl-à-dirc 
dans sa bibliothèque , lui joua une fois un tour bieu 
cruel. Lorsque la nouvelle édition du ISledulla théo- 
logien ( y . RUSKMBAUM ) parut, en 1707 , le pape 
en fit secrètement mettre un exemplaire sur la table 
où chaque jour on déposait les nouveautés littérai- 
res que les correspondants du cardinal lui envoyaient 
de tous côtés. Lorsque ce derniei' vient à son ordi- 
naire , d'abord ajm's son lever, visiter .ses nouvelles 
acquisitions pour les mettre en place , et qu'il aper- 
çoit le livre fatal, .... il sonne son valet de cham- 
bre, lui ordonne d'ouvrir la croisie , et lance do 
toutes ses forces l'œuvre jésuitique au ruilieu do la 
place de Monle-Cavallo. Le saint Père, dont le pa- 
lais était vis-à-vis , et qui .s'attendait à celte scène , 
ouvre à Viustant sa fenêtre , et lui donne sa béné- 
diction. 

{!\) Winkelmann, que le cardinal admettait dans 
son intimité, y venait hal>ituellem('nt en bouiiel efc 
«n robe de chambre f Vi.v. !<•* /.ilin-i de W inkiU 
uiann, I , >a(j ). 



o8 



PAS 



eût desirde; et l'on imaginera faci- 
lement la manière dont il l'exerça. 
L'agc n'avait point ralenti son ardeur 
l^our les lettres; et la santë dont il 
jonissait semblait lui promettre une 
plus longue carrière, lorsqu'il mou- 
rut d'une attaque d'apoplexie (i) à 
Frascati , le 5 juillet i 7(m , à l'âge de 
soixante-dix-neuf ans. Ses*restes fu- 
rent rapportes à Rome, et déposes 
dans l'église de Saint-Bernard, où l'on 
voit son cpitaplic. Passionei clait 
membre de la plupart des sociétés 
littéraires d'Italie; et il avait suc- 
cède à Maffci dans la place d'associé' 
étranger de l'académie des inscrip- 
tions, où Lebeau prononça son Elo- 
ge; i! est insère dans le tome xxxi du 
Recueil de cette compagnie. Cet il- 
lustre pre'Iat était d'un caractère très- 
inégal; et c'est ce qui Tempêclia, dit- 
on, d'être élu pape au conclave de 
1^58 , dans lequel il réunit dix-huit 
voix. Son opiniâtreté allait au point 
que, dans ses fréquentes disputes avec 
Benoît XIV , le pontife était presque 
toujours obligé de finir par céder. 
Ses emportements lui avaient fait 
donner le surnom de Scanderbeg. 
C'est ainsi, dit Paciaudi , que nous 
appelons le cardinal Passionei , qui 
gronde, qui brave et qui menace 
toujours ( Lettr. à Cajlus^ p. g4 ): 
mais la réflexion le ramenait bien 
vite à la modération dont il s'était 
écarté; et il cherchait à faire oublier 
ses torts, en redoublant d'attentions 
et de politesse à l'égard des person- 
nes qu'il avait eu le malheur de brus- 
quer. Outre la part qu'il eut , avec 
Fontanini , à la révision du Liber 
diurnuspontificum, età des réimpres- 



(i) Si l'ou en croit l'abbé Goujct , la mort du 
cardinal fut hâtée parle chagrin qu'il éprouva d'être 
oblige' d'apposer sa signature au bas du bref de con- 
damnation de l'ourrage de Meseuguy : Exposition 
de In dcetilne chrétienne ( V. MesEjVGUY ). 



PAS 

sions de plusieurs ouvrages utiles, 
on a de Passionei : Deux Discours 
latins^ prononcés, en 1-^22 , à l'élec- 
tion de deux abbés du canton de Lu- 
cerne, insérés par Pez dans le sixiè- 
me volume de la Dibliot. ascetica. 
— L' Oraison funèbre du prince Eu- 
gène , Padoue, 1737, in -4^. et in- 
8^*. ; trad. en français par madame 
Duboccage. — Une Lettre à J. Ant. 
Mezzabarba , publiée par Crevenna 
dans son Catalog. v , 254- — Des 
Lettres , deux Pièces diplomati- 
ques , et des Essais de traduction , 
insérés par Gallctti dans les Me- 
morie per servire alla storia délia 
vita del cardinale Dom. Passionei , 
Pvome, 1762, in-4'*. Ces Mémoires 
sont très-circonstanciés , mais pleins 
de digressions qui interrompent le 
fil de la narration et en rendent la 
lecture fatigante. On peut adresser le 
même reproche à V Eloge historique 
du cardinal Passionei ( par l'abbé 
Gonjet , la Haye , 1 768 , in - 1 2 ) ; 
dans lequel l'auteur s'est étendu , 
avec une rare complaisance , sur 
l'opposition du cardinal à la canoni- 
sation de Bellarmin ( F^. ce nom), 
dont Gallelti n'avait pas dit un mot, 
dans la crainte de déplaire aux jé- 
suites. W — s. 

PASSWAN-OGLOU ( Osman ) , 
c'est-à-dire, Osman fils dePasswan, 
naquit à Widdin, en 1758. Les ga- 
zettes ont fait divers contes sur 
son origine , comme sur celle de 
quelques autres personnages orien- 
taux, tels que Nadir -Chah en Per- 
se, Aly-Bcyg en Egypte, Ha'ider 
Aly dans l'Inde , etc. On a dit qu'il 
était Grec renégat , fils d'un ramo- 
neur; qu'il avait servi dans les ar- 
mées de quelque puissance chrétien- 
ne. Nous suivrons ici de préférence 
le récit qu'en a fait Olivier , voya- 
geur contemporain. Passwan Omar 



■I 



PAS 

Agha, père de Passwan Oglou, était 
un ajan ou notable de Widdin, très 
considère , qui avait commande un 
corps de volontaires pendant la 
guerre contre les Russes et les Au- 
tricliiens , terminée par la paix de 
lassi , en 1 79^2 , et à cjui le grand- 
vëzyr avait fait trancher la tcte , 
à cause de son crédit et de ses ri- 
cliesses. Passwan - Oglou , compris 
dans cette proscription , fut arrêle, 
se sauva dans les montagnes , de- 
vint chef de partisans , et ne son- 
gea qu'à venger la mort de sou père 
et son injure personnelle. Les inno- 
vations dans la marine et dans l'ar- 
mcc othomane, commencées sous 
Mustapha 111 et Abdoul Haniid , et 
poussées plus vivement depuis le rè- 
gne de Selim TU, avaient indispo- 
sé les janissaires : leur résistance à 
Belgrade et dans les autres villes 
frontières d'Allemagne, furent com- 
primées par l'autorité; ils réussirent 
mieux à Widdin. Passwan-Oglou se 
mit à leur tête. Ses excursions dans 
la Valakie attirèrent sur lui l'atten- 
tion de la Porte. Des ordres furent 
donnés pour se saisir de sa person- 
ne. 11 eut encore le bonheur d'échap- 
per à la mort , par le dévouement 
d'un de ses esclaves, qui, ayant pris 
ses armes et ses habits , se sacrifia 
pour lui. Enfin il parvint à réunir 
assez de forces pour être en état 
d'attaquer le pacha de Widdin, qui 
le croyait mort : il le vainquit , et 
s'empara de cette ville , dont tous 
les habitantsembrassèrent sa défen- 
se. Widdin devint alors le quartier- 
général de tous les hommes qui 
avaient à se plaindre des réformes 
du sulthan , ou qui refusaient d'ac- 
quitter le nouvel impôt affecté au 
paieracntdes nouvelles troupes. Gom- 
me les revenus de cette place ne suf- 
fisaient pas à Passwan-Oglou pour 



PAS 



109 



solder son armée , qui grossissait 
chaque jour, il envoya des détache- 
ments lever des contributions dans 
les provinces voisines , et somma 
les princes de Valakie et de Molda- 
vie de lui fournir des vivres, des mu- 
nitions et de l'argent. Ils cédèrent à 
ses menaces, d'après les instructions 
secrètes de la Porte. Passwan sut at- 
tirer les Grecs dans son parti, en 
s'annonçant comme leur protecteur, 
en remettant en vigueur les ordon- 
nances de Soliman P'. qui leur 
étaient favorables, en leur promet- 
tant le libre exercice de leur culte , 
l'abolition de toutes les distinctions 
infamantes auxquelles ils étaient as- 
sujétis, et surtout en prenant pour 
devise : Liberté et justice. Le divan, 
après avoir temporisé long - temps 
sur le parti qu'il convenait de pren- 
dre contre ce rebelle, lui offrit son 
pardon, et la restitution des- biens 
confisqués «1 son père, à condition 
qu'il mettrait bas les armes. Pass- 
wan, qui avait besoin de gagner du 
temps et d'amasser des richesses, 
pour assurer l'exécution de ses pro- 
jets , se garda bien d'irriter la Porte 
par un refus. 11 obtint cependant que 
les choses resteraient à Widdin sur 
l'ancien pied, que le nouvel impôt 
n'y serait pas établi, et que les janis- 
saires seraient maintenus dans leurs 
droits : un pacha y arriva , muni 
d'un firman à cet effet. Passw^an le 
reçut, et l'installa, suivant l'usage j 
mais il ne lui laissa aucune autorité. 
11 conserva son influence, et conti- 
nua d'administrer la ville et la pro- 
vince, au nom de ce gouverneur. 
Trop habile cependant pour ne pas 
se défier de la politique astucieuse 
de la Porte, il prit des précautions 
pour échapper à ses moyens secrets 
de vengeance. 11 ne se laissait appro- 
cher qu'à une certaine distance; et 



110 PAS 

sa mère seule lui préparait ses ali- 
menls. En même temps , il ne ne'- 
gligca rien pour se taire des amis 
et des protecteurs à Constantinople, 
et il osa enfin solliciter le gouverne- 
ment de Widdin , avec le titre de pa- 
cha à trois queues. N'ayant pu l'ob- 
tenir , il se révolta de nouveau , chas- 
sa le pacha , recommença ses incur- 
sions ; et , rejetant les conseils qu'on 
lui donna de s'emparer de la Vala- 
kie et de la Moldavie, entreprise qui 
pouvait indisposer les cours de Vien- 
ne et de Pëtersbourg, il résolut d'at- 
tendre dans Widdin les forces qui 
seraient dirigées contre lui. Sa tôle 
fut mise à prix ; et Alo -pacha, Be- 
gler-Beyg de Romelie , fut envoyé 
pour le combattre , à la tête de 
cinquante mille hommes. Passv^an 
éprouva d'abord quehpies échecs : 
un de ses généraux fut taillé en pic- 
ces , pris dans Varna, et sa tête en- 
voyée à Constanlinople, avec celles 
de ses principaux otficiers. Mais il 
répara bientôt ces revers; et, sans 
sortir de Widdin , il dirigea la mar- 
che de ses guerriers , qui lui soumi- 
rent Orsowa , Silistria , Kcrsowa , 
presque toutes les places sur le Da- 
nube , et menacèrent l^elgrade. La 
Porte enfin s'alarma des progrès de 
ce rebelle , dont l'armée s'augmen- 
tait chaque jour, parce que les 
janissaires faisaient cause commune 
avec lui. Cent mille hommes se 
rassemblèrent à Andrinople, sous 
les ordres de Houcein , capitan- 
pacha , qui avait sous lui Alo- 
pacha et le fameux Aly, pacha de 
Janina, depuis révolté à son tour 
contre la Porte, et mis à mort en 
1821 , mais qui . dès ce temps- 
là , avait de secrètes intelligences 
avec Passw^an-Oglou. Celui-ci pou- 
vait arrêter et peut - être écraser 
l'armée othomane dans les défdés du 



PAS 

mont HcTmus. 11 préféra licencier la 
plus grande partie de ses troupes , 
abandonner ses conquêtes , et se ren- 
fermer dans Widdin , avec douze 
mille hommes d'élite et des muni- 
tions de bouche et de guerre, pour 
plus de deux ans. Sa flotille d'ail- 
leurs le rendait maître du cours du 
Danube, et devait ravitailler la pla- 
ce, dont l'artillerie était dirigée par 
quelques officiers polonais. Houcein 
pacha, arrivé devant Widdin, au 
commencement de juin 1798, fit 
sommer Passwan de se soumettre, 
et le menaça de l'accabler avec sa 
puissante armée. Le rebelle reçut 
l'envoyé du pacha sur une terrasse 
de son palais , d'où il observait, avec 
une lunette, les mouvements de l'en- 
nemi. « Va dire à ton maître, lui 
» répondit -il, que, pouvant aussi 
» lui opposer cent mille hommes , 
» j'ai préféré le vaincre avec dix 
» mille. » Houcein pousse le siège 
avec vigueur ; mais sa flotte échoue 
dans une tentative pour s'emparer 
d'une île sur le Danube , en face de 
Widdin: ses chaloupes canonnières 
sont coulées à fond, ou mises hors 
de service. La place, entourée de 
marais , est inabordable ; le siège 
traîne en longueur. Repoussés dans 
deux attaques générales, avec une 
perte considérable , les Othomans 
en tentent une troisième sur trois 
points différents ; mais l'issue en est 
plus malheureuse encore : un des 
trois corps , sans doute celui que 
commandait le pacha de Janina , ti- 
re sur l'autre, qu'il prend ou qu'il feint 
de prendre pour ennemi. Celui-ci ri- 
poste avec fureur, jusqu'à l'arrivée 
du seraskier, qui sépare avec peine 
les combattants acharnés les uns con- 
tre les autres. Cet événement achè- 
ve de mettre le décéuragement et la 
mésintelligence dans l'armée otho- 




PAS 

"que la désertion alTaiblit cha- 
que jour, et force enfin de lever le 
siège, le 'j»3 octobre. Alors Passwau- 
Oglou rappelle ses soldats licencie'sj 
reprend son altitude menaçante, ren- 
tre dans les places qu'il a évacuées , 
et oblige le sultlian à lui accorder 
son pardon , le gouvernement de 
Widdin et les trois queues. Le nou- 
veau pacha borna là son ambition • 
il servit depuis fidèlement la Porte , 
pendant l'avant-dernière guerre avec 
la Russie, et conserva une autorite' 
presque absolue, jusqu'à sa mort, 
arrivée le 27 janvier (ou, selon d'au- 
tres , le 5 février} 1807 : il n'avait 
alors que quarante-huit ans. Pass- 
wan-Oglou était de moyenne statu- 
re et d'une faible complexion. Il avait 
le leint pâle, le visage long , et le 
corps extrêmement maigre j il cra- 
chait fréquemment le sang, et n'a- 
vait prolongé son existence que par 
l'exercice continuel du cheval. Le 
mauvais état de sa santé fut sans 
doute le plus grand obstacle à l'exé- 
cution de ses projets. S'il avait pu 
marcher sur Constantinople , à la 
tête des mécontents, dout il s'était 
déclaré le chef, il y aurait peut-être 
opéré une grande révolution. Doué 
de beaucoup de courage, de présence 
d'esprit et de fermeté , il savait im- 
primer la crainte et le respect à tout 
ce qui l'entourait. Il n'avait point 
de conseil , et rien ne se faisait sans 
son ordre , dans l'étendue de son gou- 
vernement. Il recevait tous ses su- 
jets sans distinction, écoutait leurs 
plaintes et redressait leurs griefs. 
Aussi son administration , quoique 
dure et cruelle , était rarement in- 
juste. Depuis le lever jusqu'au cou- 
cher du soleil, il donnait audience ou 
s'occupait des afïàires publiques. Il 
consacrait peu d'heures à ses plaisirs 
et au sommeil , dormait assis sur un 



PAS I II 

sopha_, et dans un état d'agitation 
qui annonçait l'inquiétude et l'acti- 
vité de sou esprit. II payait régu- 
lièrement ses troupes , qui s'entre- 
tenaient à leurs frais. Pendant sa 
révolte , il ne prélevait que les cou- 
tiibutions dues au grand - seigneur : 
il diminuait les impots sur les pau- 
vres , surchargeait d'autant les ri- 
ches , et punissait de mort les moin- 
dres vexations de ses agents. A — t. 
PASTORIUS DE 'Hirtenberg 
( JoACHiM ) ;, historien , né en 1610 
à Glogau, en Silésie, s'appliqua d'a- 
bord à l'étude de la médecine, et 
reçut ses degrés avec distinction ; 
mais il renonça bientôt après à l'exer- 
cice de cet art pour suivre la car- 
rière de l'enseignement , et fut nom- 
mé professeur honoraire à Elbing, 
puis à Danlzig. La qualité de soci- 
iiien étant un obstacle à son avance- 
ment , il rentra dans le sein de l'é- 
glise romaine, et , dès ce moment, 
futcomblé d'honneurs et dépensions. 
Le roi Casimir V lui fit expédier 
des lettres de noblesse, et le nomma 
historiographe de Pologne. Pasto- 
rius mourut à Frauenberg en Prusse, 
le 16 décembre 1 68 1 . Outre une Fie 
de Jean Crellius ( Foy. ce nom, X , 
liig), et quelques Z>/5CO/^r5 insérés 
dans la Palœstra nohillum, Franc- 
fort , 1 678 , in - 1 2 , on a de Pasto- 
rius: \. Florus Polonicus sive Polo- 
nicœ historiée epitonie ( de 55o à 
1572), Leyde, iG4i , in-i'2j avec 
des additions (jusqu'à i586), Ams- 
terd. , 16G4 y ( jusqu'à 1G60 ), Dan- 
tzig , 1679, 'u\-\'i. Cet abrégé est 
Irès-estimé. II. Péplum Sarinati- 
ticuin, Dant/ig, iG4^^, in-^*'. III. 
Characler virtuliim variis^ alionun 
etiam quà veteruni , qiià recentium 
aiiclnrum » coloribus adumhralus^ 
ibid., i65o, in-4^. ; réim])rimé eu 
format in-S''. , sans nom de ville et 



12 



PAS 



sans date ( Voy. Bauer, Bibl. lihror. 
rarior. ) IV. Belliim ScyUnco-Co- 
saccicum, ibid., 1 65 2- 1659, iii-4'*. 
C'est riiistoirc de la guerre que le 
roi Casimir fut oblige de soutenir 
contre les Cosaques , à son ave'ne- 
ment au trône de Pologne ( V. Ca- 
simir , VII, 270) .-elle est tres-intë- 
ressante. V. De jiwentutis institu- 
tionis ratione , ibid., i653, in-4°. 
VI. Orationes ditœ de prœcipuis 
historice auctoribus, ibid. , i656 , 
in-4^. Ces harangues ont été réim- 
primées dans la Falœstra nohilium. 
YII. Sflvarum pars prima ^ ibid. , 
i656, in- 12. C'est un recueil de vers 
dont Tauteur promettait une suite 
qui n'a point paru. VIII. Theodo- 
dosius magnus, léna, i664,in-8".j 
c'est un panégyrique de ce prince , 
que Pastorius présente comme un 
modèle à tous le souverains. IX. 
Mlnistri status , seu Considéra- 
tiones super vitd Nicolai Neovilli , 
ibid., 1664, in-8°. : cet ouvrage, 
ordinairement réuni au précédent , 
est une traduction des Remarques 
de P. Matthieu sur la vie du duc de 
Villeroi ( Foy, P. Mattuieu). X. 
Historia Polonica ah obitu Ula- 
dislai IV ^ usque ad ann. 1 65 1 , Dan- 
tzig, 1680 85, 2 vol. in-80., pu- 
bliée par George - Adam Pastorius , 
fils de l'auteur: cette histoire, qui 
ne comprend qu'un espace de quatre 
années , est divisée en onze livres. 
On y lit des détails curieux sur la 
situation de la Pologne à la mort 
de Wladislas, sur les troubles qui 
précédèrent l'élection de Casimir^ et 
sur la guerre contre les Cosaques. 
L'auteur y a réuni des pièces diplo- 
matiques d'un grand intérêtj et l'ou- 
vrage est terminé par une savante 
Dissertation De Originibus S arma- 
ticis. XI. Actapaçis Olivensis mé- 
dita , Breslau , 1 768 et 66 , 2 gros 



VAS 

vol. in-8«. , publiés par J. Goltlob 
Boehm; on y trouve quelques pièces 
qui avaient déjà paru, en 167g, 
dans la dernière édition du Floius 
Polonicus , et une Notice sur l'au- 
teur. On a encore de Pastorius quel- 
ques écrits moins importants, dont 
on trouvera la liste dans la Bibl. 
Antl-Trinitariorum , de Chr. San- 
dius , p. i4t) et suiv. V^ — s. 
^ PASTRENGO( Guillaume de), 
écrivain peu connu, n'en mérite pas 
moins une place distinguée par- 
mi les savants de son siècle , pour 
avoir donné le premier essai d'un 
Dictionnaire historique ^ genre d'ou- 
vrage qui s'est tant multiplié depuis. 
Guillaume était né vers le commen- 
cement du xiv*^. siècle à Pastrengo , 
village du Yéronèse ; il s'appliqua 
à l'étude de la jurisprudence avec 
succès , et obtint la charge impor- 
tante de notaire et celle de juge à 
Vérone. Il fut député en i335, par 
les seigneurs délia Scala, souverains 
de cette ville, vers le pape Benoît 
XII , qui tenait sa cour à Avignon ; 
et il est probable que ce fut alors 
qu'il se lia avec Pétrarque d'une ami- 
tié dont le temps resserra les nœuds. 
L'objet de sa mission était de faire 
prévaloir les droits des Scala sur la 
seigneurie de Parme. Il retourna en 
i338 à Avignon, pour solliciter l'ab- 
solution du crime dont Mastino dél- 
ia Scala s'était rendu coupable, en 
faisant assassiner l'évcque de Véro- 
ne , son parent. Pétrarque , informé 
de l'arrivée de Guillaume, accourut 
pour l'embrasser : mais, à peine 
eut-il mis les pieds dans Avignon, 
qu'il se sentit tourmenté par l'idée 
de se trouver si près de la belle 
Laure ; et il se hâta d'en sortir, 
sans avoir vu son ami. Guillaume , 
après avoir rempli l'objet de son 
voyage , alla rejoindre Pétrarque à 



^ 



PAS 

Vaiicliise; et ils y passèrent ensemble 
plusieurs jours à discourir sur les 
poètes grecs et lalins, et à embellir 
le jardin que Pétrarque avait crée 
dans celte retraite. Les deux amis se 
revirent, en 1 345 , à Vérone , où Pé- 
trarque séjourna quelque temps : à 
son départ, Guillaume l'accompa- 
gna jusqu'aux limites du Veronèse ; 
et là ils se firent les plus tendres 
adieux. Guillaume reçut de Pelrarque 
une nouvelle preuve d'atlacliement ; 
celui-ci lui recommanda, en i352, 
l'éducation de son fds naturel : cet en- 
fant mourut en i36i ; et nous avons 
la lettre que Guillaume écrivit à son 
ami pour le disposer à supporter 
avec résignation le coup dont la Pro- 
vidence venait de l'affliger. On igno- 
re l'époque de la mort de GuUlaume; 
mais il est certain qu'il ne vivait 

Î)lus en 1370 , puisque Pétrarque ne 
e nomme pas dans son testament, 
date de cette année, où il s'est plu 
à rappeler tous ses amis. Avant 
Guillaume, S. Jérôme, Gennade et 
quelques autres avaient re(îueilli des 
Notices sur les auteurs ecclésiasti- 
ques; Pliolius avait donné l'analyse 
des ouvrages qu'il avait lus : mais 
personne n'avait même ose' entre- 
prendre la Bibliothèque de tous les 
auteurs anciens et modernes. C'est 
ce que fit Guillaume; et son ouvrage 
est conserve en deux vol. in-fol. à la 
bibliothèque do S. Jean et S. Paul , 
à Venise. Les critiques qui ont cte 
à même de l'examiner conviennent 
que , malgré les omissions et les 
erreurs inséparables d'un si vaste 
travail, cet ouvrage prouve une e'ru- 
dilion prodigieuse. La première par- 
tic contient la Bibliothèque alpha- 
bétique àcji écrivains, classés d'après 
leur profession. La seconde forme 
une espèce de Dictionnaire histori- 
que et géographique , dans lequel 
xxxiii. 



PAS ii3 

l'auteur s'est atlacLc surtout aux ori- 
gines. Cette seconde partie a été pu- 
bliée par Michel-Ange Biondo, sous 
le titre De Originibus rerum ( i ) , 
Venise, i547, in-^^- de i3i feuil- 
lets. Cette édition , d'ailleurs très- 
deïectueuse , est de la plus grande 
rareté. Le P. Montfaucon , et Sci]). 
Maffei, se proposaieut , chacun de 
leur coté, d'en donner de nouvelles 
éditions, collationnées sur d'anciens 
manuscrits ; mais ni l'un ni l'au- 
tre, ni personne depuis, n'a exé- 
cuté ce projet qui ne serait pas sans 
utilité. Ou trouve trois Lettres de 
Guillaume , dans le Recueil de celles 
de Pétrarque , qui lui a adressé plu- 
sieurs de ses compositions poétiques. 
Outre la Ferona de Maffei , 11 , 1 1 3, 
on peut consulter , pour plus de dé- 
tails, la Bibl. di storia letterar. de 
Pasq. Amati,v, 1-9, et Tirabosclii, 
Storia delta letteratur. , v , 4og-i 4. 
VV^— s. 
PASZKOWSKI (Martin), écri- 
vain polonais du dix-septième siècle, 
est auteur d'ui^ Poème de la guerre 
des Turcs , des Tartares et des Cosa- 
ques, imprimé à Cracovie en 1626, 
et qui est accompagné d'une rela- 
tion générale sur les Cosaques, d'un 
dictionnaire turc, et d'une disserta- 
tion sur les superstitions des Olho- 
mans. Il a fait quelques autres poè- 
mes , et une traduction polonaise 
de la Chronique de la Sarmatie 
européenne^ par Alexandre Gua- 
gnini de Vérone. Cette traduction 
fut imprimée à Cracovie, en i6ii. 
Quelques auteurs ont attribué cette 
chronique à Mathias Strykowski , 



(i) On croit devoir duiuior ici Je litre entier de 
cet ouvrage : De o/iginUnis lentni Ubetltis in quo 
(lyjtitr fie srnplif viroiuin ilUisUitiin ,• de fliridntoii- 
hits urhitini ; de primis rerum nominilnis) de im-en - 
tarihus reniin ; de priinU di^nilalibiis ,- deque ma- 
givjîiùs èn^litulionihiis. 

8 



1 



ii4 



PAS 



sur la reclainatioii qu'en fit celui-ci 
lorsqu'elle parut. G — au. 

PASUMOT ( François ) , ingc- 
meur-gcograplie , naquit à Bcaune, 
le 3o avril iy33 (i). Après avoir 
aclieve des études distinguées sous 
les Oraloriens de cette ville, il vint 
à Paris , vers la (in de 1750, sans 
autres ressources que son goût dé- 
cide' pour les sciences , et la re- 
commandation de ses maîtres. Des- 
tine par ses parents à l'ëtat ecclé- 
siastique , son respect pour l'ëmi- 
nence du sacerdoce lui fit préférer 
la carrière de l'enseignement. Il était 
cliargé d'une éducation particulière , 
lorsqu'il reçut un brevet d'ingénicur- 
géograplie , et fut envoyé en Auver- 
gne , en 1 756, par la protection de 
Ossini , pour étudier les volcans 
éteints de cette province, mesurer les 
hauteurs et les distances, et en dres- 
ser des cartes. Celle de la partie 
septentrionale de cette contrée lui 
coûta trois années de traA^ail. Il eut 
ensuite à vérifier les opérations des 
géographes chargés de mesurer la 
partie opposée. Le gouvernement 
l'indemnisa de ses dépenses , et s'en 
remit à Pasumot lui-même pour 
fixer la gratification qu'il avait mé- 
X'itée. Le jeune savant se restreignit 
à 3oo francs , pour économiser , 
disait il, les fonds que l'état consa- 
crait à des travaux importants. Ap- 
pelé à professer la physiqueet \es ma- 
thématiques au collège d'Auxerre , 
il y introduisit l'heureuse innovation, 
étendue de nos jours à toute laFran^ 



(i) Le Diclionnaire unh-ersel corit Pazumot; 
cette erreur a (■té souvent répétée. C'est à tort aussi 
que ce Dictionnaire affirme que Pasumot ne lut nom- 
i.'ié professeur à Auxerre , qu'en 1 76G. L'académie 
ti'Auxerre, selon Grivaud, accueillit Pasumot des 
la, première annce de son installation. Or, \csMp- 
moires géogra/jliitjiies de celui-ci (Paris, i'^65) 
ofi'rciit la preuve qu'il était dès-lovs membre rie la 
société d'Auxerre, et que tout ce travail avait été 
iViit pour cl':-. 



PAS 

ce, d'enseigner ces deux sciences en 
français. La société des sciences et 
belles - lettres d'Auxerre s'empressa 
de l'admettre dans son sein : il en 
devint le secrétaire; et c'est pour elle 
qu'il écrivit ses Mémoires géographi- 
ques sur quelques antiquités de la 
Gaule ^ publiés en 1 765 , avec des 
cartes excellentes. Cet ouvrage se 
recommande par le double mérile 
d'une érudition aussi solide que va- 
riée , et d'une scrupuleuse exacti- 
tude dans les détails • on le rangea 
sur la même ligne que les Eclaircis- 
sements géographiques de l'abbé 
ï)elley(i), lesquels n'avaient point 
paru au-dessous de la réputation de 
d'An ville, qui les avait fait imprimer 
sans nom d'auteur, à la suite de son 
Traité des mesures itinéraires des 
Romains, VsLYis y 1741 , in- 12. Pa- 
sumot était déjà connu par quelques 
morceaux archéologiques , insérés 
dans le Mercure de France, et dans 
le Journalde Ferdun. On remarque, 
entre ceux-ci , une Dissertation sur 
le retranchement gaulois situé près 
d'Avallon, et connu sous le nom de 
Camp des Alleux d'auteur y com- 
battait l'opinion du comte de Caylus, 
qui reconnut son orreur avec no- 
blesse , et fit insérer l'opinion de son 
adversaire dans le 6^. volume de ses 
Antiquités. Des contrariétés impré- 
vues forcèrent Pasumot de quitter sa 
chaire de physique; et il ne lui resta 
qu'une rente de3oo francs, qui lui 
fut assurée par la ville d'Auxerre. 
Revenu à Paris, il se dévoua, pen- 
dant onze ans, à des .leçons parti- 
culières. En 1784, il retrouva une 
place de précepteur dans une mai- 
son opulente y et c'est alors qu'il 
visita , avec ses élèves , le Mont- 

( ) ) L'afcbiîBçUey naquit eu iGgy , à Sainte-Foy de 
Moutgommery, et mourut. à Pans, le ?.() novembre 
i^ni. ( Voy. son article au Snppléinenl. 



1 



PAS 

Blanc et les Alpes -Suisses, puis, 
quelque temps après, les Pyrénées. 
La révolution vint le frapper dans 
toutes ses aireclions, et le priva de 
toutes ses ressources. Sa santé ne 
tint pas loni^-temps contre l'impres- 
sion profonde que les crimes de celle 
époque laisscvent dans son ame. Ce 
fut alors qu'il parut s'occuper plus 
particulièrement de religion ; mais 
s'étant lie avec MM. Grégoire, Agicr, 
Camus , il adopta leurs opinions, et 
les soutint même avec chaleur. Il se 
joignit à eux lorsqu'ils formèrent, en 
i-jgO, la Société libre et littéraire 
de philosophie chrétienne ; et l'on 
assure que la société' tenait ses séan- 
ces chez Pasumot. Le plan de celle 
espèce d'académie est indiqué dans 
les yinnales de la religion ( par Des- 
bois ), tome IV , page 566; elle n'a 
pas subsisté. Les mêmes Annales 
contiennent quelques morceaux de 
Pasumot; un petit écrit sous ce titre , 
Examen de cette question: Le pape 
ne reconnaît pas les évéques consti- 
tutionnels de France ( cet écrit qui 
estde34 pages in-8°,et qui est signé 
ainsi , Fasunieau, est tout en faveur 
des constitutionnels ) ; et un article 
assez court sur le zodiaque du grand 
portail de Notre-Dame àParis.Il pré- 
parait alors la publication de ses 
Voyages physiques dans les Pyré- 
nées en i-jSBet 1789, Paris, Leclère, 
an V (1797), in-8". ; c'est !e plus im- 
portant de ses ouvrages. Tour-à-lour 
naturaliste, physicien et antiquaire, 
soit qu'il fasse connaître l'organisa- 
tion et la composition de ces mon- 
tagnes , soit qu'il en décrive les prin- 
cipaux sites, l'exactitude du savant 
fait taire l'imagina lion de l'écrivain; 
et c'est ce qui rend très - précieuses 
ses observations géologiques. Ou y 
reconnaît partout un esprit juste, et 
orné de rares connaissance?. L'Ins- 



PAS ii5 

titut distingua cet ouvrage, et le plar.i 
au'nombre de ceux qui furent pro- 
clamés au Charap-de-^fars , le pre- 
mier vendémiaire an vu , par le pré- 
sident du Directoire ( Treilhard ). 
Pasumot avait été i;d joint au jury 
chargé d'examiner les livres élémen- 
taires envoyés au comité d'instruc- 
tion publique; et il eut part aux gra- 
tifications accordées par la Conven- 
tion aux savants, gens-de-lcttres et 
artistes , sur le rapport de Chénier. 
Dans les dernières années de sa vie, 
il fut attaché, en qualité de sous- 
chef, au bureau des plans et cartes 
de la marine. En i8o3 , un pre- 
mier voyage en Bourgogne avait pa- 
ru suspendre ses soulFrances physi- 
ques; il y retourna l'année suivante , 
et mourut à Bcaune , ïe 10 octobre 
1804. Ceux qui voudront apprécier 
la multiplicité de ses travaux , peu- 
vent recourir à la liste qu'en a donnée 
Grivaud de La Vincelle,à la suile de 
sa notice sur Pasumot, placée à la tête 
d'un recueil de Dissertations et Mé- 
moires sur différents sujets d'anti- 
quité et d^histoire, par M. Pasu- 
mot, Paris, 1810 à i8i3, in-8«. 
Cette collection offre : i^! la réim- 
pression des Mémoires géographi- 
ques j avec des additions préparées 
par l'auteur, et quelques notes de 
Grivaud , qui a oublié , l'on ne sait 
pourquoi , le Mémoire sur la voie 
romaine d'Autun à Besancon , où 
Pasumot rectifie une erreur de l'ab- 
bé Belley, et jette un grand jour sur 
l'érection de la colonne de Cussy ; — 
1°. un Eloge du comte de Caylus ; — 
30. uneDisserlationsur lesantiquités 
de Beaune , et , parmi d'autres mor- 
ceaux curieux, la Description de !■• 
colonne de Cussy , encadrée dans 
l'Opinion de Grivaud sur le même 



SUjCt. 



Cctl 



c pièce, et les gravur(S 



que Pasumot y a jointes , sont, sais 
8.. 



i6 



PAS 



contredit, ce qu'on a de plus exact 
sur ce monument , dont les anliquai- 
rcs se sont tant occupes. Un acadé- 
micien de Dijon, M. Girault, paraît 
avoir trouve l'explication la plus sa- 
tisi'aisanlc, en attribuant l'érection 
de cette colonne à la défaite de Sa- 
crovir ( F. ce nom ). L'explication 
proposée par Pasumot est conservée 
en manuscrit à la bibliothèque de 
Bcaune. L'auteur voulait y joindre 
un état trcs-dctaillë de toutes les 
voies antiques de Bourgogne, et la 
description , omise jusqu'alors , de 
quelques voies romaines : ces opus- 
cules sont déposés dans lesarcliives 
de l'académie de Dijon, qui s'était 
associé l'auteur en 1769. Pasumot a 
enrichi les Mémoires de cette aca- 
démie (premier semestre de 1784 ) 
d'une description des grottes d'Arcy; 
ce recueil contient aussi de lui des 
Ohseiyalions d'histoire naturelle 
depuis V Yonne jusqii'à la Saône , 
suivies d' Ohsen>ations physiques 
sur la "vue des Alpes en Bourgogne 
( i^r. sem. 1782, 1^^. sem. 1788 ). 
ISous pourrions ajouter à cette énu- 
mération un grand nombre de Mé- 
moires , la plupart sur l'histoire 
naturelle , insérés dans le Journal 
de physique de Rozier, auquel Pasu- 
mot prit une grande part. Il a con- 
tribué aussi à l'Histoire de Beaune, 
par Gandclot. Il a laissé encore un 
manuscrit sur les preuves de la Re- 
ligion , et un autre sur la situation 
du Paradis Terrestre ; ces deux pro- 
ductions existent dans la bibliothè- 
que de Beaune. F — T j. 

PATAUD ( Jean-Jacques Fran- 
çoTs),néàOrléansle 10 octobre 175*2, 
fut d'abord destiné au commerce, qui 
était l'état de ses parents. Il l'exei ça 
même quelque temps ; mais son goût 
pour l'étude le porta à l'abandonner 
pour embrasser l'état ecclésiastique. 



PAT 

Il prêcha , avec quelque succès , dan< 
les principales chaires des églises de 
l'Orléanais. Malgré les circonstances' 
et les dangers qu'il avait à courir 
pendant la révolution , il remplit les 
devoirs de son ministère. Il fut vic- 
time de son zèle ; arrêté et traduit à 
la conciergerie de Paris , il échappa 
cependant au tribunal révolution- 
naire , et fut rendu à la société après 
le 9 thermidor. Tant que la persé- 
cution ne lui permit ])as d'exercer 
les fonctions ecclésiastiques , Pataud 
dirigea l'éducation de quelques jeu- 
nes-gens. Il reprit son ministère 
en 1802 , et le continua jusqu'à sa 
mort arrivée le 23 mai 1817. Il é- 
tait doué de beaucoup de facilité 
pour le travail et d'une grande mé- 
moire. On raconte qu'étant allé en- 
tendre le missionnaire Beaurcgard, 
sur le défi qui lui avait été fait de re- 
tenir le sermon tout entier, il le ré- 
péta le lendemain dans la chaire de 
la paroisse dont il était vicaire ; et 
l'abbé de Beauregard , constitué juge 
dans cette affaire, déclara qu'il se 
trouvait à peine trois expressions 
altérées. Pataud n'a publié aucun 
ouvrage important : ceux qu'on 
a de lui , ou plutôt ses opuscules, 
sont : I.- Discours jrononcés à dif- 
férentes époques , en présence de 
tous les corps constitués de la 
ville d^ Orléans, in - 8**. , de 99 
pages , plus les titres et faux ti- 
tres , sans date , nom de lieu , ni 
d'imprimeur , mais imprimé vers 
i8i3, et tiré à 20 exem])laires , 
dont cinq seulement ont été distri- 
bués par l'auteur. Ces discours sont 
au nombre de quatre. On remarque 
celui qui contient F ii/oge^e Jeanne 
d^Arc. IL Des morceaux dans les 
Etrennes orléanaises, et notamment 
dans les vol. des années 181 1, 18 12, 
1 8 1 3 , 1 8 1 4, 1 8 1 5; quelques-uns de 



PAÏ 

ces morceaux ont cte llrds séparé- 
ment. ITT. Des arlicles dans les tomes 
IX à XVI de la Biographie univer- 
selle. Il avait entrepris un grand ou- 
vrage, et avait même public le pros- 
licclus d'une Histoire cf Orléans et 
des principales ^villes du Loiret , 
depuis la mort de Jeanne d'Arc 'y 
précédée d'un précis historique de 
la situation d' Orléans , à dater 
de l'origine de la monarchie jus- 
quen i54o, d'après les pièces jus- 
tificatives tirées des archives de 
la préfecture , de la mairie , de Vé- 
vêché , etc. , suivie de la topogra- 
phie historique, par ordre alphabé- 
tique, de toutes les communes du dé- 
partement du Loiret y des monu- 
ments qui les décorent , des faits 
particuliers qui les distinguent , des 
familles qui les ont illustrées, etc. , 
( 1 8 i 5 ) , in-8''. de 4 pages. L'auteur 
n'a conduit son travail que jusqu'en 
iBio. Le manuscrit pourrait former 
deux volumes in-8^. Il a ete légué 
à la bibliotlicque publique d'Orléans, 
ainsi que les autres manuscrits ou 
matériaux rassemblés par Pataud, 
M. de la Place , président à la conr 
royale d'Orléans , a donné une No- 
lice sur son compatriote dans les 
Etrennes orléanaises pour i8i8, 
jîag. i'x\-'ii(j. A. B— tI 

PATEL ( Pierre) le père , pein- 
tre , désigné communément sous le 
nom de Bon Patel , ou de Fatel 
le tué, parce qu'il périt dans un 
duel en 1703 , naquit en i654. On 
ne connaît ni. le lieu de sa naissance 
ni le nom de son maître. Ses ouvia- 
ges sont estimés. Il passe pour le 
paysagiste dont la manière approclic 
le plus de celle de Claude Lorrain; et 
l'on ne peut nier que , dans plusieuis 
parties de ses ouvrages, il ne Tait 
imité avec succès. La fonne de ses 
arbres est élégante, ses scènes sont 



PAT 117 

riclies ; les fabriques et Tarchitccture 
qu'il y introduit sont dessinées avec 
goût. Ses ciels sont en harmonie 
avec le sujet; ils sont en général 
chauds et brillants , et sous ce rap- 
port il rappelle quelquefois son mo- 
dèle. Les mouvements des divers 
plaus du terrain sont déterminés 
avec une rare habileté ; les distances 
sont observées et rendues avec fines- 
se; enfin les fragments d'architec- 
ture antique, les vases, les monu- 
ments , les restes d'aqueducs qu'il 
ofi're dans ses compositions , leur 
donnent un air de richesse et une va- 
riété qui charment l'œil. Sa touche 
est ferme et brillante, son coloris 
généralement clair et vrai , et ses 
sites sont bien distribués. Cependant 
on remarque dans ses meilleurs ta- 
bleaux une certaine sécheresse , et 
une précision qui nuit au naturel , 
et ne permet pas de le placer au 
premier rang des peintres de pay- 
sages. Le Musée du Louvre pos- 
sède de ce maître neuf tableaux 
dont un seul y est exposé. Il repré- 
sente un Paysage orné défigures 
d'animaux y et traversé par un fleuve 
dont le cours est interrompu par 
une chute d'eau. Sur le devant s'é- 
lèvent les ruines d'un superlje édi- 
fice d'ordre corinthien. Ce tableau , 
de forme ovale , peut être regardé 
comme un des plus beaux qu'ait pro- 
duits ce maître; il a toutes les qua- 
lités qui font son mérite , et n'a que 
très -peu de ses défauts. Deux au- 
tres tableaux de Patel sont dans 
les magasins du Musée ; un est 
place au château des Tuileries ; 
deux sont au ministère de l'inté- 
rieur, et les trois derniers font par- 
lie de la galerie du grand Tria- 
non. — Pierre Patel le jeune , fils 
du précédent , cultiva également le 
paysage. Ses tableaux ont le mcmc 



ii8 



PAT 



mérité el les mêmes défauts que ceux 
de son père, avec lesquels on les a 
souvent confondus. Le coloris en est 
brillant , et les sujets agréables ; mais 
ils sont trop finis , et en gênerai man- 



quent d'cfîct. 



PAÏENIER (JoAcniM), peintre 
de paysages, naquit, vers 1487 , a 
Dînant dans le pays de Liège. Il 
ajîprit les premiers cléments de son 
art à Anvers , et fut reçu à l'acadc- 
mic de peinture de cette ville , vers 
i5i5. Son talent était pour le pay- 
sage : ses perspectives sont pleines 
de charme , ses iîgures touchées d'u- 
ne manière exquise et dessinées avec 
correction. Le feuille de ses arbres 
se fait admirer par ia légèreté et la 
netteté de l'exécution ; et les troncs 
et les branches semblent avoir tonte 
la liberté de la nature. Ses ouvrages, 
même de son vivant, jouissaient de 
la plus grande estime , et étaient 
payés extrêmement cher. Malheu- 
reusement sa conduite était loin d'ê- 
tre en harmonie avec ses talents : 
livré à tous les excès de l'ivrognerie, 
il pàssaitla plus grande partie de son 
temps dans les cabarets , et il avait 
îa coutume de ne prendre ses pin- 
ceaux que lorsque le besoin l'y con- 
traignait. Il a peint aussi des batailles 
avec un esprit extraordinaire. Ses 
compositions en ce genre sont rem- 
plies d'une multitude inconcevable 
défigures j et chacune d'elles cepen- 
dant est dessinée avec exactitude, et 
finie avec le plus grand soin. San- 
drart fait mention d'une admirable 
Bataille , que Patenier avait peinte , 
et qui appartenait à Mclchior Wint- 
gis, à Middelbourg. Lorsqu'Albert 
Ï3urervint à Anvers, i! futleîîement 
frappé de la beauté des ouvrages de 
cet artiste , cpie , pour lui témoigner 
l'estime qu'il en faisait , il voulut 
peindre son portrait. Il a eu pour 



PAT 

élève François Mostaert. On peut 
voir dans Descamps ( Vies àes pein- 
ti'esjlamands, tome i , page 3 1 ), le 
signe dont Patenier marquait ses ta- 
bleaux : la bienséance ne nous per- 
met pas de répéter ce qu'il appelle 
le coin du peintre. Le Musée du Lou- 
vre a possédé un tableau de Patenier, 
représentant Jésus- Christ baptisé 
dans le Jourdain j il provenait de la 
galerie de frîunich : il a été rendu en 



.8 



P— s. 



PATER ( Paul ) , mathématicien, 
né , en 1 656, à Mi^nhardsdorf dans la 
Haute-Hongrie ( i ) , de parents pro- 
testants , fut banni de son pays pour 
ses opinions religieuses, et acheva 
ses études avec beaucoup de distinc- 
tion à l'université de Breslau. W re- 
joignit ensuite Michel Ritlhaler ( ou 
Rithaller ), son compatriote, biblio- 
thécaire du duc de Wolffenbuttel ; 
mais c'est par erreur qu'on à dit que 
Pater avait rempli la même place. 
Ses talents le firent bientôt connaître 
d'une manière avantageuse : il fut 
nommé, en 1688, recteur du gym- 
nase des évangéliques à Thorn , et, 
en 1704, professeur de mathémati- 
ques à l'académie de Dantzig, Pater 
avait des connaissances très-étendues 
en histoire et en littérature; il était 
si laborieux qu'il ne dormait que deux 
heures par jour, l'été, et quatre, 
l'hiver. W mourut à Dantzig , le 7 
décembre 1 724^ à l'âge de soixante- 
huit ans. L'épitaphe qu'il s'était 
composée , est celle d'un véritable 
philosophe (2). On a de lui, outre 



(1) On a suivi ropinioii la 2'ï"s commimo; mais 
Cxwilingcr ditique Pater est ne à Trcntscliiii , dans 
!a Bassu-iiongrie. Yoy. le Speciin. Iluii^uiia: lille- 
ralœ. 

(9.) La voici : Hic aitiis cfl PaxjlTJS PATEU , inn- 
theinaluiu projts^or , t/ici nesciuli invita fjtiid si' 
curn mollis coujliclari , ira nwi'eri , citpiditate 
u)i Decessit vitâ cxlebs. 



I 



PAT 

une édition du traite de PaJcphate , 
De inCredibiliOiis, grec et latin, avec 
une bonne pic'facc et des notes, 
Francfort, i68(i, in-S*^, plusieurs 
opuscules de philosophie et de litté- 
rature, parmi lesquels on cite : I. 0- 
ratio in laudcni Mich. Rithalleri ^ 
Guelferhitanœprœfecti, Icna, 1 683, 
iu4". n. Insignia Turcicaexvnriis 
superstitionum tenehris orient aliiim 
maxime illustratis j s^emind disqui- 
sitione academicd in lucem pro~ 
ducta ^ihià., 1687, in-4°.lll. Ar- 
cana mort alitât is ex xli Pjlhag^o- 
tœsjînbolis, Francfort, iG87,in-8^. 
IV. Disputatio de crnceiji lundvisd 
die 3o decemhr. i(38o,ïena, 1688, 
in-4". V. Lahor solis , sive de eclipsi 
Christo patiente Hierosolymis visd^ 
ihid. VI. De Gernianiœ miraculo 
ordimOy maùcimo , tyyis litterarum 
earumque dijferentds , qud simul 
artis tfpographicœ univers am va- 
iionem explicat , Leipzig, 1720, 
in-4°. Cette curieuse Dissertation a 
été inse'ree par W^olf dans le tome 
II des Monumenta tj^pographica , 
7o5-8GG : elle est divisée en six cha- 
pitres; le premier traite des inven- 
teurs de l'imprimerie; le second , de 
la fabrication des caractères, de l'en- 
cre, du papier et de la presse; le 
troisième , des différentes formes des 
caractères; le quatrième, des pre- 
miers ouvrages imprimés, et spécia- 
lement des premièi'cs éditions de la 
Bible latine et du traitédes Offices de 
Cicéron; le cinquième, des plus cé- 
lèbres imprimeurs d'Italie, de Fran- 
ce, d'Allemagne, etc.; et enfin le 
sixième contient différentes questions 
avec les réponses sur les premiers 
frais d'établissement d'une impri- 
merie, les objets dont elle doit être 
.'issortie, etc. VU. De mari Caspio , 
Dantzig , T7'i3, in -4^.; «ivec une 
carte, VV — s. 



PAT 



I \( 



PATERGULUS (Vell^ius) , né, 
vers l'an de Rome 735 , d'une fa- 
mille distinguée dans l'ordre des che- 
valiers , et originaire de Naples , 
comptait, parmi ses ancêtres , Déci- 
raus Magius , cet illustre citoyen de 
Capoue, qui opposa une si coura- 
geuse résistance à la faction d'An- 
nibal. D'abord, tribun des soldats, 
comme l'avait été son père Pnblius 
Velléius , dans la Thrace , la Macé- 
doine, l'Achaïe, l'Asie, etc. , il com- 
manda la cavalerie sous les ordres 
de Tibère , qu'il suivit dans neuf 
campagnes consécutives ; et le seul 
de ses exploits, que l'histoire nons 
ait conservé , prouve qu'il savait 
aussi bien manier l'épée que la plume. 
Questeur, tribun du peuple, et enfin 
préteur, l'année de la mort d'Augu^ste, 
il n'avait plus qu'un pas à faire pour 
arriver au consulat. Quelques-uns pré- 
tendent même qu'il y parvint: niais 
aucun historien n'en fait mention; 
et son nom ne se trouve point dans 
les Fastes consulaires. On conjecture 
qu'il fut enveloppé dans la disgrâce 
de Séjan , et qu'il périt avec lui. Les 
éloges outrés qu'il prodigue à l'o- 
dieux favori de Tibère, donnent à 
cette opinion une grande vraisem- 
blance. C'est peut-être cette mort 
])rématurée qui l'crapécha d'écrire 
la grande histoire qu'il promet sou- 
vent. Il avait écrit un abrégé de 
l'histoire de la Grèce, de l'Orient, 
de Rome et de l'Occident , qui ne 
nous est pas parvenu tout entier. 
Nous n'avons qu'un fragment de 
l'anciv'înne histoire Grecque , avec 
l'histoire Romaine, depuis la dé- 
faite de Persée , jusqu'à la sixième 
année de Tibère. On s'accorde à 
louer l'attention de l'auteur à fixer 
l'époque des grands événements , à 
indi([uer les révolutions des empi- 
res , sa retracer le» accroisseraenls 



120 PAT 

de Rome, ses vices et ses vertus ;, 
l'origine des villes grecques et ro- 
maines. On ne donne pas de moin- 
dres éloges à re'Icgance et à la prccir 
sion de son style, au laconisme in- 
génieux de ses pensées , à la justesse 
de ses réflexions. Mais son talent 
brille surtout dans les caractères des 
hommes célèbres en tout genre, qu'il 
peint d'un seul trait. Des critiques 
sévères lui reprochent un peu de celte 
recherche qui commence à accuser 
la décadence du goût; et Ton observe 
que Quintilien n'a pas dit un seul 
mot de lui. Mais ce silence de la part 
d'un auteur qui n'a pas , dit l'abbé 
Gédoyn, même nommé Tacite, et 
qui n'est pas toujours exempt du mau- 
vais goûtde son siècle, ne prouve rien 
coijtre Yelléius. C'est avec bien plus 
de justice qu'on taxe celui-ci d'adula- 
tion et d'infidélité , du moins lors- 
qu'il parle de ce qui peut intéresser 
Auguste ou Tibère; et peut-être est-il 
bon de faire observer comme un sujet 
de reflexion pour ceux que leur talent 
appelle à écrire l'histoire , que cet 
écrivain si pur , si ingénieux dans 
le reste de sa narration , dor»t l'ur- 
banité romaine a toute la grâce de la 
politesse française , devient guindé , 
entortillé , peu naturel , lorsqu'il 
proslituesa plume pour flatter Tibère 
et Séjan. Mais, si l'on ne peut l'ab- 
soudre de ce reproche , il faut con- 
venir, avec le président Hénault, qui 
l'appelle le modèle inimitable des 
Abrégés ^ que c'est un des auteurs 
dont la lecture est le plus agréable. 
On peut consulter, à son sujet, Vos- 
sius , Bodin , La Mothe Le Vayer , 
etc. , et surtout une dissertation de 
Tilladet ( Mém. des inscr. et belles- 
ïett. t. II , p. 352. ) La première édi- 
tion de Yelléius a été donnée en i52o, 
par Béatus Rhénanus , qui en avait 
trouvé le manuscrit dans l'abbaye 



PAT 

de Murbach ( llaut-Rliin ). Parmi les 
éditions qui ont suivi ( au nombre de 
plus de cinquante ) , on distingue 
celles à\Erasine y i53(); A^ Henri 
Estienne , 1 56o ; d'Aide Mnniice , 
1 57 I ; A'Elzev'u' , i GSg ; du P. Ri- 
guez. Ad iisuni Delphini, 1675 , in- 
4". ; Ciim notis ^ariorum , Leyde , 
1668, 1719, 1744, in-8'^.;d'0x- 
l'ord , 1 7 1 1 , in - 8'^. ; de Barbou , 
publiée par Philippe, 1746, in-12; 
de Deux-Ponts, un vol. , in-8<^. ; de 
Paris, faisant partie de la collection 
des classiques latins , publiée par M. 
Lemaire, 1822, in-8'^., etc. Quant 
aux traductions françaises , la pins 
ancienne est celle de Jean Baudoin, 
1616. La deuxième dans l'ordre des 
temps, est celle de Doujat , publiée 
en 1672, avec des Suppléments, qui 
n'ont pas défendu l'ouvrage de l'ou- 
bli. L'abbé Paul en adonné une plus 
estimée , Avignon , 1784 , in-8°. , 
paris , 1 790 , in- 1 2. On en annonce 
une nouvelle par M. Després. N — l. 
PATERSON (Samuel) , libraire, 
né à Londres le 17 mars 1728, 
mort le 29 octobre 1802, ht le 
commerce d'importation des livres 
étrangers en Angleterre, mais avec 
beaucoup moins de succès que Paul 
Vaillant. Il se livra ensuite à un 
genre de travail dans lequel il para^ 
n'avoir pas été égalé en Angleterre 
composition des catalogues bibli 
graphiques. Ceux qu'il alaises^ so 
fort recherchés et commencent à d 
venir rares. I. Catalogue d'une col- 
lection de manuscrits de sir Julius 
César^A^Xéàc 17^7. C'est à lui qu'on 
doit la conservation de ces manus- 
crits; il les découvrit par hasard chez 
un marchand de fromage,, qui les 
avait achetés au poids ( F. César). 
II. JBibliotheca angUcana curiosa , 
recueillie principalement pour la 
composition d'une histoire de la lit- 



un 

I 



4 



PAT 

terature anglaise , 177 i , trois par- 
ties. III. Bibliotheca Flelwoodiana^ 
comprenant l'aïuiennc bihliotlièquc 
conventuelle de l'abbaye de IMcsscii- 
den dans le comte de JBuckingbam , 
1774. IV. Bibliotheca Beauclev- 
hiana ( de Topbam Beauclerk ) 
composée de trente mille volumes, 
1781 , un gros vol. in-8". V. Biblio- 
theca Croftiana ( de Th. Croft ) , 
1783, mi gros in-8<^. VT. Bibliothe- 
ca unii^ersalis selecta, avec un in- 
dex des auteurs, interprètes et édi- 
teurs, 178G, in-8«. VII. Bibliothe- 
ca Pinelli ( V. Mobelu , xxx , 
i32), 1790, in-8''. yn\. Biblio- 
theca Straiii^eiana (de M. Strange), 
i8ûi. IX. Bibliotheca Fageliajia 
( de M. Fagel, secrétaire des e'tals- 
t^énéraux des Provinces-unies) : cette 
bibliothèque, transportée de la Haye 
en Angleterre , passa dans l'univer- 
sité' de Dublin. Ces travaux arides 
n'avaient point étouffe dans Pater- 
son les dons de l'esprit et de l'ima- 
gination • il en a donne des marques 
dans diverses productions littéraires, 
imprimées sans nom d'auteur, et 
parmi lesquelles nous citerons : I. 
Encore un Fojageur{ki\QÛ\cv Tra- 
veller) , ou Bemarquesfus,itiv es fai- 
te s pendant un vojage dans une 
partie des Pajs-Bas , en i •^êdypar 
Coriat junior, 3 vol. in-r2, 1769; 
ouvrage que l'on croirait être une 
imitation du Voyage sentimental de 
Sterne , s'il n'avait pas ëte prouve' 
qu'il fut imprime avant ce dernier. 
II. Joineriana, ou le livre des ro- 
gnures ( thé book of scraps), com- 
jiose d'aphorismes moraux et litté- 
raires , i77'-i, 2 vol. in-8^. III. 
Jiéjlexions sur la jurisprudence et 
les gens de loi, où l'on démontre 
l'injustice des arrêts personnels pour 
dette, avant une vérification , sur un 
simple ajfidavit) pratique inconnue 



PAT 111 

dans les autres pays , et dontles dan- 
gereuses conséquences sont démon- 
trées par des exemples de cruauté 
déplorables , in-8^., Londres , 1 788. 
IV. Le Templier, feuille hebdoma- 
daire, pubbee par Brown, 1773. V. 
Description topo graphique de Vile 
de la Grenade, Londres, 1780, 
in-4'^. Paterson fut , pendant plu- 
sieurs années , gardien de la belle bi- 
bliothèque du marquis de Lansdo^vn. 

L. 
PATICCHI ( Antonio ) , peintre, 
naquit à Rome, eu 1762. Son père, 
qui cultivait lui-même la peinture 
avec quelque succès, mais qui était 
surtout profondément versé dans la 
théorie de cet art, lui donna d'ex- 
cellentes leçons ;, que le jeune Patic- 
chi sut mettre à profit. Ses progrès 
furent extrêmement rapides, et, en 
peu de temps , il devint nn très-ha- 
bile dessinateur. La nature l'avait 
doué d'une facilité d'invention vrai- 
ment extraordinaire. 11 composait 
le même sujet de plusieurs maniè- 
res différentes, et dans l'espace d'un 
moment. Cette facilité dans les pre- 
miers pas de sa carrière lui donna 
l'assurance de s'y avancer. A l'âge 
de vingt ans , après avoir copié 
les productions les plus remarqua- 
bles des galeries les plus célèbres 
de Rome, il commença à peindre 
d'après ses propres inventions. Il 
peignit tout le réfectoire des car- 
mes de Velletri , avec un véritable 
succès. Il représenta, dans la voûte, 
£lie eiûevé au ciel dans un char de 
jeu , et laissant son manteau à Eli- 
sée. Sur l'un dos murs de celte salle, 
il peignit la Cène; et en face, la Ficr- 
ge entourée des Saints de V ordre ; 
enfin les vantaux de chaque fenêtre 
étaient ornés de beaux paysages. Cet 
ouvrage, déjà remarquable par sou 
çclaU, devenait plus étonnant eu- 



122 PAT 

cbrc par la jeunesse de l'auteur. Le 
comte de Torruzzi, gentiliomme dis- 
tingue de Vcllelri, lui confia alors là 
peinture de la galerie de son palais. 
il s'agissait d'y représenter dans le 
plafond le Char de la Nuit , et, tout 
autour, les histoires les plus connues 
de la fable. Le peintre se mit à l'ou- 
vrage avec la plus grande ardeur, fit 
les dessins de tous les sujets , et eu 
termina même toutes les esquisse^ 
peintes. Il aclieva deux des tableaux 
retraçant des sujets de l'histoire 
amoureuse de Jupiter; commença là 
plus grande toile, où il voulait pein- 
dre la Destruction de la famille de 
Niohé ^ et ébaucha toutes les autres : 
mais il n'y eut que les deux premiers 
tableaux de terminés. Dans le temps 
qu'il y travaillait avec le plus d'ac- 
tivité, s'étant rais à réfléchir sur la 
foule qu'il avait suivie jusqu'alors, 
il reconnut combien il était loin de 
posséder toutes les connaissances 
nécessaires à un habile coloriste ; il 
s'aperçut que ses ombres , trop jau- 
nes , manquaient de transparence , 
et que ses teintes locales étaient trop 
monotones. Il résolut d'étudier les 
meilleurs coloristes flamands et vé- 
nitiens , et tourna toute son ardeur 
vers ces nouvelles études ; mais il 
était attaqlié d'un mal de poitrine , 
qiie son assiduité au travail ne fît 
qu'augmenter , et qui le conduisit au 
tombeau, au mois de lévrier 1788, 
à l'âge de vingt -six ans, quelques 
jours après la mort de sou père. 
Outre ces travaux , Paticchi a peint 
avec succès plusieurs portraits au 
pastel, ainsi que différents tableaux 
à l'huile , qui lui avaient été com- 
mandés. Il possédait un talent vrai- 
ment unique pour imiter les dessins 
des grands maîtres. Son toucher 
était si heureux en ce genre, surtout 
pour les dessins à la plume et à l'a- 



PAT 

quarelle, que ce n'était plus lui 
devenait repliement le maître qu'il 
voulait imiter , môme lorsqu'il ne 
songeait qu'à le copier. 11 a comp 
se une foule de dessins dans le go 
de Polydorc de Caravage, que les 
artistes les plus expérimentés cou 
fondaient avec ceux de ce maître?: 
et qui font l'ornement de plusieurs 
beaux cabinets. Lorsque l'on connaît 
la grande intelhgence avec laquelle 
Polydore dessinait, on appréciera 
le degré de savoir que devait pos- 
séder ce jeune artiste, pbur être par- 
venu à imiter aussi parfaitement le 
caractère et la touche décidée du 
maître. Paticchi avait de plus le 
secret de donner au papier celte 
teinte de vétusté propre à surpren- 
dre l'œil le p'us exercé. Mais on 
doit dire à sa louange que jamais il 
n'abusa de ce talent pour tromper 
les amateurs. P — s. 

PATIN ( Gui ) naquit , en 1 60 1 , à 
Houdan , à trois lieues de Bcauvais. 
Envoyé à Paris , il étudia la méde- 
cine, et se lia r.cs-lors avec Gabriel 
Naudé, au(piel il survécut dix neuf 
ans. Leur amitié fut à l'épreuve du 
temps et de l'absence. Patin , reçu 
docteur , fut d'abord réduit à corri- 
ger des épreuves, Riolan , célèbre 
médecin, vit quelques-unes de ses 
corrections, reconnut sa capacité, 
le rechercha , et le produisit dans 
le monde. Ce fut le commencement 
de sa fortune. En i654 , il fut nom- 
mé professeur au Collège de France , 
à la place de son ami Riolan , qui 
avait donné sa démission. On allait 
aux leçons de Patin admirer son beau 
latin et ses bons mots. Il n'est pas 
incroyable, dit Bayle, que quelques 
grands lui aient olFcrt un louis d'or 
sous son assiette toutes les fois qu'il 
voudrait aller manger chez eux ; 
tant ils prenaient de plaisir à l'en- 



PAT 

tendre. Ce n'est cependant ni cora- 
rae professeur , ni comme médecin , 
qu'il est célèbre aujourd'hui. Il e'tait 

S artisan si entêté des anciens , qu'il 
isait qu'il se consolerait de quitter 
ce monde pourvu qu'il trourât dans 
l'autre , Aristote , Cicéron , Galien , 
Platon et Virgile. Il n'avait aucune 
confiance dans les découvertes des 
modernes , et se prononça fortement 
contre le kinkina et contre l'anti- 
moine. Il avait dressé un gros re- 
gistre de ceux qu'il prétendait avoir 
été tues par ce dernier remède; et il 
nommait ce registre le Martyrologe 
de l'antimoine. « Asclépiade , di- 
sait-il , pensait que le devoir de 
l'excellent médecin était de guérir 
ses malades, tiitb , celeriter et j ucun- 
de; nos antimoniens nous envoient 
en l'autre monde tiitb et celeriter. » 
Ses querelles avec Joseph Duchesne 
devinrent tellement vives qu'il fallut 
que le parlement ordonnât à la fa- 
culté de se réunir pour prononcer 
sur les vertus de l'antimoine. L'as- 
semblée eut lieu le 29 mars i 666 ; 
et 92 docteurs furent d'avis de met- 
tre le vin émétiqué au i^ang des re- 
mèdes purgatifs. Quoique Patin fît 
profession d'une philosophie qui 
Semblait le mettre au-dessus de tous 
les accidents , il ne put, sans éprou- 
ver un chagrin violent, voir soitir 
du royaume, pour avoir déj)lu à 
son prince, Charles Patin, sou se- 
cond (ils; et cette douleur l'entraî- 
na au totnbeau , le 3o août 1672. 
« Gui Patin > dit Vigneul-Marville, 
» était .Satirique depuis la tetc jus- 
» qu'aux pieds. Son chapeau , son 
1) collet , son manteau , son pour- 
)) point, SCS chausses, ses bottines , 
» tout cela faisait nargue à la mode 
» etle procès à la vanité. Il avait dans 
1) le visage l'air de Cicéron , et dans 
V l'esprit le caractère de Rabelais. 



PAT i23t 

» Sa gralide mémoire lui fournissait 
)) toujours de quoi parler, et il par- 
)) lait beaucoup. II était hardi , té- 
» méraire, inconsidéré, mais sim- 
» pic et naïf dans ses expressions. 
» Sa bibliothèque était nombreuse. 
» Il avait promis plusieurs ouvrages 
» au public , entre autres une IJis- 
D taire des médecins célèbres; mais 
» il n'a point exécuté sa promesse. » 
Il reste de lui : I. Ses Lettres, en 7 
volumes in- 12 , savoir : Lettres 
choisies , nouvelle édition , augmen- 
tée de plus de 3oo lettres, 1692 , 3 
vol. in - 12 : elles sont adressées , 
pour la plupart , à André Falconet, 
inédecin de Lyon ( ï^. Falconet 
( André ) , xiv , 122); — Nouveau 
recueil de Lettres choisies , 1 695 
ou 1725, 2 vol., in-12; — Nou- 
velles lettres de Guy Patin , tirées 
du cabinet de M. Spon , publiées 
par Mahudcl , 1718,2 vol. in- 1 2. 
Ces lettres sont le portrait au na- 
turel de son cœur et de son esprit : 
lîayle les garantit purgées d'hypo- 
crisie. On y trouve , ajoute- l-il, plu- 
sieurs particularités curieuses con- 
cernant les récits de l'histoire des 
savants , ainsi que sur la Fronde, et 
les démêlés des Jésuites et des Jan- 
sénistes. Il y a, en divers endroits, 
des bons mots assez plaisants , des 
saillies qui réjouissent : il est dom- 
mage qu'elles contiennent tant d'a- 
liecdoles fausses, et des médisances 
atroces. Patin recueillait tout ce 
qu'il entendait dire , vrai ou faux. 
Ce qu'il rapporté du cardinal Du 
Perroii est une horrible calomnie 
sans nul fondement. On peut en 
dire autant de ce qu'il raconte de 
madame la Calprenède, qui , à l'en 
croire , avait eu sept maris , et 
aurait empoisonne le dernier, au- 
teur de Pharamond ( K. CAT-rr.F.- 
NEui^ ). Hayle, dans sa lettre à Mi- 



i'i4 



PAT 



Duloli, du 8 octobre 1691 , parle 
de lahlcs et de notes qu'on devait 
faire pour les Lettres de Gui Patin. 
Il est à regretter que ce projet n'ait 
pas eu de suite. Dans la bibliothè- 
que de l'abbc de Tersan, il y avait 
une table manuscrite pour les Let- 
tres de Gui Patin : cette table a elc 
acquise par M. Villenave. M. Bou- 
cbescichc s'occupe , depuis long- 
temps , d'im choix de lettres de Gui 
Patin, n. l'raité de la conservation 
de la santé, i63i , in- 1^2; réimpri- 
me dans le Médecin charitable de 
Guibert , avec deux écrits du même 
Patin , savoir : Notes sur le livre de 
Galien, de la Saignée , et Observa- 
tions sur le livre de Nicolas Ellain, 
de la Peste. Il a cte éditeur de 
V Apologie de Galien, par Gaspar 
Hoffmann , Lyon , 1 668 , 'i vol . in-/^'*. 
latin. On le regarde comme l'auteur 
des Eloges (en latin) de Simon Piè- 
tre , médecin , et de François My- 
ron , prévôt des marchands , im- 
primés parmi les éloges de Papire 
Masson. L'abbé Goujet, qui, clans 
son Mémoire historique et littéraire 
sur le Collège de France , m , 1 06 , 
parle de quelques thèses de Gui Pa- 
tin, regrette qu'on n'ait pas donné 
au public ses lettres toutes latines , 
qui sont eu grand nombre , depuis 
le 7 juin 1639 jusqu'au 4 civril 1669. 
On trouve trei/.e lettres latines de 
Gui Patin dans le recueil intitulé : 
Clarorumvlroruni epistolœ , l'jo'i, 
in-8^. On en a aussi inséré dans 
d'autres recueils. Le Patiniana, ou 
les bons mots de Patin, sont impri- 
més avec le Naudœana. La meil- 
leure édition de ce livre est celle qui 
a été augmentée par Lancelot , et 
publiée par Bayle , 1708, in- 12. 
On a imprimé V Esprit de Gui Pa- 
tin, 1709, in-12; 1713, in- 18. 
Le portrait de Gui Patin a été grave 



PAT 

3 fois in-4°. , 1 fois in-8". , et ui 
fois in-1'2. La médaille ou jeton que" 
la faculté de médecine de Paris fit 
frapper en son honneur lorsqu'il en 
était doyen ( i65:2 ), forme le sujet 
d'une dissertation de J. D. Kochler, 
dans ses Eecréationsnumisjnatirjues^ 
XIII, 337. — Patin (Robert), fds 
du précédent, né le 1 1 août 1629 , 
obtint la survivance de la charge de 
professeur au Collège royal qu'avait 
eue son père , en prit possession le 
II août 1667, et monrut à Gor- 
meilles en Parisis, au mois de juin 
1670. A. B — T. 

PATIN ( Charles ) , médecin et 
antiquaire, était le (ils cadet de Gui 
Patin , qui le préférait à ses autres 
enfants. Il naquit à Paris , le 23 fé- 
vrier i633, et annonça, dès son bas 
âge , des talents qui lui ont mérité 
une place parmi les érudits précoces 
(Voy. la Biblioth. de Klefeker). A 
quatorze ans, il soutint des thèses, 
en grec et en latin, sur toutes les par- 
ties de la philosophie , malgré son 
professeur, lequel ne sachant pas le 
grec , traita fort rudement un élève 
qui osait être puis savant que lui. Pour 
plaire à un de ses oncles, qui offrit de 
lui acheter une charge dans la ma- 
gistrature, il étudia le droit, et , après 
avoir pris ses degrés à Poitiers, se fit 
porter sur le tableau des avocats • 
mais cet oncle ne se pressant pas de 
tenir sa promesse , et le goût de Patin 
l'entraînant vers l'étude des sciences 
naturelles, il abandonna la jurispru- 
dence , suivit les leçons de la faculté 
de médecine , et reçut le doctorat. 
Aidé des conseils et de l'expérience 
de son père , il devint en peu de 
temps l'un des plus habiles praticiens 
de Paris : il fut chargé de suppléer 
Lopez dans l'enseignement de la pa- 
thologie , et fit des démonstrations 
anatomiques avec un tel concours 



PAT 

d'auditeurs , que l'amplntlieâtren'en 
pouvait coutcuir que la moindre par- 
tie (Voy. le Rcc. de G. Patin, Lett. 
16 1). Maigre' ses occupations , il 
trouvait encore le loisir de se livrera 
son goût pour les antiquités , et, en 
particulier , pour la numismatique. 
Un ouvrage qu'il publia en iGô5, 
sous le titre à'Introd. à la science 
des médailles, lui attira de fâcheux 
démêles avec le président de Sallo, 
premier rédacteur du Journal des 
savants (^. Sallo), qui prétendit 
que tout ce qu'il y avait de bon dans 
ce livre , était tiré de Savot, quoi- 
qu'il n'y fût pas cité. Patin lui répon- 
dit d'aljord avec assez de modéra- 
tion ; mais il avait fait une seconde 
réplique beaucoup plus vive , qu'il 
supprima pour ne pas irriter Gol- 
bert, protecteur déclaré de Sallo , et 
qui menaçait son adversaire d'une 
lettre de cachet (Voy. le Rec. de G. 
Patin, Lettr. 36 1 ). Cependant il se 
vit bientôt exposé à la haine du 
ministre pour un fait qu'on n'a pu 
éclaircir. On conjecture que Patin 
avait été chargé de supprimer un 
libelle injurieux à l'bonneur d'une 
grande princesse ( Les amours du 
Palais -Boy al), et qu'au lieu de s'ac- 
quitter de sa commission , il fit cir- 
culer lui-même cet écrit (Voy. Bayle, 
art. Patin , remarq. L ). Ce qui est 
certain, du moins, c'est que Patin 
se croyait innocent de l'accusation 
dirigée contre lui: il voulait en at- 
tendre le résultat, et il fallut les ins- 
tances de son vieux père pour le dé- 
cider à quitter Paris. Il se retira eu 
Allemagne, où l'accueil (pi'il reçut 
des princes de Wurtemberg et de 
Bade , le consola un peu de son 
exil. Dès qu'il fut parti, on procéda 
contre lui avec la dernière rigueur ; 
on visita sa bibliothèque, qui devait 
être considérable, et l'on y trouva 



PAT 



125 



trois ouvrages (i), qui donnèrent 
lieu aux soupçons les plus mal fon- 
dés sur sa croyance, ainsi que sur 
ses opinions politiques ( Voy. le Rcc. 
de Patin , ZefA. 4^^)- On instruisit 
enfin son procès, et il fut condamné 
aux galères par contumace. Pendant 
ce temps-là, Ch. Patin parcourait 
les différentes partiesde l'Allemagne, 
visitant les cabinets d'antiquités , et 
accueilli des savants, qui se faisaient 
un plaisir de lui communiquer les 
objets les plus rares de leurs collec- 
tions. Il s'arrêta quelque temps à 
Strasbourg, pour y faire imprimer 
la Description des médailles des 
Empereurs , et le Recueil de ses 
voyages : il venait de se fixer avec 
sa famille à Baie, quand la guerre le 
décida à chercher un asile en Italie. 
Il fut nommé, eu 1677, professeur 
de médecine à l'acad. de Padoue , et 
chargé, en i68r , de l'enseignement 
de la cliirurgie. Ses amis lui annon- 
cèrent alors, que, s'il voulait faire 
quelques démarches , il obtiendrait 
la permission de rentrer en France; 
et peut-être était-il disposé à suivre 
ce conseil : mais on le retint à Padoue, 
en le nommant , en i683 , premier 
professeur de chirurgie , avec un 
traitement considérable. Il partagea 
le reste de sa vie entre les devoirs 
de cette place, et l'étude de l'anti- 
quité, et mourut le 10 octobre 1G93. 
Ses restes furent déposés dans la prin- 
cipale église de Padoue , sous une 
tombe, décorée d'une épitaphe, rap- 
portée par Papadopoli et d'autres 

(i) Ces trois ouvrages étaiont VAnnlmnic de la 
messe ( r. P. Du MoUlJN ); le Bouclier d'étal 
( y. LlSOL.V), et VHisloiie calante de la cour, 
petit libelle plus iligne fie iitepris cjue rie colère; 
iiiaiB GiiiPaliii , qui iimis appri uj cos )>'>ir(icularit('!i, 
dit (ju'oii trouva iuissi , <!aiis la hibliuthrque ile son 
fiLs , quel({ucs volurnrs du Factitm dcM. Fouqui t, et 
àeVIlistoiie de l'entreprise de (iiiferi, de, vou- 
lant sans cloute faire entendre qu'il regardait Col- 
bert conunerauteurdc cette persccuti ii. ( Voy . son 
Recueil /i(/. , 4O8. ) 



liG 



PAT 



auteurs (Voy. Hist. Gjmnas. Pata- 
vint, 1 , 38o ). Par son testament , fait 
en 169?) , Cil. Patin demande pardon 
au roi sur tous les soupçons que 
ça conduite a pu donner , assurant 
S. M. qu'il n'a jamais eu part à 
aucun livre contre le bien de son 
service : il supplie Sa Majesté de 
vouloir accepter deux choses qu^il 
a cru digues de sa curiosité : l'une 
consiste en cinq pièces anciennes de 
marbre, apportées de Smyrne ( il 
en avait donne l'explication dans un 
livre imprime en 168 î ) ; l'autre est 
un recueil de plusieurs dessins de 
médailles ramassées depuis l'im- 
pression de son livre des Médailles 
des empereurs romains. Cli. Patin 
avait été élu chevalier de Saint - 
Marc, par le sénat de Venise: il 
était membre de l'académie des Cu- 
rieux de la nature , et de celle des 
Ricovrati, qu'il eut long-temps l'hon- 
neur de présider. Indépendamment 
de quelques Thèses ; d'une édit. des 
Voyas,e$ de Loménie (/^. Lomenie, 
XXIV, i52), des Xef O'^J de Pierre- 
l^lartyr d'Anghiera , Amsterdam , 
1670, in-fol.; del'JS'/og^e àe la Folie, 
d'Érasme , avec les lig. d'Holbein , 
Baie, 1676, in- 12; deSuélone, avec 
les médailles , ibid. , 1675 , 1707 , 
in-4°. ; et de quelques Opuscules, 
dont on trouvera la liste dans les 
Mémoires de Niceron , tome 'i , on 
a de Cil. Patin : J. Familiœ Boma- 
nœ ex antiquis numismatibus illus- 
tratœ à Fuhio Ursino {Ovsim), cum 
accessionibus et comme ntariis, Pa- 
ris , i663 , in-fol. Vaillant a donné 
une nouvelle éd. de cet ouvrage ; 
mais les amateurs les rec]ierchent 
l'une et l'autre (Voy. Vaillant). 
II. Traité des tourbes combusliLles, 
ibid., ifiGS , in-40. III. Introduc- 
tion à VJiistoire , par la connaissan- 
ce des médailles , ibid., ï665, in- 



PAÏ 

12 ; souv. réimprijnée sous le titre 
A' Histoire des médailles : l'édition 
d'Amsterdam, 1695 , in- 12 , est la 
plus jolie. Ce livre a été trad. en latin 
par l'auteur , Amsterdam , 1 683 , in- 
1 2, et en italien, par Constantin Belli, 
sous ce titre : Pratica délie meda- 
glie j Venise, 1O73, in-12. Cet ou- 
vrage, comme on l'a dit, fut l'occa- 
sion d'une vive querelle entre Sallo 
et Patin, sur laquelle on lira des 
détails curieux dans V Histoire criti- 
que des journaux de Camusat ( toin 
I, 39-44)' IV. Imperatojum Roma- 
norum numismata ex œre mediœ 
et minimœ formée descripta , Stras- 
bourg , Paulli, 167 I , in-fol. : outre 
un grand nombre de gravures de 
médailles, imprimées en taille-douce 
dans le texte, on y voit deux cartes 
géographiques,, contenant toutes les 
villes dont on connaissait des mé- 
dailles. La géographie numismatique 
a reçu depuis une extension immen- 
se j mais Ch. Patin a toujours le mé- 
rite d'avoir, le premier, entrepris 
de l'esquisser. V. Thésaurus numis- 
matum (Amsterdam) , iGni, in-4°., 
fig. C'est la description des médail- 
les que Patin avait rassemblées dans 
son cabinet. VI. Quatre Relations 
historiques, etc., Baie, 1673, iu-12, 
jfig. , avec son portrait j x4msterd. , 
1699, in-12 j trad. en italien par 
Ant. Bulifon^ Venise, i685, in -8^. 
Ce volume contient quatre relations 
des voyages de l'auteur , adressées , 
les deux premières aux princes de 
Wurtemberg; la troisième, au mar- 
grave de Bade-Douilach , et la qua- 
trièrneauduc Brunsv^ick: on y trouve 
quelques particularités intéressantes 
pour l'histoire littéraire , ou l'ar- 
chéologie, et des Noies sur les prin- 
cipaux musées qui existaient à cette 
époque en 'Allemagne. La troisième 
relation avait paru séparément , 



4 



PAT 

Strasbourg , 1671. VII. De numis- 
mate aiiiiquo Aa^usii et Platonis 
epistola , Baie , 1675 , in- 4**- , et 
dans le tome ix du Thesaur. anti- 
(juit.lioinanar. deGronovius. VÏII. 
De numismate antiquo Horatii Co- 
clitis per Trajaniim ratituto epis- 
tola , Padoue , 1678, in-4'*. IX. 
Judicium Paridis de tribus deahus 
latum in numisinate yînioniiPii ex- 
pressum^'\hià.y 1679, in-4''. Cette 
Dissertation a ëte' insérée en^ fran- 
çais , par Spon , dans ses Recher- 
ches curieuses d'antiquités , '22 1 -3 i . 
X. Natalitia Jouis in numismate 
Anton. Caracallœ expressa, ibid, , 
1,68 1 , in-4°. XI. Lyçœum Patavi- 
num, siye icônes et vitœprofessorum 
Patata anno 168*2 , puhlicè docen- 
(m/;i.il>id. in-4°. Patin y a inse'ré une 
courte Notice sur sa vie cl ses ouvra- 
ges , que Camusat a trad. en franc. , 
dans Vllist. critiq. des journaux , 
202-29. XII. De nuinismalihus 
quihusdam ahstrusis imperatoris 
Neronis disquisitio per epistolas , 
Brème , 1G81 , in-4^. C'est le Re- 
cueil de la correspondance de Pa- 
tin avec Eggeling, seci^'taire du con- 
seil de Brème , au sujet de quelques 
roëdailles de Néron , que leur état 
rendait difEcilef; à ejcpliqucr. XllI. 
J'hesaurus numismatum antiquo- 
nijn et reccntium à Petro Mauro- 
ceno collector.yYemsc, 1G84, iu- 
4**. ; rare. C'est la description du ca- 
binet du sénateur Morosini. XIV. 
Commentq,rius in ires inscriptiones 
qrœcas Sm;ymd nuper allatas , Pa- 
poue , I GB5 , in -4°. — In antiquuni 
monuijienlum Marcellinœ è Grœcid 
, nuper allatum , ibid., i()88 , in-4°- 
( I ) -T- In anliquum Cœnotaphiuui 



(i) Ij'cx])licatioii qu'il rlonna de ce inimuincut 
Ayant <'l<' <rifirjii(:c pur l»'s jouruiilistçs clc Leiii/.ig, 
na filUrCliHrlolle Ic-ur adressa, <n rpponsp , une JoUrc 
iiiscrt-c dans, les Aclu entdilvr. , luiu. itigi . \u X^7 ' 



PAT 12^ 

Marci Astorii jnedici Cœsari$ Au- 
gusti, ibid. , 1G89, in-4'^. Ces trois 
dissertations ont été insérées par Po- 
leni, dansle recueil intitulé : Utriiis- 
que Thesauri supplementum, XV. 
In siirpem regiain epigrammata, 
( Devises et emblèmes de la maison 
royale ) , Paris , 1 660 ; Amsterdam , 
1695, in-4°. de 23 pag., lat. et 
fr. XVI. Lettre au Moi , du 26 
mars iGGaj in - 4°« de 8 pages 
XVII. Une Lettre à J. Faber , 
écrite de Padoue, le 20 décembre 
1G77 (dans les Amœnit. liter. de 
Sclielhorn, X, i252). XVIII. Deux 
Lettres au magistrat de Nuremberg 
(dans le Literarische JYochenhlatt , 
I, i4i-ï43). Le portrait de Ch. Pa- 
tin a été gravé plusieurs fois , eu 
France, en Allemagne et en Italie; les 
curieux recherchent avec empres- 
sement son portrait, par Massoii 
( y. Ant. Masson, xxvii, 4^3). 
Jouvenet l'a peint avec sa femme 
(Marguerite Hommets), et ses deux 
filles Charlotte et Gabrielle, toutes 
trois membres de l'académie des 
Ricovrati, et dignes de cet honneur 
par leurs talents ( Foj. l'art, suiv. ) ; 
ce tableau a été gravé jn-fol. oblong , 
par Desbois. W — s. 

PATIN ( MadelÈne Hommets , 
épouse de Charles ) , suivit son mari 
en Italie, fut reçue, sous le nom de 
Modeste ,k l'académie des Ricovrati 
de Padoue, et publia un recueil de 
Réflexions morales et chrétiennes , 
1G80. — Les deux filles de Charles 
Patin sont aussi connues dans la ré- 
publique des lettres. Cuahlotte-Ga- 
TiiERiNE, reçue à l'académie des Ri- 
coi^ratiy sous le nom de Rose^ a pu- 
blié; I. Reîatio (le lileris apologe- 
iicis , etc. ( Voy. les Acta erudito- 
runi de 1G91 , p. 337. ) }l. Oratio 
d/3 Uberatd ci^itale Ficnnd ,Vi\doue, 
iG83) pièce relative à la défaite des 



128 PAT 

Turcs. III. Tàhellœ selectcu ac ex- 
pZic^f fp, Padouc, 1691 , in-fol. C'est 
une explication de qnarantc-ini ta- 
bleaux des plus faraenx peintres, 
qu'on voyait à Padoue. IV. Epistola 
ad L. Schroeckium , de patris sut 
viorho et morte ^ dans les^ Amœnit. 
Hier, de Scliclhorn, xiii, 39-47. — 
Gabrielle - CiiARLOTïr: , membre 
de Tacademie des Ricovrati^ sous le 
nom de Diserte ^ a fait imprimer: 
De Fliœnice in numismate imper. 
Anlonini Caracallœ expressd epis- 
tola^ Venise, i6B3, in-4^.j ouvra- 
ge dont Bayle a fait l'ëloge : mais 
il a commis une singulière erreur 
( Nom. de la Rép. des lettres, avril 
1687 ) , en faisant les trois dames 
dont on vient de parler, épouse et 
fdles de Gui Patin , dont elles n'é- 
taient que les bru et petites - fdles. 
M°^^. Briquet attribue à G. G. Patin 
un Panégyrique de Louis XIV , 
prononce, en i685, dans l'acade'- 
mie de Padoue ; mais il n'en est pas 
fait mention dans la Bibliothèque 
historique de la France. A.. B — t. 
PATINHO ( Balthasar ) , mar- 
quis de Castellar, diplomate au ser- 
vice d'Espagne, était né à Milan. Il 
fut d'abord intendant -gênerai d'A- 
ragon. En 1 720, il remplaça le mar- 
quis de Tolosa , en qualité de secré- 
taire du conseil de guerre • et , quoi- 
qu'il s'accordât peu avec le directeur 
des finances, marquis de Campo- 
Florido , il continua d'exercer ses 
fondions jusqu'en 1725, lorsque le 
duc de Eipperda fut fait premier 
ministre. Sa place lui fut rendue 
en 1726. Quatre ans après, il fut 
envoyé en France , comme ambas- 
sadeur extraordinaire , pour insis- 
ter sur l'éxecution du traité d'al- 
iiance de Scville. A Paris , il se mon- 
tra trcs-zélë pour les affaires de son 
t:ouvcrnement, et eut même recours 



PAT 

aux menaces , sans avancer d'abord 
dans ses négociations : il paraît qu'il 
eut ensuite plus de succès. Ayant 
occupé son poste pendant trois ans, 
il mourut à Paris , le 19 octobre 
1733 , revêtu de l'habit des Car- 
mes, et fut enseveli dans l'église de 
cet ordre ; mais il laissait des det- 
tes considérables. — Son frère aîné, 
Joseph Patinho, ministre d'Espa- 
gne, né en 1667, fut d'abord jé- 
suite, au collège de Rome. Il quitta 
cet ordre pour se rendre auprès 
de son frère à Paris. Celui - ci l'en- 
voya en Espagne , où il ne tarda pas 
d'occuper les premiers postes dans 
le gouvernement. Nommé, en 171 3, 
intendant de l'armée en Catalogne , 
il eut , l'année suivante , la charge 
de gouverneur de cette province , 
puis celle de secrétaire des finances 
des Indes. En 1716, i] eut le dé- 
partement de la marine : mais , à 
la chute du cardinal Alberoni , en 
1720 , il perdit son ministère; on 
lui donna le gouvernement de l'An- 
dalousie , avec le commissariat- gé- 
néral de la guerre ; ce qui lui fit 
diriger l'embarquement de l'armée 
destinée pour l'Afrique. Il fut en- 
core , pour peu de temps, secrétaire 
des affaires de la marine et des In- 
des ; puis, à l'avènement du duc de 
Ripperda au ministère, il fut obligé 
de lui céder ces charges , et d'ac- 
cepter celle de résident d'Espagne à 
Bruxelles : mais , avant qu'il se fût 
mis en route pour celte espèce d'exil, 
la disgrâce de Ripperda lui rendit , 
en 1726, le secrétariat des affaires 
de la marine et des Indes, et il y 
joignit les finances et la direction- 
des revenus du roi. Dès -lors il n'y 
eut plus que le marquis de la Paz 
plus puissant que lui. Soutenu parla 
faveur de la reine , dont il secondait 
l'ambition en habile courtisan^ il 




PAT 

profita du voyage de la cour aux 
trontièrcs du Portugal et de son sé- 
jour à Séville, pour diminuer l'in- 
fluence du marquis : celui-ci en effet 
perdit sou crédit , cl mourut en 1 7 34. 
îlien ne gêna plus l'ascendant de Pa- 
tinlio, en qui la reine , Italienne com- 
me lui, eut la plus grande confiance. 
Exerçant un pouvoir très-ëtendu , il 
tint dans la plus grande sujétion la 
noblessed'Espagne,ettravaiila, d'ac- 
cord avec sa souveraine, à soumet- 
tre l'Italie au cabinet de Madrid. 
Une maladie grave l'arrêta dans celte 
carrière brillante. Il venait de rece- 
voir le collier de la Toison-d'or. 
Peu de jours avant sa mort, le roi 
lui envoya le diplôme de grand d'Es- 
pagne, avec la faculté de transmet- 
tre cette dignité à l'un de ses pa- 
rents à son choix. Patinlio expira , 
le 3 novembre 1736, au cliâteau de 
Saint- Ildefonse. Le roi lui ordonna 
des funérailles pareilles à celles des 
infants, et enjoignit à tous les grand* 
présents à Madrid , d'y assister. Son 
corps fut enseveli dans l'église du 
noviciat des Jésuites. D — g. 

PATISSON (Mamert) , né à Or- 
léans, dans le seizième siècle, fut 
imprimeur à Paris, et se distingua 
tellement dans son art, que, quoi- 
qu'il n'ait rien écrit , Lacroix - du- 
Maine lui a donné place dans sa 
Bibliothèque française, a Une clioi- 
» sit que de bonnes copies , et com- 
» posées parliommes doctes, lesquel- 
» les il imprime fort correctes , de 
» beaux caractères, sur bon papier 
» et de belles marges, qui sont tou- 
» tes les perfections de l'imprimerie; 
» eu quoi il ne dégénère de MM. les 
» Eslienne , en la maison desquels il 
» a pris alliance , ayant épousé la 
» veuve du fils de Robert Eslienne, 
» père de Henri. » Régnier, dans sa 
4®. satire , adressée à Motin , sou- 
xxxiii. 



PAT 199 

liaite à son ami , que ses t)uvrages 

Soient imprimé» des mains de Pâtisson. 

Pâtisson était aussi savant qu'ha- 
bile : il possédait le grec et le latin. 
Il avait épousé, en i58o, la veuve 
de Robert Eslienne , second du nom 
( r. EsTiENNE , XIII , 397 ). Quel- 
ques biographes fixent 8a mort à l'an- 
née 1606; mais c'est une erreur: il 
mourut en 1600; c'est du moins ce 
qu'on a droit de conjecturer, d'a- 
près une lettre de Gasaubon , du 1 3 
juillet 1602, où il est parlé de Pâ- 
tisson, qui antè hiennium iransiit. 
A. B— T. 
PATKUL (Jean-Renaud de), Li- 
vonicn d'origine, naquit, à ce que 
l'on croit , en 1660, dans une prison 
de Stockholm, où sa mère tenait 
compaj^nie à son père, enfermé pour 
avoir laissé prendre la ville de Vol- 
mar par les Polonais. Le jeune Pat- 
kul entra au service de Suède , et ob- 
tint le grade de capitaine : il n'eu resta 
pas moins fermement attaché aux in- 
térêts de la Livonie sa patrie , où il 
avait des possessions considérables ; 
et lorsque CharlesXI eut excité le raé- 
contentement des Livonicns par ses 
atteintes aux droits et privilèges de 
cette province , Patkul fit partie de 
ladéputatiou de l'ordre équestre , qui 
fut appelée, en i6Bg , à Stockholm , 
pour être consultée. Il se distingua 
dans cette mission par la chaleur et 
la franchise avec lesquelles il défen- 
dit seul les intérêts de ses compa- 
triotes : le gouvernement parut dis- 
posé à céder à ses propositions ; mais 
comme on continua d'enfreindre les 
privilèges de la Livonie , Patkul , 
ayant dirigé la diète à Wenden , 
fut chargé par celte assemblée de 
rédiger de nouvelles représentations 
au roi, cl fut député, en 169a, 
auprès du gouverneur -général suc- 

9 



i3o 



PAT 



dois à Rrga, afin de rcnouvcicr les 
représentations des Livoniens contre 
ia conduite arbitraire de la Suède. La 
diète adressa au roi le mémoire dans 
lequel il avait peint l'oppression de 
sa patrie , d'une manière si peu me- 
surée , que le seul ellct que produisit 
cette pièce fut de faire passer Patkul 
à la cour de Stockholm pour un sé- 
ditieux : il fut mande avec quelques 
autres nobles pour rendre compte de 
ses démarches. Ayant eu, à cette épo- 
que, une querelle avec le chef de son 
bataillon , il s'était réfugié en Cour- 
lande : cependant un sauf-conduit h 
protégea dans sa route jusqu'à la 
capitale de la Suède. Il trouva, à la 
cour, une telle exaspération contre 
lui /qu'il chercha de nouveau un asile 
enCourlande. On lui fit son procès , et 
jpar jugement du 'j dc'cembre 1694, 
il fut condamné a avoir la main droi- 
te et la tête coupées: la même sentence 
prononça la confiscation de ses biens 
et l'anéantissemenf de ses écrits sur 
un bûcher par la main du bourreau. 
Patkul y ne jugeant pas prudent de 
rester à la merci de ceux qui le pour- 
suivaient, se cacha d'abord en Suisse: 
il séjourna quelque temps au château 
de Prangin , chez le ministre prus- 
sien Dankelmann , et s'y occupa 
d'une traduction française de l'ou- 
vrage dePuffcndorf, De Officia ho- 
ininis et civls. Il erra ensuite dans 
la haute Italie et la B'rancc; mais son 
humeur active et inquiète, qui ne 
pouvait s'accommoder du repos , et 
le mauvais succès des démarches 
faites pour obtenir sa grâce en 
Suède, lui firent accepter du service 
en Saxe , où il fut nommé en 1698 , 
conseiller intime. Comme l'électeur 
de Saxe, roi de Pologne, méditait 
alors ime guerre contre les Sué- 
dois, il est probable que ce fut la 
vengeance qni engagea Patkul à scr- 



pat 

vir Augu-îte II ; d'autant plus que 
Charles XII, récemment parvenu au 
tronc , venait de refuser de faire 
grâce à ce gentilhomme. Patkul fut 
dès-lors un ennemi redoutable pour 
le roi de Suède. Poussé ])ar la ven- 
geance et par le patriotisme, son 
énergie s'exerça dans les négociations 
diplomatiques qin devaient resserrer 
l'alliance de la Pologne et delà Rus- 
sie contre la Suède. Envoyé, en 1702, 
à Petersbourg , il remplit son man- 
dat avec succès^ et son activité fut 
appréciée par Pierre P^', qui le prit à 
son service , et le nomma commis- 
saire-général des guerres, puis mi- 
nistre plénipotentiaire auprès du roi 
de Pologne. Alors Patkul essaya de 
soulever la Livonic ; mais il n'y 
trouva pas les esprits disposés à 
une révolution. Trouvant le poste 
d'ambassadeur trop pacifique pour 
son ardeur habituelle , et s'accom- 
modant peu, suivant Voltaire, des 
hauteurs du général Flemming favori 
du roi, qui était encore plus impé- 
rieux et plus vif que lui, il demanda, 
en 1702, à commander le corps de 
troupes russes envoyé au secours 
du roi de Pologne j ce qui lui fut ac- 
cordé, avec le grade de lieutena 
général. Dirigeant alors contre 
Suède à-la-fois sa plume et son épé 
il prit Varsovie, et écrivit le pa 
phlet de VEcho ( i ) ; il avait publ 
auparavant les actes de son procès 
après l'avoir fait reviser à Leipzig 
par un tribunal d'échevins qui le 
reconnurent innocent : il avait aussi 
travaillé au manifeste du roi de Po- 
logne.Cet écrit fut brûléà Stockholm 
par la main du bourreau. Une ven- 
geance aussi facile ne put manquer 

(i) Du moins on lui attribue, ce pamphlet '^niMii 
en 1702, dont voici le titre» Ecjio on Réponse le 
i^ale aux libelles impudents , répandus par les in 
jantes Suédois contre S, M. le roi de l'ologne, < ; 
suiloul contre le conseiller intime M, de Patkul. 



ac- 

I 



1 



PAT 

d'être imitde ; et l'on en nsa de même 
à Moscou, à l'égard du manifeste de 
la Suède. Charles XII n'en devint 
que plus animé contre Patkul, qui , 
travaillant sans relâche à augmenter 
le nombre des ennemis de la Suède, 
fît aussi quelques démarches pour 
entraîner le cabinet de Berlin dans 
la coalition. Il devait épouser la ri- 
che veuve du ministre danois près 
la cour de Saxe, Cay do Rumohr ; 
et son bonheur semblait assuré , 
quand l'orage se forma sur sa tête. 
Le roi Auguste , ami des plaisirs , 
souverain peu scrupuleux et allié 
peu sûr, s'impatientait de voir son 
pays envahi par les ennemisj et, sans 
avoir c'gard à son alliance avec la 
Russie , il voulut se ménager une 
paix séparée avec la Suède. Ce pro- 
jet *, tenu secret , ne put échapper 
aux yeux pénétrants de Patkul , qui 
aussitôt en informa le czar, et en 
fît de vifs reproches au ministre 
de Saxe. 11 paraît que depuis lors le 
sacrifice de sa personne fut résolu. 
On le rendit suspect à la cour de 
Saint-Pétersbourg , comme un hom- 
me qui trahissait à-la-fois la Russie 
et la Pologne. Auguste le fît arrêter 
avec dix - huit personnes qui lui 
e'taient attachées , pour l'enfermer 
dans la forteresse de Kœnigstcin. On 
articula contre lui divers chefs d'ac- 
cusation , qui prouvent moins sa cul- 
pabilité que l'envie qu'on avait de 
le condamner. On prétendait qu'il 
avait mal parlé du roi Auguste , qu'il 
avait voulu le brouiller avec le czar, 
et faire passer au service d'Autri- 
che le corps d'armée russe envoyé 
en Saxe ; qu'il avait correspondu 
avec la Suède , etc. Il est vraisem- 
blable que Charles XII avait déjà 
dicte au roi de Pologue la condi- 
tion de livrer Patkul, et qu'Auguste 
ciierchait des prétextes pour rcm- 



PAT i3r 

plir cette condition , sans avoir à 
rougir de ce que l'Europe pourrait 
regarder comme une violation du 
droit des gens. Ce prince était d'ail- 
leurs trop humilié par le roi de 
Suède , pour pouvoir être bien difTi- 
cile sur le point d'honneur. Obligé de 
souscrire au traité d'Alt-Ranstadt , 
qui le dépouillait d'un tronc , il s'en- 
gagea formellement à livrer Patkul. 
On prétend que, de peur d'olFenser 
la Russie, et par un reste d'huma- 
nité, il facilita au malheureux pri- 
sonnier le moyen de s'évader ^ que 
le gouverneur de la forteresse voulut 
faire payer à Patkul son élargisse- 
ment; que celui-ci , par avarice , ou 
manquant d'argent , refusa , étant 
persuadé qu'il ne tarderait pas à être 
mis eu liberté ; et que, sur ces entre- 
faites, les gardes arrivèrent pour le 
livrer aux troupes suédoises. Conduit 
d'abord au quartier-général d'Alt- 
Raustadt, il fut traîné à la suite de 
l'armée, à Casimir, en Pologne. Un 
conseil de guerre, chargé par Char- 
les XII de le juger avec la dernière ri- 
gueur, lui fit son procès, et le con- 
damna, comme traître à la patrie, 
à être roué , puis écartelé. Ce sort af- 
freux, si dilFcrent de celui dont il 
venait de jouir, lui fit verser un tor- 
rent de larmes dans le sein du cha- 
pelain qui vint le préparer à la mort. 
Il chargea cet ecclésiastique de por- 
ter ses derniers adieux à la dame avec 
laquelle il était fiancé; et lorsque, 
le lo octobre 1707, il fut conduit 
au supplice , l'aspect des horribles 
apprêts de son exécution le fit re- 
culer d'effroi. Ce supplice , pro- 
longé encore par la maladresse du 
bourreau , fut des plus cruels. Après 
avoir été roué, et respirant encore , 
Patkul fut décapité j et son corps , 
coupé en quatre quartiers , demeura 
expose sur la roue. Pierre P'". avait 



i3i PAT 

en vain réclame son ancien ambas- 
sadeur. Il regarda apparemment le 
roi Auguste comme trop malheu- 
reux lui-même pour lui faire des 
reproches d'avoir ainsi livre' un 
homme qui n'était plus à son ser- 
vice. Voltaire raconte qu'en 17 13, 
Auguste , étant remonté sur le trô- 
ne y fit recueillir les ossements de 
Patkul, et les montra dans une cas- 
sette à l'envoyé de France , Buzen- 
val , en disant: «Voilà les mem- 
» bres de Patkul, » sans rien ajouter 
pour blâmer ou pour plaindre sa 
mémoire , et sans que personne de 
ceux qui étaient présents osât par- 
ler sur un sujet si délicat et si triste. 
Quelques historiens n'accusent du 
sort affreux de Patkul que le des- 
potisme et la cruauté de Charles XII; 
mais comment justifîerait-on le roi« 
électeur , sur qui pèse la honte de 
l'avoir livré! Le début de la carriè- 
re de ce personnage parut offrir ua 
ami ardent et sincère de sa patrie } 
mais dans la suite il se montra plus 
empressé de se venger des rigueurs 
qu'il avait essuyées, que de travail- 
ler à délivrer la Livonie du joug sué- 
dois. Il ne fut jamais question, dans 
tous ses démêlées avec la Suède si 
agitée, de la nation Livonienne,mais 
seulement de quelques privilèges de 
l'ordre Equestre , dont Patkul faisait 
partie. Sa Vie a été publiée à Berlin , 
en 3 vol. in-B'^. , 1792-97; le pre- 
mier contient ses rapports officiels 
faits au czar, pendant qu'il était mi- 
nistre de Russie auprès d'Auguste II; 
les deux autres volumes sont consa- 
crés au récit de ses aventures et de 
sa fin tragique. D — g. 

PAÏON ( JlicHARD ) , peintre de 
marines, et graveur à l'eau-fof te , 
naquit en Angleterre vers l'an 1720. 
C'est surtout par ses taj^leaux repré- 
sentant des Combats de mer , qu'il 



PAT 

s'est acquis une réputation méritée. 
Le coloris , la perspective , la cha- 
leur de l'action , la vérité et la viva- 
cité de la scène , tout contribue à 
donner un grand prix à ses ouvra- 
ges, qui exercèrent le burin des plus 
habiles graveurs. Parmi ses tableaux, 
on cite quatre vues , représentant 
les opérations de la flotte russe 
contre les Turcs , dans la guerre de 
1 770 ; telles que , les Russes s' avan- 
çant pour attaquer les Turcs dans 
la baie de Tchesmé ; le Combat des 
deux jlottes -pendant la nuit'^ la Dé- 
faite des Turcs ; et la Destruction 
et V incendie de leur Jlotte. Cette 
suite a été gravée d'une manière su- 
périeure , par Canot , Mason et 
Watts , en 4 planches , grand in-fol. 
On cite encore la Défense de Gi" 
braltar contre les attaques combi- 
nées de la France et de V Espagne , 
dans la nuit du 1 3 «w 1 4 septembre 
i']8ii et là Défaite du comte de 
Grasse , par V amiral Bodnej , le 
i-i avril 1784. Enfin, on lui doit 
une suite des combats maritimes les 
plus mémorables de la guerre d'A- 
mérique. Lui-même a gravé avec 
beaucoup de goût et d'intelligence 
plusieurs eaux -fortes d'après ses 
propres dessins, entre autres, les 
pièces suivantes : I. Combat de mer 
livré le 21 septembre 1758, entre 
les Français et les Anglais. II. 
Combat de mer , livré le 18 février 
1768, au clair de lune, entre le 
Montmouûi y vaisseau anglais y et 
le Foudroyant , vaisseau français, 
III. Combat de mer entre le vais- 
seau anglais le Buckingham , et 
le vaisseau français le Florissant , 
soutenu de deux frégates , livré le 
3 novembre 1 738. P — s. 

PATORNAY ( Philippe ), ^prédi- 
cateur , né en 1 SqS, a Salins , d'un< 
famille noble qui aproduit plusieui 



PAT 

hommes de mérite, entra, dès l'âge 
de dix-huit ans, dans l'ordre des 
Minimes , qu'il contribua à propa- 
ger dans le comté de Bourgogne. 
Après avoir professé la philosophie 
et la théologie, il se consacra à la 
prédication avec tant de succès , 
que Ferdinand de Rye , archevêque 
de Besançon , le demanda au Saint- 
Siège pour l'un de ses suffragants , 
et le sacra, en i632, ëvêque de 
Nicopolis. Le modeste prélat con- 
tinua de distribuer au peuple le pain 
de la parole, et mourut à Besançon, 
le i^r^ août 1639, pleuré des pau- 
vres pour sa douceur et sa charité. 
Patornay était savant dans la théo- 
logie et dans les langues anciennes ; 
il possédait aussi l'hébreu. 11 n'a 
publié que quelques Thèses; mais 
il a laissé en manuscrit un recueil 
de Sermons y et un abrégé des con- 
troverses de Bellarmin , qui était 
conservé dans la bibliothèque des 
Minimes , à Rupt, bailliage de Grai. 
— Léonard Patornay , jésuite, pa- 
rent de l'évêque de Nicopolis, mort 
à Besançon , la même année , fut un 
savant controversiste, et mérita l'es- 
time du cardinal de Richelieu , qui le 
chargea plusieurs fois de répondre 
aux écrits des ministres protestants. 
Il a publié , sous un nom supposé : 
Declarationes multorum deducto- 
rum ad ecclesiœ castra. ( Voy. la 
Bihl. soc, Jesu , p. 554- ) W — s. 
PAÏOUILLÈRE. roy. Lyrot. 
PATOUILLET ( Nicolas ) , jé- 
suite, né à Salins, en i6'^^2, fut 
destiné de bonne heure à la carrière 
évangélique , et , après avoir prê- 
ché dans les principales villes du 
royaume , fut nommé supérieur de 
la mission française à Londres : il 
remplit long-temps cet emploi dif- 
ficile; et ayant obtenu la permis- 
sion de déposer \\n fardeau que 



PAT 



33 



Fâge lui rendait pénible, il se re- 
tira dans la maison de son ordre 
à Besançon , où il continua de se 
livrer à la direction des amcs jus- 
qu'à sa mort, arrivée le premier 
novembre m 10. C'était un homme 
d'une austère probité: un de ses pé- 
nitents lui ayant déclaré qu'il avait 
légué aux Jésuites toute sa fortune 
qui était considérable , le P. Patouil- 
let lui représenta qu'il avait des pa- 
rents pauvres, ses héritiers naturels, 
et plaida leur cause avec tant de cha- 
leur, qu'il parvint à faire annuler le 
testament qui les dépouillait. On a du 
pèrePatouillet : I. Sentiments d\ine 
aine pour se recueillir en Dieu , 
Besançon, i70o,in-i2. M. Beato 
Francisco de Sales , episcopo Gène- 
vensi panegrricus , dictus Cambe- 
rii^postr. idus noyembr. ^ 1663 ; 
prœmittitur epist. ad Franc, de 
Bertrand de Chamousset. ( Catal. 
des Mss. de la bibliothèque du roi , 
îv, 4o4) w°' 785B. ) — Patouillet 
( Etienne ) , frère du précédent , né 
à Salins en iG34, *e distingua éga- 
lement dans la carrière de la chaire. 
Les succès qu'il obtint lui méritèrent 
la bienveillance de l'archevcqucA.P. 
de Grammont, qiri, voulant le fixer 
dans son diocèse , le pourvut de 
plusieurs bénéfices. II venait d'être 
nommé abbé d'Acey , lorsqu'il mou- 
rut à Salins , le 6 janvier 1696 , à 
Tàge de 6'l ans. On a de lui : Orai- 
son funèbre de Marie-Thérèse d'Au- 
triche , reine de France^ Besançon , 
1684, in 8°. W— s. 

PATOUILLET ( Louis ) , jésuite, 
né à Dijon, le 3i mars 1O99, étu- 
dia, dans cette ville, sous le père Ou- 
din , et entra dans la Société , où, sui- 
vaut l'usage , il fut d'abord employé 
dans renseignement. Il résida quel- 
que temps à liaon, prêcha devant le 
roi Stanislas , à Nanci, et fut ap- 



i34 



PAT 



pclcî ensuite à Paris où il demeurait 
dans la maison professe. Ses pre- 
miers essais furent des Poésies di- 
verses sur le mariage du roi en 1 7^5, 
et un Poème latin sur la convalesccn- 
ce du même prince, en 172g. De- 
puis il s'occupa de matières plus 
sérieuses ; il fut un des principaux 
rédacteurs du Supplément aux Nou- 
velles ecclésiastiques , que les Jé- 
suites opposèrent à la Gazette jansé- 
niste, et qui parut de 1784 à 17 43, 
dans le même format que les ÎVou- 
celles. On lui attribue plusieurs 
écrits anonymes sur les affaires du 
temps, tels, que V Apologie de Car- 
touche ^ ou le scélérat justifié par la 
grâce du père Quesnel , 1733, in- 
12; les Progrès du Jansénisme, 
par frère Lacroix- ^ Quiloa, 1743, 
in- 1 2 ; deux Lettres à un éi^éque 
mr le Vwre du père Norbert 1 7 4 5 ; 
une Lettre sur V art de vérifier les 
dates j 1780; V Histoire du F elagia- 
nisme, 1767, 1 vol. in- 12 (i); les 
Entreliens d'Anselme et d'Isidore 
sur les affaires du temps, i75G, 2 
parties in- 12 ; une Lettre d'un ec- 
clésiastique àV éditeur des OEuvres 
d'Aniauld, 1 769, in-12, etc. Chargé 
de continuer le recueil des I^ettres 
édifiantes , après la mort de Dulial- 
de, en 1743, Patouillet publia le 
27 «. recueil de ces lettres en 1749? 
et le 28''. en 1758, 11 avait préparé 



(1) Ce livre est dédié au j)ape Cle'niPnt XIII, qni 
adressa à l'auteur un bref honorable , inséré dans la 
ti aduction italienne, publiée par le P. Ambrogi , Ro- 
i«e, l'jÛS, et Assise, 1783. La première partie avait 
déjà paru , sans nom d'auteur , sous le titre de Fie 
• Le Péloge, en in5i : l'auteur du Dictionnaire des 
nnouymes dit, sur la foi de Fabbé Goujet, que cette 
vie est un roinaa et une sat.jre , et que Y auteur ex- 
travagant ne fait que des portraits fV imagination 
(t. II, pag. 44t» ). J'avoue que je n'ai rien trouvé 
d'extrava-^unt dans la Vie de Pelage , mais bien une 
liistoire assez exacte des erreurs de ce clief de sec- 
te, et une assez juste appréciation de Tcsprit de ses 
partisans, Goujet était tropaltacbéà iiu parti contre 
irqucl PutouiJUts'rtnit déclaré, pour que »on j<igo- 
juojit sur ic juMutw ire «oit pas un peu suspect. 



PAT 

le tome XXXI, qui fut mis au jour 
par un de ses confrères j et il lit 
encore paraître, en 1 776 , hs tomes 
XXXIII et XXXIV. C'est de lui qu'est 
la deuxième édition de la Bibliothè- 
que janséniste, imprimée en 1702, 
sous le titre de Dictionnaire des li- 
vres jansénistes ou qui favorisent 
le Jansénisme, Anvers , 4 ^'0Ϋ in- 
ï'2: on a lieu de croire qu'au lieu 
à! Anvers il faudrait lire Lyon; et 
l'ouvrage doit y avoir été réim- 
primé en 1755. Il fut mis à l'Index 
à Rome, par décret du 11 mars 
1754. Patouillet y étend effective- 
ment à l'excès la note de jansénisme, 
et l'applique à des théologiens ca- 
tholiques , et à des écrivains étran- 
gers à cette controverse , entre au- 
tres à M"^^. de iSévigné. Feller dit 
qu'on a encore attribué à ce Jésuite 
la Réalité du projet de Bourg- 
Fontaine, mais qu'il est plus vrai- 
semblable que cet écrit est du père 
Sauvage ; jésuite de Lorraine ( V, 
FiLLEAU ). Patouillet a sans doute 
composé plusieurs des brochures 
qui parurent _, soit sur les refus de 
sacrements, soit pour la défense de 
sa société, lors dés arrêts du Par- 
lement contre elle j mais nous ne 
saurions déterminer , avec certi- 
tude, quels sont ceux de ces écrits 
qui lui appartiennent. 11 fut employé 
par M. de Beaumont, archevêque 
de Paris, dans les querelles que ce 
prélat eut à soutenir avec les Parle- 
ments ; c'est , sans doute , ce qui lui 
attira l'ordre de quitter Paris en 
1756. Il demeura quelque temps 
cliez M. de La Motte , évêque d'A- 
miens , et depuis chez JM. Bauyn , 
évêque d'Uzcs , l'un et l'autre très- 
attachés aux Jésuites. Dans ses der- 
nières années , il s'était retiré à 
Avignon ; et il y mourut , en 1779. 
On trouve un jugement très-houora" 




PAT 

Lie sur lui dans le tome vi de l'édi- 
tion des Lettres édifiantes , donnée 
par le père Querbeuf, en 1780 et 
1781. On lui a reproclië de n'a- 
voir pas conservé assez de criti- 
que et de mesure; mais ses adver- 
saires ne lui eu avaient guère donné 
l'exemple : ils parlent de lui avec 
beaucoup de mépris dans leurs ou- 
vrages ; et Voltaire a joint quel- 
quel'ois le nom de Patouillet à ceux 
dès écrivains qu'il voue au ridicule 
dans sa Correspondance et dans ses 
Facéties. Il lui attribue un man- 
dement public eu faveur des Jésuites 
par M. de Montdlet , archevêque 
d'Aucli ; cette attribution n*est pas 
suffisamment justifiée : mais on est 
fondé à croire , en général , que Pa- 
touillet fut chargé , par plusieurs 
évêques , de rédiger des écrits sur 
les querelles de ce temps-là ; et celte 
marque de confiance n'a ricu qui ne 
lui fasse honneur. P — c — ï. 

P ATRAT ( Joseph ) , né à Arles 
en i']3i ou environ , et mort le 4 
juin 1801 , embrassa d'abord la pro- 
fession de comédien, puis celle d'au- 
teur ; à ce dernier titre , il a obtenu 
quelques succès. La liste de ses com- 
positions dramatiques s'élève à ^7 , 
suivant sa famille. Nous sommes 
loin d'avoir pu nous jirocurer tous 
ses ouvrages ; et cela vient , sans 
doute , de ce que Patrat les a don- 
nés en divers pays. Voici la liste des 
pièces imprimées que nous connais- 
sons : les Deux Morts ; Y Anglais 
ou le Fou raisonnable ; les Dé- 
guisements amoureux ou la résolu- 
tion inutile; le Présent ou V heureux 
Quiproquo; les Deux Grenadiers 
ou les Quiproquos ; V Officier de for- 
tune ou les deux Militaires ; Y heu- 
reuse Erreur; V Amour et la Raison 
ou les Volontaires Orléanais ; les 
Méprises par î^sscmblance ; Isa- 



PAT 



i3; 



belle de Rosalvo ; le Complot inu- 
tile ; ( avec Jaufïret et Weiss le tra- 
ducteur ) les deux Frères^ imités de 
l'allemand ; la Pension genevoise ou 
V Education , reproduite sous le ti- 
tre de X^Pension des jeunes demoi- 
selles; François et Roujfignac ; les 
Amants Protèes ; Mirza ou le pré- 
jugé de V amitié; Prologue ( pour 
rOdéon ) ; ( avec Weiss ) Honneur 
et indii^ence; le Sourd et VAvew^lt'; 
la Petite Rusée ; Toherne ou le pê- 
cheur suédois -^ la Vengeance ;V Or- 
pheline ; la Fête du cœur ; V Heu- 
reuse Ressource ou le Pouvoir du 
zèle; Il nefautpas condamner sans 
entendre; ï Espiègle; le Répertoire, 
prologue; les Contretemps ( de La- 
grange ) réduits en un acte ; le Dé- 
serteur ( de Mercier ) , retouché. 
Les pièces qui n'ont pas été impri- 
mées sont : le p^alet mal servi ; 
Henneval de Saint-Méry ; le Kar- 
messe ou la foire allemande '^ Toi- 
nette et Louis; Adélaïde de Mirval; 
le Point d'honneur; les Étrennes ou 
les débats des Muses; le Concilia- 
teur à la mode ou les Etrennes du 
public. A, B — T. 

PATRIÂRGHI (Gaspar), litté- 
rateur , né en 1 7 09 , à Padoue , mais 
Florentin d'origine , fit ses études à 
l'université de cette ville, y prit 
ses degrés en droit , puis embrassa 
l'état ecclésiastique, et, ayant ga- 
gné raffection de l'abbé Ant. Conti , 
fut , par sa protection , employé 
à Venise , à l'éducation de la jeune 
noblesse. Le comte Algarolli faisait 
grand cas de son jugement, et lui sou- 
mettait, dit-on, tous ses ouvrages. 
Après trente ans de séjour dans cette 
capitale , l'abbé Patriarchi revint 
dans sa ville natale , où il fut un des 
membres les plus distingués de l'a- 
cadémie que l'on y rétablit à cette 
époque, et nommé l'un des prcrai^j's 



i36 



PAT 



académiciens pensionnaires , dans la 
classe de pliilosopliic rationnelle. Il 
y mourut peu après, eu 1780, re- 
gretté de tous ceux qui avaient pu 
apprécier ses talents et son carac- 
tère. On a de lui , outre quelques 
Opuscules en vers et en prose, dans 
les journau-x , une traduction ita- 
lienne des Saints devoirs de la mort , 
par le père Lallemaiit , suivi du 
Traité de Bossuet , sur l'agonie de 
Jés. - Chr. , Vérone , 1 768 , in - 1 2 ; 
un Traité des tropes , etc. : mais 
son principal ouvrage est le Foca- 
holario veneziano e padovano co' 
iermini e modi corrispondenti tos- 
cani , Padoue , 1775 , in-4^. de 
388 pages; livre curieux et impor- 
tant pour la connaissance des divers 
dialectes de la Lombardie orientale, 
et pour la lecture des poètes assez 
nombreux qui ont fleuri dans cette 
contrée. L'auteur en préparait une 
édition augmentée du double; mais 
il ne put l'achever. On trouve l'Éloge 
de ce savant dans le Saggi scientifici 
delV accademia di Paduva , tome 1, 
page 8, Padoue, 1789. W — s. 

PATRICE ( Saint), apôtre d'Ir- 
lande, naquit en 372, à Bonaven 
Tahernœ , qu'on croit être le bourg 
de Kill-Patrick en Ecosse. Mais d'au- 
îres le font naître dans la Bretagne 
Armorique ( Foj, Niall , XXXI , 
aoo ). 11 était d'une noble famille, 
Breton par sa mère, nièce, selon 
quelques-uns, de Saint-Martin de 
Tours , mais , par son père , citoyen 
d'une ville soumise à la domination 
romaine. A peine dans sa seizième 
année , il fut enlevé à ses parents par 
des barbares , mené en Irlande , et 
réduit à garder les troupeaux, non 
comme chef, mais avec les servi- 
teurs de son père , devenus ses com- 
pagnons. La croyance chrétienne 
dans laquelle il avait été élevé , mais 



PAT 

que de son aveu il n'avait pas encore 
pratiquée , lui apprit à supporter son 
malheur avec fermeté , et à se rési- 
gner à la Providence. Après six an- 
nées , il eut quelque pressentiment 
que son esclavage allait finir, et qu'un 
voyage heureusement tenté devait l 
rendre à sa patrie. Dans cette pei 
sée , qu'il crut être un avis du Cie 
il se jnit en route , malgré l'éloigne- 
ment de la côte, et trouva un navire 
prêt à partir. Mais ce ne fut qu'après 
tien des instances que le pauvre Pa- 
trice fut reçu au nombre des passa • 
gers. Ayant abordé au nord de l'E- 
cosse, et , à la suite de divers inci- 
dents , étant rentré dans la maison 
paternelle , il y demeura quelques 
années, non sans essuyer de nou- 
velles traverses. Cependant , il son- 
geait toujours au temps de sa capti- 
vité en Irlande; et plusieurs yisions 
qu'il eut , et qu'il rapporte dans sa 
Confession , lui montraient les en- 
fants d'une terre étrangère , qui l'ap- 
pelaient, en formant des souhaits 
pour leur conversion. Brûlant d'ac- 
complir ce vœu, il n'alla point dans 
les Gaules , comme l'ont dit quel- 
ques biographes 7 voir saint Martin 
de Tours, qu'il eût néanmoins dé- 
siré visiter, ainsi qu'il le confesse. 
Il ne voyagea pas non plus en Italie , 
où les mêmes auteurs , le confon- 
dant avec Pallade ( Foj. ce nom ) , 
lui font recevoir du pape Céles- 
tin, en 43 1, sa mission pour l'Ir- 
lande, où il n'arriva que posté- 
rieurement. Saint Patrice témoigne 
lui-même qu'il reçut l'ordination au 
sacerdoce et à l'épiscopat^, dans son 
propre pays, pour se préparer aux 
fonctions auxquelles il se sentait ap- 
pelé. Il éprouva beaucoup d'oppo- 
sition dans sa famille, et de la part 
du clergé , qui voulut le retenir 
par des offres avantageuses. Mais il 



u 



PAT 

s'affermit par la prière dans sa re'so- 
lution; et , comme il le dit , ne d'un 
pcre de'curion , il vendit sa noblesse 
selon la chair, pour se faire servi- 
teur de J.-G. , chez les autres. Patrice 
passa en Irlande; et maigre les obsta- 
cles qu'il y rencontra, ses prédica- 
tions, soutenues par sa patience , le 
maintinrent dans un pays où Pallade 
n'avait lait que séjourner. Il osa , des 
la première année de sa mission , 
prêcher J.-G. dans l'assemblée des 
clans ou états d'Irlande, à Tarah, 
la résidence du monarque, et le chef- 
lieu des Druides. Sa doctrine fut re- 
poussée par le fils d'O-Neil, mais 
accueillie par les autres rois ou prin- 
ces , dont plusieurs se convertirent 
au christianisme ( i ). L'un d'entre eux 
ayant donné l'hospitalité à saint Pa- 
trice , qui fit chez lui sa première 
pâque, lui confia son fils Benen ou 
Bénigne, associé depuis aux travaux 
de l'apôtre, et destiné à lui succéder. 
Pour seconder les progrès de l'ins- 
truction , il ordonna des ministres , 
et institua des églises, mais sans re- 
cevoir aucun don ni offrande , et en 
faisant même libéralement tous les 
sacrifices pour s'attirer la protection 
des chefs , et favoriser la propaga- 
tion de l'Evangile. Cependant , dans 
une despaques où i4 avait confirmé de 
nombreux catéchumènes , une inva- 
sion pensa lui ravir soudain tout le 
fruit de ses travaux. Gorotic, prince 
d'un canton du pays de Galles , quoi- 
que chrétien lui-même, vint en Irlan- 
de enlever les nouveaux catholiques , 
massacra les uns , emmena les autres 
pour les vendre à ceux des Scots ou 
des Pietés qui étaient encore idolâ- 
tres. Le sage et courageux prélat lui 
adressa une lettre , pleine de fermeté 

(i) On a VII, i l'artîcIcNiAix (XXXI, aoa),qiic 
Laogarc , ronverti par saint Patrice, CD 43a, fut 1« 
l'rcuiier roi chrétien d'IrlauU. 



PAT 



•37 



non moins que d'humilité , en se dé- 
clarant , quoique indigne, établi de 
Dieu même, évêque d'Irlande, pour 
le salut de son peuple, et en ex- 
cluant de la communion publique 
Gorotic et les siens , jusqu'à ce qu'ils 
eussent rendu la liberté aux fidèles 
serviteurs de J.-G. Gette lettre, qui 
nous a été conservée, exprime , dans 
un style franc et naif , la vive ten- 
dresse du pasteur pour son trou- 
peau , en même temps que le re- 
proche de la mort des chrétiens 
immolés par le farouche Gorotic , 
et qu'il lui montre parmi les ombres 
célestes avec J.-G. Gorotic périt; et 
la religion acheva de s'aflcrmir en 
Irlande, grâce aux soins que prit 
saint Patrice d'éclairer par l'instruc- 
tion le peuple converti à la foi. Il 
établitdes monastères où l'étude était 
jointe à la piété, et remplit l'Irlande 
d'écoles qui devinrent célèbres par 
l'enseignement des bonnes-lettres, 
formèrent une foui** d'élèves attirés 
de l'étranger, et donnèrent d'habiles 
maîtres à la France et à l'Europe. 
Le saint prélat vit fleurir ces écoles 
durant la longue période d'une vie 
séculaire consommée dans l'exercice 
de son ministère. Il paraît qu'après 
avoir fixé son siège à Armagh , dont 
les autres évêques qu'il créa dépen- 
daient, il résigna, dans sa vieillesse, 
ses fonctions archiépiscopales à sou 
coadjuteur Bénigne, pour vaquer 
aux pratiques de la retraite. Là , com- 
blé d'âge et de vertus, il écrivit sa 
Confession, où il fait , avec une piété 
sincère et une profonde humilité, 
l'aveu des fautes de sa vie, et des mi- 
séricordes dont Dieu l'avait gratifié. 
Gette Confession, quoique mêlée de 
quelques faits merveilleux attestant 
du moins la croyance simple du 
temps, offre des marques d'authen- 
ticité' et de vérité, qui méritent plus 



K?8 PAT 

clc coi^ance que les vies du saiiit 
chargées de fables, écrites par Pro- 
bus , vivant dans le di^iijème siècle , 
et par Jocelin, moine de Citcaux , 
dans le douzième. Livre' aux me'dita- 
lions de la solitude, saint Patrice ne 
négligeait pas néanmoins rétablisse- 
ment de son e'glise. Avant de termi- 
ner sa carrière, il tint plusieurs sy- 
nodes pour le consolider. Mais l'on 
n'a d'actes authentiques que du pre- 
mier, qui a pour objet la discipline. 
Les autres canons , sous le nom 
de saint Patrice , paraissent, être de 
son neveu, selon Wilkins, ou de 
q^uelqu'un de ses successeurs du mê- 
me nom. Ces canons , et d'autres 
opuscules qui lui ont été attribués , 
mis à la suite de sa Confession 
et de sa Lettre à Corolle , font 
partie de ses œuvres , publiées , avec 
des remarques critiques, par Ware, 
Londres, i656, in -8*^. La chro- 
nologie d'Usher, archevêque d'Ar- 
magli , porte la mort de saint Pa- 
trice en 493. Mais , suivant V His- 
toire bretonne de Nennius , abbé de 
Bangor en Irlande, donnée par Tho- 
mas Gale, saint Patrice serait mort 
cinquante-sept ans avant la naissan- 
ce de saint Colomb , de la province 
de Leinster, qui ne peut être proba- 
blement que le saint Colomb ou Co- 
lomban , religieux de Bangor. Or , si 
la naissance de celui-ci ( F, ce nom ) 
doit être placée en 54o, la mort de 
saint Patrice tomberait en 483 ; et ce 
prélat, dont tous les anciens biogra- 
phes attestent la longévité patriarca- 
le, serait mort âgé de cent onze ans. 
Cette date s'éloigne moins de celle 
d'Usher , adoptée par Ware , que la 
date de 4^5 donnée par Tillemont, 
ou celle de 4G4? P^ï" Alban Butler j 
et elle cadre mieux avec l'époque 
des évêques contemporains , succes- 
seurs ou disoiplos du saint. Ou a prë- 



PAT 

tendu qu'il mourut au monastère de 
Glastenbury en Ecosse : mais c'est 
un autre saint Patrice , qui fonda en 
ce lieu une communauté de moines ; 
et Guillaume de Malmesbury lui- 
même ne rapporte que comme une 
tradition l'opinion accréditée par ces 
moines, qui disputaient la posses- 
sion des reliques de l'apotre d'Irlan- 
de au monastère de Bown en Ulto- 
riie , où il fut inhumé , et dont l'é- 
glise a conservé le nom et célèbre la 
mémoire, le 17 mars, d'après les 
anciens martyrologes. Une dévotion 
superstitieuse a fait débiter égale- 
ment mille merveilles au sujet du bâ- 
ton pastoral de saint Patrice et des 
premiers archevêques d'Armagli , 
qui était gardé à Dublin dans le 
quatorzième siècle. Le purgatoire 
de saint Patrice , dont Denis le Char- 
treux , et d'autres , ont raconté tant 
de fables , était une caverne d'une 
île d'Ultonie, où sans doute le saint 
se retirait , et qui , visitée d'abord 
par la piété de la multitude , et 
profanée ensuite par des excès sous 
prétexte de pratiquer la pénitence , 
fut fermée à la fin du quinzième 
siècle, puis rouverte, et close défini- 
tivement par ordre de Henri VIII. 
Cependant la mémoire de saint Patri- 
ce continue d'être en grande vénéra- 
tion ; et un ordre respectable , qui a 
pour objet la loyauté et l'émulation 
de la vertu, porte son nom. Le roi 
d'Angleterre , dans la visite qu'il fit 
en Irlande , en 1821 , y décora du 
cordon de l'ordre de saint Patrice le 
comte de Fingal. Il semblait que cet 
hommage dut être d'un heureux au- 
gure pour l'admission des pairs ca- 
tholiques au parlement de la Grande- 
Bretagne, proposée l'année suivante 
par lord Ganning , mais qui a été 
adoptée seulement par la chaml 
d-es oommunoss. G — i 




PAT 

PATRICK (Simon ) , savant évè- 
qiic anglais, nd, eu iGît», d'un mer- 
cier de Gainsborougb , comte de 
Lincoln , et clevc à Cambridge, ve- 
nait d'obtenir la cure de Batlersea , 
lorsqu'il commença de se faire con- 
naître comme auteur, en i658,par 
un Traité sur la communion et sur 
le baptême , qui fut suivi , en i ôSg , 
d'un livre intitule : La Paix de fa- 
mé , ou Remède contre toutes les 
peines j avec un Discours de conso- 
lation , adressé particulièrement à 
ceux qui ont perdu leurs parents et 
des amis cbers, volume in- 12, sou- 
vent reimprimé. Nommé recteur de 
Saint-Paul, dans Covent-Garden, à 
Londres , il obtint l'estime de ses pa- 
roissiens , par le mérite de ses ser- 
mons et ses mœurs exemplaires , et 
gagna leurs cœurs par le dévouement 
qu'il leur témoigna, surtout pendant 
la peste de i665. Il devint bientôt 
l'un des cliapelains du roi. Lorsqu'en 
1669 et 1670, s'agitait vivement la 
question de la tolérance des divers 
cultes , il s'attacha à tourner en ri- 
dicule , dans quelques écrits , le fa- 
natisme et la manière de prêcher des 
non-conformistes j et ce fut avec suc- 
cès : mais il eut , en cette occasion , 1 e 
tort, qu'il reconnut lui-même par la 
suite, de généraliser un peu trop sa 
censure. Sous le règne de Jacques II, 
il montra du courage à soutenir l'E- 
glise anglicane, et la défendit, en 
1686, dans une conférence, contre 
deux prêtres catholiques romains. 
Il s'opposa de tous ses moyens à la 
lecture delà déclaration royale pour 
la liberté de conscience. Aussi , au 
moment de la révolution, fut -il ap- 
pelé à prêcher devant le prince et la 
princesse d'Orange. Bientôt après , 
il fit partie de la commission char- 
gée de revoir la liturgie; et il retoucha 
les collectes pour tout le cuurs de l'an- 



PAT i39 

née. Nommé, en 1 G89, évêque de Chi- 
chester, il fut transféré, en 1G91 , 
au siège d'Ely , où il mourut , en 
1707, dans sa quatre-vingt-unième 
année. L'église d'Irlande, le diocèse 
d'Ely et l'université de Cambridge , 
furent tour-à-tour l'objet de sa sol- 
licitude et de ses bienfaits. Il a écrit 
un grand nombre d'ouvrages , parmi 
lesquels on cite particulièrement des 
Commentaires sur les livres histo- 
riques de r Ancien-Testament, et des 
Paraphrases sur le Livre de Job , 
les Psaumes, les Proverbes , l'Ec- 
clésiaste et le Cantique de Salomon, 
publiés successivement depuis 1G79, 
souvent réimprimés , et en dernier 
lieu en 3 volumes in-fol. — Samuel 
Patrick, savant et laborieux philo- 
logue, fut attaché au collège d'E- 
ton, dans la première moitié du dix- 
îiuitième siècle; et, se bornant au 
simple rôle d'éditeur , il publia un 
grand nombre d'ouvrages utiles, dont 
la plupart ont été souvent repro- 
duits ; nous citerons : I. Plauti co- 
mediœ quatuor , cum interpretatio- 
ne et notis Jac. Operarii , Londres, 
i724,iii-8'^. {V. OEuvRE.) Les]iiè- 
ces que renferme cette édition sont : 
VAmphitruOj les Captifs y VEpidi- 
cus et le Rudens; l'éditeur y a joint 
des notes et une table. IL Hederici 
Lexiccn manuale grœcum, ibid. , 
1727, 1737, in -4^.; édition pré- 
tendue augmentée de six cents mots, 
mais bien surpassée par celle de J. 
A. Ernesti ( F. Hederic). III. (Jla- 
i^is homerica, seu Lexicon vocabu- 
lorum omnium quœ continentur in 
Iliade etpotissimdparte Odjsseœ^ 
cum brevi de dialectis appendice , 
necnon Michaclis Jpostolii prover- 
hiis gr.-lat. , oie. , ibid., 1727, 174'-'» 
iu-8'».; 1758, J771, 1784, in- 4". 
IV. Cellarii ^eographia antifjua rc- 
cogTtila, casiia;ata et auvta , ibid., 



i4o 



PAT 



1780, 173^, În-S**., avec cartes; 
Amsterdam, 1 792; Berlin, 1800, 
in-S*^.; bon abrégé, commode à con- 
sulter, mais moins exact que celui 
de Nitscb. — Ricbard Patrick, au- 
teur anglais, fut vicaire de Sculcoa- 
tes, à Hull, et chapelain de la mar- 
quise douairière To-wnsheud ; il mou- 
rut à Hull, en février 181 5 , âgé de 
quarante - cinq ans. Il a publié : 1, 
A chart of the ten mimerais , etc. 
( Tableau des dix premiers chif- 
fres ), en deux cents langues ,1812, 
in-8^. IL Etat des mœurs dans un 
port de mer , sermon , 1809 , in-S**. 
lïl. La Mort du prince Bagration , 
poème, 18 13, in-8<». L. 

PATRIN ( EugÈ]ve-Louis-Mel- 
CHTOR ), célèbre minéralogiste, à qui 
l'on doit plusieurs découvertes inté- 
ressantes en géologie , était né à 
Lyon, en 1742. Ses parents le desti- 
naient à la carrière du barreau; mais 
il suivit le pencbant qui l'entraînait 
vers l'étude des sciences naturelles. 
Après avoir terminé ses cours de 
physique et de chimie , avec un suc- 
cès qui étonna ses maîtres, il réso- 
lut d'aller dans le nord de l'Europe 
vérifier quelques hypothèses admi- 
ses alors sans examen, et recueillir 
des faits propres à éclaircir l'histoire 
du globe. Il parcourut en observa- 
teur la plus grande partie de l'Al- 
lemagne , l'Autriche , la Bohème et 
la Hongrie , et passa dans la Polo- 
gne , où il retrouva son compatriote 
Gilibert , professeur de botanique à 
Wilna ( F. Gilibert ) , qui lui re- 
mit des lettres pourque!ques-uns des 
membres de l'académie de Peters- 
bourg , et entre autres pour Pallas , 
dont il reçut un accueil amical. Son 
projet était de visiter la Sibérie : en 
ayant reçu l'autorisation , il partit 
en 1780, accompagné d'un sous- 
officier russe , qui devait lui servir 



PAT 

de guide , et pourvoir à ses besoins 
dans un pays où l'on ne se procure 
que difficilement les objets les plus né- 
cessaires à la vie. En échange de la 
protection spéciale accordée au na- 
turaliste français, il s'engagea de 
l'aire passer à l'académie de Peters- 
bourg , des échantillons de toutes 
les substances minérales qu'il décou- 
vrirait. Patriu employa huit ans à 
parcourir les immenses chaînes de 
montagnes de l'Asie boréale, depuis 
les monts Oural, jusqu'au-delàdu mé- 
ridien de Pékin , bravant les dan- 
gers de toute espèce auxquels son 
avide curiosité l'exposait souvent , 
supportant avec un admirable cou- 
rage la fatigue , le froid , les mala- 
dies et les privations , dans l'espoir 
que CCS sacrifices tourneraient à l'a- 
vantage de la science. Vers la fin de 
l'année 1787, il revint à Péters- 
bourg, où il avait été précédé par sa 
collection particulière de minéraux : 
mais il s'aperçut avec chagrin que 
Pallas lui avait enlevé une partie de 
ses plus beaux échantillons; et il 
quitta très-mécontent ce fameux na*" 
turaliste auquel il ne put jamais par- 
donner cet abus de confiance. Pa- 
trin, de retour en France, après 
une absence de dix ans, vint se fixer 
à Paris, où il devait trouver plus de 
ressources que dans sa ville natale, 
pour cultiver les sciences naturelles. 
En arrivant , il offrit de déposer au 
cabinet du jardin du Roi , sa col- 
lection des minéraux de la Sibérie , 
consistant en vingt-neuf quintaux 
d'échantillons étiquetés et classés 
avec soin, sous la condition de ne 
la point diviser : mais l'administra- 
tion ne crut pas devoir l'accepter , 
faute de place. Patrin ne prit aucu 
ne part aux premiers événements de 
la révolution; mais, quoiqu'il fût de- 
venu étranger à la ville de Lyon , 



n 



PAT 

s€s compatriotes l'élurent député à 
la Convention. Il se fit peu remar- 
quer dans cette assemblée , où il sié- 
geait à côté du petit nombre d'hom- 
mes restés calmes au milieu du dé- 
bordement des passions les plus fu- 
rieuses; et il vota le bannissement 
del'infortuné Louis XVI. H fut pros- 
crit quelques mois après, sous le 
prétexte qu'il avait excité les Lyon- 
nais à se soulever , et n'échappa au 
supplice qu'en se tenant caché tant 
que dura la tourmente révolution- 
naire. Il fut ensuite attaché , par le 
comité de salut public , comme sur- 
veillant, à la manufacture de Saint- 
Étienne ; et il put enfin reprendre le 
cours de ses travaux^, à la création 
de l'école des mines , à laquelle il 
remit sa collection. Il en fut nom- 
mé bibliothécaire, et eut une grande 
part à la rédaction du journal pu- 
bfié par les professeurs de cet éta- 
blissement ( Voj. Lescuevin ). La 
bonté de Patrin, sa modestie, sa 
franchise, son indifférence pour la 
fortune , en faisaient un homme 
rare , et lui avaient mérité des amis , 
dont le constant attachement fut la 
plus douce consolation de sa vieil- 
lesse. L'affaiblissement de ses forces 
lui ayant fait pressentir sa fin pro- 
chaine , il les quitta pour leur épar- 
gner le spectacle de ses dernières 
douleurs , et se retira près de Lyon 
(à Saint-Vallier ) , où il mourut le 
i5 août i8i5. Il était correspon- 
dant de l'Institut , membre de l'aca- 
démie de Pétersbourg , de la société 
'd'agriculture de Paris , etc. Doué 
d'une imagination vive , Patrin s'est 
quelquefois laissé entraîner au plai- 
sir de créer de nouvelles théories, 
et d'expliquer, par de nouvelles hy- 
pothèses, la formation des monta- 
gnes et celle des minéraux, l'origine 
des sources , la cause des volcans , 



PAT i4i 

etc., en un mot la plupart des grands 
phénomènes de la nature; mais tou- 
tes ces idées présentées d'une maniè- 
re ingénieuse, et appuyées défaits, 
n'ont pas été adoptées sans restric- 
tion par les naturalistes , qui atten- 
dent que le temps et rexpérience 
les aient confirmées. Outre un grand 
nombre de Mémoires dans le Jour- 
nal de physique , les Annales des 
mines, \di Bibliothèque britannique , 
et \e Nouveau dictionnaire d^hisloi- 
re naturelle, on a de Patrin : I. Re- 
lation d'un vojage aux monts d'Aï- 
tàice en Sibérie, fait en 1781 , Pé- 
tersbourg, 1783 , in-80. de 4o pag. , 
et inséré par Pallas dans les Nou- 
veaux essais sur le Nord ( p^, l'art. 
Pallas , n». viii ). On y trouve plu- 
sieurs observations géologiques très- 
curieuses, et des détails pleins d'in- 
térêt sur les dangers qu'il avait cou- 
rus dans un pays qu'il nomme la dé- 
solation du Nord , comme les navi- 
gateurs ont nommé la désolation du 
Sud , les pays qui bordent le détroit 
de Magellan. II. Histoire naturelle 
des minéraux^ Paris , 1801 , 5 vol. 
in-i8, avec 4^ pl« Cet ouvrage 
fait suite à l'édition des œuvres de 
Buffon publiées par M. Castel ( F". 
BuFFON ) ; il offre beaucoup de 
faits entièrement neufs. III. Des 
Notes sur les Lettres à Sophie par 
M. Aimé Martin, Paris, 1810, 
2 vol. in-8°. Ces notes contiennent 
de nouvelles explications de diffé- 
rents phénomènes, tels que la com- 
bustion, les étoiles qui filent , l'au- 
rore boréale , les volcans, la rosée , 
et l'origine des sources. Patrin avait 
déjà publié ses idées à cet égard dans 
les journaux cités |>lus haut, et en- 
tre autres la théorie des volcans , 
))hénomènequ'il attribue à la circula- 
tion conjlinuelledcdivers fluides, dont 
une partie devient concrète par la 



,42 



PAT 



fixation de l'oxigcnc ( Voy. les Be- 
cherches sur les volcans , d'après les 
principes delà chimie pneumatique , 
Journ. de pliysiq., germinal an viii). 
M. Breislak s'est approprié la théo- 
rie de Patrin, dans l'édition fran- 
çaise de SCS voyages dans la Campa- 
nie ( f^oj. Breislak , Biographie 
des hommes vi^fants y ï, 474 ). M. 
Villerme a publie une Notice sur Pa- 
trin , dans les Annales encyclopé' 
diques ( ann. 1818;, iv, 58 - 71 ). 
W—s. 
PATRITIUS ou PATRIZI( Lu- 
dovic ). F. Vartomannus. 

^PATRIX (Pierre), ne à Caen , en 
i583, était d'une famille originaire 
de Languedoc. Son père , conseiller 
au bailliage de Caen, l'instruisit dans 
l'étude des lois; mais le barreau ne 
lui inspirant que de l'ennui , il se li- 
vra à son goût pour la poésie, et 
passa une grande partie de sa vie 
dans les plaisirs^ et les amusements 
frivoles du monde. Ce ne fut qu'à 
l'âge de 4o ans qu'il vint h. la cour 
pour tâcher de parvenir à la fortune, 
Gaston de France , duc d'Orléans , 
le fit son premier maréchal-des-lo- 
gis. Patrix ne manqua pas d'occa- 
sions de faire briller son esprit dand 
la cour de ce prince , vraiment re- 
marquable par la politesse , le bon 
goût et les manières nobles qui y ré- 
gnaient. L'agrément de sa conversa- 
tion, remplie de gaifé , le lia intime- 
ment avec Voiture et les autres beaux- 
esprits de ce temps. Scarron, l'ayant 
rencontré aux eaux de Bourbonne , 
ne manqua pas d'en parler clans la 
description de ceux qui y étaient : 

EtPatris, 
Quoique Normand , Lomme de prix. 

Il s'acquit l'estime de son maître, au- 
quel il fut toujours fidèle. Après la 
mort de ce prince, il s'attacha , en 



PAT 

1660, à Marguerite de Lorraine, sa 
veuve , dont il fut le premier écuyer. 
Il eut aussi le gouvernement de Li- 
mours, et un logement dans le pa- 
lais d'Orléans. L'esprit de plaisante- 
rie l'accompagna jusqu'au tombeau. 
Étant revenu d'une grande maladie 
à l'âge de 80 ans, ses amis vinrent 
l'en féliciter j et lui ayant conseillé 
de se lever : Hélas ! Messieurs , 
dit ~'\\ ^ ce 71 est pas la peine de 
m'hahiller. Il mourut à Paris, sans 
avoir été marié, le 6 octobre 167 1 , 
avec de grands sentiments de piété , 
et après avoir supprimé , le plus 
qu'il avait pu, les pièces licencieuses 
faites dans sa jeunesse. Il nous reste 
de lui : I. La miséricoi'de de Dieu 
sur la conduite d'un pécheur péni- 
tent , auec quelques autres pièces 
chrétiennes , Blois , 1660, in-40. 
Cet ouvrage , dont les vers sont très- 
négligés, sent le déclin de l'âge ; 
on y voit néanmoins briller de temps 
en temps quelque étincelle de l'es- 
prit original qui distingua l'auteur. 
II. La Plainte des consonnes qui 
nont pas Vhonneur d'entrer au 
nom de Neuf- Germain ; pièce de 
vers que l'on trouve dans les œuvrcs^ 
de Voiture, parce que celui-ci y 
répondit. ÎII. Des Poésies diverses, 
imprimées dans le Recueil des plus 
belles pièces des poètes français , 
depuis Fillon jusquà Benserade , 
Paris j Claude Barbin , 1 692 , 5 vol. 
in- 12. La plupart de ces poésies 
sont très-faibles, à quelques endroits 
près, qui se font remarquer par un 
tour facile et par leur naïveté. Peu 
de jours avant sa mort , il fit ces vers 
si connus , qui se trouvent dans ses 
Poésies diverses^ sous le titre de 
madrigal: 

Je songeais cette nuit cjuc de iurI coiisnrnt», 
Côte à cùfc d'un pauvre on tn'riYall inliHiiif 
Et «rue n'en pouvant pas souffrir le voisii 
tu mort de tfualite' j« fui titia ce langage 



PAT 

Ketiit-toi, «T^tiinl Ta pourrit Itfih d'ic»; 
11 ne t'appartient pas de ui'appi-oclieraiusi. 
Coquiafce me dit-il, d'une arroj^auce eitreme ), 
Va chercher tes cuquius aillcu r«, coquin toi-iuêwiéi 
Iritoussontégaux ; je De te dois plus rien; 
.le sui» eur iuun fiuuier couuae tui sur le tîeo. 

R— RD. 

PATRTZI (AuGusTiif), en 
latin Pjtricjus, littcraleur estima- 
ble , était ne à Sienne clans le xv«. 
siècle, 'd'une très-ancienne famille.. 
Il s'appliqua à l'étude du droit, et y 
fit de grands progrès sous la direc- 
tion de Fabiauo Benci , célèbre ca- 
non iste. Ayant embrassé l'ëtat ec- 
clésiastique, il obtint nu canonicat 
de la cathédrale de Sienne (i), et 
fut attaché, peu de temps après , à 
la daterie romaine. vScs talents lui 
méritèrent l'estime du pape Pie II , 
qui lui donna une preuve singulière 
de sou afrection en l'autorisant à pren- 
dre le nom de Piccolomini (2). Il 
fut revêtu de la charge de maître des 
cérémonies de la chapelle du pape ; 
et l'on sait qu'il en remplissait les 
fonctions , eu 1 468 , à l'entrée à 
Rome de l'empereur Frédéric HT. 
Il accompagna , en 1 47 i , à la diète 
de Ralisbonne, le cardinal de Sien- 
ne (3), légat du Saint-Siège en Alle- 
magne. Il fut nommé, en 14^4? 
e'vcquc de Picnza et de Montalcino ; 
mais il continua de faire sa résidence 
à Rome , où il était retenu par ses 
fonctions, et il y mourut en if\Ç)Ç>. 
On a de ce prélat:!. Descriptio ad- 
ventûs Friderici m imperatoris ad 

CO ^'^ ^- MaViillfm et (juelquru antres écrivain» 
«islingucut Patri/,i, cLunoincde Sienne, do l'evf'qu* 
de Pieiiza; mais il ««t hieu dviuooti b f£uo c'cit l4 
même personnage. 

{y) (.Vtaitle nom do famille de Pîe II j lé p»p«le 
et prendre à plusieuru gens de letlrrs, voulant, par 
cette espj.cc ci'ad<)j)tioD , donner uu t(')noignagc ecla- 
taiit de son ufl'ection pour tous Je.i talent», et de la 
Oohle protection qu'il leur accordait. On voit un 
•econd exemple do citte adoption à Wvt. PiccOLu- 
MlKi, cardinal de l'avie. 

H) CytiiitFrançoi.i Piccolomini, uevcudc Pie II , 
et lierilier de sa bienveillance ]iouf IcJ »aTniils {f . 



PAT 



143 



Pauîum papam n. Cette relation a 
étépubliée par Mabillon,dans le Mu' 
seiimJtalicum, p. 256, et par Mura- 
tori, dans le tome xxin des Scriptor. 
rerum Italicar. II. De Légations 
germrt/zicfl.Patrizi avait adressécette 
relation à Jacques Piccolomini , car- 
dinal de Pavie -, et l'on en trouve un 
assez long fragment dans le recueil 
des Lettres de ce prélat, Milan, i5o6. 
( Foj. Jacq. Piccolomini. ) Freher 
l'a reproduit dans le tome 11 des Be- 
rum Germanicar. scriptores , sous 
ce titre : De comitiis imperii apiid 
Ratisponam celehratis^ aiino 1471» 
commewfrtnoZw^. L'ouvrage entier est 
conservé à la bibliothèque du Vati- 
can. III. Summa conciliorum Basi- 
liensis et Florentini^ etc. Cet abrégé 
de l'histoire des conciles de Baie et 
de Florence est très-intéressant ; le 
père Labbe l'a imprimé dans le tome 
XIII des jécta conciliorum , et il a 
reparu depuis dans toutes les col- 
lections du même genre. IV. La 
Fie de Fabiano Benci, son maître, 
dont il était l'exécuteur testamen- 
taire • elle a été insérée par Mabillon 
dans le Muséum Italie. , p. 96. V. 
De Sencc urbis antiquitate. VI. Une 
Histoire de la 'ville de Sienne , de 
1186 à i388. Ces deux ouvrages 
restés inédits, sont conservés à la 
bibliothèque du Vatican, avec quel- 
ques autres opuscules de Patrizi , 
qui n'offrent pas le même intérêt» 
Palrizi fut chargé par le pape Inno- 
cent VIII de corriger le Pontificale 
romanum , et d'en publier une édi- 
tion , qui sortit des presses d'Etienne 
Planck, i485 , in-fol. ; c'est la pre- 
mière de ce recueil , et elle est très- 
rare. On apprend par la souscrip- 
tion que Patrizi avait été aidé dans ce 
travail par JeanBurchard ( F. Bun- 
ciiAnD,«VI, 287 ) : ils se réunirent 
encore pour recueillir les pratiques 



^ 



i44 PAT 

€t cérémonies de Teglise romaine, et 
en composèrent un ouvrage intitule'; 
Rituum ecclesiasticorum swe sacra- 
rum cœremoniarum Komanœ eccle- 
siœ, qui fut public à Venise, en 1 5 1 6, 
in-fol. , par les soins de Christ. Mar. 
cello , archevêque de Corfou. Paris 
de Grassi, maître des ce're'monies 
en exercice , attaqua vivement cette 
publication ; et il ne tint pas à lui 
de faire condamner par l'inquisition 
Marcello , auquel il reprochait d*a- 
voir mis au jour des usages qui de- 
vaient rester secrets, et de n'avoir 
point nomme' dans sa de'dicace les 
auteurs de cet ouvrage ( F. Grassi , 
xviii , 3^8 ) ; ce qui n'empêcha pas 
l'ouvrage d'être réimprime à Colo- 
gne et ailleurs : une des plus belles 
e'ditionsest celle des Juntes, Venise, 
i582 , in-4**. On trouvera de longs 
et curieux, détails sur cette querelle 
dans le tome ii du Muséum Itali- 
cum de Mabillon, et dans les Visser- 
taz. Vossiane d'Apost. Ze'no , à la 
suite de son inte'ressante Notice sur 
Patrizi, tome ii, p. 109-124- L'arti- 
cle que Tiraboschi a donne à Palrizi, 
dans la Storia délia letteratura , vi , 
326 , quoique très - court , n'en doit 
pas moins être lu , parce qu'il sert 
à corriger quelques erreurs echap- 
pe'es à Zëno. W — ^s. 

PATRIZI ( François ), savant 
italien, ne en i52(), dans l'île de 
Cherso, sur les côtes d'istrie et de 
Dalmatie , fut en même temps géo- 
mètre, historien, militaire, orateur 
et poète; mais il est principalement 
connu comme philosophe platoni- 
cien, et par l'acharnement incroya- 
ble qu'il montra toujours contre 
Aristote. Il voyagea beaucoup en Ita- 
lie, en France, en Espagne , en Cy- 
pre et dans le Levant, cherchant 
partout d'anciens manuscrits, que 
les chances de la guerre lui firent 



PAT 

perdre plus d'une fois , principale- 
ment lorsque Cypre tomba , en 1 5 7 o , 
au pouvoir des Turcs. Il passa quel- 
que temps à la cour de Ferrare , et 
voulut y mettre à la mode une espè- 
ce de vers, dont il se prétendait in- 
venteur (i) : mais il ne put lutter 
contre le goût général habitué à la 
forme de la poésie de l'Arioste, dont 
les vers étaient dans toutes les bou- 
ches , et il ne réussit pas mieux dans 
ses déclamations contre le Dante ( V, 
Mazzoni , XXVIII , 34 ). En 1 578 , 
il obtint à Padoue, la chaire de phi- 
losophie platonicienne; et quatorze 
ans après , Clément VIII lui confia le 
même enseignement à Rome, avec des 
appointements plus considérables. 
Quoique la philosophie d* Aristote, 
protégée par le cardinal Bellarmin , 
dominât alors dans cette capitale, 
Patrizi continua d'y expliquer celle 
de Platon, avec le plus grand éclat, 
jusqu'à sa mort , arrivée en 1 697. Il 
s'attacha principalement à établir 
que la philosophie de Platon était en 
tout conforme au christianisme, et 
que celle d' Aristote y était partout 
contraire. Ses principaux ouvrages 
sont : I. Délia storia dieci dialo- 
ghi, Venise, i56o, in-4<*. ; traduit 
en latin par Nie. Stupano, et réim- 
primé avec le Methodus historica 
deBodin, Baie, 1576, in-S*^. II. 
Délia Rettoricaj Venise, i*56i. Ces 
dialogues, entre autres choses sin- 
gulières], offrent sur la formation de 
la surface actuelle du globe terrestre, 
le même système que Burnet a depuis 
développé dans sa Telluris theoria 
sacra. III. La Milizia romana di 
Poliiio, di Livio e di Dionisio Ali- 
camasseo, Ferrare, i583 , in-4''. , 



(i) Ces vers, de i3 syllabes , assez semblables à no» 

cxandrins , avaieut aéja cté essayes dès le XIV*. 

siècle ; ils sont ordinairement connus en Italie souf 



i^syiis 
alexandrins , avaieut aéja 
linairer 

la nom de MartelUani {F. MarteI-LI ). 



I 



PAT 

fig. ; trad ca latin par Kuster ( sous 
le pseudonyme de Luclolphus Neo- 
corus ) , et inse'rc' dans le Thesauv. 
anùq. Boni, de Grœvius , tom x, p. 
821. IV. Paralleli militari, Rome, 
1594-95, 2 vol. in-fol. de 254 et 
466 pag. ; ouvrage savant et ingé- 
nieux, mais systématique, sur l'art 
militaire des anciens compare à ce- 
lui des modernes : Jos. Scaliger en 
faisait le plus grand cas, et les Ita- 
liens pre'teiident que ceux qui ont le 
mieux écrit depuis sur cette matiè- 
re , n'ont fait que le copier. V. Pro- 
cli elementa theologica et physica , 
latine reddita , Ferrare , 1 583 , in- 
4". YI. Délia poëtica , Ferrare, 
i586, 2 vol. in-4°. La V°. partie 
( Deçà istoriale ) offre une notice 
des principaux poètes grecs et latins : 
dans l'autre ( Deçà disputata ) , l'au- 
teur ne néglige aucune occasion de 
se déchaîner contre les sectateurs et 
les commentateurs d'Aristote. YII. 
Délia nuova geometria lihri xr , 
Ferrare, 1587, in-40. VIII. Dis- 
cussionumperipateticarum iomi /r, 
Bâle, i58i , in-fol., avec le portrait 
de l'auteur. Le tome i*^''. , qui avait 
déjà paru séparément à Venise, eu 
1 57 1 , offre une vie complète d'Aris- 
tote : tout ce que les ennemis les plus 
acliarhcs de ce philosophe ont écrit 
contre ses mœurs , aussi bien que 
contre ses opinions , s'y trouve réu- 
ni. Dans le tome 1^. , Patrizi cher- 
che à prouver qu'Aristote n'a été 
qu'un plagiaire, en prenant dans les 
autres philosophes tout ce qu'il dit 
de bon et de juste, mais qu'il a le 
çlus souvent combattu ou rejeté ce 
qu'ils avaient dit de meilleur. Il con- 
tinue dans les deux autres à battre 
en ruine le pcripatétismc , avec au- 
tant d'érudition que de sagacité. Sur 
les débris de celte philosophie , il se 
propose de rétablir le nouveau pla- 

XXXUI 



PAT 145 

toutsme de l'école d'Alexandrie , et 
en adopte les ^^les avec tant de con- 
fiance qu'il va jusqu'à trouver dans 
Platon la prédiction de la naissaucc 
du Christ. Cette même crédulité lui 
fait adopter comme authentiques les 
écrits attribués à Hermès Trisme- 
giste , à Orphée, à Zoroastre, etc. ; 
et il en a donné l'édition la plus com- 
plète et la meilleure que nous ayons, 
dans l'ouvrage suivant : IX. IVoi'a 
de universis philosophia, Ferrare, 
1591 , in-fol. , à la suite duquel on 
trouve , avec une pagination parti- 
culière : Zoroaster et ejus cccxx 
oracula.,.. latine reddita; Henné - 
lis Trismegisti lihelli integri xx et 
fragmenta ; Asclepii ejus discipuU 
libri nij grec et lat. ; Mystica ^gjp- 
tionim et Chaldœorum à Platone 
voce tradita , etc. Cette deuxième 
partie fut publiée de nouveau, mais 
sans le texte grec , et d'une manière 
très-incorrecte , sous le titre de Ma- 
gia philosophica , Hambourg, i SqS, 
in- 16. Quant à l'édition originale de 
1591 , elle est si rare, que brucker, 
n'ayant pu se la procurer, s'est bor- 
né à en copier le titre dans Sorel, 
lequel ajoute que ce livre est si cher 
qu'il coûte autant qu'une petite bi- 
bliothèque (i). On peut voir la liste 
des autres ouvrages de Patrizi, dans 
le Catalogue de la biblioth. Imperia- 
li , Rome , 1711, in-fol. Foy, aussi 
Ginguené, Hist, lilt. d'Italie , vu, 
465-77. — François Patrizi, éve- 
que de Gacte, confondu avec le pré- 
cédent par des bibliographes esti- 
més (2), était de Sienne, et mourut 



(1) On trouve une notice do'tailleo <Io ce curu-ux: 
volume dans Sig. Jac. Baïungarten Nachrichten von 
einer Ilallischen Bihliothek , J748, in-8",, toni. i, 
p. i()9-2i5; et dans le Nouveau système bibliogra- 
phique de M. Forlia-d'Urbnn» ifiai , in-ia, p. ay3- 
nG. Au reste, cette édition de i5f)i cziite t\ la l)i- 
Lliotbèquc du roi, fondu do Falcooet, n". a433. 

ia') Notamment Sa» , OnomaUlron, t. 3, p. i54; 
'éditeur du CuUilo^uc do Falconet , t. a, p . jaS, 



i46 PAT 

en ï494« On a de lui : I. Oratio 
Ferdinandi Begis nomine ad Inno- 
centium nu habita^ in-4°. , s. d. 
II. De regno et régis institutione , 
Paris, i5i9, in-fol. III. De insti- 
tutione reipiihlicœ , ibid, : Niceron 
( Mém. t. 36, p. 17 ) indique les 
diverses e'dilions et traductions de 
ces deux ouvrages. IV. Lettera a 
Gio. Albino , dans le recueil des let- 
tres de Bulifon, 1696, 4^'ol. in-B^., 
t. II, p. 89. G. M. P. 

PATRON A-KHALIL, chef de ré- 
volte , Albanais de nation , avait e'te 
soldat de marine owlevanii.Qi avait 
servi sur la galère la Patrona , 
d'oiî il prit son nom. Il était devenu 
ensuite janissaire ; et comme tous 
les soldats de cette milice dégénérée 
exerçaient alors un métier, Patrona 
vendait de vieux habits. Tel était 
l'homme obscur qui se trouva , en 
1 780 , à la tête de la sédition dont 
la circonstance principale fut la dé- 
position d'Achract III, et le dcnoû- 
ment la mort de Patrona- Khalil et 
de ses complices. Le prétexte fut 
l'établissement d'un impôt , inno- 
vation toujours dangereuse chez 
les Turcs. Le mécontentement était 
général : l'aveuglement du sulthan 
et de SCS ministres l'augmentait au- 
lieu de le calmer. Trois hommes de 
la lie du peuple lancèrent le premier 
brandon du plus terrible incendie. 
En peu d'heures , Patrona-Khalil , 
nouveau Masaniello , se vit en état 
de demander impunément les têtes 
du muphti, du grand -vézyr, du 
caimacan et du kiaia. Jusque - là, il 
n'adressait au sulthan que des félici- 
tations et des vœux pour sa prospéri- 
té'. Mais Achraet ne savait ni résister 
ni composer à propos. Son indéci- 
sion amena la défiance et accrut l'au- 
dace du rebelle. Patrona-KhaHl de- 
manda la déposition d'Achmet , qui , 



PAT 

n'ayant pas su punir , sut sagement 
se résigner. Ce prince céda le trône 
à son neveu Mahmoud. Le nouveau 
sulthan voulut voir celui à qui il de- 
vait son élévation. Patrona parut de- 
vant lui en simple habit de janissai- 
re , et les jambes nues. Si l'ambition 
ne prenait pas tous les masques, les 
paroles qu'il adressa à Mahmoud , 
donneraient une haute idée de son 
caractère et de son amour pour le 
bien public, « Ne me parle pas de 
» ta reconnaissance , dit-il au jeune 
» Mahmoud l^^. • je n'ignore pas 
» que ceux qui, comme moi, font 
» les sulthans, ne meurent pas dans 
» leur lit. Si lu es juste et reconnais- 
» sant, abolis le nouvel impôt. » 
Le hedead fut supprimé sur-le- 
champ: mais Patrona ne soutint pas 
cette modération. Soit qu'il ne jouât 
qu'un rôle de fourbe, ou qu'il ne fût 
pas le maître d'arrêter les désordres 
de la multitude qu'il avait soule- 
vée, les proscriptions , les meurtres 
et les dilapidations n'eurent pas de 
bornes. L'insolence et l'audace de 
Patrona ne laissèrent plus au sulthan 
d'autre désir que d'être délivré d'un 
aussi étrange protecteur. Le règne 
du rebelle qui, sans daigner prendre 
aucun titre, était plus puissant que 
le souverain même, ne dura que jus- 
qu'au retour du courageux Dgiainau 
Coggia. Patrona-Khalil et ses deux 
complices , Muslu et Ali, furent mas- 
sacrés au milieu du divan. Cet obs- 
cur janissaire , maître absolu de 
l'empire othoman pendant quelques 
mois , ne mérite d'être distingué de 
ces rebelles que le même crime et les 
mêmes excès conduisent au même 
sort , que parce qu'on retrouve en 
lui quelques mouvements de sen- 
timents généreux. Patrona - Khalil 
ne fut point étranger à la rccon- 
naisance. Étant levanti , il s'était 



^ 



PAT 

rendu coupable d'un assassinat , et 
il devait lu vie à la bienveillance 
d'Abdi, le capitau-paclia. Patroua, 
à la tête des rebelles, marchait con- 
tre le se'rail: Abdi les combattait à la 
tête des levantis , qu'une première 
décharge avait écrase's ou fait fuir; 
Abdi seul ne se retirait pas : « Abdi, 
» lui cria Palrona, cesse de rassem- 
» bler des lâches pour défendre des 
» tyrans. Je suis le maître de ta viej 
» mais je me souviens que tu as sau- 
» vé la mienne I » S — y. 

PAÏJaU ( Olivier ) , avocat cé- 
lèbre , naquit à Paris, en i()o4 , 
d'un procureur au parlement. Élevé 
avec mollesse , il ne se livra qu'aux 
études de son choix, passa légère- 
ment et avec dégoût sur la philoso- 
phie de l'école , et , dans sa prédilec- 
tion pour les lettres , rechercha sur- 
tout les productions romanesques , 
quoique , dans ce genre frivole , la 
France ne comptât pas encore un 
seul chef-d'œuvre. Sa mère , dont il 
e'tait l'idole , avait développé en lui 
cette passion, en substituant des ro- 
mans à ses cahiers de philosophie 
qu'elle avait soin de bi ûler, et en lui 
faisant rendre compte de ses lec- 
tures devant un nombreux auditoire 
de voisines , émerveillées de la grâce 
et du talent de l'adolescent. A dix- 
neuf ans , Patru entreprit un voya- 
ge de plaisiu en. Italie, En. traver- 
sant le Piémont , il fit .connaissance 
avec d'Urfé, l^el - esprit de qualité , 
regardé a la cour de Turin comme 
le modèle du bon ton et de l'a- 
ménité. Encore plein de X Astrée ^ 
qui, depuis sa publication , jouissait 
d'une vogue extraordinaire , il parla 
de ce roman pastoral de d'Urtc avec 
un vif enthousiasme ; l'écrivain- 
courtisan tut charmé à son tour de 
son jeune admirateur , le produisit 
dans toutes ses sociétés , et exigea do 



PAT ,47 

lui la promesse de passer, à son re- 
tour d'Italie, dans la terre qu'il pos- 
sédait en Forez , s'engagcant à lui 
donner d'une manière complète la 
clef des allusions de son roman, où, 
sous des noms et des accessoires d'in- 
vention , il avait retracé des person- 
nages et des événements contempo- 
rains : mais Patru apprit à Lyon, 
que son ami n'existait plus. La mo- 
dicité de son patrimoine lui fit em- 
brasser la carrière du barreau , celle 
qui l'éloignaitle moins du commerce 
des lettres. Ses succès comme ora- 
teur furent éclatants , mais ne con- 
tribuèrent point à sa fortune. L'am- 
bition de ne rien laisser sortir de sa 
plume qui ne fût achevé, lui déroba 
un temps précieux ,• et tandis qu'il se 
bornait à un très -petit nombre de 
causes, et s'occupait à polir son style 
avec une attention minutieuse, des 
avocats qui lui étaient bien inférieurs 
s'enrichissaient en exploitant la mi- 
ne féconde du palais. Doué d'un exté- 
rieur peu avantageux, et d'un organe 
qui se faisait diflicilement entendre , 
manquant de noblesse et d'abandon 
dans son débit, peu susceptible d'ail- 
leurs de cette assiduité qui attire la 
confiance d'une clientelle nombreuse, 
il se retira insensiblement du bar- 
reau pour se consacrer exclusive- 
ment aux travaux littéraires. L'épi- 
trc dédicatoire du Nouveau- Monde 
de Laèt , où Patru exallail sans me- 
sure le cardinal de Richelieu , devint 
pour lui \\n titre à la bienveillance du 
tout-puissant ministre; et dès -lors 
une place lui fut destinée à l'acadé- 
mie française. 11 y fut admis , en 
1G40 , et prononça un discours de 
remercîmcnt, qui plut tellement à ses 
confrères , qu'on fit dans la suite un 
devoir aux récipiendaires de l'imi- 
ter. Cette règle , dont on dispensa 
quelques grands seigneurs , empêcha 



i48 



PAY 



Laroclicfoiicauld, hauteur des 3/iazf - 
7we5,dc briguer le fanlcuil.Patni passa 
pourrhomrac le plus versé dans la 
connaissance du mécanisme de notre 
langue : deux grammairiens renom- 
més, Vaugelas etBouhours ,1e con- 
sultaient comme un oracle. Son goût 
difficile et sévère fit recherclicr son 
suffrage par les écrivains les plus 
distingués du grand siècle; il jouit 
presque de l'autorité de Quintilien , 
auquel on ne craignit point de le 
comparer. Cependant, son tact de 
critique fut souvent en défaut. Il 
voulut détourner lia Fontaine de la 
pensée d'ajouter l'apologue au do- 
maine de la poésie française , parce 
qu'il lui paraissait impossible de lut 
ter avec avantage contre l'él^ante 
précision de Phèdre. Il ne méconnut 

Î)as moins les ressources du talent , 
orsqu'effrayant Boileau de la séche- 
resse des détails didactiques , il lui 
conseilla de renoncer à exécuter 
Vjtrt poétique , d'après le plan que 
celui-ci avait conçu. Et que dire des 
louanges pompeuses qu'obtint de lui 
le méchant roman de MacarisCj par 
l'abbé d'Aubignac ? Il paraît que Pa- 
tru était dur et tranchant dans ses 
censures. Boileau , jouant sur son 
nom, écrivait à Racine: Ne sis Patru 
(pour patruus) mihi. Patru fut choisi 
pour haranguer , au nom de l'acadé- 
mie, la célèbre reine Christine, qui 
s'était empressée de visiter ce corps 
littéraire. Son discours , qui n'est 
qu'une amplification froidement or- 
née , et dont il était néanmoins très- 
content , ne mérite pas d'entrer en 
comparaison avec quelques lignes de 
Pascal , adressées à la même souve- 
raine. Si Patru avait de la complai- 
sance pour ses écrits , il était encore 
prévenu plus favorablement pour sou 
siècle. Il prétendait que Le Maître et 
Gautier , ses rivaux dans la plai- 



PAT 

doiric, avaient eu de plus belles oc- 
casions pour l'éloquence que Cicé- 
ron, et que l'on chercherait en vain 
chez les anciens une cause plus so- 
lennelle que celle de la duchesse de 
Rohan ( Fof. Martinet, XXVII , 
3 16). La cérémonie de la présenta- 
tion des ducs et pairs , et des chan- 
celiers , les discours de rentrée des 
cours souveraines , les débats du 
parlement de Paris à des époques de 
troubles , lui paraissaient une com- 
pensation suffisante des hauts inté- 
rêts qui s'agitaient dans la tribune 
antique. Il est remarquable qu'il pas- 
se sous silence les états-généraux. 
Patru , dans les mouvements de la 
Fronde, suivit la bannière du cardi- 
nal de Retz : il composa pour ce chef 
de parti la Lettre du curé au mar- 
^uillier, sur la conduite de M. la 
coadjuieur (i65i), en réponse à 
la Lettre du marguillier à son curé , 
pamphlet du poète Sarrasin, secré- 
taire du prince de Conti. Le coadju- 
teur, devenu cardinal, mais abîmé 
de dettes , ne récompensa point les 
services qu'il devait à la plume 
de Patru. Cet académicien continua 
de vivre en philosophe pratique , 
insouciant sur ses affaires person- 
nelles, et s'acheminant à l'indigence 
sans rien perdre de l'égalité de son 
humeur , et sans importuner ses 
amis. Les jouissances que lui procu- 
raient l'étude et l'amitié, absorbaient 
tous ses désirs : cependant il allait 
être réduit à faire le sacrifice de sa 
bibliothèque , pour arrêter les pour- 
suites d'un fermier-général, s'il n'eût 
trouvé dans Boileau un acquéreur 
généreux qui lui en laissa l'usage. Ou 
doit regretter cfue le célèbre satiri- 
que , gâtant la noblesse de son pro- 
cédé , n'ait pu se refuser une épi-- 
gramme contre celui qu'il avait 
obligé. Patru fut inutilement 



I 



PAT 

tëgd par le crédit de Montaustcr; 
il obtint enfin de la cour , par le 
canal de Colbert, une gratification 
de cinq cents e'cus , qui n'arriva que 
peu de jours avant sa mort. Il avait 
toujours gardé, avec la réputation 
de parfait Iionnêtc-honirae , un ca- 
ractère indépendant. Un grand sei- 
gneursans lettres osait prétendre à la 
place de l'académicien Gonrart. Pa- 
tru, dans celte circonstance, enve- 
loppa son avis sous la forme d'un 
apologue, a Un ancien Grec, dit-il , 
» avait une lyre, à laquelle se rompit 
» une corde : au lieu d'en ajouter 
» une de boyau , il en voulut une 
» d'argent, et la lyre perdit son liar- 
» raonie. » Ce franc laconisme pro- 
duisit l'effet qu'il en attendait^ l'hom- 
me de cour fut écarté. Patru passait 
pour sceptique : il lui répugnait d'ad- 
mettre que , dans les matières reli- 
gieuses, la raison dût fléchir devant 
la foi. On dit que Bossuet , l'ayant 
visité dans sa dernière maladie , lui 
représenta la nécessité de détruire , 
par des discours religieux et sincè- 
res, les soupçons que le public avait 
élevés sur sa croyance. Il fut écoulé; 
et Bouhours assure que son ami mou- 
rut dans des sentiments de soumis- 
sion à l'Église, le iG janvier 1681. 
La meilleure édition des OEuvres de 
Patru est celle de 1782, Paris, a 
vol. in-4°. : c'est la quatrième , en ne 
comptant point l'édition de Hollan- 
de ,qui est de lOgi. Ses plaidoyers 
en forment la plus grande partie. 
Moins chargésd'emphaseetdedigFcs- 
sions que ceux de Le Maître, et bien 
mieux appropriés à la simplicité des 
causes ordinaires du barreau , ils 
sont aussi moins animés , c tsurtout 
moins riches d'imagination : l'or- 
donnance en est sage, l'éloculion cor- 
recte, la dialectique souteunc ; mais 
le travail s'y fait sentir, e tils fati- 



PAT 



149 



guent par leur sécheresse. L'orateur, 
portant dans sa composition les dé- 
fauts de son tempérament, ne s'élève 
jamais ; et son style manque sou- 
vent de la noblesse convenable. Geux 
de ses plaidoyers qui conservent 
quelque intérêt , sont le sixième , le 
neuvième, le seizième , le vingtième, 
auxquels il faut joindre le factum sur 
la question de savoir si , les dernières 
donations étant épuisées , les pre- 
mières sont réductibles. Le dernier 
quart du recueil comprend la Haran- 
gue à Ghristine , le Remercîment à 
l'académie , une Dissertation sur le 
travail , une traduction de l'Oraisou 
pour Archias ( i ), et de l'Homélie de 
saint JcanGhrysostome sur la prière, 
une Épître dédicatoire à Henri de 
Mesmes ( pour la traduction de VI- 
viitation , imprimée par la veuve 
Gamusat , en i644 ) » "n Eloge du 
président de Bellièvre , une Notice 
sur d'Ablancourt , une Explication 
partielle des allégories de \ Astrée , 
un Mémoire sur les assemblées du 
clergé, un Traité des décimes , quel- 
ques Lettres et des Remarques esti- 
mées , pour faire suite à celles de 
Vaugelas , sur la langue française. 
A peine un petit nombre d'intrépi- 
des lecteurs parcourent aujourd'hui 
ces écrits froids , faibles et décolo- 
rés, dont ou vanta l'élégance , lors- 
que le matériel de la langue était la 
tâche principale des écrivains : 

ScarroD mênie aujourd'hui l'emporte sur Patru, 

dit très-justement le Mélromane de 
Piron. Patru avait encore composé 
un Traité des libertés de l'Église gal- 
licane, par ordre de Golbert , qui ne 
jugea pas à propos de faire usage du 

(1) Celte tiniliictit.n dliTrrc lotnleincnt d'une l>r<^ 
mil'io version tjiiP l'atru avait iuscrée daus un Re- 



1 de huit orniaons de Ciccron, \>iJ>lié eu i 
la plu3 i;r.-nide [laitic est do P< 



in-4". ,'et dout 
d'Abluiicxiuit. 



'oiri>. 



f)0 



PAT 



manuscrit. L'académie française pa- 
raissant absorbée par le travail de 
son Dictionnaire , plusieurs de ses 
membres se chargèrent de rédiger, 
en leur propre et prive norn , les 
ouvrages didactiques qu'elle avait 
promis. C'est ainsi que La Mesnar- 
dière publia un Essai de poétique ; 
Regnicr-Dcsmarais, nne Grammai- 
re française : Fureticre osa plus ; et 
son larcin, déshonorant pour lui, 
fut profitable au public. Quant à Pa- 
tru, ilauiioncaune Rhétorique fran- 
çaise ^ où , rejetant les préliminaires 
rebattus par tous les rhéteurs , il 
voulait se borner à exposer les se- 
crets de l'élocutionjmais de cet écrit, 
impatiemment attendu, et proné d'a- 
vance , il ne laissa qu'une ébauche 
grossière. F — t. 

PATTE ( Pierre ) , architecte , 
naquit à Paris, le 3 janvier l'j'iS. 
L'art qu'il avait choisi étant un de 
ceux oii l'on n'arrive à une véritable 
distinction qu'après avoir recueilli 
les traditions et étudié un grandnom- 
bre de modèles , il ne se borna point 
aux leçons de ses maîtres et à l'ins- 
truction puisée dans les livres : il vi- 
sita l'Italie, cette terre éternellement 
cla35ique par ses monuments et ses 
artistes; il vit aussi FAngletcrre, où 
les travaux d'utilité publique, aban- 
donnés par le gouvernement aux 
spéculations de l'industrie particu- 
lière , offrent à l'observateur de 
grands objets de comparaison. Patle 
fut associé aux collaborateurs de 
l'Encyclopédie, pour la direction des 
dessins et gravures. S'étant brouillé 
dans la suite avec les entrepreneurs 
de ce grand ouvrage , il publia , 
dans les feuilles de Fréron, que les 
éditeurs de l'Encyclopédie n'avaient 
d'autres planches que celles qu'ils 
avaient dérobées à Réaumur. Com- 
me C€ savant avait légué toutes ses 



PAT 

planches à l'académie des sciences , 
les libraires demandèrent à cette 
compagnie des commissaires pris 
dans son sein, poJir comparer les 
dessins inédits de l'Encyclopédie 
avec ceux de Réaumur. 11 fut recon- 
nu (pic ces premiers dessins étaient 
originaux ; et Patte se vit obligé de 
rétracter son assertion téméraire. 
Voilà l'origine de l'humeur et du 
mépris affecté , que Grimm exhala 
contre Patte, lorsque celui-ci en- 
treprit de critiquer les plans de 
Soufflot pour la construction de l'é- 
glise de Sainte- Ger.evièvc. Le fol- 
liculaire allemand essaya de le faire 
passer pour un homme tracassier , 
qui , n'ayant rien fait pour l'art , se 
constituait , sans titres et à contre- 
temps , le censeur de tout ce qu'exé- 
cutaient de bon des artistes dont il 
ne pouvait être le rival. Ce n'était à 
ses yeux qu'une de ces guêpes par qui 
sont importunés les hommes de gé- 
nie. Le génie de Soufflot fut pourtant 
trouvé en défaut. Lorsque Patte eut 
dénoncé rinsHffisance des pdiers qui 
devaient porter le fardeau du dôme 
projeté, Soufflot avait répondu que 
sa confiance en s'écartant des dimen- 
sions ordinaires, était autorisée par 
des secrets de construction qui lui 
étaient particuliers, et qui seraient 
révélés par l'exécution. Les travaux 
continuèrent, mais démentirent l'ar- 
chitecte novateur. En T780, dix ans 
après la publication de son premier 
Mémoire sur ce sujet, Patte lit insé- 
rer, dans les annales politiques de 
Linguet, une lettre, où, démontrant 
par l'événement, que ses craintes 
n'étaient ni mal fondées ni intempes- 
tives, il signala le grand nombre de 
lézardes et de pierres brisées, qui 
manifestaient la faiblesse des piliers 
élevés. Soufflot mourut quelquetemps 
aprèf. Ses conceptions firent obslinjL 



I 



PAT 

meut suivies par le ministère. L'état 
du uouvel edifice^devenu le Panthéon 
français, parut plus alarmant pen- 
dant les années de la révolution. Di- 
verses commissions furent successi- 
vement formées pour indiquer les 
moyens d'y remédier. Patte, consul- 
té à son tour par le ministre de l'in- 
térieur, rédigea , en Tan vu ( 1 799) , 
de nouvelles Observations. Comme 
il aimait la vie retirée et les livres , 
il avait écrit sur son art plus qu'il 
n'avait exécuté. Il prenait le titre 
d'architecte du duc des Deux-Ponts. 
Il dirigea, pour ce prince, la cons- 
truction de deux corps du palais de 
sa résidence , et celle du château de 
Jaresbourg, dessiné sur le modèle de 
Trianon. L'hôtel Charost, à Paris, 
fut aussi son ouvrage. Patte s'éloi- 
gna de la capitale, pendant la tour- 
mente révolutionnaire, et se parta- 
gea entre les méditations philoso- 
phiques et les soins minutieux: qui 
peuvent adoucir les jours de la vieil- 
lesse. Il est mort à Mantes, le 19 
août 18 1 4. Editeur des Mémoires de 
Gh. Perrault, 1769, in - i'2, et des 
OEuvres d'architecture de BofTrand, 
1753 , in -fol. , il a composé : I. 
Mémoire sur la construction de 
la coupole projetée pour couron- 
ner Véglise de Sainte- Geneviève ^ 
Paris, 1770, in -40. II. Monu- 
ments érigés en France , en l'hon- 
neur de Louis XF, précédés d'iui 
tableau du progrès des arts et des 
sciences sous son règne, ibid., 1 765, 
in-fol., aveô figures. 111. Projet 
d'éclairage pour une grande ville, 
IV. Mémoires sur les objets les 
plus importants de V architeclure , 
in-4". Ce volume, orné de planches 
en taille-douce, renferme des consi- 
dérations sur la distribution vicieu- 
se des villes , et des instructions à un 
jeune arciiitccte, sur la construction 



PAT 



5i 



des bâtiments. L'auteur y traite en 
outre, de !a manière de fonder les 
édifices importants; de la construc- 
tion des quais; de la méthode de fon- 
der les ponts , sans batardeaux ni 
épuisements; des meilleurs moyens 
pour construire les platcbandes et 
plafonds des colonnades. Il termine 
par une description historique de la 
colonnade du Louvre, et par un Mé- 
moire sur l'achèvement du portail 
de Saint -Sulpice. V. Traité de la 
construction des bâtiments , 3 vol. 
in-8*^., faisant suite au Cours d'ar- 
chitecture civile de Blondel. VI. De 
Varchiieclure tliédtrale , avec les 
principes d'optique et d'acoustique 
nécessaires à observer dans la distri- 
bution d'une salle de spectacle, I vol. 
in-8°. VII. Description du théâtre 
olympique de Ficence , chef-d'œu- 
vre de Palladio, in-4'^. VIII. Mé- 
moires qui intéressent particulière- 
ment Paris , an ix, in-4°.; ils sont 
au nombre de trois, et ont pour ob- 
jet l'état inquiétant du dôme du Pan- 
théon , la translation des cimetières 
hors de Paris, et le mauvais état du 
lit de la Seine. IX. Etudes d'archi' 
tecture , contenant les proportions 
générales, entrecolonnements , por- 
tes, niches, croisées, profds et dé- 
tails choisis des édifices modernes, 
1 755, in-fol. Ce volume n'est qu'une 
première suite de vingt planches en 
taille-douce, gravée par lui-même j 
le texte est aussi gravé. X. Discours 
sur l'importance de V étude de l'ar- 
chitecture , et Manière de l'ensei- 
gner en peu de temps y avec V abrégé 
delà Fie de Boffrand^ 17^4' ^^~ 
8°. XI. Féritahles jouissances d'un 
être raisonnable vers son déclin , in- 
12, 2^. édition, an XI (i8o3); bavar- 
dage oiseux et souvent puéril d'un 
vieilla,rd, qui , au reste, n'a pas eu la 
prétention d'être neuf, en rédigeant 



1 



i5'2 PAT 

ses conseib hygiéniques. Patte s'é- 
tait occupe d'un grand ouvrage, où 
il espérait donner une solution satis- 
faisante du problème auquel avait 
rêve l'abbé de Saint- Pierre ^ sur les 
moyens de perpétuer l'union entre 
les hommes. C'était sVigager au 
moins à remuer les plus hautes ques- 
tions d'intérêt social j et l'ancien 
architecte avait dépensé beaucoup 
de métaphysique à cet effet. Nous 
croyons qu'il est heureux que son 
livre soit demeuré inédit (i), et que 
nous étions exposés a connaître quel- 
que chose d'aussi mauvais que l'œu- 
vre philosophique mise en lumière 
par un autre enfant des arts , le 
célèbre Grétry. Patte s'était aussi 
essayé comme graveur. Outre plu- 
sieurs des planches qui accompagnent 
ses ouvrages, on connaît de lui une 
suite de six Estampes de perspecti- 
ve et d'architecture, d'après Pira- 
iiesi ( Journ. de Verdun , mars , 
1754 , p. 216 ), et un Temple ( al- 
légorique) de Vénus, sur les dessins 
de Le Lorrain (ibid. , juin 1 755 , p. 
4^8). F— T. 

PATTISON (Guillaume), poète 
anglais, né à Peasmarsh, dans le 
comté de Sussex, en 170G, était fds 
d'un pauvre fermier. Un ecclésias- 
tique bienfaisant et éclairé se char- 
gea de diriger les dispositions heu- 
reuses que Guillaume montrait pour 
la littérature. Les beautés romanti- 
ques des environs d'Appîeby , dans 
le comte' de Wetsmoreland , où il 
résidait, lui inspirèrent du penchant 
pour la vie solitaire et contemplati- 
ve. Il affectionnait particulièrement 
«n lieu sauvage, qu'il appelait la pro- 
menade de Cowlefy par sa ressem- 
blance avec plusieurs descriptions 

(1) II n'en a para qu'un ecliantillon , sous ce titre : 
Fragme?u d'un ouvrage intitulé , L'homine tel qu'il 
devi-ait être i i8o4, in-8o. 



PAT 

qui se trouvent dans les ouvi'ages 
de ce poète. C'est là qu'il employait 
souvent des soirées , et même des 
nuits entières , à faire des vers , à rê- 
ver ou à pêcher à la ligne. Il passa 
de l'école d'Appîeby à l'un des col- 
lèges de Cambridge , mais ne put 
s'accoutumer à la disciphne de cette 
université, et finit par se prendre de 
querelle avec un de ses supérieurs. 
Pour prévenir la honte d'une ex- 
pulsion dont il était menacé , lui- 
même raya son nom du registre de 
son collège, fît une apologie en vers 
de sa conduite , l'attacha avec une 
e'pingle à sa robe, qu'il envoya aux 
supérieurs, et partit gaîment pour 
Londres. Jusque-là , Pattison avait 
paru chérir exclusivementlaretraite: 
mais il en perdit le goût au milieu 
des séductions de la capitale. Le 
succès qu'obtint la publication de 
ses poèmes , le mit en état de se li- 
vrer quelque temps à la dissipation , 
de hanter les cafés , de fréquenter les 
beaux-esprits : mais celte existence 
fut de peu de durée , et ne servit 
qu'à lui rendre plus s-ensible l'ex- 
trême misère où 'il tomba bientôt. 
Cette misère fut telle , qu'il écrivait 
à une personne qu'on n'a pas nom- 
mée : a Epargnez ma sensibilité • je 
» suis privé, depuis deux jours , des 
» choses les plus nécessaires à la vie, 
» et j'ai à peine la force de signer 
t) mon nom. w II passait alors tou- 
tes ses nuits en plein air, non plus 
par goût , comme autrefois , dans 
une solitude chérie, mais assis sur 
un banc dans le parc Saint-James. 
Le libraire Curl , toujours à la piste 
des auteurs faméliques , lui donna 
un asile chez lui ^ mais la petite- 
vérole , qui l'attaqua un mois après , 
et surtout le sentiment profond de 
ce qu'il avait souffert , l'enlevèrent 
au monde à l'âge de 21 ans. Pat ' 



s. Pat^ 



PAT 

son, étant près d'expirer ;, exprima 
un vif désir de se réconcilier avec 
son père , qui , depuis sa sortie de 
runiversite' , lui avait retire son af- 
fection : cet homme inexorable non- 
seulement s'y refusa , mais , après la 
mort de son fils , ne voulut pas 
même rendre les derniers devoirs à 
sa cendre. Ou remarque, parmi les 
productions de ce jeune poète, la 
Contemplation du matin ; la Vie 
de collège ; des Épitres de Rosa- 
monde à Henri et d^ Henri à Rosa- 
monde; le Sablier ( Hour-Glass ) ; 
des traductions de Strada , de Clau- 
dien et de Virgile; un poème latin 
inûiu\6 Festum lustrale ; et surtout 
VEpitre d'Ahailard à Héldise , en 
réponse à l'inimitable Epitre d' Hé- 
ldise à Ahailard, par Pope, son ami, 
et qu'on lit encore avec plaisir après 
celle-ci. Pendant sa vie, l'indigence 
et le malheur furent son partage ; 
et la célébrité' lorsqu'il ne pouvait 
plus en jouir. Les ouvrages qu'il 
a laisse's , et qui furent recueillis 
et imprime's en deux volumes in- 
8*». , 1728 , prouvent un talent na- 
turel et vrai , qui ne demandait qu'à 
être mûri par les années. Ce talent 
avait quelque analogie /avec celui 
de Malfilâtre; et leurs destinées ont 
eu une ressemblance plus frappante 
encore. L. 

PATU (Claude-Pierre ), né à 
Paris, au mois d'octobiT 1729, se 
fit recevoir avocat , et cultiva les let- 
tres. Les langues latine, anglaise et 
italienne, lui étaient très-familières , 
et il les parlait avec élégance et faci- 
lité. Pour se perfectionner dans la 
connaissance de l'anglais , il avait 
passé quelque temps à Londres. Au 
mois d'octobre 1755, il entreprit, 
avec Palissot, son ami, un pèleri- 
nage auprès de Voltaire , qui venait 
de s'établir sur le lac de Genève; 



PAT 



53 



et les deux voyageurs furent très- 
bien accueillis par l'auteur A'Alzire. 
Revenu à Paris, Palu forma le projet 
de visiter l'Italie , et partit au mois 
de juillet 1 75G. Il alla d'abord à Na- 
ples , puis à Rome et à Venise. Il 
sentit, dans cette dernière ville, sa 
santé s'altérer, et il se rendit à Flo- 
rence pour y consulter le docteur 
Cocchi. Lapulraonie était déclarée, 
et le médecin lui conseilla l'air natal. 
Patu revenait en France , lorsqu'il 
mourut â Saint- Jean de Morienne, le 
20 août 1757. On a de lui: I. (Avec 
Portclance ) Les Adieux du goût , 
comédie en vers libres et en un acte, 
jouée sur le Théâtre-français , le i3 
février 1 754 , imprimée la même an- 
née , in-12. Le sujet, le plan, la 
distribution, les petits vers , sont de 
Patu ; les vers alexandrins sont de 
Portclance. III. Choix de petites 
pièces du Théâtre anglais , 1 7 5(3 , 
2 vol. in-12 , qui contiennent la Rou- 
tique du bijoutier; le Roi et le Meu- 
nier de Afansfeld ; V Aveugle de 
Bethnal Green; le Diable à quatre^ 
ou les Femmes métamorphosées ; 
V opéra du Gueux ^ et Comment V ap- 
pelez-vous. Cette traduction est es- 
timée. A. B — T. 

PATUZZI (Jean-Vincent), théo- 
logien, né, le 19 juillet 1700, à Co- 
uégliano dans le Vcronèse , prit , 
en 1717, l'habit religieux de la 
congrégation du B. Salomoni, qui 
est une des branches de l'ordre de 
Saint - Dominique. Il professa la 
théologie , à Venise , et seconda 
le père Concina dans la guerre opi- 
niâtre ([ue celui-ci faisait à la mo- 
rale relâchée. Patuzzi mourut à Vi- 
cence , le -26 juin 17(39, dans la 
maison de campagne du marquis 
L. Sale, son ami; il avait public 
un asçez grand nombred'écrits, entre 
autres : I. La Fie de lu vénérable 



1 J i PAT 

Bose Flnielti ,Ycn'isc y ^74^, in- 
4^. II. Défense de la doctrine de 
saint Thomas , contre Bcnzi, Luc- 
ques , 1 746, in-4". III. De V état fu- 
tur desimpies ,N érouc, 1748, in-4°.; 
rauteiir y joignit depuis une Disser- 
tation Sur la place des enfers surla 
terre. IV. Lettres théologico-mora- * 
les pour la défense de l'Histoire du 
probabilisme de Concina , Venise , 
1751 , 2 vol. in-8^.; avec deux sui- 
tes, qui parurent en 1753 et en 1754, 
chacune en 2 vol. ,• dans la dernière, 
Patuzzi réfute un je'suite qui avait 
critique ses premières Lettres. V. 
Observations sur quelques points 
d'histoire littéraire , adressées à 
Zaccaria , Venise, 1756, 2 vol. 
in-8*^. VI. Sur la matière des sa- 
crements , contre les hérétiques , 1 
vol. in-fol. j c'est une édition aug- 
mentée de l'ouvrage, de Drouin. 
VII. V Encyclique de Benoît XIF^ 
éclaircie et défendue contre V auteur 
des Doutes , Lugano, 1768, in-8«.; 
cet écrit plut beaucoup à quelques ap- 
pelants, qui le firent traduire eu fran- 
çais , et imprimer à Utrecht. VÎII. 
Traité de la rè^le prochaine des 
actions humaines dans le choix des 
opinions j Venise , 1768 , 2 vol. in- 
4^. ; traduit depuis en latin. IX. 
Courte instruction sur le même su- 
jet. X. Des indulgences et des dis- 
positions pour les recevoir ^ Rome , 
1 760 , in- 16. XI. Exposition de la 
doctrine chrétienne , Venise, 1761 ; 
c'est l'ouvrage de Mesenguy , dont 
Patuzzi prétendait avoir retranche 
tout ce qui avait motive la censure 
de Rome. XII. Lettre à un ministre 
d'état sur la doctrine des casuistes 
îuodernes , en morale , et sur les 
f^rands maux qui en ré.mltent pour 
la société , Venise , 1 761 , 1 vol. in- 
8^. XIII. Lettres apologétiques, ou 
Défense de saint Thomas sur le ty- 



PAT 

rannicide ^ Venise , 1763, in 
XIV. La cause du probabilism( 
rappelée à l'examenparM. Liguoi 
et de nouveau convaincue defam 
par Adolphe Dosithée, Vernie, 1 76^ 
in-8". ; c'est une réponse à la Dissei 
talion publiée par le prélat^ en 1 76^7 
Sur l'usage modéré de l'opinion 
probable. XV. Observations théolo- 
giques sur l'apologie de M. Liguori^ 
contre l'écrit précèdent, in-8°. XVI. 
Théologie morale , Bassano , 1 790 , 
7 vol. in- 4". ; Patuzzi ayant laissé 
cet ouvrage imparfait , le père Fan- 
lini, son confrère, l'a terminé, et y 
a joint une Notice sur la vie et les 
écrits de Patuzzi. Tous ceux que 
nous avons cités ci-dessus , sont en 
italien , à l'exception des numéros 
m , VI et XVI , qui sont en latin. 
Plusieurs de ces écrits ont paru sous 
le nom d'Eusèbe Éraniste , qui était 
probablement le nom de Patuzzi , 
comme membre de l'académie des 
Arcadiens. On peut voir son Eioge 
latin, publié en 1770 , par Sidenio, 
et V Europe littéraire , juin 1769. 
En applaudissant à son zèle contre 
le relâchement en "général , on n'o- 
serait décider s'il n'a pas lui-même 
donné dans quelque excès ; et il sem- 
ble que, dans cette dispute, le prélat 
napolitain avait, par sa longue expé- 
rience et ses travaux dans les mis- 
sions , un grand avantage sur le père 
Patuzzi, qui ne paraît pas avoir joint 
à la méditation du cabinet l'exercice 
habituel do ministère. P — c — t. 

PATZKE ( Jean-Samuel ) , pas- 
teur protestant , né à Selov , au- 
près de Francfort - sur - l'Oder , en 
octobre 1727, eut à lutter contre 
la pauvreté , pendant ses premières 
études , et ne dut le moyen de hs 
continuer qu'au talent poétique qu'il 
faisait connaître par des vers de cir- 
constance. Il finit par obtenir le pri- 



PAR 

vilcge , eu quelque sorte , exclusif 
de composer des pièces de vers de 
ce genre. A runiversite de Halle , où 
il se rendit, en l'jSi ^ cette occupa- 
tion ne lui fut pas lucrative j et , en 
attendant les ëpitlialames , il con- 
tracta une petite dette , dont il ne 
savait comment s'acquitter, lors- 
qu'en passant, dans son désespoir , 
devant la poste aux lettres, il apprit 
qu'un ami lui envoyait dix ducats , 
pour recompense de vers composes 
en son honneur. Le pauvre Patzke , 
qui n'avait jamais possède pareille 
somme , se jeta à genoux derrière 
la porte-coclière de la poste , pour 
remercier le ciel d'une fortune aussi 
inespere'e. Après ses études tliëolo- 
giques , il se préparait , à Francfort, 
aux fonctions de prédicateur, lors- 
qu'il fut recommande au margrave 
de Scliwedt pour une place de 
pasteur à Wormsfelde. Ayant tou- 
jours vécu dans l'indigence, il trem- 
bla de tous ses membres, lorsqu'il 
fallut paraître devant le margrave; 
et l'adabilité du prince fut seule ca- 
pable de dissiper sa frayeur : mais 
elle revint lorsque le margrave , 
l'ayant installe' dans son pastorat , 
lui annonça qji'il irait dîner chez 
lui avec toute sa suite. Le nou- 
veau pasteur eut beau assurer qu'il 
n'avait rien de ce qu'il fallait pour 
régaler une société aussi brillante ; 
le prince persista dans son dessein, 
et se rendit sur-le-champ avec sa 
suite au presbytère , pendant que 
PatzAe était hors de lui , de peur 
et d'embarras. Arrivé dans la de- 
meure du pasteur, le margrave vou- 
lut voir le cabinet d'études et la bi- 
bliothèque: Patzke protesta qu'il n'a- 
vait que quelques livres en désordre ; 
cependant il fallut les montrer. Il 
ne fut pas mcdiocrcment surpris en 
voyant une belle bibliolliè({uc à la 



PAR 



55 



place des bouquins qu'il avait laisse'* 
en sortant. Le prince voulut voir le 
salon : Patzke dit qu'il n'avait qu'u- 
ne chambre vide à montrer; cepen- 
dant en y entrant , il la trouva élé- 
gamment meublée : la surprise du 
pauvre pasteur allait en croissant. Il 
fut enfin question de dîner; pour le 
coup il déclara que le prince trouve- 
rait la réalité fort au-dessous de ce 
qu'on lui avait annoncé : point du 
tout ; on trouva un repas splendide 
et une cave bien fournie. Après s'être 
amusé quelque temps de la surprise 
de Patzke , le prince s'avoua l'au- 
teur de ces métamorphoses. Patz- 
ke se maria, et rien ne parut plus 
manquer à son bonheur. Mais , en 
1758, l'armée russe aycint fait une 
invasion dans le Brandebourg, pilla 
le presbvtère , et réduisit de nouveau 
Patzke à l'indigence. Il se rendit au 
camp, et obtint qu'un dragon l'es- 
corterait pour faire cesser le désoi'- 
dre. Ce dragon , quand il fut hors 
de la vue du camp , mit l'épée sur 
la poitrine du pasteur , et le força 
de lui donner l'argent qui lui res- 
tait. La protection du margrave ti- 
ra encore Patzke de sa peine. Il fut 
nommé successivement pasteur ù 
Liegen, et prédicateur à Magdebourg 
(en 1 7 6*2). Ce fut dans cette villîf qu'il 
fondai.^ réputation de son talent pour 
la prédication. Ses sermons furent 
très-suivis; et, ayant été imprimés, 
ils eurent un succès décidé. Cet ec- 
clésiastique travaillait encore à l'a- 
mélioration de ses paroissiens, par 
des feuilles périodiques , et par la 
composition de drames sacrés , qui 
furent mis en musique et qui eurent 
beaucoup de vogue. Tous ses écrits 
annonçaient un esprit éclairé , un 
pasteur zélé pour le bien de l'huma- 
nité. Dos infirmités douloureuses le 
coi'duisirentlcutcuKfRt au tombeau; 



i56 



PAU 



et il succomba, le i4 ddcemb. 1786. 
On a de lui : I. Comédies de Téren- 
ce, traduites avec des notes , Halle ^ 

1753. II. Chansons et contes, ibid. , 

1 754, 3 vol. in-8«. III. OEuvres de 
Tacite^ trad. avec des notes , Mag- 
debourg et Halle, 1765-77 , 6 vol. 
in-H*^. IV. Entretiens hebdomadai- 
res , Magdebourg , 1777-79,3 vol. 
in-80. V. heFieillard, ouvrage heb- 
domadaire, ibid., 1763-67,1 4 vol.; 
reimpriméen 4 vol., à Leipzig, 1781. 
VI. La Mort d'Jbel, drame en mu- 
sique, Leipzig, 1771, in-fol. VIT. 
Considérations sur les intérêts les 
plus importants des hommes , Leip- 
zig,i 779-83, 3 voLin-8«.;le premier 
volume eut six éditions. VIII. Ser- 
mons sur les évangiles de toute Van- 
née^ Magdebourg, 1774*75, 1 vol. 
in-4'^. IX. Sermons sur les épitres 
de toute Vannée , ibid. , 1 7 76 , 2 vol. 
in- 4^. X. Poésies musicales, avec un 
supplément contenant des hymnes 
pour l'enfance. On trouve , dans ce 
Recueil, les drames que l'auteur avait 
fait paraître séparément, et que Rol- 
le avait mis en musique, tels que , les 
Dieux et les Muses ,1a Victoire de 
JDai^id^ Idamante ou le Vœu^ Ores- 
te et Pjlade , les Travaux d'Her- 
cule^ Saiil ou le Pouvoir de la mu- 
sique;\di Mort d^ Hermann , la Pas- 
sion de Jésus-Christ. Patzke avait 
publié un Choix de ses sermons , 
Magdebourg, 1780: un autre Choix 
de ses discours prononcés en chaire , 
a paru , en 1 794 , à Dessau. D — g. 

PAUGÏON (Alexis-Jean-Pier- 
re ) , mathématicien , naquit , en 
1 736 ( I ) , à la Baroche - Goiidoin , 
près de Lassai , dans le Maine. Com- 
me il appartenait.! des parents sans 
fortune , son éducation fut presque 
nulle jusqu'à l'âge de 18 ans : il mit 

(1) Ou, selon M. Ersch, le lo février 173?.. 



ri 



PAU 

alors à profit les leçons d*lin eccle'- 
siasliquc auquel il avait inspiré de 
l'intérêt , et le quitta au bout de deux 
ans pour recevoir uue instruction 
plus forte. Le goût des sciences exac- 
tes le dominait: il se livra, à Nantes, 
à l'étude des mathématiques et du 
pilotage ; et, quelque temps après, il 
se rendit à Paris , où , force de se 
créer des ressources , il se chargea 
d'une éducation particulière. Pauc- 
ton se fit d'abord connaître par une 
Théorie de la vis d'^rchimède 
(Paris , 1 768) • théorie de laquelle il 
déduisit la conception de moulins 
construits d'une nouvelle manière, 
et plusieurs autres applications uti- 
les : il y joignit une dissertation sur 
la force des bois. Cet ouvrage est le 
développement d'un Mémoire com- 
posé , en 1765 , pour l'académie de 
Berlin , dont il ne remporta pas le 
prix. Daniel Bernoulli, dans son 
Ifydrodjnamique , Euler, dans le 
v<^. volume des Mémoires de l'aca- 
démie de Pétersbourg , et le jésuite 
Belgrado,dans un traité ex profes- 
sOj imprimé à Parme, en 1767, 
avaient déjà porté leur attention sur 
la machine attribuée à Archimède. 
En 1780, Paneton publia un travail 
plus considérable, sa Métrologie , 
ou Traité des mesures, poids et mon- 
naies des anciens peuples et des mo- 
dernes, Paris, Desaint, in-4". de 
972 pag. 'j ouvrage capital, qui a 
servi de canevas à tous ceux qui ont 
paru depuis sur le même sujet. Mal- 
gré le nombre prodigieux de Métro- 
loties générales ou particulières , 
qu'a fait naître l'introduction du 
nouveau système métrique, celle de 
Paneton est loin d'avoir perdu son 
utilité : les logarithmes dont il ac- 
compagne chacune de ses évalua- 
tions , donnent le moyen de faire ai- 
sément toutes les réductions dont j 



sciontm^. 

J 



PAU 

peut avoir besoin , et de reconnaître 
les fautes d'impression. L'année sui- 
vante parut sa Théorie des lois de la 
nature , ou la science des causes et 
des effets, Paris, Desaint, in-8*^. de 
486 pao;. L'auteur reprenant les tra- 
ces semées par Leibnitz, dans un 
opuscule contre les Cartésiens , envi- 
sage sous un point de vue nouveau 
la communication du mouvement, 
La nature se présente à lui sous la 
forme d'un théorème qui comprend 
huit termes de relation, le poids ou 
la pression, le mouvement ou la vi- 
tesse , le temps , l'espace, l'intensité', 
l'extensite', l'cftet et le résultat. Dans 
une Dissertation sur les pyramides 
d' Egypte, par laquelle se termine 
son ouvrage j il cherche à ëtabbr 
que les proportions et les détails in- 
térieurs de ces monuments offrent la 
clef de sa théorie, qu'avaient dû con- 
naître les prêtres égyptiens. Montu- 
cla , qui , en sa qualité de censeur , 
avait lu l'ébauche de celte ambitieu- 
se production, n'y vit qu'un galima- 
tias algébrique. Mauduit , exami- 
nateur moins sévère, ne donna néan- 
moins qu'une approbation insigni- 
iîante. Tous ces travaux améliorè- 
rent peu la situation de Paneton : 
seulement il obtint une chaire de 
mathématiques à Strasbourg. Mais 
cette place ayant été menacée d'un 
blocus par les Autrichiens , et les 
magistrats ayant ordonné aux habi- 
tants de se pourvoir de vivres pour 
;■ le temps du giége , ou de quitter la 
V ville , Paneton , qui n'avait pas de 
quoi acheter des provisions d'a- 
vance , fut obligé de sortir avec sa 
femme et ses trois enfants. Retiré à 
Dole, chez un maître de pension , il 
y enseignait les mathématiques pour 
600 liv. par an , lorsque le ministre 
de l'intéreur lui donna ( le 2 frim. 
âD V (179O) , une place au bureau 



PAU 



157 



du cadastre pour travailler en qua- 
lité de calculateur à la Connaissance 
des temps. Il revint donc à Paris, 
et fut nommé associé correspondant 
de l'Institut : il avait reçu , comme 
savant , un secours de trois mille 
francs de la Convention* et -il com- 
mençait à se promettre im avenir 
plus heureux , lorsque la mort l'en- 
leva , le i5 juin 1798. Il a laissé, 
parmi ses manuscrits , une traduc- 
tion des hymnes d'Orphée , un traité 
de gnomonique , et une théorie du 
Ptérophore, et d'un char volant , 
dont les premières idées avaient été 
déjà exposées dans sa Théorie de la 
vis d'Archimède. F — t. 

PAUDITZ ( Christophe ), pein- 
tre , naquit dans la Basse-Saxe , vers 
1618. Il fut l'un des élèves les plus 
distingués de Rembrandt. L'évêque 
de Ratisbonne, et Albert Sigismond , 
duc de Bavière, l'honorèrent de leur 
protection spéciale, et le chargèrent 
de l'exécution de plusieurs tableaux 
qu'il peignit d'une manière supérieu- 
re. Après avoir terminé ces grands 
travaux , il entreprit un tableau en 
concours avec Roster , peintre de 
Nuremberg. Le sujet était un Loup 
qui dévore un agneau. L'ouvrage 
de Pauditz se faisait remarquer par 
la force et la vérité de l'exécution : 
quelques juges frappés du fini plus 
recherché du tableau de son rival 
lui donnèrent la préférence. Pauditz, 
d'une susceptibilité trop grande , 
ne put supporter ce jugement qu'il 
regardait comme une injustice ; il 
fut attaqué d'une lièvre violente ; 
sou sang se décomposa , et il mou- 
rut quelque temps après, au grand 
regret de tous les amis des arts. Ses 
ouvrages, remarquables par une heu- 
reuse imitation de Rembrandt , se 
distiuguent en outre par la vigueur 
du coloris , et la vérité des tons. La 



i58 PAU 

galerie de Diesdc a son Portrait , 
peint par lui - même. Le Musée du 
Louvre a possédé deux tableaux de 
ce peintre ; l'un était une esquisse 
sur etain , représentant le Réveil de 
Saint-Jérôme ; l'autre , un Fieillard 
avec un enfant. Le premier prove- 
nait de la galerie de Munich , le se- 
cond de celle de Vienne : ils ont été' 
rendus en 18 1 5. P — s. 

PAUL (Saint), l'Apotredes Gen- 
tils , nommé d'abord Saul^ naquit 
deux ans avant l'ëre vulgaire ( la i'^-. 
année de J.-G. ), de parents juifs , à 
Tarse, ville municipale de Cilicie,, 
dont le dévouement à l'empereur 
Auguste avait valu à ses habitants le 
litre de citoyens romains. Après que 
Saul eut appris les lettres grecques, 
qui, selon la remarque de Strabon, 
étaient florissantes chez les Ciliciens, 
son père, de la secte Pharisienne , 
l'envoya étudier à Jérusalem , où 
Saul fut instruit par le docteur Ga- 
maliel dans la loi de Moïse, dont 
l'observance sévère l'attacha surtout 
à cette secte. Cependant, suivant la 
pratique des Juiîs commerçants des 
villes maritimes, on lui fit exercer 
un art d'industrie , celui de faire des 
tentes pour les marins , comme on 
le voit dans les Actes des apôtres 
{Act. 18). Mais, zélé observateur 
de la loi judaïque, il ne fut que trop 
occupé à persécuter ceux qui em- 
brassaient le christianisme naissant. 
Lors du martyre de saint Etienne , 
Saul, âgé de trente-deux ans, gar- 
dait les manteaux des lapidateurs 
Ciliciens , et devint leur complice : il 
eut néanmoins une part efficace aux 
prières du Saint en faveur de ses 
bourreaux. Cette mort était le prélu- 
de de la première persécution contre 
l'Église. Saiil en fut d'abord l'instru- 
ment : il chargeait de chaînes , ou 
faisait battre de verges , ceux qui 




PAU 

croyaient eu J.-C. Dans l'ardeur 
son zèle, il se rendit l'exécuteur des 
ordres des chefs de sa synagogue , 
pour aller en Syrie rechercher les 
nouveaux chrétiens , et les conduire 
à Jérusalem. Jusqu'alors , mu par un 
fanatisme aveugle, il n'avait pas ré- 
fléchi sur les motifs dont étaient ani- 
mées les malheureuses victimes de 
l'animadversion des pontifes. Mais 
lorsqu'il était en route pourDamas, 
et qu'il fut parvenu aux montagnes 
qui avoisinent la ville , une vision 
soudaine, le frappant d'un éclat cé- 
leste , lui fit entendre celte voix : 
Saul, Saul, pourquoi me persécu- 
tes-tu? et lui montra en même temps 
Jésus-Christ, qui l'éclairait de sa 
lumière et l'appelait à la foi. Ébloui 
et atterré, on le conduisit à Damas , 
où un disciple de Jésus, Ananie, lui 
imposa les mains, éclaircit sa vue, ' 
et le baptisa. Saul converti , devenu i 
un autre homme, sentit dès-lors toute 
l'horreur de la guerre acharnée qu'il 
avait faite aux nouveaux chrétiens • \ 
et on le vit tout-à-coup animé d'une ! 
ardeur aussi grande pour défendre i 
la foi chrétienne-, qu'il en avait mon- 
tré pour la combattre. Après être ' 
resté quelque temps avec les disci- i 
pies de DanicTs, il ne rougit point 
de professer Jésus-Christ devant les i 
Juifs , dans leur synagogue , en an- . 
nonçant que les prophéties étaient 'i 
accomplies , que Jésus était le Christ ; 
et le Messie promis à leurs pères. Le , 
nouvel apôtre savait parfaitement ' 
les Écritures. Doué d'un esprit vif 
et pénétrant, l'éloquence qui était en ^ 
lui celle d'un homme persuadé, et 
surtout sa connaissance de la reli- 
gion des Juifs , donnèrent d'autant 
plus d'autorité à ses paroles, qu'on 
était assuré qu'il n'avait pu changer 
de sentiment que par conviction et 
par choix. La prati(ine de la chari'c . 



PAU 

l'arae de ses discours comme de !a 
religion qu'il avait embrassée , ache- 
va de lui gap;ner les cœurs de ceux 
qui renteiidaicnt. Ses prédications à 
Damas, et dans les lieux çuviron- 
nants , opérèrent un si grand nom- 
bre de conversions , que les princi- 
paux Juifs tentèrent de le faire arrê- 
ter; mais les disciples le descendi- 
rent la nuit dans une corbeille hors 
des murs de la ville. L'apotre vint 
à Jérusalem , où il fut présente par 
Barnabe aux autres apôtres, qui 
d'abord avaient peine à croire à sa 
métamorphose, mais qui, frappés 
par l'éclat de sa conversion et l'elii- 
cacité de ses paroles , le reçurent 
comme un frère, et l'envoyèrent por- 
ter la foi à Tarse, dans son propre 
pays. Saint Barnabe vint l'y trouver, 
et l'emmena à Antioche , qui devint 
illustre par l'église de ce nom, dont 
les fidèles furent appelés Chrétiens , 
en l'an 4'^ de J.-G. Une sublime vi- 
sion que l'apôtre eut à Antioche, oii 
il fut, dit il, ravi en esprit, et vit et 
entendit ce qu'aucun mortel ne peut 
ni fij^urer ni exprimer, paraît dater 
de l'époque de sa promotion à l'apos- 
tolat. Malgré cette exaltation de son 
esprit, il se plaint des adéctions ter- 
restres qui le rabaissaient, et qui lui 
faisaient , suivant son expression , 
réduire son corps en servitude ( i 
Corinth. 9 ). Il travaillait des mains 
pour vaincre son amour-propre , et 
ne pas se laisser amollir par l'oisi- 
volé, autant qu« pour exercer sa cha- 
lité et sa patience. Mais la sage mé- 
diocrité qu'il recommandait et pra- 
tiquait en même temps, montre que 
son humilité n'était point celle d'un 
philosophe cynique; et sa modestie 
ne se refusait pas aux secours et à 
l'hospitalité qui lui étaient ofrerts,à 
lui et à ses disciples ( Philipp. 4 ). 
Les détails et la suite des voyages 



PAU i5(» 

dont toute sa vie apostolique se com- 
pose, et que décrivent les Actes des 
apôtres, nous offrent une infinité de 
faits, parmi lesquels nous ne pouvons 
que nous borner aux plus marquants , 
comme à ceux des séjours princi- 
paux qui ont donné lieu à ses dis- 
cours et à ses épîtrcs, dont les mo- 
numents nous sont restés. Sa premiè- 
re mission, en quittant Antioche, 
fut d'aller à Paphos, dans Hle de 
Gyprc, dont Sergius Paulus était 
gouverneur pour les Romains. Un 
juif magicien, Elymas, ayant voulu 
détourner le proconsul d'entendre la 
prédication de celui que sa réputa- 
tion avait précédé, fut foudroyé par 
les paroles de l'apôtre; et, frappé 
d'aveuglement, il ne put empêcher 
la conversion du proconsul. C'est à 
cette occasion que saint Luc donne 
à l'apôtre le nom de Paul , soit com- 
me dénomination romaine, soit com- 
me marque d'aficclion envers le gou- 
verneur de ce nom. Saint Paul ne fit 
que passer dans sa mission en Cypre, 
et alla porter l'Évangile à Antioche 
de Pisidie, ville peuplée de Juifs et 
de Gentils, auxquels la foi n'avait 
pas encore été prêchée. Saint Paul , 
à qui Barnabe cédait partout la pa- 
role , annonça d'abord aux Juifs , le 
Christ ressuscité , comme le Messie 
promis p-ir David , en rejetant sur 
ceux de Jérusalem, la mort de Jé- 
sus , prédite par les prophètes. L'af- 
fluence des auditeurs pour recevoir 
sa parole, était telle, qu'un concours 
de Gentils venait renlendre jusque 
dans la synagogue. Mais plusieurs 
des Juifs, zélateurs de leur loi, soule- 
vèrent contre lui les principaux de 
leur secte; et les apôtres, forces de 
se retirer, secouèrent la poussière 
de leurs pieds , et quittèrent cette ci- 
té inhospitalière. C'est de celte épo- 
que ( en 4*> ), q'i« date la prcdica- 



i6o PAU 

tion de l'Évangile aux Gentils. Ce- 
pendant Paul ne se rebuta point. A 
Icône, dans la Lycaonie, il se mon- 
tra encore dans la synagogue , et il 
fit des prosélytes cliez les Juifs com- 
me chez les Gentils : on croit que 
sainte Thecle fut du nombre, et le 
premier martyr de son sexe. Mais 
il s'y forma deux partis : les Juifs 
opposants , et les Gentils prévenus , 
suscitèrent les magistrats contre Paul 
et Barnabe , qui, après avoir ctc d'a- 
bord honores comme des dieux par 
le peuple, témoin de la guérisond'un 
perclus d'après les prières des apô- 
tres , faillirent ensuite être lapidés à 
la suggestion des Juifs , et périr du 
même supplice dont Etienne avait 
e'té victime. Accable' de maux qui 
passaient, comme il le dit, la mesure 
de ses forces , charge' de coups , traî- 
né de prison en prison, exposé à 
mille dangers, essuyant toutes sor- 
tes de mauvais traitements, saint 
Paul déployait partout une égale 
constance de caractère, que soute- 
nait le zèle de sa foi: et bien qu'il fût 
revenu d'Asie, après de nouvelles 
traverses , à Antioche de Syrie, il en 
repartit plusieurs fois, jusqu'au con- 
cile de Jérusalem, pour aller prê- 
cher l'Évangile dans la Pamphilie,la 
Macédoine, et jusqu'en Illyrie : c'é- 
tait avant qu'il eût écrit ses premières 
épîtres , où il détaille ses souffrances 
et ses travaux, c'est-à-dire, dans le 
temps dont saint Luc a tracé l'his- 
toire, quoiqu'il n'énumère point tous 
les voyages que saint Paul paraît dé- 
signer dans ses Épîtres. A mesure que 
la loi évangélique s'étendait, un nou- 
veau sujet de trouble naissait de ce 
que des Chrétiens qui avaient été 
Pharisiens, prétendaient soumettre 
préalablement les Gentils qui se con- 
vertissaient, à la circoncision et aux 
observances prescrites par la loi de 



PAU 

Moise. L'autorité de'jà puissante de 
saint Paul , se déclarant en faveur de 
l'affranchissement de cette loi par 
l'Evangile , n'empêcha point qu'il ne 
crût devoir se rendre à Jérusalem , 
pour en conférer avec les apôtres et 
les anciens disciples. Le concile de 
Jérusalem , en décrétant la liberté 
évangélique, décida ce point impor- 
tant, qui sépare Tancienne loi de la 
nouvelle , sauf la faculté de prati- 
quer , suivant les convenances, quel- 
ques-unes des observations de la loi, 
jusqu'à l'entier établissement du 
christianisme. C'est ce qui fit refuser 
par saint Paul , comme n'étant pas 
nécessaire, la circoncision à Tite, 
pour ne pas choquer les Gentils , et 
au contraire l'accorder , comme n'é- 
tant pas mauvaise , à Timothée , afin 
de gagner les Juifs. S'il reprit pos- 
térieurement saint Pierre, à Antio- 
che, c'est parce que cet apôtre, en 
vivant d'abord avec les Gentils , et 
en judaïsant ensuite devant eux , les 
scandalisait en leur donnant lieu de 
croire à la nécessité des observances 
judaïques; ce qui était contraire à 
l'esprit comme à la décision du con- 
cile. Saint Paul exposa devant les 
apôtres , à Jérusalem , la doctrine 
qu'il avait prêchée. Ils reconnurent 
et confirmèrent sa vocation à l'apos- 
tolat des nations ; et tous se donnè- 
rent la main pour marquer l'unité de 
commuL'ion entre eux. Apres son 
retour à Antioche, saint Paul, dans 
de nouveaux voyages , s'adjoignit 
Timothée , l'un de ses plus fidèles 
disciples. Ayant porté l'Évangile 
chez les Galates, dont il fut parlai- 
tement accueilli, il passa en Macé- 
doine , avec saint Luc , qui en parle 
comme entrant alors en société avec 
lui, et qui fut depuis son historien 
particulier, comme Timothée fut 
son secrétaire intime. Arrivé à Philii 



e ariuup- 

1 



PAU 

l)es , colonie romaine de la Mace'doi- 
ne , il logea cliez uue dame qui lui 
devait sa conversion , et il délivra 
une esclave de l'obsession dans la- 
quelle ses maîtres la retenaient. Ce 
fut le prétexte d'une émeute suscitée 
contre saint Paul et ses disciples , 
qui , par l'ordre des magistrats , fu- 
rent battus de verges et chargés de 
fers.- Mais les portes de sa prison , 
dont le geôlier se convertit , s'étant 
ouvertes , il sortit librement de la 
ville , en déclarant sa qualité de ci- 
toyen romain; etil y laissa des amis, 
qui firent , à leur tour, de nouveaux 
chrétiens , et lui restèrent constam- 
ment attachés. Malgré ce qu'il avait 
souffert chez les Philippiens , il se 
rendit dans la métropole de la Ma- 
cédoine; et ses Lettres aux Thessalo- 
niciens, qu'il aimait paternellement, 
prouvent les fruits que ses prédica- 
tions produisirent parmi eux. Aussi 
les Juifs , indignés de ses succès , 
persécutèrent-ils Jason et d'autres 
chrétiens notables, qui l'avaient ac- 
cueilli, et qui ne furent laissés libres, 
que sous caution de le représenter. 
Cependant, conduit de nuit hors des 
murs , mais poursuivi de ville en 
ville , il s'embarqua pour Athènes , 
comme le rendez-vous des lumières 
et en même temps le foyer de la su- 
perstition. Livrée au polythéisme et 
à l'idolâtrie, elle avait néanmoins un 
temple avec un autel dédié au Dieu 
inconnu , par lequel Lucien semble 
de'signcr le Dieu des Juifs adoré par 
les Chrétiens. Saint Paul , frappé 
par cette vue, et animé encore plus 
ï^r le zèle de la vérité, se mit à prc- 
cnfc' non-seulement au peuple Athé 
Bien, m-.is aux Epicuriens et auxStoi- 
ciens, le "ûicii inconnu, qui était 
nouveau pour ic. rj^cmiers , incom- 
mode ou étranger aux ù^/^on^g ij^. 
portun pour les derniers. BicmCt U 

XXXIII. 



PAU 



i6i 



fut conduit par eux à rAréop3ge , 
afin de rendre compte de sa doc- 
trine , bien plus opposée au culte 
des dieux , que ne l'était celle des 
philosophes qui avaient été punis 
pour l'avoir combattu. Notre sage 
apotrc ne fut point ébranlé : sans 
clioquer les juges , ni rabaisser les 
objels de la vénération publique, il 
profita de la circonstance de l'érec- 
tion d'un autel au Dieu inconnu, pour 
leur manifester le Dieu qu'ils ado- 
raient sans le savoir. Il établit ainsi 
« l'existence d'un Dieu créateur du ciel 
et de la terre, qui n'habite pas maté- 
riellement les temples, qui a formé 
d'un seul toute la race des hommes, 
etleur a ordonné de le chercher pour 
le connaître. Il les nomme les en- 
fants de la Divinité, d'après le Poète 
même , et conclut qu'il est indigne 
d'eux de faire Dieu semblable à l'or 
ou à l'argent, et inférieur aux hom- 
mes mêmes, dont il est l'auteur. 
Il les engage à se repentir de l'avoir 
méconnu , et à se le rendre agréa- 
ble, en recevant le nouveau bienfait 
de sa grâce , par le mérite du Christ 
descendu sur la terre pour les ré- 
concilier avec Dieu. » Les Athé- 
niens , avides de nouveautés, enten- 
dirent avec empressement , et plu- 
sieurs même , en dépit des philoso- 
phes, reçurent la doctrine du Christ 
mort et ressuscité. Un juge de l'A- 
réopage, entre autres , D^^nys, de- 
puis premier évêque d'Athènes , se 
convertit. Mais saint Paul , pressen- 
tant l'inconstance de ce même peu- 
ple , après quelques mois , vint à 
Corinthe , la métropole de la Grèce. 
Il y remplit plus fructueusement 
l'œuvre de son ministère , mais en 
y joignant le ti^avail des mains pour 
ne pas être à charge aux Corinthiens, 
et pour leur donner un exemple 
utile', ou du moins désintéressé. A 
II 



iG'i 



PAU 



PAU 



m 



force de patience et de douceur, il 
Jcs conquit à la religion , et y fonda 
(en 5*2) l'église de Gorinthe, qui le 
retint assez long-temps. C'est de là 
qu'il écrivit ses premières Epîtres , 
celles dans lesquelles il témoigne aux 
Thessaloniciens sa tendresse et son 
estime pour leur foi constante , et 
surtout pour la charité qu'ils exer- 
çaient envers tous les chrétiens de la 
Macédoine. 11 eut plus de peine , 
dans une ville de luxC;, telle que 
Gorinthe , à combattre pa^^^ses dis- 
cours les mœurs cyniques , en y re- 
commandant la modestie aux fem- 
mes , la décence aux hommes^ et , 
à tous , les vertus évangéliques. Les 
progrès de ses prédications , plus 
encore que sa sévérité, tempérée par 
sa modération , lui suscitèrent de 
nouveaux ennemis , et principale- 
ment parmi les Juifs, quoiqu'il s'ef- 
forçât de les gagner eux-mcaies , en 
montrant qu'il honorait leur loi ^ 
dont il eût voulu faire les obsèques 
de concert avec eux. Toujours opi- 
niâtres et jaloux, ils se saisirent de 
l^aul , et le menèrent devant le pro- 
consul Gallion. Mais le frère de Sé- 
iièque déclara qu'il ne se mêlait point 
de leurs contestations, etlcs renvoya. 
Plus sensible à leur dureté qu'aux 
mauvais traitements , saint Paul 
quitta Gorinthe, et s'embarqua pour 
Jérusalem , où il remit les aumônes 
destinées aux chrétiens pauvres ou 
dépouillés de leurs biens. De là, 
il vint séjourner quelques années à 
Ephèse , où , par beaucoup de pa- 
tience et de zèle , et en confirmant 
sa mission par des miracles de bien- 
faisance, à l'imitation de J.-G. , il 
fonda (de 55 à 56) cette église que 
l'apôtre saint Jean devait dans la 
suite élever et affermir. Il prêcha de 
nouveau, mais vainement, aux Juifs , 
qui restèrent la plupart attachés à 



leur loi. Les Gentils étaient plus do « a 
ciles à la voix de Paul ; il les eût a^^HI 
radiés facilement à l'idolâtrie , s^^^l 
n'eût eu à combattre, à Ephèse, une '' 
philosophie superstitieuse , qui , par 
ses illusions , en imposait au vul- 
gaire. Philostrate, si on l'en croit, 
y place notamment , à cette époque , 
Apollonius de Tyane. Saint Paul , 
dévoré du zèle de la vérité, non-seu- 
lement prêchait en^public chez les 
Ephésiens , mais il leur faisait des 
exhortations particulières , en joi- 
gnant les supplications et les larmes 
à ses instructions. C'est par l'eflet de 
cette prédication devenue célèbr e , 
et qui a été rubjet du pinceau si|^H 
blime du Raphaël français ( F. jJ^U 
SUEUR ) , que les Ephésiens , adon- 
nés à l'astrologie et à la magie , ap- 
portèrent publiquement leurs livres 
et les jetèrent dans les flammes. On 
vit aussi une foule de Chrétiens venir 
confesser publiquement leurs fautes 
aux pieds de l'Apôtre. Il paraîtavoir 
écrit d'Ephèse (en 56 ) son Epître 
aux Galates, où, après s'être jus- 
tifié du reproche d'avoir blâmé la 
trop grande condescendance envers 
les Juifs qui s'obstinaient à vouloir 
imposer aux Gentils le joug de leur 
loi , il défend l'esprit de l'Evangile , 
et son]5ï"opre apostolat, contre ces 
mêmes Juifs , qui troublaient la Ga- 
latie, en cherchant à semer la divi- 
sion entre les nouveaux Chrétiens. 
Ce fut la même année, qu'il adressa 
d'Ephèse, et; un an après, de la Macé- 
doine , ses Lettres aux Corinthiens , 
dont l'église était troublée par les 
divisions des Chrétiens, les uns s'at 
tachant de préférence à Pierre i^s 
autres à Paul , et même à A2^'àon , 
son disciple. Il leur retr?^^ et déve- 
loppe, en leur en^-^y^ï^t^ Tite, les 
règles de la o^'j^i'^^é chrétienne et de 
jla rpjBcurde, dont les apôtres, par 



PAU 

leur bonne union, maigre quelques 
dissentiments passagers, leur avaient 
donne l'exemple. Il y relève, avec 
une e'ioquence vive et forte , ce véri- 
table esprit de la loi evangelique, 
qui la distingue des pratiques de la 
loi judaïque avec lesquelles la mal- 
veillance, auteur de ces troubles , af- 
fectait de confondre les préceptes du 
christianisme. Saint Paul ne quitta 
lui-même Éplièsei[ue dans cet esprit 
de paix, lors d'une sédition excitée 
contre lui par la cupidité des arti- 
sans qui fabriquaient et vendaient 
des figures de la Grande Diane aux 
e'trangcrs attires à Éphèse par la cé- 
lébrité de son temple. Craignant la 
ruine de ce genre d'industrie , les 
ouvriers s'étaient ameutes en foule , 
ayant à leur tête l'orfèvre De'metrius. 
Mais les magistrats redoutaient bien 
davantage les suites d'un mouve- 
ment dirige' contre la multitude des 
chrétiens, encore plus nombreuse. 
La sédition s'apaisa par le départ de 
Paul. De la Macédoine, où il passa , 
il vint de nouveau à Gorinthe, en 
l'an 58; et delà il écrivit sa Lettre 
aux Romains. Cette Épître, quoiqu'e- 
crile après plusieurs autres , a été 
placée la première dans le canon , 
par son importance pour la doctrine. 
Il y traite la question , si les Juifs 
avaient été admis à recevoir l'Évan- 
gile en vertu des œuvres de la loi, 
ou s'ils avaient été justifies ainsi que 
les Gentils, parla seule grâce de J.G. 
Son but e'tait surtout de terminer les 
disputes qu'élevaient les Chrétiens 
<îirconcis, à Rome comme ailleurs , 
contre les Gentils qui, pour s'affran- 
chir ^Ic l'ancienne loi que les Juifs 
convertis i^ietendaient devoir précé- 
der la nouveiv, , leur opposaient les 
lumières de la pliiV^«;ophie dont ils 
avaient été c'claircs. Saiiu P^ul leur 
prouve que, ni la loi des Juifs , ni la 



PAU 



[63 



philosophie des Païeus, n'opûaient 
la justification, qui vient de la foi ani. 
mee par la charité. Le sujet élevé' de 
sa Lettre , sous le rapport du mérite 
des œuvres , en exerçant la sagacité' 
des commentateurs, a présenté d'au- 
tant plus d'obscurités , que s'ap- 
puyant de part et d'autre sur saint 
Augustin qui n'avait pas osé lui- 
même commenter cette Épître, on a 
tenté de l'expliquer à l'aide de ses 
écrits sur la grâce j mais l'on n'a 
point considéré que 'les motifs de 
î'Apôtre sont principalement cir- 
conscrits dans la question relative 
aux disputes des Juifs et des Gen- 
tils ; et l'esprit d'union qu^il recom- 
mande comme étant l'effet de l'unité 
de sentiments et l'objet de la religion 
du Christ", eût dû prévenir toute dis- 
pute générale à ce sujet. Après avoir 
parcouru les provinces d'Orient pour 
y prêcher l'Évangile, saint Paul se 
proposa de retourner d'abord à Jé- 
rusalem pour y porter de nouveau 
les aumônes qu'il avait recueillies, 
de passer ensuite à Rome pour visi- 
ter l'église que Pierre y avait éta- 
blie, et enfin d'aller jusqu'en Es- 
pagne pour y annoncer la foi. IMais 
les divisions entre les fidèles de cette 
église lui avaient fait , en attendant, 
écrire à ses frères de Rome, dont il 
nomme et salue les plus notables, 
liérodion son parent , Aristobule, et 
la famille de Narcisse ( peut-être l'af- 
franchi de l'empereur Claude )) et il 
leur demande l'assistance morale de 
leurs prières contre les tribulations 
qu'il s'attend à essuyer à Jérusalem, 
de la part des Juifs , dont il n'avait 
cessé de déclarer la loi comme étant 
superflue depuis la publication de l'É- 
vangile. Saint Paul célébra, en par- 
tant, la Pâque, avec ses chers Phi- 
lippier^s, rompit à ïroade le pain 
curharistique avec les fidèles, fil à 
II.. 



i64 PAU 

Milct SCS exliorlations aux anciens 
d'Éphèse, et, à Tyr ainsi qu'à Cesa- 
rcc, ses adieux aux. Chre'liens , qui le 
détournèrent en vain d'aller à Jéru- 
salem. Rendu dans celte ville aux 
fêtes de la Pentecôte , et voulant , 
d'après le conseil de l'apotre saint 
Jacques, de'truire l'opinion, que lui 
et ses disciples traitaient de sacri- 
lèges les cérémonies judaïques, il fit 
lui-même au temple les oblalions 
prescrites par la loi. Mais, comme il 
était accompagné de quelques étran- 
gers convertis qui l'avaient suivi, des 
Juifs d'Asie l'accusèrent de dogma- 
tiser contre cette loi _, et de profaner 
le lieu saint. A leurs clameurs, il fut 
traîné hors du temple et battu par la 
multitudequivoulaitlemettreàmorl. 
Mais le tribun Lysias l'arracha des 
mains des furieux, et, pour apaiser 
le peuple , le fit détenir à la forteresse 
Antonia, gardée par la cohorte ro- 
maine. Amené devant le tribun, saint 
Paul accusé par le grand-prêtre des 
Juifs , et même souffleté, ne répondit 
k cette violence qu'en faisant avec di- 
gnité et avec douceur l'apologie de 
sa conduite , et en même temps de sa 
croyance à la résurrection future, 
qui était celle de la secte à laquelle 
il avait appartenu, ainsi que son père. 
Les Pharisiens présents s'étant alors 
déclarés pour lui, et saint Paul invo- 
quant la qualité de citoyen romain 
qui lui était acquise par son origine, 
Lysias , après avoir révoqué l'ordre 
de le torturer, et voulant le soustraire 
aux mains des Juifs , le fit conduire 
à Césarée, où résidait Félix, gouver- 
neur de Judée. Le grand-prêtre re- 
nouvela devant Félix son accusation 
contre l'apôtre , qu'il signala comme 
profanateur séditieux et comme chef 
de la secte des Nazaréens, qualification 
que les Juifsdonnaientaux Chrétiens. 
Saint Paul, sans désavouer ce titre, ci 



PAU 

sans se plaindre des outrages du pon- 
tife, se justifia noblement des griefs 
qu'on lui imputait. Cependant il fut 
retenu deux ans en prison,par ménage, 
ment pour les Juifs. Festus ayant suc- 
cédé à Félix , en l'an 60, les pontifes 
demandèrent la mise en jugement de 
Paul ; mais ne pouvant le faire con- 
damner pour contravention à leur 
loi, ils l'accusèrent de crime d'état, 
ainsi qu'ils en avaient agi à l'égard du 
Christ. ( F. Jésus.) L'apôtre futdonc 
traduit devant le tribunal du gouver- 
neur. Là, saint Paul se défendit si forte- 
ment contre ses accusateurs , que Fes- 
tus, n'osant le mettre en liberté, vu 
l'opposition des Juifs, prétexta une 
plus ample information, et proposa 
de le renvoyer pour être jugé à Jéru- 
salem. Mais saint Paul, qui se devait 
à l'Église entière, afin de n'être pas 
livré entre les mains de ses ennemis, 
en appela à l'empereur. Sur ces en- 
trefaites, le roi Agrippa , étant venu 
à Césarée, désira entendre l'illustre 
prisonnier. Une nouvelle comparu- 
lion eut lieu. Saint Paul en profita, 
non-seulement pour sa défense , mais 
pourrinstrucliond''Agrippalui-mcme 
et de Festus. Lorsqu'il parla de Jésus- 
Christ ressuscité d'entre les morts , 
le gouverneur s'écria : Paul, 'vous 
ai'ez perdu Vesprit. Mais, malgré 
cette interpellation, Paul ayant con- 
tinué son éloquent discours , Agrippa 
finit par lui dire : Je pense que 
vous voudriez presque me persuader 
de me faire chrétien; à quoi saint 
Paul répondit d'un ton serein et ani- 
mé : Plût à Dieu que vous^Seigneur^ 
et tous ceux qui m' écoutent , devins- 
siez tels que je suis , à la rése-'^^ ^^ 
ces liens! Le prince ne put c'^rapêcher 
d'avouer à Festus a'-? sans l'appel 
du prisonnier « <^éscir, on eût pu lui 
domiP^-J"* fiberté. Saint Paul fut confié 
à un centurion romain, et e\ 






PAU 

que (l'abord sur uu vaisseau d'Adra- 
mylte avec saint Luc et ses autres 
disciples. Contrariés par les vents, 
ils côtoyèrent l'ile de Cy^pre, et tra- 
versant la mer, arrivèrent en Lycie , 
où ils prirent un vaisseau d'Alexan- 
drie, qui allait en Italie. Le vent con- 
tinuan t de leur être contraire, ils clier- 
chèrent à gagner l'ile de Crète, qu'ils 
longèrent pour atteindre le port de 
Plie'nice. Mais un vent d'Orient , s'é- 
tant élevé , les porta avec violence 
au sud-ouest de Candie. On abaissa 
les mats , et l'on jeta les marchan- 
dises à la mer. Après avoir erré i4 
jours au gré de la tempête et dans la 
détresseje vaisseau échoua sur la côte 
d'une île de la mer Adriatique , nom- 
mée Melita (Act. 28 ), et qu'on croit 
êtrerîlc de Malte. Le nom d'Adriati- 
que s'étendait alors à toute la mer qui 
borde l'Italie et la Sicile {Adriœ ciir- 
vantis Calabros sinus ^ dit Horace); 
et le rhumb de vent ( VEiirus ) qui 
poussait le vaisseau, ainsi que la 
direction ultérieure de la route à Sy- 
racuseet à Rhegium (Reggio), per- 
mettent difficilement de croire, com- 
me quelques critiques l'ont pensé ( F, 
Ladvocat, XXIII, loi ),qu'ilfail- 
le entendre l'île de Mélite , sur la 
côte de Dalmatie, et moins encore, 
ainsi qu'on lit dans une épître de 
saint Jérôme , une île de Mitylèue , 
qui est une ville de l'île de Lesbos. 
Saint Paul et les compagnons de son 
voyage furent bien accueillis à Mal- 
te. Tandis qu'il se séchait au feu , 
une vipère, sortie des sarments , lui 
mordit la main. Il se contenta de 
secouer l'animal; et quoiqu'on sût 
qii« le venin de la piqûre était mor- 
tel , iV ne lui en arriva aucun mal ; 
ce qui rciivriiit ses hôtes d'étonne- 
ment et de vént.aiion. Publius, l'un 
des principaux de \'\\^, oilrità saint 
Paul et aux siens l'hospitalin- , que 



PAU 



i65 



les apôtres reconnurent par le bien- 
fait de la parole évangéliglie. Aussi, 
furent-ils pourvus par les Maltais de 
tout ce qui était nécessaire pour la 
suitedeleur voyage; et ils s'embar- 
quèrent, après l'hiver , sur un autre 
vaisseau d'Alexandrie. Saint Paul fit 
route de Malte à Syracuse, puis àlxcg- 
gio, d'où ayant abordé à Pouzzoles , 
il se rendit à Rome, où il lit son en- 
trée, chargé de chaînes, et joyeux, au 
milieu du cortège des Chrétiens qui 
étaient venus courageusement au-de- 
vant de lui. Remis au préfet du pré- 
toire par le centurion, il fut permis à 
Paul de prendre un logement , et on 
lui donna une garde, plutôt pour sa 
sûreté , que par précaution. Quoique 
traînant ses liens, et sous le poids 
d'une accusation, il ne laissa pas 
de prêcher hautement l'Évangile, 
soit en donnant chez lui ses instruc- 
tions , soit en allant les répandre jus^ 
que dans la cour du prince, où, avec 
la réputation de l'apôtre , avait pé- 
nétré la foi. On a supposé qu'il avait 
eu des liaisons avec Sénèque; mais 
les lettres sur lesquelles on s'est ap- 
puyé, sont loin d'être authentiques. 
Les philosophes de la cour ne furent 
pas ceux qui prirent intérêt au gé- 
néreux prisonnier , quoiqu'à Rome 
et au loin on s'intéressât à son sort. 
Les Chrétiens de Macédoine , qui ne 
cessaient de lui être affectionnés, in- 
formés de sa captivité , lui envoyè- 
rent des secours et des consolations. 
Tl remit à leur envoyé une Lettre 
jwur les Philippiens. En reconnais- 
sance de leurs soins , il demande que 
le fruit de ses liens soit l'affermisse- 
ment de leur foi contre toute doctri- 
ne qui tendrait à les diviser, et il les 
exhorte à continuer de vivre frater- 
nellement unis en J.-C. La (in de sa 
lettre où il leur dit : a Tous les saints 
vous saluent, et principalement ceux 



i66 



PAU 



qui appartiennent à la maison de Cé- 
sar , » prouve qu'il y avait des cliic- 
ticns dans le palais même de Néron , 
qui régnait alors. Parmi les i/y Let- 
tres qui nous restent de saint Paul , 
presque toutes sont adresse'es collec- 
tivement aux Chrétiens des différen- 
tes églises. Mais son zèle pour la 
cliarite lui fît écrire en particulier à 
l'un des principaux habitants de Co- 
losses , qui avait fait de sa maison 
une e'glise par sa piété et son hospi- 
talité. Il sollicite de Philémon la 
grâce de son esclave Onésime, con- 
verti à la foi , et repentant de l'in- 
fidélité commise envers son maître. 
Onésime , rentré en grâce ^ fut char- 
gé d'une lettre aux Colossiens de la 
part de Tapôtre, qui les engage à 
reconnaître , par leur bon esprit, 
la générosité de Philémon , en leur 
recommandant de conserver la pu- 
reté de leur foi sans y mêler les 
opinions des Gnostiques ou des dis- 
ciples de Simon le Magicien, et en 
leur représentant J.-C. comme le 
seul médiateur et conciliateur des 
hommes avec Dieu. Une autre Lettre 
qui est adressée aux EphésienSy pa- 
raît dater de la même époque. Elle 
a pour objet le même point de doc- 
trine, et s'étend davantage sur les 
effets de la rédemption , et en parti- 
culier sur la vocation et la réunion 
des Gentils et des Juifs. Saint Paul 
n'oubliait point ceux de sa nation , 
dont il avait la conversion à cœur. 
On croit qu'il écrivit , vers l'an 63 , 
sa Lettre aux Hébreux, c'est-à- 
dire, aux Juifs convertis de la Pales- 
tine , pour fortifier leur foi contre 
la persécution des autres Juifs. Cette 
longue épître , la dernière dans l'or- 
dre des canons , ne porte ni le nom 
de saint Paul, ni son titre d'apôtrej 
et quoiqu'cn grec, comme les autres 
lettres , elle ne paraît pas du même 



PAU 

style. Eusèbe pense qu'elle a été éci 
te dans la langue syriaque que \i 
Juifs parlaient alors, et traduite pî 
l'un des disciples de l'apôtre. Origc- 
ne donne à entendre qu'elle a pu être, 
sur les instructions de saint Paul, 
originairement rédigée en grec par 
saint Luc , vu la conformité du style 
avec celui des Actes, et la citation 
des passages suivant les Septante. 
Quoi qu'il en soit , l'élévation des 
idées, et le caractère d'autorité qu'elle 
présente , confirment la tradition 
ancienne de l'Église , soit romaine , 
soit grecque, qui la donne à saint 
Paul. Les Ariens seuls des temps pos- 
térieurs la rejetaient, contre l'autori- 
té de l'Église , à cause de la force 
avec laquelle la divinité de J.-C. y 
est prouvée , soit par l'accomplisse- 
ment des prophéties , soit par l'élé- 
vation du sacerdoce de J.-C, mis 
autant au-dessus de celui de Moïse 
et des autres patriarches , dans cette 
Épître, que la loi nouvelle Test, com- 

Î)arativement à la loi ancienne, dans 
'Épitre aux Romains. L'annonce 
faite aux Hébreux de la liberté de 
Timothée et de la visite prochaine 
de l'apôtre, qui les salue de la part 
de ses frères d'Italie , montre que 
saint Paul, s'il était à Rome, n'était 
plus lui-même dans les liens dont 
il parlait précédemment , et qu'il 
s'était alors justifié. Les Actes des 
apôtres ne le suivent pas plus loin. 
Selon Théodoret et saint Chrysos- 
tome, il retourna en Orient ( vers 
64) ; laissant Tite à Candie , et Ti- 
mothée à Éphèse. Son dessein d'al- 
ler en Espagne , d'après sa Lettre 
aux Romains , ne paraît pas s'être 
accompli. Aucun vestige, -iwcune 
tradition ancienne ne s'j conserve • 
non plus que dans '^=> Gaules , ou le 
saint Cresc«»ï« de Vienne , qui n'est 
pas aaiérieur à saint I renée ( F, le 



PAU 

Gallia Christ. ) , ne saurait être ce- 
lui de Galalie , disciple de saint Paul. 
Le soin d'affermir les églises de Grè- 
ce et d'Asie l'occupait. Ce fut dans 
un voyage qu'il fit en Mace'doiuc , 
qu'on croit qu'il e'crivit sa première 
Lettre à Timothée et sa Lettre à Ti^ 
te^ pour régler leur conduite comme 
ministres. Il instruit, par ces lettres , 
tous les pasteurs , tant dans leurs 
fonctions que dans leur vie privée. 
Après avoir rempli l'objet de ses 
voyages, mais non sans essuyer de 
nouvelles persécutions , il ne crai- 
gnit pas de retourner à Rome, où l'at- 
tendait sa dernière captivité , suite 
du zèle extraordinaire qu'il y dé- 
ploya. Selon Denis de Corintbe , il 
s'y trouva en même temps que saint 
Pierre, auquel il se joignit pour prê- 

^ clier la morale évangélique. La cour 
de Néron était alors livrée à tous les 
désordres. Saint Chrysostome nous 
apprend que saint Paul ayant voulu, 

' par ses exhortations, détacher une 
femme du commerce avec Néron, 
qui la convoitait, ce prince irrité le 
fit arrêter. L'apôtre continua d'ins- 
^truire de la prison, cette femme, 
qu'il convertit ainsi qu'un ofïicier de 
de la cour,* ce qui ne fit qu'aggraver 
ses fers. Dans la seconde Lettre à 
Timothée, qu'il écrivit, à ce que l'on 
présume, de sa nouvelle prison, il 
annonce qu'il avait comparu devant 
le prince , et que tous ses amis, hors 
saint Luc , l'avaient quitlé. Saint 
Chrysostome qui dépeint admirable- 
ment la comparution de l'Apôtre 
chargé de chaînes, devant Néron, 
nomme cette dernière Lettre le tcsta- 
înent de saint Paul. Dans la même 
l^piiïo qui s'adresse , en la personne 
<le 1 imiAliee , à toutes les églises 
d'Asie , après e.voir donné, en quel- 
que sorte, le complcmnntdc la doc- 
trine qu'il avait annoncée; et fini 



PAU 1G7 

par tracer aux Chrétiens les règles 
à suivre pour s'y conformer, il sem- 
ble pressentir son martyre j il dit à 
Timothée : « Je suis comme une vic- 
time à qui le prêtre a donné l'asper- 
sion avant de l'immoler.. . Je n'ai plus 
qu*à attendre la couronne de justice 
qui m'est réservée. » La palme du 
martyre ne pouvait manquer a la 
gloire du plus courageux disciple 
de J.-C. , sous le plus cruel persé- 
cuteur des Chrétiens et de l'huma- 
nité. Quelques-uns des Pères rap- 
portent que Simon le Magicien , 
ayant prétendu s'élever dans les airs 
en présence de Néron , la chute de 
l'imposteur, attribuée aux prières de 
saint Pierre et de saint Paul, déter- 
mina le supplice des deux apôtres, 
qui , suivant l'autorité et la tradi- 
tion anciennes , auraient été marty- 
risés en même temps , l'an 65 , et 
le trois des calendes de juillet ( 29 
juin ), jour où l'Église célèbre leur 
mort. Tillemont la place en 66 , 
lors de l'absence de Néron , et Pear- 
son , en 68, qui est l'époque de la 
fin tragique de cet empereur. Selon 
plupart des anciens Pères et histo- 
riens , saint Paul, en sa qualité de 
citoyen romain, euula tête tranchée. 
Il reçut la mort au lieu appelé Eaux 
Salviennes , et fut enterré sur le che- 
min d'Ostie , où Grégoire -le-Grand 
fit construire une église du nom 
du saint, qui conserve une partie 
des corps des deux apôtres; l'autre 
partie est à la basilique de Saint- 
Pierre. Leurs chefs se trouvent réunis 
à celle de Saint - Jean - de - Latran. 
Nicéphore , qui a tracé un portrait 
de saint Paul, le représente com- 
me étant de petite stature, et ayant 
le nez aquilin et la tête chauve. L'an- 
cienne tradition le dépeint ainsi. Il 
était digne de l'auteur déjà cité du 
tableau de la Prédication de saint 



:68 



PAU 



Paul y en nous montrant la physio- 
nomie anime'e de l'Apôtre, d'avoir 
donne à sa figure l'apparence de la 
stature héroïque, de même qu'il ap- 
partenait au grand peintre de l'idéal, 
le Poussin, d'exprimer cette joie 
rayonnante, sur ce front élevé, dans 
le Ravissement de saint Paul^ dési- 
gné en particulier, d'après la tradi- 
tion , par l'accessoire symbolique 
d'une épée, figurant Tardcur mili- 
tante de son zèle. Un témoin con- 
temporain respectable, saint Clé- 
ment pape , a signalé en quelques 
mots le caractère de saint Paul, qu'il 
nomme « le plus grand exemple de 
» patience , de vertu et d'éloquence , 
» donné aux différentes contrées du 
» monde, dans un intervalle de tren- 
» te années. » Saint Paul a aussi écrit 
plus éloquemment , plus long-temps 
et beaucoup plus qu'aucun autre apô- 
tre pour l'édification des peuples 
qu'il a visités ou instruits par lui- 
même ou par ses nombreux disci- 
ples. C'est cette prééminence qui Ta 
fait nommer par excellence l'^/^dfre 
en citant ses Épîtres, lesquelles pré- 
cèdent, dans l'ordre canonique , cel- 
les de saint Pierre , de saint Jean et 
d'autres apôtres. Aucun monument, 
après l'Évangile , n'est plus cité , et 
n'a été plus commenté par toutes 
les communions chrétiennes, que ses 
Epîtres , qui sont elles-mêmes le plus 
riche et le plus éloquent commen- 
taire de l'Écriture. Nous ne pour- 
rions donner une idée plus caracté- 
ristique de l'esprit et de l'éloquence 
de^ leur auteur, qu'en rapportant ce 
qu'en témoigne saint Chrysostome, 
qui l'avait tant étudié, et qui le con- 
naissait si bien : « Les discours de 
» saint Paul , dit ce Père, ne sont 
» point préparés avec art : il n'assu- 
» jétit point l'Évangile aux lois de 
» la grammaire ou de la dialectique- 



PAU 

» mais il raisonne avec justesse , en 
» employant une vérité connue, pour 
» conduire à des conséquences in- 
» connues. Il sait étendre ou resser- 
» rer son discours; adoucir , exciter 
» ses mouvements ; presser, encou- 
» rager, captiver, étonner ses audi- 
» leurs , à son gré. On peut dire qu'il 
» possédait le fond, et en quelque 
» sorte la moelle de l'éloquence, et 
» qu'il ne lui manquait que l'écorce 
» ou la superficie du langage. Acca- 
» blé, comme il l'était , de travaux , 
» et fatigué par les voyages, com- 
» ment aurait-il trouvé le loisir de 
» choisir, de ranger, de polir ses 
i> paroles ? D'ailleurs , dans le lan- 
» gage humain , il ne trouvait point 
» de terme qui pût exprimer la hau- 
» teur de ses pensées. Son grec n'est 
» point pur; souvent la construction 
» est hébraïque, et la phrase n'est 
» point achevée : il faut chercher la 
» suite d'une période dans le mou- 
» veraent de la pensée ou du senti- 
» ment. Ses paroles partent du cœur. 
» Saint Paul dictait rapidement, sui- 
» vant l'impétuosité de l'esprit di- 
» vin qui l'animait ; la lumière dont 
» il était plein , ne cherchait qu'à 
» s'épancher , et à se répandre au- 
» dehors. » Ces traits , quoiqu'ils 
s'appliquent plus spécialement à ses 
Épîtres aux Corinthiens , oi^i respire 
si vivement l'ardeur de la charité qui 
animait sa foi , conviennent généra- 
lement à toutes ses Épîtres, et se mo- 
difient selon le plus ou moins d'élé- 
vation et de profondeur dans les 
Épîtres aux Romains et aux Galates , 
etc. , ou de tendresse et de bonté dans 
les Lettres particulières à TimotheV, 
à Tite, etc. En général, les Éf^^i'cs 
de saint Paul , dans un .«^/Ic sans 
parure et sans art . «^^s simple et 
clair, fort et «ouchant, élevé et 
abstrait, selon le sujet, développent 



I 



PAU 

et renferment toute la religion des 
Evangiles , ses mystères et sa mora- 
le. Les dogmes delà foi chrétienne s'y 
trouvent établis ou confirmes; et, ce 
qui est surtout bien important dans 
la pratique , les devoirs communs à 
tous les Chrétiens y sont nettement 
exposes , ainsi que les devoirs pro- 
pres et respectifs de chaque condi- 
tion et de cliaque état, relativement 
à Dieu , au prince et à la société. 

G — CE. 

PAUL ( Saint ), premier ermite , 
né Tan 229 , dans la Basse-Théba'i- 
de, en Egypte, alla, dès l'âge de 
22 ans, se cacher dans le désert, pour 
se soustraireà la persécution suscitée 
contre les chrétiens par l'empereur 
Dèce. Ayant trouvé sous un rocher 
plusieurs cavernes qui, d'après la 
tradition du pays , avaient servi de 
retraite à de faux monnayeurs, dans 
le temps de la reine Cléopatre , il 
en choisit une pour sa demeure. Près 
de là il trouva une fontaine dont l'eau 
lui servait dcboisson , et un palmier 
dont les feuilles lui fournissaient son 
vêtement, et les fruits sa nourriture. 
Sa première pensée avait été do ne 
rester dans le désert que le temps 
que durerait la persécution : ayant 
goûté les douceurs de la vie péniten- 
te, il prit la résolution de ne plus 
rentrer dans le monde, se contentant 
de prier pour ceux qu'il y avait lais- 
sés. Après avoir vécu jusqu'à Tage 
de 43 ans, des fruits que lui donnait 
son palmier , il fut , le reste de sa vie, 
miraculeusement nourri, comme au. 
trefois le prophète Élie, par un cor- 
beau , qui , chaque jour, lui appor- 
tait la moitié d'un pain. Il avait 
paS5«' c)o ans dans le désert, lorsqu'il 
y fut visi^» par un autre anachorète. 
Saint Antoint , alors âgé de 90 ans , 
tenté par une pensC-c de vaine gloire, 
et se disant à lui-même que personne 



PAU 



iGij 



n'avait servi Dieu aussi long-temps 
dans une entière séparation du mon- 
de , fut averti en songe d'aller cher- 
cher , dans la profondeur du désert , 
un serviteur de Dieu plus parfait que 
lui. Il part aussitôt : après deux jours 
de marche , il aperçoit de loin une 
lumière qui lui découvre la demeure 
de celui qu'il cherchait. Paul ouvre 
la porte de sa caverne; les deux saints 
s'embrassent , et s'appellent mutuel- 
lement par leur nom. Paul ayant 
demandé à Antoine si les hommes 
étaient encore abandonnés aux su- 
perstitions du paganisme , une sainte 
conversation s'engagea sur les chan- 
gements heureux qui s'étaient opé- 
rés , depuis que les empereurs ro- 
mains avaient embrassé le christia- 
nisme. Pendant qu'ils s'entretenaient, 
un corbeau , qui vola vers eux , 
laissa tomber un pain ; Paul dit : 
« Voilà ce que Dieu envoie pour 
» notre nourriture. Depuis plusieurs 
» années, sa bonté me fournit chaque 
» jour la moitié d'un pain; comme 
1» vous êtes venu me visiter , Jésus- 
» Christ a doublé la portion de sou 
» serviteur. » Ayant rendu grâces à 
Dieu , ils s'assirent sur le bord de 
la fontaine pour y prendre leur re- 
pas. La nuit suivante se passa en 
prières. Le lendemain matin , Paul 
dit à son hôte : « Mon heure appro- 
*> che ; la Providence ne vous a ame- 
» né .ici qu'afinque vous me rendiez 
» les derniers devoirs. Pour cnve- 
» lopper mon corps , allez chercher 
» le manteau que l'évêque Athanase 
T) vous a donné. » S. Antoine fut sur- 
pris en entendant parler du manteau 
qu'il avait reçu de S. Athanase; il 
voyait bien que S. Paul n'avait pu 
découvrir ce fait par une voie na- 
turelle. En entrant dans son mo- 
nastère, il dit aux religieux : « Je 
B ne .suis qti'ua misérable pécheur , 



170 PAU 

» indigne d'être appelé serviteur de 
» Dieu. J'ai va Elic, j'ai vu Jean- 
y> Baptiste dans le désert 5 i'ai vu 
» Paul dans un paradis. » Ayant 
pris le manteau dans sa cellule, il se 
hâta de retourner au désert. Arrivé 
à la caverne de Paul , et le trouvant 
à genoux , la tête et les mains élevées 
vers le ciel , il crut que le saint er - 
mite était en prières, et se mit aussi 
à genoux près de lui ; mais voyant 
qu'il était mort , il ne pensa plus qu'à 
lui rendre les derniers devoirs. Il en- 
veloppa le corps dans le manteau de 
S. Atlianase , et l'ayant tiré liors de 
la caverne , il le mit dans une fosse , 
qui , d'après les relations que nous 
suivons , avait été creusée par deux 
lions. Après avoir satisfait à ce 
que la piété clirétienne exigeait de 
lui, Antoine retourna dans son mo- 
nastère, où il raconta à ses disciples 
ce qui était arrivé. Il avait em- 
porté avec lui, comme une relique 
précieuse, la tunique que S. Paul s'é- 
tait tissue avec des feuilles de pal- 
mier; il s'en revêtait aux solennités 
de Pâques et de la Pentecôte. S.Paul 
mourut l'an 3f^i , âgé de 1 13 ans. 
Peu après sa mort , S. Jérôme et S. 
Atlianase écrivirent sa vie, dont les 
circonstances leur avaient été expo- 
sées par S. Antoine et par ses disci- 
ples. L'Eglise célèbre sa fête le i5 
de janvier. G — y. 

PAUL (Saint ) , patriarclie 
de Constantinople et martyr, né à 
Thessalonique , était diacre dans l'é- 
glise de Constantinople , lorsqu'on 
340 , le patriarche Alexandre , en 
mourant , le désigna pour son suc- 
cesseur. Son zèle pour la foi ne con- 
venait point aux Ariens , qui alors 
désolaient l'Église. Par leurs intri- 
gues , sur les ordres de l'empereur 
Constance , il fut dépossédé. S'étant 
réfugié en Occident , il fut reçu , à 




PAU 

Trêves , par Tempereur Constant 
avec les marques du plus grai 
respect. Il alla ensuite à Rome , 1 
il trouva S. Atlianase qui avait été 
également cliassé par les Ariens. Le 
pape Jules convoqua, en 34i , un 
synode , dans lequel il fut décidé 
qu'Athanasc d'Alexandrie , Paul de 
Constantinople et JMarcel d'Ancyrc 
seraient rétablis sur leurs sièges. Le 
pape, en vertu de l'autorité qu'il 
avait dans l'Église, renvoya les trois 
prélats, enjoignant aux évêques d'O- 
rient de les replacer aussitôt sur leurs 
sièges. Après avoir désapprouvé la 
conduite des Ariens , le souverain 
pontife écrivait aux évêques : « Igno- 
» rez - vous que, selon les anciens 
» usages , on doit nous écrire , et 
» que c'est à nous qu'il appartient 
» de décerner ce qui est juste. Nous 
» vous faisons connaître ce que nous 
» avons reçu du bienheureux apôtre 
» saint Pierre. «Saint Paul ayant re- 
couvré son siège, en 34^, les Ariens 
nommèrent patriarche Macédonius, 
un des leurs. Le peuple , qui n'était 
point pour eux, se souleva* la ville 
courut aux armes , et , dans le trou- 
ble, plusieurs habitants perdirent 
la vie. Le faible Constance , qui 
se trouvait à Antioche , furieux , 
lorsqu'il apprit cette nouvelle , en- 
joignit à Hermogène , un de ses gé- 
néraux, de passer de la Thrace à 
Constantinople, et de chasser le saint 
patriarche de son siège. Hermogène, 
voulant rétablir l'ordre dans cette 
capitale , fut tué dans une émeute. 
Constance y accourut lui-même; le 
sénat implora sa clémence pour le 
peuple. Saint Paul , banni de nou- 
veau , se retira , à ce qu'il parp^c , à 
Trêves, d'où il revint , av^*^ des let- 
tres que l'empereur Constant lui avait 
données pour l'empereur son frère. 
Paul, quoique continuellement tra- 



PAU 

verse par les intrigues des Ariens , 
occupa le trône patriarcal depuis 
l'an 344 jusqu'en 35o. Alors, Cons- 
tant e'tant mort, son frère se décla- 
ra hautement pour les Ariens. D'An- 
tioche , où il rc'sidaif" , il envoya 
l'oYdre à Philippe, préfet du pré- 
toire, de chasser Paul, et de mettre 
Macédonius à sa place. Le préfet , 
vendu aux Ariens , n'osa user de vio- 
lence, craignant les mouvements du 
peuple , qui portait la plus vive af- 
fection à son légitime pasteur. Ayant 
fait venir secrètement Paul à un bain 
de la ville, il lui montra les ordres 
du prince, auxquels le saint patriar- 
che se soumit sans re'sistance. Le 
peuple , qui soupçonnait quelque 
mauvais dessein , s'etant attroupé à 
la porte du bain , Philippe fit pas- 
ser le saint prélat par une porte 
dérobée: de là, on le conduisit, par 
Thessalonique, en Mésopotamie, en 
Syrie, et jusqu'à Gueuse , dans les dé- 
serts du mont Taurus , où il fut en- 
fermé dans un noir cachot , et telle- 
ment délaissé , qu'il était défendu de 
lui donner aucune nourriture. Six 
jours après, ses ennemis, voyant qu'il 
vivait encore, eurent la barbarie de 
l'étrangler : c'était en 35o ou 35i. 
Depuis celte époque , les Ariens res- 
tèrent en possession de l'église de 
Constantinople , jusqu'à ce qu'en 
379, saint Grégoire deNazianze fut 
placé sur le siège patriarcal de celte 
église. Théodose-le-Grand fit, en 
38 1 , transférer à Constantinople et 
placer le corps de saint Paul dans la 
basilique, qui depuis porta le nom 
du saint martyr. L'Église célèbre sa 
mémoire le 7 de juin. G — Y. 

PAUL pr.j élu pape, le 2'2 mai 
757, succédait à Etienne II , son frè- 
re. Il avait Clé instruit au palais de 
Latran, et ordonné diacre par Za- 
charic. On aimait sa douceur , sou 



PAU 171 

humanité, sa bienfaisance. Il visitait 
lui-même les pauvres, assistait les 
malades , et faisait aux églises de 
magnifiques présents. La conduite 
de ses prédécesseurs ayant préparé 
une révolution politique , Paul P^^ 
embrassa ce système , en s'abandon- 
nant totalement à la protection de 
Pépin , et en implorant ses secours 
soit contre les Grecs , qui voulaient 
reprendre Ra venue ;, soit contre les 
Lombards,, qui ne rendaient point 
les villes promises par le traité fait 
sous Zacharie. Fleury blâme dans 
Paul ce soin des choses temporelles, 
qu'il confondait avec les travaux 
spirituels. 11 fait observer que cette 
inimitié contre les Grecs était une 
désobéissance à l'empereur d'Orient, 
qui n'avait point abdiqué ses droits. 
Mais tel est le sort des princes parve- 
nus à un certain degré de malheur , 
qu'on les quitte sans daigner mcme 
les prévenir, suflisamment avertis, 
ainsi qu'on le suppose, par la for- 
tune qui les abandonne. Il n'y eut 
point d'autre événement remarqua- 
ble sous le pontificat de Paul P'". , 
qui mourut, en 767, après avoir 
occupé le Saint - Siège pendant dix 
ans et un mois. Il eut pour successeur 
Etienne III , mais ce ne fut qu'après 
l'expulsion de l'intrus Constantin 
( F. Constantin , anti-pape). D — s. 
PAUL II (Pierre Barbo, pape , 
sous le nom de ) , Vénitien , succes- 
seur de Pie II, fut élu, le 3i août 
1404 , à l'âge de quarante-huit ans. 
Il était neveu d'Eugène IV, qui l'avait 
successivement fait archidiacre de 
Bologne, évêque de Ccrrie , proto- 
notaire aposloHque, et enfin cardi- 
nal. Il y avait eu dans le conclave 
qui précéda son élection, deux rè- 
glements pour la réforme , que Paul 
II avait fait serment d'exécuter , et 
qu'il' parut uégliger. 11 ne songea 



7-i 



PAU 



(|u'au projet formé de combattre 
les ïiucs. Il ciiargea trois cardi- 
naux de conférer avec les princes 
d'Italie , à Felïet d'obtenir des sub- 
sides pour cette expédition contre 
les infidèles. Son dessein était de les 
engager à une contribution propor^ 
tionnellc, dont le montant aurait été 
confie au roi de Hongrie, comme le 
premier exposé au danger. Les am- 
bassadeurs répondirent qu'ils n'a- 
vaient point d'ordre. Ferdinand, roi 
de Naples , promit quelques secours, 
si on voulait lui remettre les cens 
qu'il devait au Saint-Siège. D'autres 
iirent des offres semblables , à des 
conditions plus ou moins onéreu- 
ses • et les négociations restèrent 
ainsi sans résultat. Dans la même 
année i465, Paul tint deux consis- 
toires , où l'on traita la question des 
expectatives et des commandes. On 
déclama beaucoup contre les abus ; 
mais ils ne furent point abolis. En 
1 467 , Paul aclieva le beau palais de 
Saint-Marc, et, se voyant libre et 
tranquille , fit célébrer à Rome des 
jeux magnifiques , contre lesquels le 
cardinal de Pavie se permit des re- 
montrances assez vives, sans songer 
peut-être que le souverain tempo- 
rel d'un grand peuple peut suivre 
son pencliant à des actes de muni- 
ficence envers ses sujets , sans bles- 
ser les devoirs imposés au caractère 
religieux du pontife. Paul II termina 
ensuite une affaire plus importante: 
ce fut la réunion de tous les princes 
d'Italie, à laquelle il travaillait de- 
puis le commencement de son règne, 
avec un zèle qui n'avait point été re- 
buté par les obstacles. Ce pape reçut, 
versle même temps, avec de grands 
honneurs, l'empereur Frédéric III, 
qui fit un voyage à Pvome : l'empe- 
reur reçut de sa main une épéc bé- 
nie, entendit la messe, où il lut l'é- 



PAU 

vangiic, revêtu d'une aube et d'une 
tunique, et communia avec une par- 
tie de l'hostie consacrée. Paul II 
mourut frappé d'apoplexie, la nuit 
du 25 au 2,6 juillet 147 1, sans qu'on 
pût lui procurer aucun secours. La 
veille, il avait tenu un consistoire, 
où il avait parlé avec beaucoup de 
présence d'esprit. Son pontificat du- 
ra environ sept ans. La plupart 
des auteurs l'ont peint comme un 
grand politique , magnifique dans 
son extérieur, et mettant dans tou- 
tes ses actions beaucoup d'éclat et de 
noblesse. Quelques-uns, et les protes- 
tants surtout , ont ajouté qu'il pleu- 
rait avec une extrême facilité , et 
qu'il avait recours aux larmes quand 
il manquait de bonnes raisons pour 
persuader. Cette faiblesse paraît in- 
conciliable avec la dignité et la fer- 
meté de son caractère. Ce fut Paul 
II qui donna la pourpre aux car- 
dinaux. C'est à lui que finit l'his- 
toire de Platine , et que commence 
l'ouvrage de Panvinio , son conti- 
nuateur. On a conservé de ce pape 
quelques Lettres et ordonnances. On 
lui attribue des règles de chancelle^ 
rie. Sa Vie, par Mich. Ganensio, a 
été publiée par le cardinal Quirini , 
Eome, 1740 7 iii-4*^- ? ^^ l'éditeur 
y a joint une apologie: JTlndic' 
adversùs Platînam , aliosque 
trectatores. Paul II eut pour s 
cesseur Sixte lY, D — s 

PAUL III (Alexandre FarnesÇ 
pape, sous le nom de), succes- 
seur de Clément VII / fut élu , le 1 3 
octobre i534^ à l'âge de soixante- 
huit ans. Il y en avait quarante-un 
qu'Alexandre VI l'avait fait cardi- 
nal. Lorsqu'il eut été promu succes- 
sivement à sept évêchés , ii devint 
doyen du sacré collège , et son élec- 
tion eut lieu tren*c-trois jours après 
la mort de son prédécesseur. Elle eût 



eur 



4 



PAU 

«prouve un plus long retard, si l'on 
ne s'e'taii pas détermine' à rappeler 
les dispositions de la bulle de Boni- 
face VIII, contre la durée excessive 
des conclaves; bulle quiassujétissait 
les cardinaux à une abstinence ri- 
goureuse , lorsque leurs opcralions 
n'étaientpas terminées dans les vingt 
premiers jours. La famille Farnèse, 
que quelques auteurs croient sortie 
d'Allemagne, et qui, plus vraisem- 
blablement , e'tait originaire de Tos- 
cane , fut connue avantageusement 
depuis Rainuce, l'un de ses auteurs, 
qui avait, en 1288, commande avec 
gloire les troupes de l'Eglise. Alexan- 
dre était instruit, bienfaisant et ha- 
bile dans les affaires. Depuis long- 
temps il avait manifeste le désir de 
voir assembler un concile pour s'op- 
poser aux progrès du lutbéranisme ; 
devenu maître , ce fut le premier 
projet dont il s'occupa. Il envoya 
des ambassadeurs à tous les princes 
clireliens , et négocia avec les Pro- 
testants, pour l'exécution de cette 
sainte entreprise. La ville de Man- 
loue fut d'abord indique'e pour la 
tenue de l'assemble'e : le duc refusa ^ 
et le pape désigna Vicence. De nou- 
velles diilicuites s'élevèrent, et firent 
Froroger pendant plusieurs anne'es 
ouverture de ce concile, qui eut lieu 
enfin à Trente, le i5 dëceralDrc i545. 
Deux objets essentiels appelaient l'at- 
tention de cette reunion, si célèbre et 
si ardemment desire'e , la reforme 
en elle-même, c'est-à-dire, l'iieresie 
des novateurs , et ensuite la refor- 
mation des abus de la cour de Rome, 
autrement la discipline. Le pape eût 
bien désire que ce dernier point fût 
resté séparé, et laissé à son arbitrage. 
Il croyait qu'il serait plus digne de la 
cour de Rome de se réformer elle- 
même; il alla jusqu'à faite des pro- 
positions de règlement à cet égard : 



PAU 



IT3 



mais les Pères du concile jugèrent 
que ce serait blesser leur propre hon- 
neur, et refusèrent la division. Après 
la septième session, sur le bruit qui 
se répandit à Trente , qu'on y était 
menacé d'une maladie contagieuse , 
le pape voulut transférer le concile 
à Bologne. Celte résolution amena la 
suspension absolue du concile , par 
des motifs qui semblaient devoir être 
étrangers à la grande question qui 
devait se traiter. Paul III avait été 
marié avant d'embrasser l'état ecclé- 
siastique. Il lui restait un fils nommé 
Louis , et un petit-fils appelé Oc- 
tave. Il avait donné à Louis , en 
apanage , les villes de Parme et de 
Plaisance, et attaché au Saint-Siège, 
à titre d'échange , les principautés 
de Camérino et de Népi , qu'il avait 
précédemment concédées à Octave. 
Cet arrangement déplut à Charles- 
Quint , qui refusa aux Farnèse l'in- 
vestiture de Parme et de Plaisance , 
lesquels dépendaient du duché de 
Milan, comme fief de l'empire. Louis 
Farnèse ayant été assassiné à Parme, 
à cause de la haine qu'il s'était attirée 
par ses crimes et ses débauches, les 
troupes de l'empereur s'emparèrent 
de la ville, et le pape ne put obtenir 
qu'elle lui fût rendue. On présume 
que, pour se venger, il voulut éloi- 
gner le concile de la ville de Trente, 
appartenant à l'empereur, pour l'é- 
tablir à Bologne , qui lui était tout 
dévoué, depuis la conquête que Ju- 
les Il en avait faite sur les Benlivo- 
glio. Ce qu'il y a de certain, c'est que 
les Espagnols et les Allemands ne se 
rendirent point à Bologne, et que 
Paul m fit donner ordre aux Pè- 
res de quitter cette ville , en annon- 
çant que le concile était indéfiniment 
ajourné. 11 paraît néanmoins que 
la mésintelligence n'empêcha point 
Charles-Qitint d'accepter, à la solli- 



174 PAU 

citation de Paul III , une entrevue 
à Nice , avec François 1*^^ , d'où re'- 
sulta ,cn i538, une cessation d'iios- 
lilites , appelée, dans l'histoire , la 
trèwe de Nice. Par suite de son rap- 
procliement avec l'erapereur , Paul 
III obtint aussi, pour son petit-fils 
Octave, la main de Marguerite d' Au- 
triche , fille naturelle de Charles- 
Quint , et veuve de Julien de Me- 
dicis , qui avait ëte' assassiné à Flo- 
T^nce. Ce fut ce pape qui confirma 
au parlement le droit à! induit , afin^ 
dit Pasquier , quil ne s'opposât 
plus si souvent au droit d'annales. 
Paul III trouva dans le sein de sa 
famille , des chagrins qui empoi- 
sonnèrent la fm de ses jours. Il 
avait comble de biens des parents 
qui le payèrent d'ingratitude. Il 
mourut, le 20 novembre i549 , 
dans la quatre-vingt-quatrième an- 
née de son âge , et dans la seizième 
de son pontificat. Sentant sa fin 
approcher , il fit appeler les car- 
dinaux, et re'gla avec eux les affaires 
defÉglise. Les mauvais procéde's de 
ses proches lui arrachèrent des re- 
grets; et l'on prétend que, dans un 
mouvement de repentir , il répéta 
plusieurs fois avec douleur , ces pa- 
roles du psaume 18 : Si mei non 
fuerint dojninati, etc. Paul III était 
naturellement doux et modéré ; il 
aimait la poésie , et composait des 
vers avec facilité. On a de lui des 
Lettres , pleines d'érudition, à Eras- 
me , à Sadolet et autres. Il établit 
l'inquisition à Naples , et approuva 
l'institut des Jésuites. Paul III eut 
pour successeur Jules III. D — s. 

PAUL IV ( Jean-Pierre Caraf- 
FA, pape, connu sous le nom de ) , 
successeur de Marcel II, était d'une 
famille napolitaine illustre , et fut 
élu le 23 mai i555. Il était alors 
doyen du sacré collège, et âgé de 



PAU 

soixante-dix-neuf ans. Dans sa j 
nesse, il avait témoigné beaucot 
de goût pour l'état monastique, 
s'était jeté dans un couvent de D< 
minicains : les sollicitations de sêT 
parents l'en tirèrent. Ses études , ses 
progrès dans les sciences, surtout 
dans la connaissance des langues ^ et 
particulièrement de l'hébreu , son 
application aux afïaires , élevèrent 
rapidement sa fortune. Le pape Ju- 
les II reconnut son mérite , et le fit 
évêque de Chieti. Léon X l'envoya en 
Angleterre pour y recueillir le denier 
de saint Pierre. Il y demeura trois 
ans , et passa de là en Espagne , 011 
Ferdinand le reçut à sa cour , l'ad- 
mit dans ses conseils , et le fit sou 
chapelain. Adrien VI le mit à la tê- 
te d'une congrégation pour la réfor- 
mation des mœurs- et Paul II, d'a- 
près ses avis, érigea, avec de nou- 
veaux pouvoirs , le tribunal de l'in- 
quisition, pour réprimer l'hérésie : 
celle de Lutherétait dans toute sa vi- 
gueur. Paul IV lui opposa un carac- 
tère de sévérité que Mezerai traite 
de dureté et d'orgueil. Son introni- 
sation se fît avec* plus de magnifi- 
cence que celle de ses prédécesseurs. 
Après avoir tenu d'abord plusieurs 
consistoires pour la réforme du cler- 
gé , il s'occupa des affaires politi- 
ques , et déclara la guerre à l'empe- 
reur; il s'y décida par les conseils 
du cardinal Alphonse , son neveu , 
dont l'humeur guerrière n'était pas 
éteinte par les devoirs attachés à sa 
dignité personnelle. Mais l'empereur 
conclut une trêve avec Henri II, vers 
lequel Paul IV eiwoya son neveu, 
pour tâcher de la rompre. On assu- 
re même qu'il voulait excomMiunier 
Ferdinand et le roi d'Espagne, Phi- 
lippe IL Mais le duc d'Albe parut à 
la tête d'une armée, et força bien- 
tôt le pontife de s'accommoder avec 



PAU 

le monarque espagnol. Le roi de 
France résista de son côte aux in- 
sinuations du pape, quoique celui- 
ci le flattât de la conquête du 
royaume de Naples ; et , dans cette 
occasion , les Guise virent échouer 
leurs intrigues ( Voj. le président 
Renault ). Les affaires d'Angleterre 
occupèrent Paul IV d'une manière 
plus . importante encore. La reine 
Marie venait de succéder au trône : 
le pape traita ses ambassadeurs 
avec quelque bienveillance j mais il 
y mit des conditions hautaines , 
qui tenaient encore à ce systè- 
me de suprématie temporelle , à la- 
quelle les papes avaient bien de la 
peine à renoncer ( Foy. Marie , 
reine d'Angleterre ). La conduite de 
Paul IV vis-à-vis d'Élisabetli ( F. 
Elisabeth ) fut bien plus impoliti- 
que ; et le schisme fut établi sans 
retour. Il n'était pas étonnant que 
le pontife de Rome , à l'exemple 
de ses prédécesseurs, vît d'iin œil 
différent la fille légitime de Cathe- 
rine d'Aragon et la bâtarde adulté- 
rine d'Anne Boleyn* mais la pru- 
dence liumaine exigeait d'autres mé- 
nagements pour les décisions natio- 
nales d^une puissance qui était d'un 
si grand poids dans la balance de 
TEurope et dans les intérêts de la 
religion. Paul IV ne fut pas plus 
modéré à l'égard de l'empereur Fer- 
dinand, dont il prétendait que l'é- 
lection était nulle, parce qu'elle avait 
été faite à Francfort sans son consen- 
tement. Il ne réussit pas alors à se- 
conder les regrets de Charles-Quint; 
et, depuis celte époque, les empe- 
reurs d'Allemagne cessèrent de de- 
mander au pape la confirmation de 
leur dignité. Paul IV ne voulut point 
rouvrir le concile de Trente ; son 
projet était d'en tenir un à Rome , 
semblable à celui de I2i5, sous In- 



PAU 175 

uocent III : les événements politi- 
ques l'en empêchèrent. Cependant 
les dangers et les maux croissaient 
de toutes parts. Indépendamment 
des désordres extérieurs, le trouble 
et le scandale étaient poussés au 
corabledaus Rome même, où les ne- 
veux du pape abusaient de sen au- 
torité. Alors Paul IV chargea de con- 
duite : il sévit avec rigueur contre 
ses, parents, dépouilla le cardinal 
Alphonse de sa dignité, et l'envoya 
en exil ; ôta le commandement mili- 
taire au duc de Palliano , qu'il re- 
légua dans une forteresse , et desti- 
tua partout les magistrats établis par 
ses neveux. Depuis ce moment, Paul 
IV ne travailla plus qu'à réformer 
les abus. Il interdit les lieux de dé- 
bauche, fit punir les blasphémateurs, 
et obligea les évêques à résider dans 
leurs diocèses. Il érigea des évêchés 
dans les Indes et dans les Pays-Bas. 
On assure qu'il disait lui-même que 
son pontifical ne devait commencer 
que du jour où il avait ôté l'adminis- 
tration à ses neveux. On croit assez 
communément qu'il fut le créateur 
de la congrégation de V Index ^ qui 
est, à vrai dire, une branche de l'in- 
quisition, sans qu'on puisse toutefois 
blâmer un tribunal de censure, éta- 
bli pour l'orthodoxie, près du siège 
principal de la foi. Après une vieil- 
lesse exempte d'infirmités (i),PauI 

(i) Ce jiontife ttait passionné pour la science de 
la médecine; et, quoi(|ii'ii ses yeux les médi'citis fis- 
sent les ])reuiicrs des savants , il se mit eu «.tat de se 
passer de leurs soins. 11 avait lu les meilleurs auteur» 
sur crtlc science, et particulièi-emeut tout Galien 
dans le texte grec, raraccioli, dans sa vie nianua- . 
crite de Paul IJl , rapportée ])ar Marini , dit «pic c« 
pape voulut se charger seul du soiu de sa sauté jus- 
qu'à la fui de ses jours, et que, par ce moyeu, il se 
maintint dans uu état de vigueur qui ne se dé- 
mentit jamais. Il ne prit aucun remède, et ne fut 
jamais saigné. Cependant il bouorait et favorisaib 
tellement les médeciiiB, fine tous ceux d'entre eur 
qui se distinguaient par leur ^avoi^ Ji Rome , am- 
Mtionuaient le titre iVarcliioter , ou premier mé- 
decin du poulife, dans res|>érance de j)arveiiir par 
le moyen de cet liouiicur, et de la faveur du pope , 



17G PAU 

IV mourut, le 19 août î559, ^^^"^ 
la quatre-vingt-qualricme année de 
son âc;c , et dans la cinquième de soa 
pontificat. La (in de sa vie , qui re- 
mit en lumière ses talents et ses ver- 
tus personnelles, ne put pas elFacer 
bien des fautes qu'on lui a justement 
reproclie'es. La sévérité du pontifo 
avait exaspère' la multitude. On fut 
obligé de l'enterrer sans cére'monie 
(i). Le peuple fit éclater sa fureur 
contre la statue du pape , qui fut 
mise en pièces, et dont les débris fu- 
rent jetés dans le Tibre. Il mit le 
feu à la prison de l'inquisition, après 
en avoir fait sortir les prisonniers. 
Il faillit aussi incendier le couvent 
des Dominicains , chargés des fonc- 
tions d'inquisiteurs. Il fallut faire 
marcher des troupes pour arrêter le 
désordre. Paul IV eut pour succes- 
seur Pie IV. D— s. 

PAUL Y .( Camille BorghÈse , 
pape , sous le nom de), succéda à 
Léon XI, et fut élu, le 16 mai i6o5, 
après quelques intrigues de conclave, 
auxquelles mirent fin les efforts des 
cardinaux Aldobrandin et Montalte , 
aidés de l'influence du parti français. 
Le père du nouveau pontife avait été 
patricien de Sienne et avocat consis- 
torial. Camille était â^é alors de cin- 
quante-trois ans, d un extérieur tres- 
avantageux, digne, prtr ses talents, 
par son instruction et par ses ver- 
tus , des bons exemples qu'il avait 
trouvés dans sa famille, d'une saga- 
cité parfaite dans les aflaires , mais 
d'un caractère auquel on pouvait re- 
procher un peu de roideur et d'opi- 



à des dignités plus importantes. Le nombre s'en aug- 
jmeuta au point , qu'à la mort de Paul, il fallut , jiar 
économie , le rt diiire. Il n'en resta plus que 7 ; et il 
yen avait eu jusqu'alors i4 j i5,et mémo 18. Ce 
pape les admettait à sa conversation, et prenait 
grand plaisir à disputer avec eux sur divers points 
dfe leur science. G — JV. 

(i) Pie V lui fit , dans la suite , élever un monu- 
loent en marbre dans l'église de la Miaerve, 



PAU 

niatrcté. Ces qualités différentes , il 
les avait déployées dans les divers 
emplois dont il avait été revêtu , 
tels que ceux d'abréviateur ecclé- 
siastique, de référendaire de l'une 
et de l'autre signature , de vice- 
légat du cardinal Montaïte , et d'au- 
diteur des causes du palais. Clément 
VIII l'avait fait son légat à latere , 
en Espagne , puis cardinal, et enfin 
gouverneur de Rome. Élevé à la cour, 
Paul V y avait puisé ces principes 
de domination, qui tendaient à sou- 
mettre, dans toutes les affaires in- 
distinctement , les puissances sécu- 
lières à l'autorité du Saint-Siège. Le 
pape ne tarda pas à vouloir essayer 
ce système contre la république de 
Venise. Le sénat avait fait publier, 
depuis peu, deux décrets , dont l'un 
défendait l'établissement de monas- 
tères nouveaux sans sa permission , 
et l'aijLtre prohibait les dons d'immeu- 
bles ^ux ecclésiastiques , sans son 
consentement. En même temps , un 
chanoine de Vicence , Scipion Sana- 
zin, et le comte Brandolin Valde-Ma- 
rino , abbé de Nevezc , venaient d'ê- 
tre arrêtés pour des attentats contre 
les mœurs et autres excès scandaleux. 
Le pape vit dans ces différents actes 
une double insulte à son autorité, un 
double empiétement sur sa juridic- 
tion. Il expédia deux brefs pourfor- 
cer les Vénitiens de révoquer leurs 
décrets , et de remettre entre les mains 
de son nonce les deux prisonniers. 
Gènes Amenait de plier dans une occa- 
sion à-peu-près semblable. Venise 
résista : elle fit représenter au pape , 
d'un côté que les lois de la républi- 
que, qui avaient toujours été respec- 
tées, même par la cour de Rome, ne 
permettaient point l'introduction de 
nouvelles communautés dans ses 
états malgré elle , et qu'elles inter- 
disaient aussi l'aliénation perpétuelle 



jrpetueue i 

1 



PAU 

des biçns des laïcs en faveur des ec- 
clésiastiques ; et de raulrc côte, que 
les deux prévenus , inculpes de cri- 
mes ordinaires , ne devaient pas 
être soustraits à leurs juges naturels : 
qu'ainsi , sous aucun rapport , les 
décrets n'étaient contraires aux ca- 
nons. Paul V , ardent , impétueux , 
Fut choqué de celte résistance ; il 
alla jusqu'à menacer la république 
d'un interdit absolu, si , dans vingt- 
quatre jours , on n'obéissait pas à 
ses bulles. Ce délai passé, reflet 
suivit la menace. La plupart des 
ordres religieux continuèrent leurs 
fonctions : d'autres , et les Jésuites 
surtout , déclarèrent qu'ils se sou- 
mettraient aux ordres du pape. Les 
Capucins et les Tliéalins suivirent 
cet exejnple. Les Jésuites furent 
chassés. Cependant la division éclata 
de toutes paris ; les écrits incen- 
diaires vinrent animer la querelle : 
toutes les couronnes y prirent une 
part plus ou moins grande. Le sa- 
vant jurisconsulte Lcschassier , con- 
sulté , prit parti pour la république 
de Venise, ens'appuyant sur les an- 
ciens canons ( F. J. Leschassier ). 
Dans cet embarras extrême, Paul V 
s'adressa à M. d'Alincourt, ambassa- 
deur de France ; et ce fut le bon Henri 
IV qui eut la gloire de faire cet ac- 
commodement: lecardinal de Joyeu- 
se fut chargé d'y mettre la dernière 
main. On convint que ce cardinal 
déclarerait, en entrant dans le sé- 
nat, que les censures étaient levées : 
que le doge remettrait la protesta- 
tion contre l'a bulle; et que la ré- 
publique enverrait un ambassadeur 
pour remercier le pontitedelui avoir 
fendu ses bonnes grâces. On régla 
la manière dont les deux piisou- 
niers seraient remis entre les mains 
de l'ambassadeur français; ou rap- 
pela les religieux exilés, excepic les 

XXXIII. 



PAU 



77 



Jésuites, et tout rentra dans l'ordre. 
Les ennemis de la cour de Rome 
observent cependant que si le pape 
avait d'abord montré trop de cha- 
leur et de vivacité , il .,;".ma mieux 
ensuite céder quelques points que 
de risquer de tout perdre , et qull 
recula avec sagesse. Ce fut sous le 
pontificat de Paul V que fhiirent 
les congrégations de j4uxiUis. Nous 
en parlons ailleurs ( Fàf. Clément 
VIII ) avec assez d'étendue pour 
nous dispenser d'y revenir. Com- 
me le pape ne publia point sa 
décision , chaque parti s'attribua 
la victoire. Ces disputes sont ou- 
bliées aujourd'hui , grâce à la sa- 
gesse de la cour de Rome, qui, sui- 
vant le mot de Turgot , qu'on ne sau- 
rait trop répéter , eut le bon esprit 
de ne rien prononcer sur une matiè- 
re que Bossuet lui-même a laissée dans 
le nuage. Le livre du jésuite espagnol 
Suarez parut à celte époque, et trou- 
bla pendant quelque temps la bon- 
ne intelligence ciitie la France et le 
Saint-Siège. Le parlement crut y dé- 
couvrir des maximes attentatoires à 
l'autorité et même à la sécurité des 
rois ; il le condamna par un ari-êt, 
Paul V en demanda hautement la 
révocation. Cette affaire fut long- 
temps débattue. Louis XIII, à sa 
majorité, déclara qu'il entendait que 
l'exécution de cet arrêt ne nuisît eu 
aucune manière aux relations ami- 
cales qu'il voulait ehtretenir avec le 
souverain pontife. Celui ci ne fut 
point satisfait de ces modifications. 
H fut enfin convenu que l'arrêt de- 
meurerait suspendu; et ce parti eut 
du moins l'avantage d'assoupir , 
pour le moment , des dissensions 
qui pouvaient devenir funestes. Paul 
V voulut profiter.de l'assemblée des 
étals-généraux, en 1G14, pour fai- 
re recevoir en France le concile de 



TU 



178 PAU 

Trente ; mais il n'y réussit point. Il 
obtint plus de succès relativement 
au livre de Kicher , docteur de Sor- 
bonne , qui avait écrit d'une maniè- 
re assez libre sur les droits respec- 
tifs des deux puissances, et sur les 
limites si dilliciles à poser entre le sa- 
cerdoce et l'empire. Il y traitait aussi 
des libertés gallicanes; et c'était sur- 
tout cet article qui portait ombra- 
ge au ])ape. Le pontife s'apaisa néan- 
moins , en appreiiant que l'ouvrage 
avait èle censure , et que l'auteur 
avait été destitue' du syndicat. Paul 
V reçut des ambassadeurs de Perse, 
du Japon et de quelques autres pays 
éloignes; et il nous reste ])eu de dé- 
tails satisfaisants à cet égard. On sait 
seulement rpie les Ncstoriens - Cbal- 
déens brent une abjuration solennel- 
le, et scellèrent le sceau d'une réu- 
pion complète avec l'Eglise romai- 
ne. Le pape s'occupa de fonder , 
parmi les religieux les plus zélç's pour 
la propagation de la foi, l'étude des 
langues orientales , afin de travailler 
plus eflicacement encore à la con- 
version des Juifs , des Sarrazins et 
de tous les autres infidèles. Il re- 
commanda, dans tous les instituts re- 
ligieux, l'étude des laugues orientales, 
et le maintien de la doctrine de saint 
Tbomas d'Aquin, pour lequel il té- 
moignait le plus grand respect. Il 
favorisa et s'appliqua à étendre la 
pratique des prières de quarante- 
heures , qui se renouvelaient tous les 
mois dans les églises de Rome ; il 
confirma plusieurs ordres religieux 
et congrégations , tels que les Carmé- 
lites , les Carmes et les Augiistins 
déchaussés, les Minimes, les Pères 
de la doctrine clirétienne, les Frè- 
res de la Charité, les Pères de l'Ora- 
toire en France , les Ursulincs , etc. 
Il prit à cœur la réforme des tribu- 
naux dans Rome y et tout ce qui pou- 



PAU 

vait rassurer la tranquillité publique. 
Tant de choses louables et utiles 
doivent faire excuser les soins qu'il 
donna à l'agrandissement de sa fa- 
ni il le, et la magnificence des palais 
qu'il fit construire, pour être leur 
liéritage, tant à Rome qu'à Frasca- 
ti, et dans lesquels il rassembla les 
plus beaux monuments de l'antiqui- 
té, avec ce que la sculpture et la 
peinture pouvaient, sous les mains 
des artistes les plus habiles, créer de 
plus distingué. Ce fut Ini qui acheva 
le frontispice de Sainl-Pierre , mais 
sur un plan différent de celui de 
Michel-Ange ( P'^. Maderno ) , et le 

f)alais Quirinal ou de Monte- Caval- 
0, qui est devenu dcp'.iis la résiden- 
ce ordinaire du pape. Enfin il embcL 
lit Rome de plusieurs fontaines, dont 
une {V Acjiia Paola) j)Oi te encore son 
nom. Paul Y mourut à Rome, le 16 
janvier 1G21 , après avoir occupé lé 
Saint-Siège seize ans et six mois. Il 
eut pour successeur Grégoire XV, ' 
D— si / 
PAUL 1<^^'. (Petrowitz ) , empe- 
reur de Russie , fils de Pierre III et 
de Catherine lU, naquit le 1^^. oc- 
tobre Tn54, et fut, dès son enfance, 
victime de la désunion dans laquelle 
vivaient ses parents. L'empereur dé- 
clara, par un ukase, qu'il ne le re- 
gardait point comme son fils; et Ca- 
therine, qui ne lui témoignait guère 
plus d'affection, se montra souvent 
disposée à le sacrifier à ses favo- 
ris , dont l'existence du jeune prin- 
ce contrariait les vues ambitieu- 
ses. Cependant il fut élevé avec soin 
par le célèbre physicien ^Epinus 
( f^oj\ iEpiNus , I , 264 ) , et par 
le comte Panin dont il n'oubJia ja- 
mais les services. Ce jeune prince 
épousa, en 1774^ ""<^ ^^^^ ^" land- 
grave de Hesse-Darmstadt; etcema- 
riagCj qui semblait parfaitem^ 






PAU 

reux., allait donner des héritiers au 
troue, lorsque la grande - ducliesse 
mourut en couches.' Comme l'impé- 
ratrice n'aimait pas cette princesse, 
et que Grégoire Orloff était alors dans 
la plus haute faveur, cette mort su- 
bite fut le sujet de beancou p de con- 
jectures. Cependant les fune'raillcs 
étaient à peine achevées, que l'on son- 
gea à donner une nouvelle épouse au 
grand-duc. Profitant d'un voyage 
que le prince Henri de Prusse fit à 
Pétersbourg, Catherine lui deman- 
da , pour son fils, là main de sa niè- 
ce, la princesse de Wiirtemborg. Les 
deux princes partirent ensemble pour 
Berlin , etPaul reçut sa nouvelle épou- 
se des mains du grand Frétléric , ravi 
de resserrer de plus en plus les nœuds 
qui Tunissaient à la Russie. LesdciiK 
époux , enivrés de bonheur, se hâtè- 
rent de venir à Pétersbourg ( 1776) • 
et cette union , qui devait donner 
à l'empire de si nombreux et de si 
dignes héritiers, commença sous les 
plus heureux auspices. Catherine en 
parut fort satisfaite; et, ne semblant 
plus rien craindre de son fils , elle 
voulut montrer à l'Europe les héri- 
tiers de son trône dans le plus grand 
éclat. Le duc et la duchesse parti- 
rent de Pétersbourg , en 1781 , sui- 
vis d'un nombreux cortège, et ils 
parcoururent successivement la Po- 
logne , l'Autriche , l'Italie , la France 
et la Uullande.Partoutles souverains 
et les peuples se montrèrent égale- 
ment empressés de les recevoir. En 
France surtout, on leur fit l'accueil le 

Î)lus brillant, le plus alïectucux ; et ils 
aissèrent dans ce pays des souvenirs 
fort honorables. Quelques personnes 
s'y rappellent encore les grâces et la 
beauté de la comtesse du Nord , l'es- 
prit piquant et chevaleresque de son 
époux. On leur donna des fêtes 
somptueuses à Versailles; cl le prince 



PAU 



79 



de Condé , qui conçut pour le grand- 
duc une véritable amitié, le reçut 
avec beaucoup d'éclat, dans son pa- 
lais de Chantilii. Ce voyage dura qua- 
torzcmois ; etpendanl tout ce temps, 
l'impératrice ne perdit pas un seul 
instant de vue les jeunes voyageurs. 
Elle avait exigé que des courriers 
vinssent lui apporter sans cesse de 
leurs nouvelles ; et elle n'ignora rien 
de tout ce qui leur arriva. Après son 
retour, le grand-duc fut traité par 
sa mère avec beaucoup de tendresse; 
mais cette princesse soupçonneuse 
continua de ne lui laisser aucune part 
dans legouvernement; et l'héritier du 
trône, confiné dans le palais de Gats- 
china,s'y montratrès-prudeiit et très* 
modéré au milieu des suggestions 
ambitieuses qui renvironnaieut. Ce 
prince était fort aimé du peuprle et 
des soldats. On chercha plus d'une 
fois à se servir de son crédit et de son 
influence, contre l'impératrice; mais 
il refusa toujours de se prêter à de 
tels projets. Cependant, entraîné par 
son ardeur naturelle, il desirait vive- 
ment se signalera la tcte des armées. 
Lorsqu'il vit la guerre déclarée aux 
Turcs, en 1788, il sollicita avec 
beaucoup d'instance la permission 
de se rendre à l'armée ; « Toute l'Eu- 
» rope, écrivait-il à sa mère , connaît 
» le désir que j'ai de combattre les 
» Olhomaus; que dira-t elle, en ap- 
» prenant que je ne puis le faire? » 
L'impératrice répondit par cette 
seule phrase : « L'Europe dira que le 
» grand-duc est un fils respectueux. » 
Elle lui permit néanmoins, peu de 
temps après, d'aller à l'armée de Fin- 
lande : mais elle ne lui donna aucun 
commandement; et l'héritier de l'em- 
pire , se voyant encore sans pouvoir 
et environné d'espions , revint mala- 
de à Galschina, et continua de vivre 
dans 'la retraite jusqu'à la mort de 
12.. 



f 



i8o PAU 

Calhef ine , qui termina, le l'j nov. 
1 796, sa longue et l)rillantc carrière. 
Devenu maître de l'empire, Paul P^". 
fit faire à sa mère des obsèques 
magnifiques ; et, dans une autre ce'- 
re'mouie où se rcvela complètement 
son caractèreà-la-fois juste etbizarre, 
il fit décerner à la mémoire de son 
père, les honneurs dont ce prince 
avait été prive après sa mort ( F. 
Orloff, XXXII, i43). ïoutalors 
cliangea de face dans l'empire russe. 
Ne avec des passions impétueuses 
et long-temps comprimées, le nou- 
veau monarque voulut que , dans un 
instant , tout se conformât à sa vo- 
lonté, que tout sentît le poids de sa 
puissance. La plupart des anciens 
favoris de Catherine furent exilés ou 
destitués d<^ leurs emplois ; et ceux 
que cette princesse avait disgraciés , 
jouirent de la plus haute faveur. La 
cour prit un aspect tout nouveau , 
et l'empereur voukit même que les 
usages et les costumes y fussent 
changés. On était sûr de mériter sa 
faveur si l'on paraissait devant lui 
avec un habit militaire exactement 
pareil à celui qu'il portait lui-même. 
L'ordre qu'il donna pour que per- 
sonne dans son empire ne portât de 
chapeau rond , ne fut pas seulement 
fort ridicule, on doit encore le consi- 
dérer comme un des actes les plus 
dangereux que le despotisme puisse 
se permettre , parce qu'ils frappent 
toutes les classes sans but apparent , 
et sans prétexte plausible. Il obli- 
gea ensuite toutes les personnes qui 
se trouvaient sur son passage à des- 
cendre de voiture et à se prosterner 
devant lui. Ce nouvel ordre, qui fut 
la cause d'un grand nombie de vexa- 
lions , indisposa surtout la noblesse 
et le haut commerce de Pétersbourg. 
Paul 1^''. faisait en même temps de 
nombreuses réformes dans toutes les 



PAU 

partîtes dieradmînislration, et prin- 
cipalement dans l'armée , où il chan- 
gea jusqu'à l'habit et à la coiffure des 
soldats. On prétend que Suwarow dit 
à cette occasion : « De la poudre aux 
» cheveux n'est pas de la poudre à 
» canon , et des queues ne sont pas 
» des baïonnettes. » Mais toutes ces 
petites vexations , et même les plus 
grands abus de pouvoir auxquels se 
livra Paul I'-''., tenaient plus à l'es- 
prit d'inquiétude qu'il avait contracté 
dans l'espèce de disgrâce où il avait 
passé les ])lus belles années desa vie, 
ctsurloutàla violence de son naturel, 
qu'à un penchant décidé pour la ty- 
rannie et le despotisme : on le vit sou- 
vent combler de faveurs les person- 
nes que, par erreur ou par précipita- 
tion, il avait condamnées injustement. 
( P^. KoTZEBUE , au Supplément. ) ïi 
allait lui-même au-devant de la véri- 
té j et tandis que, sous son prédéces- 
seur^ même sous Catherine, quicon- 
que s'adressait directement au sou- 
verain, courait risque d'être empri- 
sonné , il permit à tout le monde de 
l'aborder, et de lui présenter des 
pétitions. II fit plus; il établit, à cote 
de l'escalier de son palais, un bureau 
destiné à recevoir toutes les lettres 
que l'on voudrait lui écrire; et il 
annonça qu'il n'en laisserait aucune 
sans réponse : mais bientôt , elTrayé 
de l'immensité des réclamations , il 
renonça à les lire. Comme l'on s'y 
était attendu , le système de change- 
ment et d'innovation de ce turbulent 
monarque ne tarda pas à s'étendre 
hors de son empire. On avait vu Ca- 
therine II fort opposée aux prin- 
cipes de la révolution française , et 
cette princesse s'était ni outrée, dès le 
commencement, très-disposée à se- 
conder les efforts des puissances qui 
combattaient cette révolution; mais 
elle s'était bornée à des promesses et 



X PAU 

à des dcmonstralioiis :/on fils em- 
brassa , au contraire , la cause des 
rois avec une ardeur et une franchi- 
se bien rares en pareil cas. Il entra 
dans la coalition contre la France , 
reçut dans ses états le roi Louis 
XVIII , voulut que ce prince résidât 
au palais de Mittau avec la magni- 
ficence d'un souverain , signa le ma- 
riage du duc d'Angoulême avec la 
(ille de Louis XVI, et ordonna qu'une 
copie en fut déposée dans les archi- 
ves du sénat. Il ne traita pas avec 
moins d'égards et de générosité, le 
prince de Condé , qui l'avait antre- 
fois si bien accueilli lui-même : enfin 
il envoya en Italie une armée de 
quatre - vingt mille hommes ,• et 
tandis que cette armée faisait la 
plus brillante campagne sous les 
ordres de Suwarow ( F. ce nom ) , 
il en fit partir une autre pour la Suis- 
se sous les ordres de Korsakow. Il 
fournit dans le même temps un corps 
de troupes aux Anglais pour les aider 
à soumettre la Hollande : mais ce 
corps, engagé imprudemment, fut 
obligé de capituler ( V . Brune , au 
Supplément) , tandis que l'a.inée de 
Korsakc.vv, abandonnée par les Au- 
trichiens, essuyait un échec considé- 
rable dv'vant Zurich ( V, Massena , 
XXVII , 4o4 ). Tous ces événements 
excitèrent au dernier point la défian- 
ce et le mécontentement de Paul l*^"", 
contre ses alliés ; et le cabinet de 
Londres , ayant semblé, vers la mô- 
me époque, apporter quelques obs- 
tacles à ses projets sur l'île de Malte , 
dont il venait de se proclamer lui- 
même le gr;>nd-maitre, il ne garda 
plus de mesures, accusa h-iutement 
de perfidie le ministère de Vienne 
et celui de Londres , et rappela ses 
armées. Ses alliés se flattèrent encore 
«n instant de le ramener; mais 
les explications qu'ils donnèrent , ne 



PAU 



i8 



lifi parurent ni franches ni catégo- 
riques. Il avait réellement agi de 
bonne-foi , et avec l'intention droi- 
te et désintéressée de relever les trô- 
nes , de rétablir la religion et le bon 
ordre. Son indignation fut au com- 
ble , quand il crut voir que l'Autriche 
voulait s'approprier une partie des 
états du pape et du roi de Sardai- 
gne. Il donna ordre à son ambassa- 
deur de quitter Vienne ; et M. de 
Cobenzl fut obligé de s'éloigner de 
Pétersbourg. L'ambassadeur anglais 
fut également contraint de partir j 
et toute espèce de relation se trouva 
rompue entre les puissances alliées et 
Paul V^. Comme il arrive toujours 
aux caractères violents et passion- 
nés, ce prince se jeta aussitôt dans 
des excès tout-à-fait contraires à ses 
principes et à ses premiers plans. 
C'était pour arrêter la révolution et 
détruire le pouvoir des révolulion- 
naiies ; c'était pour poursuivre les 
régicides , qu'il avait pris les armes : 
dès qu'il les eut déposées , il entra 
en négociation avec les révolution- 
naires de France , et avec le gouver- 
nement que les régicides y avaient 
créé. Il avait annoncé hautement 
son projet de rétablir tlans ce pays 
le roi légitime ; et déjà il avait com- 
blé ce prince de toutes sortes de 
bienfaits : il l'accabla d'outrages , 
et l'obligea de s'éloigner à la hâte de 
ses états dans la saison la plus ri- 
goureuse. Il alla plus loin encore; il 
se fit l'allié de Buonaparle , devint 
l'admirateur de celui qu'il venait de 
combattre , et plaça dans son palais 
le buste de l'usurpateui- du trône de 
Saint-Louis ( V. Buonaparte , au 
supplément ). Sesanciens alliés, ainsi 
réduits à leurs propres forces, sévi- 
rent contraints de traiter de la paix : 
de là , jes traités de Lunéville e» d'A- 
miens. Mais Paul T'^''. avail froissé 



ym 



8.1 



PAU 



tant d^iiitcrêts , il avait irrité tant de 
passions par sa violence et son des- 
])otisme , il avait fait craindre à 
tant d'individus pour leur vie et 
leur liberté, que divers complots 
se formèrent contre sa personne. 
Maigre sa vigilance et la sëverite' 
de ses précautions, un de ces com- 
plots éclata dans la nuit du 1 1 
au i'2 mars i8ot. Les conjurés 
le surprirent dans son lit , et Té- 
Iranglèrent avec sa propre écharpe. 
On raconte que , quelques heures 
avant sa mort , ce prince avait paru 
de la meilleure humeur. Il était en- 
tré dans la chambre de l'impéra- 
trice, et lui avait parlé du ton le plus 
affectueux ; il avait pressé son plus 
jeune enfant dans ses bras , et , 
après avoir ainsi passé en famille 
la plus grande parlie de la soirée, 
selon sa coutume , il était allé tran- 
quillement se coucher. Nous ne rap- 
portons ces détails que pour faire 
voir que ce prince ne méi'itait pas 
le reproche qu'on lui a fait d'être 
mauvais époux et mauvais père. Sim- 
ple dans ses goûts et dans ses plai- 
sirs , il ne connaissait le luxe et la 
magnificence que dans la pompe des 
cérémonies. On ne lui connut point 
de maîtresse en titre; et il ne sacrifia 
jamais les intérêts de l'état à ses 
goûts personnels. Son valet de cham- 
bre KoutaicofT eut seul quelque as- 
cendant sur lui ; et l'on obtint quel- 
quefois des grâces importantes par 
la comédienne Chevalier , maîtresse 
de ce favori. Paul 1<^»". n'aimait ni les 
sciences spéculatives , ni les arts de 
pur agrément. Toute son attention 
se portait sur la science du gouver- 
nement, et sur les moyens d'ajouter 
encore à la force et à la vigueur de 
son pouvoir. On découvre , même 
dans les écarts de sa politique ver- 
satile et bizarre , une intention éyi- 



PAU 

dente d'élever la puissance russe 
au - dessus de toutes les autres ; et 
jusque dans sa résolution de se faire 
grand - maître de Malte , qui fut 
regardée par beaucoup de monde 
comme un acte de folie , on est for- 
cé de reconnaître un but d'ambi- 
tion très-plausible , celui de donner 
à la marine et au commerce russes 
un boulevart au milieu de la Mé- 
diterranée. On voit encore que ce 
plan , s'il eût pu être exécuté , aurait 
assuré à cette puissance des appuis 
nombreux dans la noblesse de tous 
les étals de l'Europe, intéressée à la 
conservation de l'ordre de Malte. Les 
Anglais ne s'y méprirent point* et 
les obstacles qu'ils apportèrent à ce 
projet, furent une des premières cau- 
ses du mécontentement de Paul I^^, 
Ce prince fit ouvrir plusieurs canaux* 
et Petersbourg lui doit le beau palais 
de Michailow. C'est aussi par lui 
qu'a été fondée dans cette ville la 
maison des orphelins militaires , où 
huit cents enfants sont élevés et pla- 
cés ensuite convenablement. Enfin 
la Russie lui doit une de ses lois 
fondamentales ;, et qui doit peut-être 
le plus eilicacement contribuer à la 
paix et à la durée de cet empire : 
c'est la succession au trône dans l'or- 
dre de primogéuiture , cl en n'y ad- 
mettant les femmes qu'à défaut d'en- 
fant maie. La Correspondance litté- 
raire de Laharpe fut adressée par 
l'auteur au grand-duc Paul, qui lui 
faisait pour cela un traitement an- 
nuel. Ce prince a laissé, de son se- 
cond mariage, quatre garçons et cinq 
filles. Son (ils aîné lui a succédé sous 
le nom d'Alexandre. M. de Château- 
giron a publié une Notice sur la mort 
de Paul I"". , empereur de Russie , 
in -8^. de 24 page^. M — d j. 

PAUL (Paul de Saumur , con- 
nu sous le nom de Cievalier 



l ier ) , ne 

4 



î 



PAU 

daos un bateau, en tle'ccmbrc 1^97, 
d'une lavandière qui faisait le trajet 
de Marseille au château d'If , eut 
pour parrain le gouverneur de ce châ- 
teau, Paul de Fortia. Etant encore 
enfant, il voulut s'embarquer comme 
mousse. Le capitaine , le trouvant 
trop jeune , le refusa ; Paul se glissa 
derrière des ballots de marchandi- 
ses, et y resta cache jusqu'à ce que le 
vaisseau fût en pleine mer. Force 
fut au capitaine de le garder. Après 
trois ans, Paul passa, en qualité de 
matelot , au service d'un comman- 
deur de Malte, et, quelques années 
après, s'engagea comme simple sol- 
dat au fort Saint-Elrae. 11 s'y battit 
en duel contre son caporal , qu'il 
tua: sa perte semblait inévitable; 
des chevaliers français obtinrent sa 
grâce, et le firent embarquer sur un 
brigantin arme' en course. Paul s'y 
distingua tellement, que le capitaine 
ayant cte'tuc, il fut mis à sa place. 
De nouveaux exploits ne tardèrent 
pas à le signaler au grand«maître, qui 
le fit chevalier servant d'armes, et lui 
confia le commandement d'un vais- 
seau. Le cardinal de Richelieu, l'ayant 
demande au grand -maître , le fit ca- 
pitaine d'un vaisseau de guerre. Le 
chevalier Paul futtrès-utileàla Fran- 
ce dans la guerre contre l'Espagne, 
et devint successivement chef d'es- 
cadre, lieutenant-general et vice-ami- 
ral des mers du Levant. On raconte 
de lui untraitplus remarquable peut- 
être que celui du duc d'Antin. Louis 
XIV, étant allé à Toulon, en 16G0, 
Paul'fit, dit-on, confire sur les ar- 
bres une partie des oranges de son 
jardin ; ce qui excita l'admiration du 
roi et les courtisans. La dépense que 
faisait le chevalier Paul elait très- 
grande, et lel.leque, s'il faut en croire 
le Vojau^e de Chapdle et Bachnu- 
mont , il était le premier et le plus 



PAU 



[83 



conside'rable du pays. Dans mainte 
rencontre, ce fut contre des forces 
au-dessus des siennes que le cheva- 
lier Paul combatit , et toujours avec 
succès. On le chargea , en 1G66 , de 
conduire à Lisbonne Françoise de 
Savoie-Nemours, qui allait épouser 
Alphonse, roi de Portugal; ce fut 
sa dernière campagne. La goutte 
et plusieurs autres infirmités ne lui 
permirent pas de servir plus long- 
temps. Il commanda cependant la 
marine à Toulon , jusqu'à sa mort, 
arrivée le 18 octobre 1667. Son 
Oraison funèbre fut prononcée dans 
la cathédrale, par le père de Ville- 
crose, de l'Oratoire, mais n'a pas 
cte imprimée. Esraénard lui a con- 
sacré quelques vers dans le poème 
de la Navigation : et Chapelle et 
Bachaumont ont dit de lui : 

C'est ce Paul dont l'expérience 
Gourmande la uur et le veut; 
Dont le bonheur et la vaillance 
Rendent formidable la France 
A tous les peuples du Levant. 

A. B— .T. 
PAUL (L'abbé Amand-Laurent), 
ex-jésuite , de l'académie de Mar- 
seille , né, en 1740, d'une famille 
distinguée, à Saiul-Chamas , en Pro- 
vence , est mort à Lyon , le 29 oc- 
tobre 1809. wSon frère aîné, Fran- 
çois Paul, auteur de plusieurs volu- 
mes de la Collection académique , 
partie étrangère (i), mort en 1774^ 
lui avait donné les premiers élé- 
ments. Après avoir achevé ses études 
au collège de Beizunce, à Marseille, 
l'aïjbé Paul entra chez les jésuites , et 
enseisna les belles-lettres dans leurs 
collèges jusqu'à la suppression de 
cette société. A cette époque , Arles 
lui confia la chaire de rhétoricpic , 



(i) Il n fourni .'i cette compilation , les Memoir*** 
d« s académies do Derliu , de Holot^ue et de I uriu ; 
ou lui doit aussi df» traductions de quelciiuj ouvra- 
gctfde lleislcr et de Vaa-»J>\i#Un. 



i84 



PAU 



qu'il rcmprit cViine manière tlisftn- 
guce. La mort de son frère le fit ro 
nonccr à la carrière de reiiscigne- 
raent public : il rentra dans le sein 
de sa famille, et s'y livra tout entier 
à son goût pour la traduction des 
classiques latins , goût que lui avait 
inspire celle des Extraits de Tacite 
par d'Alembert. Les fruits de ses 
veilles furent: Velléius Paterculus^ 
Floriis , Justin , Morceaux choisis 
deTite-Live^ Corn. Népos ^ Phè- 
dre ^ Sulpice- Sévère et Eutrope. 
Ces traductions ont eu du succès : 
elles sont en ge'ne'ral fidèlesj mais on 
a reprocliéau traducteur un peu de 
se'cheresse. Velléius surtout , « ce 
» modèle inimitable des abrèges » , 
est encore à traduire, s'il est possible 
de rendre l'elegante brièveté de l'au- 
teur et le bonlieur de ses expres- 
sions. Outre ces classiques latins , 
î'abbe Paul avait traduit un ouvrage 
italien ( les Heures de récréation de 
Guicciardini ) , en espagnol , lan- 
gue qu'il avait apprise à Tolède, où 
les orages de la révolution l'avaient 
force de cliercher un asile. Il aurait 
pu enrichir notre littérature de la 
traduction de quelques classiques 
grecs ; car la langue de Déraostliène 
jie lui était pas moins familière que 
celle de Gicèron. On lui doit encore 
nn Cours complet de latinité ^ des 
Fables et descriptions d'animaux , 
en latin cleuientaire ; des Fersions 
chrétiennes, et des Thèmes chrétiens. 
Les muses latines avaient quelque- 
fois égayé ses loisirs. On a publié de 
lui ( Lyon , i8o4 , in-8°. ) un Be- 
cucil de Morceaux de nos meil- 
leurs ^oe/e>, traduits en vers latins, 
parmi lesquels on dislingue une imi- 
tation de ï^rt poétique de Boi- 
Icau. Si dans ses dernières années 
l'abbé Paul ne jouit pas de toute 
l'aisance à laquelle une vie si utile- 



PAU 

nient employée lui donnait di 
il paraît qu'il n'est pas mort dans 
plus triste indigence , si l'on en 
par une réclamation que son héri- 
tière adressa au journal de Lyon , en 
18 10. N— L. 

PAUL (Saint Vincent de ). 
Vincent. _ 

PAUL DE CASTRO. F. Castro. 
XIII , 346. 

PAUL D'ÉGINE ou JEgjnetj , 
célèbre médecin grec , naquit dans 
l'île d'Égine , aujourd'hui Engia, et 
vécut, non au quatrième siècle, com- 
me l'ont avancé René Woreau et Da- 
niel Leclerc , mais bien dans le temps 
des conquêtes du calife Omar, par- 
conséquent dans le septième siècle. 
Nous avons peu de renseignements 
sur la vie de ce médecin. Nous sa- 
vons seulement qu'il fît ses études 
médicales à Alexandrie , quelque 
temps avant la prise de cette ville 
par Amrou , et que, pour augmen- 
ter la somme de ses connaissances , 
il voyagea non-seulement dans toute 
la Grèce , mais encore dans d'autres 
régions , comme l'indiquent deux 
vers grecs qui sont à la tête de ses 
œuvres , et dont voici la traduction 
latine : 

Panli lahoremnosce me, qui plurimas 
Invisit 01 bis (erras , JEginâ salus, 

Paul d'Égine ferme la liste des mé- 
decins grecs classiques; car, après 
lui , l'art de guérir tomba , ainsi que 
tous les autres arts , dans la barba- 
rie , pour ne se relever qu'avec peine 
vers le douzième siècle. Comme Paul 
s'était rendu fort habile dans la chi- 
rurgie, et particulièrement dans l'art 
des accouchements, les Arabes lui té- 
moignèrent beaucoup d'estime , et le 
surnommé -ent V accoucheur; de tou- 
tes parts les sages-femmes venaient 
réclamer ses conseils. Quoiqu'on ne 
puisse pas le considérer comme un 



PAU 

autour tout- à -fait original , pfiisqifil 
a abrégé Galicn, et qu'il a puisé dans 
Actius et Oiibase , on est cependant 
force' de convenir qu'il e'met souvent 
des principes qui lui sont propres ; 
car il n'est pas toujours de l'avis de 
Galien, et dans plus d'une occasion 
il a le courage de re'futer les opiuiojis 
d'Hippocrate. Ses descriptions de 
maladies sont courtes et succinctes , 
mais exactes et complètes. Il prend 
fréquemment pour base de ses expli- 
cations la théorie galenique des hu- 
meurs cardinales. C'est surtout dans 
la chirurgie que Paul d'Égine s'est 
montre supe'rieur, non -seulement 
parce qu'il y avait acquis plus d'expé- 
rience qu'aucun autre médecin grec, 
mais encore parce qu'il n'a point 
suivi servilement ses prédécesseurs , 
et que plusieurs méthodes curati- 
ves lui appartiennent. Sous ce rap- 
port , quelques auteurs le mettent à 
coté de Celse , et le lui preïcrent 
même à certains égards. Un des clia • 
pitres les plus curieux et les plus 
détaillés de la chirurgie de Paul, est 
sans contredit celui qui traite de l'ex- 
traction des traits ou flèches dont se 
servaient les anciens. Il énumcre tou- 
tes les difïérences qui distinguaient 
ces instruments meurtriers; il parle 
de la matière dont on les formait, 
de leur figure, de leur grandeur, de 
leur variété , de leur disposition , 
de leur force. Ainsi l'on voit que , 
sous le rapport de la matière , leur 
rxtrémité vulnérante était de fer ou 
de cuivre, d'étaiu , de plomb, de 
corne, de verre, ou d'os , ou de ro- 
seau , eu merae de bois. Sous le rap- 
port de la figure, ils étaient ronds , 
• inguleux ou sillonnés, ou armés de 
pointes : parmi ces derniers, les uns 
ivaientlcs pointes dirigées en arriè- 
' (•; les autres les présentaient en op- 
jMJsition à l'instar de la t'otifjre, alni 



PAU 



r8; 



d'au^entcr la difficulté' de leiîr ei- 
traction ; d'autres enfin avaient leurs 
pointes mobiles, detellesorle qu'elles 
ne se développaient que quand on 
voulait tirer le dard de la plaie. Pour 
la grandeur , les flèches n'avaient, 
dans leur partie vulnérante , qu'un , 
deux ou trois doigts. Les unes étaient 
simples; les autres, composées on 
multiples , laissaient tomber au fond 
de la plaie de petits fragments de 
fer. Relativement à leur disposition, 
les unes étaient fixées au bois avec 
solidité ; les autres faiblement, pour 
qu'elles pussent se séparer de leur 
tige et rester dans l'intérieur des or- 
ganes. Quant à leurs forces ou pro- 
priétés , elles différaient , suivant que 
leur extrémité était ou n'était pas 
enduite de poison. On voit qu'avant 
l'invention des armes à feu , les hom- 
mes avaient passablement perfec- 
tionné les moyens de se détruire. 
Outre ce chapitre de renseignements 
archéologiques, nous avons encore 
à Paul d'Égine l'obligation de noi;s 
avoir transmis plusieurs fragments 
des anciens médecins , et particuliè- 
rement la lettre de Dioclès de Ca« 
ryste au roi Anligone Sur la conser- 
'vatioî! de la santé. Les œuvres de 
Paul d'Égine ont eu un grand nom- 
bre d'éditions; voici les principales. 
Editions grecques : Venise, \ 5'28 , 
in-fol., chez Aide; Baie, i538,in- 
fol.; cette dernière édition est due 
aux soins de J. Gemusœus, qui, par 
ses corrections et ses notes savantes, 
l'a rendue bien supérieure à la ])re- 
mière. Editions latines: Baie, i53i, 
1 54(3, in-fol.; Cologne, i534; i548, 
in-fol. ; Paris, i53'2, in-fol. ; Veni- 
se, 1 553, 1 554, in-B».; Lyon, i56u, 
1567, in-8<*. Cette dernière édition , 
qui a plus de mille pages , est la meil- 
leure, parce «ju'elle contient les No- 
tes c( les Commentaires de Gunlhicr 



i86 
«VAndernacl» 



PAU 

de Corna ri lis , de J. 



Goupil et de Dalcchamp. Une Edi- 
tion arabe a élc donnée par Ilonain , 
célèbre médecin syrien. Enfin Pierre 
Tolct, médecin de Lyon, a traduit 
en français la chirurgie de Paul- 
d'Égine, Lyon, i53ç), in-i'2. On a 
imprime souvent à part plusieurs li- 
vres des œuvres de Paul-d'Égine, et 
principalement le livre premier, 
sous le titre de Pripcepta salubria, 
Paris, i5io, Henri Estien ne, in-4".j 
Strasbourg, i5ii, in-4".; Nurem- 
berg, iSiS, in-8«., etc. Rud. Aug. 
Yogel a publie : DePauli JE^inetœ 
merilis in medicinam , imprimisqiie 
chirurgiam prolusio , Gotlingue , 
17 08. R — D— N. 

PAUL DE LA CROIX , fondateur 
d'un ordre régulier, ne, le 3 janvier 
1694 , à Ovada , petite ville de l'ë- 
tatde Gènes, enclavée dans le Mont- 
ferrat , portait, avant d'entrer en re- 
ligion, le nom de Paul - François 
Danei. Ayant pris de bonne heure 
le goût de la pieté , il forma le des- 
sein d'établir une concfre^^ation de 
religieux, etse relira, en 1720, dans 
lin ermitage avec un de ses frères. Le 
pape Benoît XIII leur donna lui-mê- 
me la prêtrise, en 17*27, et BenoîtXIV 
approuva leur institut en 1741 et en 
1 746. Clément Xîïl et ClcmentXIV 
favorisèrent aussi cette congrégation, 
qui porte le nom de Clercs déchaus- 
sés de la croix et passion de N. S. 
J.-C. Paul établit un noviciat, donna 
des missions , et forma douze mai- 
sons de son ordre en divers lieux 
d'Italie , sans compter une maison 
de femmes à Corncto. L'habit des 
leligieux est noir, en mémoire de la 
Passion. Le pieux fondateur mourut 
le 18 octobre 1775, ayant eu la 
satisfaction, peu auparavant, de 
voir Pie VI confirmer son institut 
par une bu'le qui commence par 



PAU 

ces mots : Prœclara virtutum. Si 
vie a été publiée à Rome par le 
P. V.M. de S. Paul, 1 786,in-4o.; elle 
donne beaucoup de détails sur les 
vertus de Paul de la Croix. Il a été 
fait des informations sur sa sainteté; 
et le 18 février 1821 , Pie VII pro- 
nonça qu'il avait pratiqué les vertus 
dans un degré héroïque ; il est mar- 
qué dans le décret que le pape a 
connu personnellement Paul de la 
Croix , et a été témoin de sa vie édi- 
fiante. P — c — T. 

PAUL DE SAMOSATE, fameux 
hérétique du troisième siècle , naquit 
dans la capitale de la Commagène, 
de parents obscurs et sans fortune. 
Vers l'an 260, il était évêque dans 
sa ville natale, quand il devint pa- 
triarche d'Antioche, après la mort 
de Dcraetrianus , personnage aussi 
recommandable par la sainteté de 
sa vie, que par l'orthodoxie de sa 
doctrine. Son successeur fut loin de 
lui ressembler. Il csl difficile d'ima- 
giner comment il parvint à cette 
haute dignité: ce ne fut certainement 
pas à ses mœurs qu'il en fut redevable; 
car, à peine établi sur son siège, ses 
extorsions, son faste, et les désor- 
dres de tout genre auxquels il s'a- 
bandonna, le rendirent un objet de 
mépris et d'horreur pour toute la 
ville d'Antioche. Des femmes qu'il 
avait établies dans le palais patriar- 
cal l'accompagnaient partout. Il se- 
rait trop long d'énuiiiérer les cri- 
mes qu'on lui reproche: il y en joi- 
gnit bientôt un autre , celui de l'hé- 
résie , en reproduisant la plupart 
des erreurs de Sabcllius, et en y ajou- 
tant , comme il est assez ordinaire. 
Suivant lui, le Père, le Fils, le Saint- 
Esprit n'étaient qu'une seule person- 
ne; le Verbe et le Saint-Esprit étaient 
dans le Père, sans aucune existence 
réelle et personnelle: ils étaient seu- 



% 



PAU 

lement comme la raison dans l'hom- 
me. Tl soutenait, parmi d'autres ci- 
reurs , que Jësus-Glirist n*ctait qu'un 
simple homme, qui n'avait rien de 
divin en sa personne, mais que ses 
vertus et ses actions avaient rendu 
digne delà divinité'. Une doctrine si 
opposée à celle de l'Église, anima 
promptement contre lui les membres 
les plus distingués du clergé : cepen- 
dant, comme il était fort puissant et 
fort considéré à la cour de ZénoLie , 
alors maîtresse de la Syrie , per- 
sonne n'osait s'élever contre lui. La 
charge de ducenier ou de receveur 
des impots publics , qu'on lui avait 
donnée , lui procurait un grand pou- 
voir. Saint Denys d'Alexandrie fut le 
premier qui osa réfuter ses doctrines 
perverses. Paul répondit ; et il s'en- 
gagea entre eux une querelle, qui se 
prolongea long -temps. Un concile 
s'assembla enfin à Antioche , l'an 
2G4 , pour y juger ses opinions : 
Paul sut les y présenter d'une ma- 
nière si captieuse et si adroite, qu'on 
ne put rien prononcer contre lui. Un 
autre concile , qui fut tenu dans la 
même ville , en 267 , et qui fut pré- 
sidé par Firmilien , évèque de Gésa- 
rée en Gappadocc , n'eut pas plus de 
résultat : Paul resta toujours sur son 
siège. Gcpcudant , comme il conti- 
nuait de répandre ses fausses doc- 
trines, on fut obligé de convoquer un 
troisième concile , en '270. Hyménéc, 
patriarche de Jérusalem, le présida : 
là un prctre d'Anlioche, célèbre par 
son éloquence , nommé Malchion , 
combattit Paul en face , et déjnontra 
si complètement l'évidence de ses 
erreurs, que le patriarche fut con- 
damné d'une voix unanime , et dé- 
pouillé de sa dignité. Aussitôt on 
nomma , pour le remplacer, Dom- 
nus , (ils de Demctrianus , son pré- 
décesseur. Gclte sentence u'cpouvan- 



PAU 



187 



ta pas Paul, qui, fort de l'appui de 
Zénolie , se maintint , malgré les fi- 
dèles d'Antiochc , dans la maison 
patriarcale. Gomme la reine Zéno- 
Lie professait, dit-on, la religion 
juive, ou du moins se montrait fa- 
vorable aux Juifs , Paul, pour flatter 
cette princesse, paraissait disposé à 
adopter leurs opinions. Aussi plu- 
sieurs Pères de l'Église ont-ils dit 
qu'il fallait considérer les Paulianis- 
les comme de véritables juifs. La ré- 
sistance de l'hérétique ne dura pas 
plus long-temps que la puissance de 
la reine de Palmyre. Après la défaite 
et la prise de cette princesse, les 
evêqucs qui avaient déposé ce prélat, 
s'adressèrent à Aurélien, pour se 
plaindre de la conduite de Paul, et 
demander son entière expulsion. Ils 
n'eurent pas de peine à l'obtenir : 
Aurélien, qui sans doute ne prenait 
pas beaucoup d'intérêt au fond de la 
querelle , fut bien aise de mortifier 
un protégé de Zénobie ; et Paul se 
vit obligé d'abandonner le palais 
patriarcal. On ignore ce qui a pu 
lui arriver depuis cette époque ; 
l'histoire ne fait plus mention de lui. 
Sa secte dura plus d'un siècle après 
lui. Ou possède encore dix questions 
adressées par Paul de Samosale, à 
saint Denys, patriarche d'Alexan- 
drie, avec la réponse de ce dernier : 
on les Ifouve dans le ii'-. volume do 
la Bibliothèque des Pères. On a ce- 
pendant quelques doutes sur leur au- 
thenticité. S. M — N. 

PAUL DIAGRE, appelé aussi 
quelquefois Warnefrid du nom de 
son père, littérateur distingué, et le 
meilleur historien du moyen âge, 
était né, vers 74o,àGividale (/^on«7/i 
.///Zi7), capitale du Frionl. Gomme 
il exi^tait alors \mc école fameuse 
dans sa ville natale , on peut conjec- 
' turcr qu'il y fit ses premières éludes. 



i88 PAU 

11 reçut niisd des leçons de Flafien, 
grammairien à Pavie, et il fut ensui- 
te admis à la cour de Racliis , roi des 
Lombards , qui l'engagea à s'appli- 
quer à l'étude des livres sacre's. Paul, 
cédant aux vœux de ses parents , 
revint dans le Frioul, et fut ordonné 
diacre de l'église d'Aquilce, au plus 
tard en 768 , puisqu'un acte de cette 
année lui en donne le titre. Peu de 
temps après , Didier, à qui Rachis, 
son frère, avait cédé le trône en se 
retirant dans un monastère, rappela 
Paul à sa cour, et l'éleva à la dignité 
de notaire ou chancelier, dont celui- 
ci était revêtu lorsque Charlemagne 
anéantit le royaume des Lombards 
( Foy. Didier). Quelques historiens 
ont prétendu que Paul suivit Char- 
lemagne en France , où ce prince 
chercha à le retenir par ses bienfaits, 
et qu'ayant conspiré contre l'empe- 
reur, celui-ci se contenta de l'exiler 
dans l'île de Tremiti. Mais il est dé- 
montré que, loin de s'attacher au 
vainqueur de Didier, Paul se réfugia 
dans un cloître, comme dans un port 
assuré contre les vicissitudes de la 
fortune. On ne sait pas l'époque où 
il embrassa la règle du Mont-Cns- 
sin ; mais c'est de cet asile , qu'il 
adressa, en 781, à Charlemagne, 
alors à Rome, une Élégie, dans la- 
(|uellc il réclama la liberté de sou 
frère, fait prisonnier au sac de Pa- 
vie, et qui languissait, depuis sept 
ans , dans une forteresse de France. 
Ce fut alors que l'empereur déter- 
mina Paul à le suivre daus ses étals 
héréditaires , et ii le char.oea d'en- 
seigner la langue grecque aux clercs 
qui devaient accompagner en Orient 
sa fille liotrude, promise au fils de 
l'impératrice L'ènc {For. ce nom). 
Paul passa plusieurs années à la cour 
de Charles. 11 visita la France, et 
s'arrêta quclq'ic temps à Metz, à la 



PAU 



èqne tIP 



demande d'Angelrame , évêqi 
cette ville , qui le pria d'écrire l'his- 
toire de ses prédécesseurs. Mais l'es- 
time que lui témoignait Charlema- 
gne, ne l'empêchait pas de regretter 
les solitudes du Mont - Cassin. Dès 
que l'empereur lui en eut accordé la 
permission , il se hâta d'y retourner ; 
et il y mourut vers l'année 790, le 1 3 
avril, selon dom Calmet, qui ajoute 
qu'il fut enterré près del'église Saint- 
Benoît. Si l'on en croyait Pierre de 
Pise , son contemporain , Paul au- 
rait égalé les plus grands poètes de 
l'antiquité. Dans une pièce qui a été* 
conservée , il le compare à Homè- 
re, à Virgile, à Philon, etc. Mais 
Paul, en lui répondant, repousse des 
éloges si exagérés , et déclare qu'il 
ne sait de grec et d'hébreu que quel- 
ques mots qu'il a appris dans sa jeu- 
nesse. De toutes les poésies de Paul 
Diacre , on ne cite plus que l'Hym- 
ne pour la fête de saint Jean , Ut 
queanl Iaxis, etc., devenue célèbre 
dans l'histoire de la musique, par 
l'application qu'en a faite Gui d'A- 
rezzo à la mesure de l'octave ( F. 
GuiDo, XIX,88j. C'est comme his- 
torien que Paul continue à jouir d'u- 
ne grande réputation; et on a de lui : 
I. Historia miscella. Cet ouvrage , 
ainsi nommé, parce que c'est une 
espèce de centon , formé des lam- 
beaux de difTérenls auteurs, fut en- 
trepris à la demande d'Alberge, du- 
chesse de Béucvent. Il est divisé en 
vingt-quatre livres. Les onze pre- 
miers contiennent V Histoire d'Eu- 
trope, avec quelques additions; les 
cinq suivants, les seuls qui soient de 
Paul , comprennent l'espace qui s'est 
écoulé depuis le règne de Yalenlî- 
nien jusqu'à celui de Justinien. On 
attribue les huit derniers <à Landul- 
phe Sagax(/^. Landulpue, XXïU, 
339). Cette compilation, imprimée, 



PAU 

pour la première fois, à Rome, en 
1471 , sous ce titre : Eulropius his- 
turiographus , et post eum Pauliis 
Viaconus de historiis Italicœ pro- 
vinciœ ac Romanorum , a été réim- 
primée plusieurs fois; la meilleure 
édition est celle que Muratori a pu- 
bliée à la tète des Beruni Italicar. 
scriptores. II. De gestis Longobar- 
dorum libri sex. Cette histoire des 
Lombards commence à leur sortie 
de la Scandinavie, et finit à la mort 
de Luitprand, en 744* Erchempert 
l'a continuée jusqu'à l'année 888 
{V. Erchempert, XIII, ^39); et en- 
fin deux anonymes , l'un de Bénévent, 
l'autre de Salerne, en ont donné la 
conlinuation , le premier jusqu'en 
980 , et le second en 996 , époque de 
l'extinction des pelites principautés 
que les Lombards s'étaient faites à 
l'extrémité de l'Italie. Paul manque 
de critique et d'exactitude, et son 
style est grossier; mais son Histoire 
n'est pas moins très-précieuse, par 
le grand nombre de faits importants 
qu'elle renferme, et qu'on cherche- 
rait vainement ailleurs. Elle a été 
publiée avec l'ouvrage de Jornandès 
sur les Goths , etc. , par Bonav. Vul- 
canius, et ensuite par Hug. Grotius; 
et Muratori l'a insérée , avec une 
Préface et les différentes continua- 
tions, dans les tomes i et 11 du Re- 
cueil qu'on vient de citer. III. G es- 
ta episcoporwn Melensium. Cette 
Chronique des évèques de Metz a été 
publiée par Freher , dans le Corpus 
historiœ Francicœ , et par do m Cal- 
met, d'après un manuscrit de l'ab- 
baye de Saint-Arnoul de Metz , dans 
les Preuves du tome premier de son 
Histoire de Lorraine^ 63- 108. On 
la trouve aussi dans le tome xiii de 
la Bihlio/h.patrum, édition de Lyon. 
ÏV. La f^ie de saint Grégoire - le 
C;wi^, publiée par Mabillou, dans 



PAU 189 

le tome premier des Acta sancto- 
rum ord. S. Benedicti , et à la tête de 
l'édition des OEuvres de ce père , 
donnée par les Bénédictins. On ci- 
tera encore de Paul Diacre, un Abré- 
g^ede la grammaire de Festus ( F. ce 
nom), et un recueil à' Homélies ^ 
1 482 , in- fol. ; Baie , i 493 , même 
format, et réimprimé plusieurs t'ois 
dans le seizième siècle ; enfm deux 
Sermons ^ que D. Martène a insérés 
dans le tome ix de V Amplissima 
collectio. Les curieux peuvent con- 
sulter, pour des détails, la Riblioth, 
medii œi>idc Fabricius, avec les no- 
tes de Mansi; les biographes ecclé- 
siastiques, et en particulier Oudin ; 
mais surtout l'ouvrage de Liruti sur 
les écrivains du Frioul [F'. Liruti). 
On a de Guill. Moller une Disserta- 
tion : De Paulo Diacono, Altdorf, 
1G86, in-4°. ; et Tiraboschi lui a 
consacré une excellente Notice, dans 
le tome m de la Storia délia lette- 
ratura Italiana. W — s. 

PAUL -EMILE {Lucius-^Mi- 
zius-PjuLVs),smnomméVAncieny 
général romain , appartenait à la ïa- 
miWe jEmilia^ l'une des plus illus- 
tres de la république , et qui donna 
son nom à l'une des tribus de l'an- 
cienne Rome, d'où sortirent un grand 
nombre de personnages distingués. 
Main-^milius Mamercinusfut deux 
fois dictateur (l'an 437 et 434 vivant 
J.-C.) ; et ce fut lui qui porta la loi 
A^inilia par laquelle la durée de la 
censure, fixée d'abord à cinq ans, 
fut réduite à dix-huit mois. Marcus- 
jEmiliiis Lcpidus , donna son nom 
à une autre loi /Emilia , destinée à 
modérer le luxe des festins. La voie 
jEmilia^ le portique du même nom, 
sont autant de monuments des ser- 
vices rendus par cette famille. Paul- 
Emile, sujet de cet article , fut fait 
cousul'avccM.Livius Saliuator, Tau 



iQo PAU 

'219 av. J.-G. (535 de Rome), etfiit 
charge, avec son collcpjue, de icrini- 
ner la guerre contre Dcmctrius, roi 
d'Illyrie. Ce prince avait fait , deDi- 
malc , sa place d'armes. Paul -Emile 
emporte cette ville après sept jours 
de siège , et va tout de suite attaquer 
Pharos, où De'me'trins avait établi sa 
résidence. Cette capitale est prise et 
démolie ; toutes les autres forteres- 
ses ouvrent leurs portes aux vain- 
queurs : Demëtrius se relire auprès 
de Philippe, roi 'le Macédoine. Les 
Romains laissent le royaume d'Illy- 
rie à Pince , en Ir.i imposant un tri- 
but ; et Paul-Emile , après cette cam- 
pagne de quelques mois , reçoit à 
Rome les honneurs du triomphe. 
Mais , cite ensuite devant le peuple, 
et accuse d'avoir détourne' une par- 
tie du butin , il n'obtint qu'avec 
peine son acquittemeut. La républi- 
que ne tarda pas à se trouver dans 
les circonstances les plus critiques : 
Annibal, après avoir pris Sagonte , 
pénétra en Italie; et trois défaites 
consécutives apprirent aux Romains 
à trembler pour leur existence. La 
sage lenteur de Fabius Maximus mit 
pour quelque temps un terme aux 
succès des Carthaginois ; et lorsque 
ce dictateur sortit de charge , vers 
la fin de l'an 217 , on jugea néces- 
saire d'appeler au consulat des géné- 
raux qui jouissent de la confiance du 
peuple et de l'armée. Varron , qui ne 
parlait que de livrer bataille, était 
l'idole de la jeunesse; mais on sen- 
tait la nécessité de lui donner un 
collègue qui sût modérer son ar- 
deur, et l'on jeta les yeux sur Paul- 
Emile, connu par sa circonspection. 
L!ne loi , portée après la mort de Fla- 
minius , venait heureusement d'or- 
donner que l'on dérogerait, pendant 
toute la guerre d'Italie , à la loi qui 
défendait de déférer deiix fois en dix 



PAU 

ans le consulat au même citoyen. 
Paul-Emile et Varron furent donc 
élus ( 3o avril -2 16); et au moment 
oîi le premier partit pour l'armée , 
Fabius crut devoir lui recommander 
de nouveau la plus grande prudence 
( F. Fat.ius, XIV, 16 ). Arrivé au 
camp , Paul-Emile eût bien voulu re- 
tenir le commandement de la moitié 
des troupes, pour ne pas compromet- 
tre le salut de l'armée entière, en la 
laissant dépendre d'une imprudence 
de son bouillant collègue: mais Var- 
ron n'était pas homme à rien céder 
des droits de sa charge ; et il crut 
qu'un consul ne pouvait , sans se 
déshonorer, céder à son égal, ce que 
le général de la cavalerie (Minucius ) 
n'avait pu refuser au dictateur ( Fa- 
bius ). Le commandement alterna 
donc chaque jour entre les deux con- 
suls , suivant l'usage. Jamais Rome 
n'avait mis sur pied une armée aussi 
nombreuse: ces préparatifs extraor- 
dinaires prouvaient bien que le sé- 
nat désirait que cette campagne mît 
fin à la guerre : tous ces soins furent 
inutiles ; et la témérité d'un seul 
homme ( F. Varron ) causa aux 
Romains la défaite la plus sanglante 
qu'ils eussent essuyée jusqu'alors. 
On peut lire , à l'article Annibal, 
(II, '21 5-2 17), les détails de la ba- 
taille de Cannes, livrée le 5 septem- 
bre 216. Paul-Emile, couvert de 
blessures, après y avoir fait des pro- 
diges de valeur, voyant son armée 
en pleine déroute , aima mieux pé- 
rir par le fer de l'ennemi , que de 
s'exposer encore une fois dans Rome 
à la haine de ses envieux. Un tribun 
légionnaire trouvant le consul assis 
sur une pierre , et couvert de sang, 
le pressa de monter sur son cheval , 
et de se sauver pendant qu'il lui res- 
tait encore quelque force. « Non , 
» dit Paul-Emile , mon parti est 



4 



Pau 

j) pris ; j'expirerai ici sur le corps 
» de mes compagnons d'armes. Aver- 
» tissez de ma part le sénat de for- 
» tifier Rome avant qiie le vainqueur 
j> s'y présente ; et dites à Fabius que 
») j'ai vécu , et que je mcms bien 
» pénètre de la sagesse de ses con- 
» seils. » En ce moment arriva une 
troupe de fuyards, puis un gros d'en- 
nemis qui les poursuivaient, et qui 
tuèrent le consul sans le connaître. 
Paul-Emile laissa un fds (Voy. l'ar- 
ticle suivant) , et une fdle {jEniilia) , 
qui fut mariée au grand Scipion sur- 
fiommé Y Africain. C. M. P. 

PAUL-ÉMlLE ( Lvcius - JEmi- 
i:,ius-PAULUS ) , surnommé le Ma- 
cédonique , l'un des plus grands ca- 
pitaines de l'ancienne Rome , était 
fils du précédent, et naquit l'an 5'26 
de Rome , l'xS av. J. C. Il se mon- 
tra, dés sa jeunesse, moins empres- 
sé d'obtenir que de mériter les em- 
plois auxquels il pouvait prétendre. 
Il n'ambitionna point les succès si 
flatteurs de la tribune, et l'on ne le 
vit jamais , comme les autres jeunes 
gens, rechercher la faveur populai- 
re ; mais il se distingua par son 
attachement pour ses devoirs , et 
acquit de bonne heure la réputation 
d'un homme juste et droit. S'étant 

Frésenlé pour la charge d'édile , il 
emporta sur douze concurrents , 
tous des premières familles. Peu 
après , il fut admis dans le collège 
des augures, et fit , dès-lors, une étu- 
de particulière des usages religieux, 
dont il se montra constamment le 
scrupuleux observateur.il ne s'appli- 
qua pas avec moins de zèle à faire re- 
Tivre les anciens règlements militai- 
res , et vint à bout de gagner l'arai- 
tie' des soldats, malgié la sévérité 
avec laquelle il les maintenait dans 
la disci[»line. Après avoir passé par 
différentes charges , il fut envoyé 



PAU ,9, 

( l'an de Rome 5G(j, av. J.-C. 188 ) 
avec le titre de proconsul , en Es- 
pagne. Surpris d'abord dans le pays 
des Vastetans par les Lusitaniens , 
il éprouva un échec considérable ; 
mais il remporta sur eux à son tour 
une victoire décisive ( P\ Tite-Live, 
xxAvii, 4? )• Toutes les villes qui 
avaient pris part à la révolte des 
Ibéricns, s'emprcssèient de se sou- 
mettre; et il revint à Rome, dit 
Piutarque, sans s'être enrichi d'une 
seule drachme. Cette réflexion de 
l'historien prouve que la vertu des 
généraux romains n'ét^iit déjà plus le 
désintéressement. Paul-Emile fut élu 
consul (l'an 572-182 ). Au sortir 
du consulat , il vint , à la tofe d'une 
armée de huit mille hommes, cam- 
per sur le territoire des Liguriens (les 
habitants de la rivière de Gènes), 
qui inquiétaient leurs voisins par 
des excursions continuelles. Aussitôt 
ils lui envoyèrent des députés sous 
prétexte de demander la paix, mais 
en effet pour reconnaître ses forces; 
et ayant obtenu une trêve de dix 
jours, ils en profilèrent pour ras- 
sembler toutes leurs troupes et fon- 
dre sur les Romains , qui , surpris 
dans leur camp^ soutinrent ce choc 
inattendu, sans toutefois pouvoir se 
dégager. Paul-Emile se hâte de faire 
connaître sa situation au sénat ; mais 
ne voyant point arriver les secours 
qu'il avait sollicités , il se décide à 
attaquer les Liguriens , et remporte 
sur eux une victoire complète. 11 se 
contente de raser leurs forteresses et 
de leur ôter les vaisseaux dont ils ne 
se servaient que pour la piraterie, 
et revient à Rome recevoir les hon- 
neurs du triomphe. Cette cérémonie 
fut embellie par la présence des am- 
bassadeurs liguriens , qui jurèrent 
solennellement de ne jamais prendre 
les arntes que par les ordres du peu- 



igi PAU 

pic romain. ( Fof, Tite-Live, xt, 
34)- Paul-Émile, ayant demande plu- 
sieurs t'ois le consulat sans pouvoir 
l'obtenir , abandonna la carrière des 
emplois publics , pour se livrer tout 
entier à l'éducation de ses enfants , 
qu'il fit élever avec uuc recherche 
que le bon Plutarque ne semble pas- 
approuver (i). Cependant les Ro- 
mains étaient engages depuis trois 
ans dans une guerre contre Perse'e , 
roi de Macédoine; et l'on commen- 
çait à sentir la nécessite' de lui op- 
poser un gênerai assez habile pour 
terminer nue lutte qui durait depuis 
trop long -temps. Tout - à - coup le 
bruit se répand que Persëe , enfle de 
ses succès, s'est allie aux peuples 
des bords du Danube , et qu'il mé- 
dite de porter lui-même laVuerre en 
Italie. Tous les yeux se tournent 
alors sur Paul-Emile: mais ce guer- 
rier, déjà sur le retour de l'âge ( il 
était dans sa soixantième année ) , 
et habitué au calme de la vie domes- 
tique , ne se souciait plus de quitter 
ses foyers ; et il fallut que ses amis 
et ses parents lui fissent en quelque 
sorte violence pour le déterminer à 
se rendre à l'assemblée. Les cris de 
joie et les battements de mains qui 
l'accueillirent de toutes parts , lui 
prouvèrent que Rome espérait qu'il 
ramènerait la victoire sous ses ai- 
gles. Il fut déclaré consul ( l'an 586, 
avant J.-G. i68); et quelques jours 
après il prit congé du peuple romain 
par un discours plein de sages con- 
seils. Trente jours lui suffirent pour 
battre et détruire la flotte de Gen- 



(i) «Il vaqua, dit Pliitarqïse, à bien instruire »ea 
» cuiauts , non-seulemeut en la discipline romaine , 
» comme lui avait été nourri , mais aussi tin peu trop 
yi c.udiemeinent eu la greccjup : car il ne tenait pas 
» seulement des Uiaitros de grammaire, de rhétori- 
» que et de dialectique, mais aussi des peintres, de» 
:-» imagiers , des piqueurs et dompteurs de chevaux j 
■jr< «t des vnîieurs grecs à l'entour de se* e»laut»« » 



I>AU 

tilis , roi d'Illyrie , allié de Pcrséc , 
l'assiéger dans sa capitale, et l'obli- 
ger de se rendre avec toute sa fa- 
mille , qui fut envoyée à Rome. Ar- 
rivé dans la Macédoine, Paul-Émile 
vint camper en face de Perséc, qui 
occupait, au pied du mont Olym- 
pe , nue position inexpugnable. Il 
s'occupa d'abord de ranimer la 
confiance des soldats , et de rame- 
ner l'ancienne discipline; il imposa 
silence à ceux qui prétendaient lui 
donner des conseils , disant que le 
soldat était fait pour obéir et le gé- 
néral pour commander. Désespérant 
de pouvoir jamais forcer le roi de 
Macédoine dans son camp , il déta- 
che Scipion Nasica, et Fabius Maxi- 
mus , son propre fils , à la tête de 
cinq mille hommes, comme pour ra- 
vagerla côte; mais , dès qu'ils sont 
hors delà vue des Macédoniens , ils 
retournent sur leurs pas , pénètrent 
dans la Perrhébie, s'emparent de Py- 
thium , et se rendent maîtres des dé- 
filés , tandis que le consul détourne 
l'attenlion de l'ennemi par de feintes 
attaques- Persée, se voyant tourné, 
abandonne sa position , et effectue sa 
retraite en bon ordre sur Pydna , où 
il est suivi aussitôt par Paul-Emile. 
Le consul , malgré l'ardeur des sol- 
dats , ne voulut pas engager le com- 
bat avec des troupes épuisées de fa- 
tigues , et moins nombreuses que cel- 
les de Persée. Il établit son camp 
sous les yeux de l'ennemi , qui n'osa 
pas l'inquiéter. Ce fut dans cette oc- 
casion qu'il répondit à Scipion , son 
fils , qui le pressait de donner l'ordre 
du combat : « A votre âge je parlais 
» comme vous ; à mon âge vous agi- 
» rez comme moi. » La nuitsuivante 
il arriva une éclipse de lune, que les 
Romains regardèrent comme un pré- 
sage assuré de la chute de l'empire 
de Macédoine; et Paul-Emile les aXr 



4 



PAU 

fcrmit dans celte idée, en ordonuant 
des sacrifices à la Lune et à Hercule. 
Dès le malin il fit ranger ses troupes 
cnbataille;mais il ne donna point en- 
core le signal du combat , quoique, de 
part et d'autre, Timpatience fût égale 
d'en venir aux raains. Ce fut seule- 
ment vers le soir, que l'action com- 
mença par qiielfjues dc'tacliements 
de fourrageurs ; les légions s'avan- 
cèrent pour soutenir ou protéger la 
retraite de leurs troupes légères , et 
la mclce devint bientôt générale. Les 
Romains , arrêtes par la phalange 
macédonienne, qui présentait de tous 
côtés un front inébranlable , étant 
parvenus à l'entamer, en extermi- 
nèrent jusqu'au dernier soldat ; ce 
ne fut plus dès-lors qu'un horrible 
massacre , et la nuit seule protégea 
la retraite des fuyards (i). Persée 
s'dtait enfui dès le commencement du 
combat; mais, ne se croyant pas en 
sûreté à Pella , il poussa sa marche 
jusqu'à Amphipolis , et passa dans 
l'île de Samothrace, où il chercha 
Un asile dans le temple de Castor. 
Cependant les villes de la Macédoine 
ouvrirent leurs portes à Paul-Émilej 
et la générosité dont il usa envers 
ceux qui recouraient à sa clémence, 
acheva de lui soumettre tout le pays. 
Persée lui écrivit pour demander la 



(i\ Dans cette action de Pydna, qui rc'duisit en 

J>ruviae« romaine Cd royaume de Matc'doine qu'A- 
esandrc avait cleve h uu si haut degré de gluire, 
lec->nsul runiHin avait environ 3o,ooo hommes, dont 
i3,ooo légionnaires. L'armée de Persée était do 
43,000 hommes, Telite de la nation. Citait lu plus 
Bomhreuse et la plus lormidabJe que la Macedoiua 
ei'it mise sur pied depuis reX]>editiou de Perse. Le» 
Macédoniens eurent d'al)ord l'avant iige : la phalange , 
cnfourunt ses piijui-s dan» les boucliers des legioiiiiai- 
ros, les empi diail de se servir de leuis epees, tandis 



PAD 



'9Ï 



qu< 



des tru 



upes arme es à, la hégire l.ur donnaient la 
mort. Lu instant Paul-Emile crut tout perdu, el , 
dans l'excès de sa douleur, il déchira, dit-on, ses 
vètemeutt: mais il s'a]>erçut que la phaLugc, en s'a- 
▼atiraut, a\a'it été forcée de se partager en plusieurs 
CorjM. Aussitôt le consul, divisant ses .sulduts eu pe- 
tites ti'uup< s , leur ordonna d'aller se jeter dans ces 
Intervalles; et cette ut^iouuvre eut le plu» grand 
■wei». 



XWIII. 



paix. Le consul , en voyant les dépu- 
tés de ce prince , naguère si puissant 
et alor.s si malheureux , ne put re- 
tenir ses larmes : mais l'attendrisse- 
ment fit place à l'indignation, quand 
il vit que Persée gardait le titre de 
roi ; il renvoya les ambassadeurs sans 
réponse. De nouvelles négociations 
qu'entama Persée, furent également 
inutiles , parce qu'il prétendait t&ti- 
jours traiter comme souverain de la 
Macédoine ; trahi enfin par ses pro- 
pres serviteurs, il fut conduit à Paul- 
Emile qui le reçut avec tous les égards 
dus au rang qu'il avait occupé : mais 
Persée s'étant jeté à ses genoux, il 
lui ordonna de se relever; et, aprè» 
lui avoir reproché sa conduite en- 
vers le peuple romain, il le confia 
à la garde deTubéron, son gendre, 
ne voulant pas supporter davantage 
la vue d'un prince qui se respc ctait 
si peu dans le malheur. Paul-Émile 
remit le commandement de l'armée 
à Sulpitius Gallus; et en attendant 
que le sénat lui eût fait connaître ses 
intentions, il visita les villes les plus 
célèbresdelaGrèce(i), donnant par- 
tout des marques de sa grandeur d'a- 
me, de sa générosité et de son amour 
pour les arts ( Foj\ Metrodore 
XXVIII, 473). Il régla ensuite, do- 
concert avec les commissaires du sé- 
nat, le sort 4e la Macédoine, qui 
fut déclarée libre de se régir d'après 
ses anciennes lois , moyennant un 
tribut dix fois moindre que celui 
que Persée en exigeait pour la ty- 

fi) Suivant Plutarqne ; « Paul-I^mile, passant in-è* 
» de Ja viJlc de Delphes, y vit un grand pilier cair» 
n de pieires blanches, que l'on avait bâti, pour y 
» mettre dessus l'image du roi Persec, d'or ma.s.'Hi'j 
» il commanda qu'on y mit la sienne, disant, qu'il 
» étail raisonnable que les vaiucus cédassent it i uil- 
» tas-sfiitlu place aux vainqueurs. » Rien n'est m'i.ins 
vraiseiiibbible d'après ce qu'on sait de la coudiiiti-ila 
Pi.ui-Emile à l'égard de Persée, et de la ni..<hMlin 
de ce grjiud homme, qoi était bien loin de s'i ii> p. 
Hucillir de S.1 victoire, comme Phit*r»;ue lui- 
no!i.^ !*:•, prisid ( cS. ■XI.V ). 



194 PAU 

ranniser.ll (it aussi célébrer à Ara- 
pliipolis , en jnemoire de ce grand 
événement , des jeux et des fctes aux- 
quelvS assistèrent les rois de l'Asie , 
et les députes des villes de la Grèce. 
Gomme on le louait de l'ordre qu'il 
avait su e'tablir dans ces grandes 
réunions , composées de peuples si 
divers, Paul-Emile répondit, <( que 
les apprêts d'un festin et l'ordonnan- 
ce d'une fête ne sont pas étrangers 
au coup-d'œil qui décide le gain des 
batailles {V, Tite-Live , xlv, 82.)» 
Le sénat, pendant ce temps , avait 
rendu contre l'Épire un décret plus 
que rigoureux , pour punir ce pays 
d'avoir favorisé Persée. On assure 
que Paul-Emile ne le lut qu'en ver- 
sant des larmes ; mais il l'exécuta 
néanmoins avec la dernière rigueur. 
Cet acte cruel accordait à l'armée 
romaine le pillage de toutes les villes. 
Le consul , sous prétexte de leur ren- 
dre la liberté , y envoya des centu- 
rions chargés, en apparence, d'en 
retirer les garnisons romaines; mais 
après avoir ordonné que tout l'or 
et tout l'argent fussent ajjportés 
dans les camps pour le trésor pu- 
blic, il permit aux soldats de ravir 
le reste des propriétés des malheu- 
reux habitants , dont 1 5o,ooo furent 
faits esclaves , et vendus au profit de 
la république : action odieuse, qui 
doit souiller à jamais la gloire de 
Paul-Emile, et prouver que l'atroce 
politique du sénat romain ne permet- 
tait pas même aux plus recomman- 
dables de ses généraux de ne se pas 
déshonorer au sein de la victoire. 
Paul-Émile revint ensuite en Italie, 
emmenant avec lui Persée et toute sa 
famille. Il remonta le Tibre sur la 
galère de ce roi, ornée des boucliers 
<l'airain enlevés à la phalange macé- 
donienne; et, à son arrivée à Rome , 
il déposa dans la caisse de l'état les 



PAU 

trésors du roi de Macédoine ( i ) , et 
demanda le triomphe. Les soldats, 
frustrés de la part qu'ils espéraient 
de cette riche proie, voulurent s'op- 
poser à ce qu'on décernât cet hon- 
neur à leur général ; mais Marcus 
Servilius , personnage consulaire, im- 
posa silence aux mécontents; et tout 
le peuple se réunit à lui pour accor- 
der au vieux général un honneur 
qu'il avait si bien mérité. Gcs fêtes 
dont Plutarque nous a conservé la 
description, durèrent trois jours; 
Rome n'en avait point encore vu 
d'aussi magnifiques : Persée avec sa 
famille en fit le principal ornement 
( y. Persee ). Mais la joie que de- 
vait goûter Paul-Émile, entouré des 
témoignages de la reconnaissance de 
ses concitoyens, fut troublée par le 
chagrin que lui causa la perte de ses 
deux jeunes fils, qui moururent , l'aî- 
né, cinq jours avant, et le cadet trois 
jours après le triomphe de leur père. 
Ge double événement causa la plus 
grande affliction aux Romains; mais le 
généreux Paul-Emile , ayant convo- 
qué une assemblée du peuple, le re- 
mercia de la part qu'il prenait à sa 
douleur, et chercha un sujet de con- 
solation , en rappelant que , dans le 
cours de sa vie, la fortune lui avait 
presque toujours été favorable ; puis 
adoptant cette opinion des anciens, 
« qu'au sein de la prospérité, l'on doit 
toujours s'attendre à quelque grande 
infortune, » il parut se féliciter de ce 
que ce malheur no frappait que lui 
et non la republique. « Maintenant, 
» dit- il, l'homme qui a triomphe' 
» et celui qui a porté des fers , sont 
» également malheureux ; mais les 



(1) On évalue les sommes que Panl-Émile vers» 
au trésor à près de quarautc-cniq njillioii.s. Le peu- 
ple romain se trouva parla dispensé de contribuer 
aux charges publiques pendant 1 25 ans, c'est-à-dire, 
jusqu'au commencemeut de la première guerred'Au- 
gustc et d'Antoine. 



% 



PAU 

» enfants de Pcrscc vivent, ceux de 
» Paiil-Éiniie ue sont plus. » Panl- 
Érnilc fut c'iu ecnscur ( l'an SgS- 
1 Go ) ; et pendant qu'il exerçait cette 
magistrature, il raya les noms de 
trois sénateurs auxquels il ne trouva 
pas des titres suffisants pour siéger 
parmi les premiers de l'ctat. Étant 
tombe malade quelque temps après , 
il se rendit, })ar le conseil des mc'- 
decins, à Velia ou Élee , dont on 
vantait l'air pur. Il recouvra en effet 
la santé , et revint à Rome faire les 
sacrifices annuels. Le lendemain il fit 
un sacrifice spe'cial pour remercier 
les dieux de son rétablissement, et, 
se sentant fatigue', il se coucha pour 
prendre un peu de repos : mais il 
tomba dans un sommeil léthargique, 
et mourut trois jours après ( l'an 
5ç)\, 160 avant J.-C. ), a l'âge de 
68 ans, pleure' des Romains et des 
e'trangcrs , qui assistèrent en foule à 
ses obsèques. Paul- Emile avait été 
marié deux fois : il répudia , sans 
qu'on eu sache les motifs , sa pre- 
mière femme , qui était de la famille 
Papiria , et dont il avait deux fils 
qui furent adoptes , l'un par la fa- 
mille Fabia ( Forez Fabius-Maxi- 
mus-Mmilianus , XIV , 17), et 
l'autre par la famille Gornélia ( Foj. 
SciPioN Emiliën). Il eut de sa se- 
conde femme deux filles, mariées 
l'une au fils de Caton-le-Censeur , 
et l'autre à Q. Tubéron ; et deux fils , 
qui moururent très-jeunes, comme 
on l'a dit. Plutarque a écrit la Fie 
de Paul-Éraile , qu'il a comparé avec 
Timoléon. W — s. 

PAUL LUCAS, r. Lucas. 

PAUL VÉRONÈSE. F. Caliari. 

PAULE (la Belle). F. Viguier. 

PAULE ( Saint François de ). 
F. François. 

PAULET (Le Chevalier) , d'o- 
rigine irluiduso, n la répulalio:). 



PAU 



195 



aux yeux des Anglais eux-mêmes , d'a- 
voir fait en Europe le premier essai 
de la méthode de renseignement mu- 
tueK Avant lui, dès 1747? "" Fran- 
çais, nommé Herbault, avait for- 
mé, dans l'hospice de la Pitié, près 
du jardin des Plantes, une école de 
trois cents enfants , soumis à ce 
mode d'instruction et de discipline, 
si rapide , et si économique. Celte 
tentative d'un particulier isolé fut 
accueillie par de nombreux éloges; 
mais le résultat en fut éphémère, et 
cet exemple fut perdu parce que 
l'approbation avait été stérile. Le 
chevalier Paulet, fixé en France , et 
ne s'attendant qu'à une protection 
mesquine, ne songea point à réfor- 
mer et à étendre l'éducation popu- 
laire. Il conçut, en 1772 , le plan 
d'un établissement spécial , où [es 
fils des militaires morts ou blessés 
au service de l'état, devaient être ad- 
mis sans distinction , et être préparés 
pour la profession de leur choix. Il 
eût été digne du gouvernement de 
s'emparer de cette idée, et d'ouvrir 
aux classes plébéiennes un second 
établissement comparable à l'hôtel 
i\cs Invalides. Le plan de Paulet 
n'obtint pas cette faveur; il ne fut 
redevable qu'à lui-même des pre- 
miers succès de son institut mili- 
taire. Louis XVI prit enfin cette 
école sous sa protection , et accorda 
36,ooo francs au fondateur, pour 
augmenter les moyens de ])rospé- 
rité de l'établissement. Des familles 
distinguées briguèrent l'avantage d'y 
faire élever leurs enfants. Les objets 
d'études étaient aussi variés que les 
inclinations et la destination particu- 
lière des difTi'rents élèves. On habi- 
tuait ceux-ci à professer en sous- 
ordre , et à mériter de devenir maî- 
tres à leur tour pour les langues , \es 
nialhcmati((ues et les arts d'agré- 



196 PAU 

ment, La police et presque toute f ad- 
minislration leur étaient confiées. 
Un jury prononçait sur les infrac- 
tions : les peines elaient purement 
morales; elles consistaient dans un 
cliangcrnent d'habit , et dans une 
oisiveté force'c, distinc;uee en petitô 
et en grande oisivèié. Nous né pou- 
vons toutefois passer sous silence le 
reproche que font à la mémoire du 
chevalier Paulet plusieurs de ses élè- 
ves; s'il faut les eu croire, il s'em- 
portait jusqu'à les prendre par les 
cheveux et à les fra|)per avec un 
trousseau de clefs. Quoique l'on fût 
fonde à lui reprocher encore d'avoir 
donnéàsonelablisscracnt des formes 
trop militaires , et que l'instruction 
y fût trop chargée pour être forte, 
il conserva la confiance générale, et 
il forma des sujets recommandablcs, 
soit pour les diverses branches de 
services publics , soit pour les pro- 
fessions libérales , et même pour les 
arts et métiers. La révolution le con- 
traignit d'abandonner son ouvrage. 
Nous en avons parle d'après la No- 
tice ëraane'e du plus illustre de ses 
élèves , le maréchal duc deTarcnte, 
et publiée dans le Journal iVéduca' 
tion, juiilet 1816, p. '229. — Jean 
Paulet, fils d'un ouvrier en étoffes 
de soie de Nîmes , après aVoir tra- 
vaillé lui-même sur le métier, étu- 
dia la théorie de son art, et en pu- 
lîlia, de 1778 à 1776, in-fol., une 
Description complète, dédiée à l'ad- 
ministration municipale de la ville 
où il avait reçu le jour , et qui 
obtint l'approbation de l'académie 
des sciences. Cet ouvrage fait partie 
de la Collection des arts et métiers , 
in-fol. F — T. 

PAULlAN ( Aimé-Henri ) , petit- 
fils d'un ministre protestant, con- 
verti sous Louis XIV , naquit à Nî- 
mes le 23 juillet 1722, et étudia chez 



PAU 

les Jésuites. Il entra dans îeur so- 
ciété, et se livra principalement à 
l'étude delà physique. Ses premiers 
écrits en ce genre eurent assez dm 
succès parce qu'ils étaient élémen- 
taires, et que l'auteur profitait des 
nouvelles découvertes qui se fai- 
saient successivement. Son Diction- 
naire de phjsifjue, Avignon, 1761 , 
3 vol. in - 40. , souvent réimprimé , 
fut suivi du Traité de paix entre 
Descartes et Newton , de Conjec- 
tures sur V électricité y et de quel- 
ques autres ouvrages peu lus au- 
jourd'hui , Tes progrès de la scien- 
ce ayant fait négliger les travaux 
des physiciens du siècle précé- 
dent. Le père Paulian a encore pu- 
blié un Système général de philoso- 
phie ^ Avignon, 1769, 4 vol. in- 12; 
le Dictionnaire philosophico- théo- 
logique , 1 774 , in -8^. ; et le Fé- 
ritable Système de la nature , Avi- 
gnon, 1771, 2 vol. in- 12. Le Dic- 
tionnaire est un des livres qui fu- 
rent crîîiqués dans les Lettres d'un 
théolos,ien , par Pelvert, 1776, 2 
vol. in- 12 : mais cette critique ne pa- 
raît pas dictée par un esprit de jus- 
tice et de modération, et Paulian 
donna une Défense de son Diction 
naire. En 1790, il avait commei 
à publier par cahiers hcbdomada' 
in - 8°. , un recueil intitulé, la P ^ 
sique à la portée de tout le monde : 
les circonstances empêchèrent que 
cette entreprise ne se soutînt. L'au- 
teur avait un frère avec lequel il prit 
part à quelques éditions données à 
Nîmes , chez Baume , et entre au- 
tres à la réimpression des Mémoires 
chronologiques et dogmatiques , du 
père d'Avrigny. Dans ses dernières 
années, Paulian faisait sa principale 
affaire des fonctions de son état ; il 
confessaitbeaucoup,etson zèle parut 
s'accroître encore pendant le te 



ton- 



le teixu^m 

J 



PAU 

de la persécution. Il supporta ses 
traverses avec courage, et prêcha 
]a soumission dès que le retour de 
l'ordre commença. Cet homme labo- 
rieux et estimable mourut octogé- 
naire, vers i8o'2 , dans le village de 
Manduel, près Nîmes, où il s'c'lait 
retire'. Z. 

PAULIN {Pontws-Meropws- 
Paulisus, connu aujourd'hui sous 
le nom de Saint ) , evêque de Noie 
( i), ne en 353 , à Bordeaux , était 
fils du préfet du prétoire dans les 
Gaules, et comptait parmi ses aïeux 
une longue suite de sénateurs. Il fut 
initié par Ausone, dans les secrets de 
l'éloquence et de la poésie, et sur- 
passa les espérances que ses heureu- 
ses dispositions avaient fait conce- 
voir à l'habile instituteur. Il alla 
ensuite en Italie perfectionner ses 
talents sous les yeux dos maîtres de 
l'art , et parut avec éclat au barreau 
de Rome. Aux dons brillants de l'es- 
prit , Paulin joiguait une prudence 
supérieure à son âge , et les qualités 
les plus aimables, Ausone le recom- 
manda comme un sujet du plus rare 
mérite , à l'empereur Graticu j et ce 
prince éleva Paulin, en 3^8 , à la di- 
gnité de consul. En sortant du con- 
sulat , il obtint le gouvernement de 
la Campanie , et il remplit ensuite 
divers emplois dans l'Italie , l'Es- 
p.igue et les Gaules. Possesseur d'u- 
ne fortune immense, il avait épousé 
une dame espagnole nommée Théra- 
sie, dont la dot avait encore accru 
ses richesses; et il consacrait tous 
ses revenus à soulager les malheu- 
reux ou à encourager les talents. 
Quelques entretiens avec saint Am- 
broisc et d'autres personnages d'une 



( I ) Lfi P. Papcbrock (If<ilin;<ue trois PanliD, Pvrtjues 
«le Noie, Voy. sa di».<M'rtatiou iulitiilee : Appeiulix 
rlitr.hus PauLni.1, clans !«• Acla sane(oritm, aa »a 



PAU 



igq 



piélé éminentc, le détachèrent peu à- 
peu des grandeurs. Son épGi.sc l'affer- 
mit 'encore dans la résolution de re- 
noncerai! monde; et, s'étant démis de 
ses emplois, il se retira avec elle , 
dans un de leurs dojuaincs, près de 
Barcelone. Il y passa quatre ans, 
partageant son temps entre la lec- 
ture , la prière et la méditation. 
Ce fut alors qu'il composa le Pa- 
négyrique de l'empereur Théodose , 
dont il adressa une copie à saint 
Jérôme , qui eu parie comme d'une 
pièce achevée ( Lett. 49 )• Plus heu- 
reux dans cette solitude qu'il ne 
l'avait été au faîte des honneurs , il 
vit combler tous ses vœux par la 
naissance d'un (ils; mais cet enfant 
étant mort au bout de quelques jours , 
il n'hésita plus d'exécuter le projet 
qu'il avait formé de se consacrer 
à Dieu d'une manière pkis spéciale. 
En vain ses parents, ses amis et Au- 
sone lui-même , tentèrent de s'op- 
poser à une résolution qu'ils attri- 
buaient à un accès de mélancolie : 
il prit des habits plus conformes à 
l'état qu'il voulait embrasser, et ven. 
dit tous ses biens , dont il distribua 
le prix aux pauvres. S'étant rendu , 
suivant l'antique usage , à la cathé- 
drale de Barcelone , pour y célé- 
brer, avec les fidèles , la fête de Noël 
( 393 ), il fut conduit devant l'évê- 
que , qui , désirant l'attacher à son 
église , voulut l'ordonner prêtre ; 
mais il ne consentit à recevoir les 
ordres sacrés qu'à condition qu'on 
le laisserait maître de se retirer oïl 
il voudrait. Peu detemps après, The'- 
rasic prit le voile des religieuses j 
et Paulin s'embarqua pour l'Italie. 
En passant à Milan , il visita saint 
Amhroise , qui lui donna des té- 
moignages de la plus vive affec- 
tion : il ne reçut pas le même accueil 
du p.lpe Sirice , que l'on était \^r. 



,98 



PAU 



venu à indisposer contre lui ; et il se 
hâta de quitter Romepour se rendre 
à Noie, où il s'établit près de l'cglisc 
de Saint-Félix , auquel il avait une 
dévotion particulière ( i ). Sa réputa- 
tion y attira bientôt quelques per- 
sonnes pieuses; et, à leur prière, il 
rédigea un règlement de vie, qu'il fut 
charge de faire observer. Il habitait 
depuis quinze ans cette sainte soli- 
tude, lorsqu'il eu fut tiré , vers la 
fia de l'an 409 , pour occuper le 
siège épiscopal de Noie. A peine 
en avail-il pris possession, qu'il en 
fut arraché par les Goths ; mais les 
barbares , touchés de sa douceur et 
de sa piété , lui permirent bientôt 
de rejoindre le trc;upeau que la Pro- 
vidence lui avait confié. H continua 
d'instruire le peuple par ses discours, 
de l'édifier par ses exemples; et après 
avoir supporté avec une patience ad- 
mirable les infirmités dont furent 
accablés ses derniers jours, il reçut 
enfin la récompense de ses travaux 
l'an 43 1 , le l'i juin , jour o{i sa mé- 
moire est honorée d'un culte particn- 
lier. Son corps , déposé dans l'égli- 
se qu'il avait élevée en l'honneur 
de saint Félix , fut transféré plus 
tard à Rome, oii il est exposé à la 
vénération des fidèles dans l'église de 
Saint - Barthélemi. Paulin était en 
commerce de lettres avec les plus il- 
lustres personnages de son temps; 
saint Jérôme ; saint Augustin , qui 
lui a adressé son livre. De curd 
pro mortuis gerendd; Su ipicc- Sé- 
vère , Rufin, diacre d'Aquilée, etc. 
Il avait composé un grand nombre 
d'ouvrages ascétiques , des hymnes, 
etc. Mais il ne nous reste de lui que 
cinquante Lettres, un Discours sur 
Vuumône , V Histoire du martyre 

(1) Il mmposail cL;if[iU! auncc unC j)iècc de v< rs 
pn Vliounear de saiut FeJix , et nous en ûvons con- 
sci-veY)lusieurs. 



PAU 

de St. Gt «6^5, d'Arles (/^.GenÈs); et 
des Poésies sur des objets pieux. On 
se tromperait fort si l'on jugeait 
du mérite de ses ouvrages par les 
éloges qu'il a reçus de ses contem- 
porains ; son style est jaremenl élé- 
gant , ce qui ne surprendra pas si 
l'on réfléchit qu'il vivait à une épo- 
que gI\ déjà la barbarie dominait à 
Rome. Les Ouvrages de l'évêquc de 
Noie ont été publiés pour la preraiè- 
refois par JosseBadiuSjP.nis, i5i6, 
in-8^. , d'après un manuscrit défec- 
tueux. Parmi les éditions qui ont 
suivi, on se contentera de citer celle 
du P. Roswcyde, Anvers, 1622, 
in-8°. , avec la Fie de saint Paulin 
par le P. Sacchini. La meilleure 
édition est celle que Le Brun Desma- 
rettes a publiée à Paris , i685, 'i 
tom. en i vol. in- 4*^. Ue premier 
tome contient toutes les productions 
de saint Paulin; le second , les No- 
tes de l'éditeur, la Vie de saint Pau- 
lin, tirée de ses ouvrages, sept dis- 
sertations (i), et enfin les différen- 
tes leçons des manuscrits les plus 
estimés. LeBrun s'est beaucoup ser- 
vi , dans ce travail, des éclaircisse- 
ments recueillis par 4e P. ChifTIet , 
sous le titre de , Paulinus illustra- 



(i) Dans les deux premières, Pc'diteur s'applique 
à justifier l'ordre d'a])rts le<]ucl il a distribue' les 
ouvrages de saiut Paulin. Les trois sfcivantcscontien 
nent les vies de Sulpice Scvère, d'Alette, de saint 
Victrice et d'Aper, auxquels saint Paulin a adresse- 
la plupart des littres qui nous restent de lui. La 
sixième est relative aux écrits de saiut Paulin qui 
sont perdus , à ceux qu'on lui Bttrii)ue , dont l'a 
thenticité n'est pus démontrée , et enfin à ceux oui 
sont évidemment supposés. t>i.us la septième, l'éai- 
teur examine enfin l'époque et la durée de la capti- 
vité' de cet illustie prélat. Saiut Grégoire-le-Grand 
est le seul auteur ancien qui faàse mention de l'bé- 
jojque dévoinueut del'ev» que deiVole,raclHtaijt, au 
prix de sa projire liberté , lelils d'une pauvre veuve , 
réduit en esclavage. Ch. Perraidt, qui a fait, de ci; 
triomphe de la charité chrétienne , le sujet de son 
poème de S.ntil PhuIIh, s'eUin-ce, thms «ee préface 
pleine d'érudition, d'établir la date de ce fait pour 
le concilier avec les auties époqms connues de ia 
vie du saint qui fait le sujet de cet article; mais il 
est phis vraisenjiJahle qu'il appartiei.t à un nut;ç 
saiut du même nom. 



R^ 



PAU 

tus ( r. Chifflet, VIIÏ, 383 ). 
Miiratoii a donne une eclilion des 
OF)iivrcs de saint Paulin , revue d'a- 
près les manuscrits de la bibliothè- 
que ainbrosicnnc , et enrichie de 
^'ingt - deux Dissertations sur les 
principaux traits de la vie du saint 
evêque , Vérone , 1 736 , in - fol. j 
mais cette e'dition , quoique plus 
complète que celle de Le Brun , est 
moins recherchée. Les Lettres de 
saint Paulin ont ëte traduites en fran- 
çais, Paris, 1703-1724, in- 8"^. Ou 
attribue généralement cette traduc- 
tion au P. Frassen ( F, ce nomj ; 
mais l'abbe Goujct prétend que le 
ve'ritable traducteur est Claude de 
Santeul, frère du poète ( F. le JDict. 
de IMore'ri , éd. , de i 75q , au mot 
Pelhestre ). La vie de saint Paulin , 
par le P. Sacchini, a cte inse'rëe dans 
les Acta sanctorum , avec les re- 
marques de Papebrock. Un anonyme 
a publie une Fieàc ce saint, tirée en 
partie du latin, Paris, 1686, iu-H'^.j 
et D. Gervaise,une autre, ibid. , 
1743 , in-4'^. On peut consulter en 
outre, pour plus de détails , V His- 
toire littéraire de la France, par Ri- 
vet, t. II, et les Additions des tom. x 
et XI ; V Histoire des auteurs ecclé- 
siastiques par D. Ceillier , x , 543- 
(y28; et enfin le tom. 11 delà Storia 
eccles. di Nola, par le P. Rcmondi- 
ni, qui renferme, outre la vie de 
saint Paulin d'après les monuments 
les plus authentiques , la Traduction 
italienne de ses ouvrages. W— s. 

PAULIN ( Saint ) , compatriote, 
disciple et successeur de Saint Maxi- 
min, dans le siège de Trêves, en 
34o» fut le premier confesseur qui 
souffrit en Occident pour la divinité 
de J.-C. Ni la chute du Icgat de Li- 
bère , ni les menaces et les caresses 
de Constance , ne purent l'empêclier 
de soutenir inebranlablcmcnt au con- 



PAU 

ctle d'Arles , en 353, ks décrets de 
Nice'e et l'innocence de saint Atha- 
nasc, quoique l'empereur se décla- 
rât en personne l'aecusafeur de ce 
grand saint. 11 fut déposé , exilé au 
milieu des barbares , sans qu'on lui 
permît d'y avoir une demeure fixe. 
Il mourut en Phrygiel'an 359, 'iprès 
avoir soutenu, pendant 5 ans, toutes 
les rigueurs de sa proscription , avec 
la plus grande fermeté. Ses écrits 
contre Arius ne sont pas venus jus- 
qu'à nous. L'Église célèbre sa fête le 
3i août. T — D. 

PAULIN ( Saint ) , patriarche 
d'Aquilée, né dans le Frioul , vers 
l'an 730 , enseignait les lettres, lors- 
que Charleraagne lui adressa, vers 
l'an 776 , un rescrit , dans lequel il 
l'appelait très-vénérahle maître de 
grammaire. Le prince lui donna une 
terre en Lorabardie j et , à celte épo- 
que , Paulin fut élevé sur le siège 
patriarcal d'Aquilée. Charlemagne, 
qui avait confiance dans la piété, 
le zèle et la science de Paulin, vou- 
lut qu'il assistât aux conciles que ce 
prince fit tenir pendant son règne. 
Paulin se trouva en particulier à 
ceux d'Aix-la-Chapelle, en 789, de 
Ratisbonne , en 79*2, et de Franc- 
fort , en 794. Le saint prélat en as- 
sembla deux lui-même , l'un dans le 
Frioul, en 791 bu 796, et l'autre en 
802, à Attino, sur les bords de la mer 
Adriatique. Dans le premier de ces 
conciles, furent condamnées les er- 
reurs que Félix, éveque d'Urgel, et 
Elipand, éveque de Tolède, cher- 
chaient a répandre sur l'incarna- 
tion de Jésus-Chiist. Le saint éve- 
que et Alcuiu furent spécialement 
chargés , par Charlemagne , de ré- 
futer les erreurs de ces deux hé- 
résiarques. Le zèle que saint Pau- 
lin avait pour la foi , le porta à aller 
prêcher lui-même l'Évangile dans la 



aoo PAU 

Cariiitliie et la Styiie , où îl y aTait 
encore un grand nombre d'idolâtres. 
Ses prédications curent des effets 
salutaires. Apres une vie pleine de 
mérites , il mourut l'an 804. Fojez 
sa Fie clans rcdition de ses OEiivres 
que Madrisio a publiées à Venise, in- 
îol., 1 -^37 , et surtout celle qu'a don- 
née , en 1 -^S'i , l'abbe J. - P. délia 
Stiia , suivie de l'Histoire du culte 
de ce saint patriarclie. L'église célè- 
bre sa fête le 28 janvier. G — y. 

PAULIN DE SAINT-BARTHÉ- 
LEMI ( Jean-Piiiltppe Werdin ( i ) , 
plus connu sous le nom de) , carrae 
déchausse, et missionnaire aux In- 
des, naquit à Hof sur la Leitha, 
près de Mannersdorf dans la Basse- 
Autriche, le '25 avril 1748. Ses pa- 
rents, simples cultivateurs, lui ayant 
permis de se livrer à son goût ponr 
l'étude, il prit, à vingt ans, l habit du 
Mont-Carmcl , prononça ses vœux 
en 1769, étudia la phdosophie et 
la théologie à Prague , entra au sé- 
minaire des missions de son ordre à 
Rome, et apprit les langues orienta- 
les au colîe'ge de Saint-Paîicrace. Il 
s'embarqua, en 1774 , pour la côte 
de Malabar. Le P. Paulin passa qua- 
torze ans dans les missions de l'Inde, 
où il fut honoré du litre de vicaire- 
général , et ensuite de celui de vi- 
siteur apostolique. Au bout de ce 
temps, la congrégation de la Pro- 
pagande le rappela en Europe , tant 
pour lui demander un tableau exact 
des missions de l'Indoustan , que 
pour lui confier la correction des 
catéchismes et d'autres livres élé- 
mentaires qu'elle faisait imprimer à 
l'usage des missionnaires qui se ren- 
claient dans cette contrée. Il revint 



h{i) Mcuseip'aiipelle J-Vesdln , bu tome X du Ce- 
Ulrte TeulscIdunJ (Lemgo , i8o3 ); mais il corrige 
«etie faute au ton»« ui du Su^)f.l»^mejjt (»>>., i8i i > , 
V- 4' ' 



PAU 

à Rome en 1790 , et passa en 1798 
à Vienne , lorsque les Français eu- 
rent envahi l'Italie. Il fut quelque 
temps bibliothécaire à Padoue , et 
secrétaire de la congrégation de la 
Propagande , pendant la dispersion 
de cette compagnie. Il retourna enfin 
à Rome en 1800 : Pie VII le nomma 
cojisultatore de la congrégation de 
rijidcx , et inspecteur des éludes au 
collège Urbain de la Propagande. Le 
P. Paulin mourut dans celte capi- 
tale , au couvent de Santa -Maria 
délia Scala, le 7 janv. 1806, après 
six jours de maladie. On assure qu'il 
était bon et simple dans le commer- 
ce de la vie, et peu empressé de se 
prévaloir des riches connaissances 
qu'il avait acquises. Mais on doit 
avouer qu'il y a peu de traces de cet 
aimable caractère dans ses nom- 
breux ouvrages , où l'on ne trouve 
que trop souvent des jugements ri- 
goureux , une critique ])oinlilleuse , 
des expressions pleines d'amertume, 
et surtout une grande propension à 
la polémique. Les litres seuls des 
livres qu'il a publiés , forment un 
catalogue étendu. On connaît de lui: 
1. Sidharuham y seu Grammatica 
samscrdamica , cufn dissertatione 
hisîorico-criticd in linguam Sam- 
scrdamicam ,B.ome, 1790, in-4^- 
Dans cet ouvrage , comme dans tous 
les autres où le P, Paulin s'est occu- 
pé de donner les principes de la 
langue Samskrite, ou dans lesquels 
il en a cité des mots et des passages, 
il a employé le caractère laraoul au 
lieu du devanagari. Cette transcrip- 
tion , à laquelle il avait été conduit 
par son séjour sur la cote du Mala- 
bar , ne nuit pas à la fidélité de l'or- 
thographe , parce que les divers al- 
phabets de l'Inde se correspondent 
sigîic à signe assez exactement. IL 
Sjstema hralimanicum Uturgiciim* 



PAU 

mythologicum , cii^ile , ex nionu- 
mentis Indicis musei Borgiani 
Feliiris^ dissertât ionibus historico- 
criticis illustravit , ibid., 1791 , in- 
40. , avec 3o planches. C'est surtout 
dans ce livre que le P. Paulin s'est at- 
tache à développer le système qu'il 
s'était formé sur la religion de l'in- 
doustan , et auquel il revient conli- 
Huelleraent dans ses autres é«:rits. 
Nous ne pouvons en donner une idée 
complète dans cet article : il sulîira 
de dire que ce système consiste prin- 
cipalement à ramener les dogmes et 
les fables indiennes à n'élre que des 
symboles des opérations de la nature, 
et des représentations allégoriques 
des êtres qui la composent. On con- 
çoit que ce mode d'interprétation, 
qui ne s'éloigne pas beaucoup des 
idées de Dupuis , ne devait satisfaire 
ni le P. Giorgi , qui cherchait par • 
tout les traces du manichéisme et des 
autres sectes du christianisme orien- 
tal , ni Anquetil Duperron , qui , dans 
ses explications , tendait toujours 
au spiritualisme le plus raffiné. C'est 
au reste, on doit le dire, une manière 
étroite et insufïisaute d'envisager l'en- 
semble des opinions indiennes , que 
d'en chercher l'intelligence au moyeu 
d'un seul et unique procédé , quel- 
qu'ingénieux qu'il puisse être, tan- 
dis qu'elles embrassent tout , s'éten- 
dent à tout, renferment , dans leur 
étonnante multiplicité , les diverses 
doctrines de toutes les écoles de 
philosophie, anciennes et modernes , 
et offrent, par leur prodigieuse va- 
riété, le nœud difficile à délier qui ras- 
semble et concilie les notions les 
plus contradictoires, et qui rattache 
le polythéisme le plus grossier à 
la métaphysique la plus subtile. 
III. Centura adagia inalaharica , 
cum texlu orif^inali et versione 
îatifid , ib. , in-^". de 11 pages. IV. 



PAU aoi 

Alphabet a indien , id est ^antha- 
micum seu samscrdamico-malaba^ 
ricum. indostanum seu vanarense , 
nagaricuni , vulgarc et talengani- 
c«;7i,ibid. 1791, in-8«. Le P. Pau- 
lin a composé la préface de ce pe- 
tit volume ; on y trouve reproduite 
une partie des notions qui avaient 
déjà paru dans V Alphabetum grau- 
donico-nialabaricum (Rome, 1 77'i), 
publié par le P. Clément, que Pau- 
lin de Saint - Barthélemi nomme 
commis sionarius meus. V. Examen 
historico- criticum codicum indicor 
mm hibliothecœ sacrœ Congrega- 
tionis de propagandd fuie , ibid. 
1792, in -40. VI. Musei Borgiani 
Felitris codices manuscripti Jven- 
ses , Peguani , Siamici , Malaba- 
riciy Indostani, animadvernonibus 
castigati et illastrati; accedunt mo- 
nwnenta ineditaet cosmogonia In- 
dico-Thibetana y ibid., 1793, in- 
40. VII. Scitismo sviluppato^ in ri- 
posta alla Lettera su i monwnenti 
indici del museo Borgiano di VeU 
letri^ 1793, in-4«. de '^4 pages. 
La lettre à laquelle le P. Paulin ré- 
pond dans cet opuscule , et qui est 
du comte délia Torre di Rczzo- 
nico, est probablement le même ou- 
vrage que Meusel cite sous ce titre: 
Lettera su i monumenti indici del 
museo Borgiano illustrati, Rome , 
1793, in-40. VIÏI. India orien- 
talis christiana , continens funda- 
tiones ecclesiarum , seriem épis- 
coporum , missiones , schismata , 
persecutiones, viros illustres , ibid. » 
1794 , in- 40. de 9.80 pag. , avec le 
portrait de l'auteur. Aux divers ar- 
ticles indiqués par le titre du livre\ 
leP. Paulin ajoute (p. ai4-234}les 
listes des divers souverains qui ontréi 
gué dans le Dccau , depuis le xvi®. 
siècle, cl dont les noms, dit-il, sont 
défigurév^ d'une manière incroy.v- 



'loi PAU 

ble par Anquetil - Duperron, L'au- 
teur donne ensuite rexplication d'une 
carte geograplii(pieduMaIa])ar, qu'il 
avait dressée (en français) en 1789 , 
et qui l'ut depuis traduite en alle- 
mand, et gravée à Augsbourg. Ce 
travail conserve peu d'utditc après 
tout ce que le major RenncU et les 
autres géographes anglais ont pu- 
blie en ce genre, depuis cette époque. 
IX. Fiaggio aile Indie Oriejitali^ 
ibid. , 1796, in-4". , fig. ; traduit en 
cillemand, par Forstcr ; en français 
(pai'Marchena), avec des observa- 
tions de Forster , d' Anquetil-Duper- 
ron et de M. Silvestrc de Sacy , Pa- 
ris, 1808, 3 vol. in-8". , avec un 
atlas in-4^., conlenant le portrait 
de l'auteur, et les figures d'un gr^nd 
nombre d'idoles indiennes, d'après 
la collection du cardinal Borgia : le 
troisième volume est rempli tout en- 
tier par les observations de Fors- 
ter, et d'Anquetil-Duperron , ainsi 
que par les notes que M. Silvestrc 
de Sacy y a jointes , principalement 
dans la vue de rectifier certains en- 
droits de la traduction française , 
où le sens de l'original ne paraissait 
pas exactement rendu. L'errata du 
tome i^i". a onze pages; ceux des vo- 
lumes suivants sont moins considé- 
rables. X. Amarasînha seu Dictio- 
narii samscrdamici sectio prima , 
de cœlo; ex tribus ineditis codicibus 
iîidicis manuscriptis , cum ojersione 
latind , ibid. , 1798 , in-4°. Ce vo- 
lume, qui a 5o pages, et qui contient 
des notes très-e'tendues , n'offre que 
la première section du chapitre pre- 
mier du célèbre Dictionnaire d'A- 
marasinha. L'ouvrage entier, dans 
l'excellente édition due à M. Cole- 
brooke,Serampore, 1808, grand in- 
4**. , contient trois livres , dix-huit 
chapitres et quarante-une sections , 
comprises dans 893 pages. On peut 



PAU 

}uger que le P. Paulin n'avait donne 
qu'un bien faible échantillon de ce 
précieux vocabulaire samskrit. En- 
core s'était-il vu contrain t d'en trans- 
crire les vers en caractères tamouls , 
faute d'avoir un corps de caractères 
dcvanagaris pour les produire sous 
leur forme originale. XL De anti- 
quitate et affinitate linguœ zendicœ 
et samscrdamicœ germanicce disser- 
trtti'o, Rome, 1798, in-4^ ; Padoue, 
1799, in-4*'. XII. Musœi cœsarei 
Vindobonensis numi zodiacales ani- 
madversionibus illustrati , Vienne, 

1 799, in-4^. de 67 pages. L'auteur y 
relève les nombreuses erreurs échap- 
pées à Tavernier sur les monnaies 
zodiacales de Pjihan-Guyr ( Foj-. 
Nour-Mahal); mais il tombe lui- 
même dans quelques inexactitudes 
signalées par M. Silvestrc de Sacy ,_ 
dans une curieuse note qu'il a four- 
nie à ce sujet au Traité des mon- 
naies d* or et d' argent j par M. Bon- 
iieville, pag. iio. La planche jointe 
à l'ouvrage du P. Paulin, n'offre que 
quatre de ces monnaies. XIII. De 
manuscriptis codicibus indicis R. P, 
J. Ernest i Hanxleden {i)S. J. Epis- 
tola j edidity Vienne,, i 799, in-4^. 

XIV. Monumenti indici del museo 
Naniano illustrati yPadoue, '799 r 
in-4''. de 'iS pag. avec une planche. 

XV. Mumiographia musei Obicia- 
7iiy ibid. , 1799, in-4*'. de 65 pag. , 
et deux planches. XV ï. Jornandis 
Vindiciœ de vàr Hunnorum, Rome, 

1800, in-4". XVII. De laiini ser- 
monis origine et cuni orientalihus 
linguis connexione , Rome , Ful- 
goni , 1802, in-4^. de 24 pages, 
et une planche. C'est un des premiers 
ouvrages dans lesquels on ait établi, 
de manière à ne laisser aucune jdace 
au scepticisme, ce grand et im- 



(i) MeufM;! lit Haudedcn. 



4 



PAU 

portant rapproclieracnt qui sert de 
base aux. travaux des etymologistes 
modernes , et qui reporte dans les 
contrées centrales de l'Asie, l'origiiie 
des idiomes les plus anciens de l'Eu- 
rope occidentale. XWU.Debasilicd 
S. Faiicratii martjris disquiàlio , 
ibid.^ i8o3, in^"*- de 48 pag. Apres 
la description et l'iiisloire abrégée de 
cette église, qui, depuis i (36'2, sert de 
séminaire , pour les missions orien- 
tales , aux Carmes déchausses de la 
congrégation d'Italie, l'auteur ajoute 
une curieuse notice de trente - six 
evêques ou vicaires apostoli([ues , 
sortis de cette e'cole. XIX. Vyaca- 
rana seu locupletissima samscrda- 
micœ linguœ inslitutio^ Rome, Pro- 
pagand. , i8o4, in-4*^. de 35t pag. 
XX. Fitce sjnopsis Stephani Bur- 
gitjG S. B. E, cardlnalis , ibid. , 
i8o5 , grand in-4**. de 36 et 75 pag. 
On craignit quelque temps la sup- 
pression de cet ouvrage, parce qu'il 
renferme divers traits contre les Jé- 
suites (Magas. encycl. , dëc. 180J , 
VI, 373). On ne peut contester au 
P. Paulin le mérite d'avoir , dans 
ses nombreux écrits, et particuliè- 
rement dans son Voyage , répandu 
des notions plus justes que celles 
qu'on avait avant lui, sur les mœurs, 
les opinions philosophiques et reli- 
gieuses , la littérature et les langues 
des peuples de l'Indoustan. Il est 
le premier qui, par des extraits ti- 
rés immédiatement des manuscrits 
indiens , ait tait connaître le système 
grammatical de la langue samskrilc. 
Toutci'uis, on ne peut s'empêcher 
de regretter que ce savant mission- 
naire n'ait pas mis à profit le con- 
seil que lui donnait An([uelil - Dii- 
perron, avec cette naivc sincérité qui 
était, chez notre illustre académi- 
cien, la marque d'im caractère aussi 
franc et aussi loyal qu'exempt depré- 



PAU 



2o3 



vcnrîon et de partialité : a Au lieu de 
» ])asser le temps, dit-il , à donner 
» des vingt-quatre pages, des trente, 
» des cent pages , qui ne prouvent 
» rien ou très-peu , de mettre eu op- 
» position cent, deux cents mots de 
» ditrérentcs langues , le mission- 
» naire ferait mieux d'enrichir le 
» public d'une bonne et complète 
» traduction de l'Araarasinha, ou 
» bien de publier les Dictionnaires 
» de Hansleden , et de Biscoping. » 
Cesdeu\religieuxDanois,etleP. Bcs- 
chi, avaient rédigé les Dictionnaires 
portugais-malabare , et latin-sams- 
krit, que le P. Paulin avait entre les 
mains; et c'était avec le secours de 
ces précieux ouvrages , qu'il avait 
traduit la première section de l'A- 
marasinha , et tous les mots sams- 
krits qu'il répandait dans les livres 
de sa composition. Les rapproche- 
ments étymologiques, et les exj)Ii- 
cations allégoriques des fables in- 
diennes qu'il y semait avec profu- 
sion , lui appartenaient à plus juste 
titre : mais ce n'est pas là le plus 
solide appui de la réputation du P. 
Paulin. H y a déjà long-temps que 
ses étymologics sont discréditées ; 
et la connaissance plus aprofondie 
que Ton a acquise des dogmes et des 
opinions des Hindous a fort ébranlé 
la confiance qu'on pouvait avoir dans 
ses systèmes, en montrantqu'il n'a- 
vait envisagé la mythologie indienne 
que sous un point de vue beaucoup 
trop resserré. Les démêlés littérai- 
res que le P. Paulin eut avec le P. 
Giorgi , et dans lesquels les deux 
doctes adversaires ne se ménagè- 
rent ni pour le fond, ni pour la forme, 
contribuèrent sans doute à rabaisser 
l'idée qu'on avait pu se faire des tra- 
vaux du P. Paulin , en les jugeant 
d'après leur nombre , leur volume, 
et l'imporlauco des sujets auxquels 



•Jo4 PAU 

ils s'appliquaient. Ces deux savants 
religieux se sont reproche tant de 
rêveries , d'idées systématiques et 
dépourvues de fondement, et même 
tant de marques d'ignorance ( à la 
vérité sur des matières où les plus ha- 
biles peuvent broncher), qu'il n'est 
])as surprenant que le public ait fini 
par les prendre à-pcu-près au mot. 
Une autre circonstance a nui au 
P. Paulin : les Anglais de Calcutta, 
venus immédiatement après lui, ont, 
pour ainsi dire , refait tous ses ou- 
vrages. Dissertations sur la littéra- 
ture , sur la mythologie , Compa- 
raison des langues , Grammaires , 
Dictionnaires samskrits , et jusqu'à 
l'Araarasinha lui-même, tout a été 
repris et traite de nouveau, avec celte 
suj)criorite que la position des An- 
glais dans l'Inde, et la fondation de 
la société Asiatique de Calcutta, de- 
vaient naturellement assurer à leurs 
recherches. Les ouvrages de W. Jo- 
nes, et de MM. Colebrooke, Wiikins, 
Leyden et Wdson, dispenseront do- 
re'navant de recourir à la plupart de 
ceux du P. Paulin. Ce serait néan- 
moins une souveraine injustice que 
de refuser à ce missionnaire le très- 
grand mérite d'avoir , en quelque 
sorte, ouvert la carrière, d'y avoir 
précédé des rivaux plus heureux que 
lui , parce qu'ils sont venus après 
Kii et qu'ils ont eu à leur disposi- 
tion une foule de secours qui lui man- 
quaient. Il avait d'ailleurs une éru- 
dition qu'on ne trouve pas toujours 
au même degré chez les hommes les 
plus versés dans la connaissance des 
langues orientales. Cette érudition 
était aussi étendue et moins confuse 
que celle du P. Giorgi : et de ces 
deux éloges , qu'on ne peut lui re- 
fuser , le premier l'emporte infini- 
ment sur l'autre, l^e P. Paulin de 
3«dnt - ^arthclemi était de la so- 



PAU 

ciélé royale des sciences de Naples , 
correspondant de l'institut de Rome, 
et des académies de Velélri et de 
Padoue. A. R — t. 

PAULIN (Le capitaine). Foy, 
Gardi2 ( La ). 

PAULLÏ ( Simon ) , médecin na- 
turaliste , né , en iGo3 , à Rostock , 
dans le Meckleubourg , était fils de 
Henri Paulli, médecin de la reine 
douairière de Danemark. Il n'avait 
que sept ans lorsqu'il eut le malheur 
de perdre son père, qui ne lui lais- 
sait aucune fortune ; mais l'ardeur 
qu'il montrait pour l'élude , lui at- 
tira la protection de la reine j et 
cette princesse fournit généreuse- 
ment aux frais de son éducation. 
Après avoir fréquenté les plus célè- 
bres universités d'Allemagne , il vint 
à Paris suivre les leçons de Riolan, 
fameux analomiste ( /^oj. Riolan) , 
et retourna à Wiltembcrg , où il re- 
çut ses grades, en t63o. Deux ans 
après, il fut nommé à une chaire de 
médecine de l'académie de [xostockj 
mais il n'en prit possession qu'en 
i634 , et il prononça, en cette oc- 
casion , un discours qui fut très ap- 
plaudi. Les talents qu'il développa 
dans l'exercice de cette place, le fi- 
rent appeler, en 1689 , à Copenha- 
gue^ pour professer l'anatomie au 
collège de Finck; et il y ouvrit, peu 
après , un cours de botanique médi- 
cale , avec un tel succès, que ses col- 
lègues l'invitèrent h le continuer. 
Nommé premier médecin du roi de 
Danemark, (Frédéric III ) ,lce prince 
lui donna, en ib66, l'évêché d'Aa- 
rhusen , qu'il eut la permission 
de transmettre à son fils aîné , et 
qui est resté long -temps dans sa 
famille. Paulli parvint à une hono- 
rable vieillesse , et mourut à Copen- 
hague , le 'i?y avril 1680. Il avait été 
marié deux fois. Il eut de sa premi^- 



) 

I 



PAU 

l'c femme Elisabeth ;, fille de Jacq. 
Fabriciiis, raédeciu du roi, quinze 
enfants, cinq (illes , et dix garçons , 
dont quelques-uns ont cultive les 
sciences naturelles avec succès. In- 
dépendamment de plusieurs Thèses, 
dont on trouvera les titres dans la 
Ciiiibria lilterata de MoUcr , et dans 
le Vict. de Chaufepic, on a de Paul- 
li : T. Des Traductions allemandes de 
Vanalomie de Gasp. Bartholin; des 
Tables anntomiques de Casserio , et 
du Traité ào. Spi;j;elius, de la forma- 
tion du fœtus. II. Quadrifjartituni 
botanicuni ; de simplicium medica- 
mentorum facultatibus ^ Rostock , 
iGSc), in-4". C'est un traite des pro- 
priétés des plantes médicinales , avec 
des remarques sur l'époque de leur 
floraison et sur les lieux oùellescrois- 
sent spontanément , etc. Cet ouvrage 
a été réimprimé plusieurs fois, avec 
différents opuscules de l'auteur. L'é- 
dition la plus complète est celle que 
J. J. Frick a publiée à Francfort, 
17 08, in- 4". IH. Icônes florœ Da- 
nicœ cum explicationibiis , Copen- 
hague, 1647, i» - 4"' Ce volume , 
très-rare , est orné de SgS fig. dont 
on fît un nouveau tirage, avec des 
explications eu danois. IV. Virida- 
ria varia re^ia et academica^ ibid., 
i653, in-1'2. C'est le Catalogue des 
plantes cultivées alors dans les jar- 
dins du roi et de l'académie de Co- 
penhague, et dans les jardins botani- 
quesdeParis, de Varsovie, d'Oxford, 
de Padoue, de Leyde et de Gronin- 
gue. V. Comment arius de abusa ta- 
haci et herbœ thece , Strasbourg , 
1661 , in-40. Ce potit Traité, réim- 
primé plusieurs fois, et notamment 
à la suite du Qitadripartitum bcAa- 
nicum ^ éd. de Francfort, a été tra- 
duit en anglais , par le docteur Ja- 
mes, Londres, 1746, in-8°. Paulli 
ëtait un des plus grands détracteurs 



PAU îo5 

du café, du thé, du chocolat et du 
sucre ; mais sa prévention n'était 
fondée, selon Moseley, que sur des 
anecdotes ramassées en courant pai* 
des voyageurs superficiels, lesquelles 
n'avaient d'autre base que des récils 
et des conjectures absurdes. Ces as- 
sertions ont été réfutées par Du- 
four. VI. Digressio de verd^ unicd 
et proximd causa J'ebrium ; nec- 
non de accuratd febres medendi 
methodo ^ Francfort, i(3Go; nou- 
velle édit. augmentée , Sfrasbourg , 
i()78, in-4°. VII. Modus dealban- 
di ossa pro sceletopœid, Copenha- 
gue, i6G8,in-fol.; 1073, in-4°., et 
inséré dans la Biblioth. anatomique 
de Manget. Outre les auteurs déjà ci- 
tés, on peut consulter, sur Simoa 
Paulli, la Biblioth. Danica de Bar- 
tliolin , et les Mémoires de Niceron, 
tomes m et x. — Paulli ( Simon ) , 
l'un des fils du précédent, renonça 
à l'exercice de la médecine, et quit- 
ta son pays pour s'établir à Stras- 
bourg, ou il avait une imprimerie, 
en > 6(3 1 . Niceron nous apprend qu'il 
adonné au public ipielqucs Ouvra^ 
gesàc géographie de sa façon [Mé- 
moires, m , 25). Outre des éditions 
augmentées de plusieurs ouvrages 
de son père, on connaît de lui : I. 
Misceïla antiquœ leclionis , etc. , 
Strasbourg, 16O4, in-8». de 160 p. 
Ce recueil est très-rare; il renferme: 
Excerpta auctoris ignoti de Cous- 
tantino Chloro, Constantino Mau^no 
aliisque imperatoribus ; — Capitu- 
latio Caroli M. de partibus Saxo- 
niœ ; — Christ. Broweri dissertât io 
de Trevironim lingud; — Constitu- 
tio Caroli iii , Crassi dicti , de ex- 
peditione romand. II. Ilistoria lit- 
teraria S've dispusitio librorum om- 
nium facultatum ac artium secun- 
dàm materiam , ibid., 167 i , in-8<>. 
Maigre ce titre fastueux, ce n'est que 



200 



PAU 



le catalogue des ouvrages cjuc Paulli 
avait dans son magasin. W — s. 

PAULLT (Olioeu), fanatique plus 
ridicule que dangereux, ne' à Copen- 
hague, en iG/|4., e'tait l'un des (ils 
de Simon , médecin dislingue ( V . 
l'arlide préccdenl). S^ctant livre au 
commerce, et ayant ete nomme' se- 
crétaire de la compagnie des Indes, 
il fit une fortune rapide, et devint 
nn des plus riclies négociants du 
Danemark. Mais, au milieu de ses 
spéculations brillantes , son cerveau 
se dérangea , et lui fit faire les folies 
qui lui valent un article dans cet 
ouvrage. 11 commença d'avoir des 
visions : la sibylle de Cumes lui ap- 
parut dans une rue de Copenhague. 
Ayant acheté la riche cargaison d'un 
vaisseau français, et ayant envoyé, 
en retour, une cargaison très -con- 
sidérable de grains, qui lui promet- 
tait un bénéfice de cent mille livres, 
il fut averti, par une vision, de ne 
point pourvoir la France de grains : 
en conséquence, il se hâta de vendre 
le vaissea^i. Plusieurs extravagances 
du même genre succédèrent à cellelà, 
et renversèrent sa fortune au point 
qu'il fit banqueroute , et abandonna 
sa femme et ses six enfants. En 
1695 , il se rendit à Paris ; et c'est 
là qu'une vision lui apprit qu'il était 
appelé à relever le tempic de Jéru- 
salem , en qualité de roi d'Israël. Il 
annonça qu'il descendait en ligne di- 
recte de David, et prétendit que son 
bisaïeul , en embrassant le christia- 
nisme, n'avait pu lui oter ses droits 
à un trône dont il était le seul et 
légitime héritier. Oliger fit part de 
ses rêveries au public , dans plu- 
sieurs opuscules écrits en flamand 
et en allemand. Il poussa la folie 
jusqu'à inviter Louis XIV à abdi- 
quer en faveur du Dauphin ; et il 
écrivit à ce prince , ainsi cpi'à plu- 



PAU 

sicui-s souverains de l'Allemagne , 
pour les engager à l'aider dans'sou 
projet de reconquérir la Judée, leur 
])romettant , quand il serait en pos- 
session de son royaume, de distri- 
buer des fiefs à leurs favoris. Dans 
le même temps, il écrivit à ses 
parents qu'il abandonnait tout pour 
suivre sa sublime vocation. Guil- 
laume d'Orange , roi d'Angleterre , 
lui parut digne de commander la 
croisade. Paulli lui conseilla d'ar- 
borer le drapeau sur la tour de 
Londres, et d'équiper, à l'aide de 
la Hollande , une grande expédition 
que la France devait seconder, en 
faisant p-irtir une escadre de Tou- 
lon , pendant que l'Allemagne , la 
Moscovie, le Danemark , la Suède , 
la Pologne, attaqueraient la Turquie, 
et que le roi de Portugal, d'accord 
avec l'Abissinie, envahirait la Per- 
se. Pour récompense et indemnité, 
il assignait des états en Orient à tou- 
tes les puissances qui prendraient 
part à l'expédition. Il annonça qu'à 
dater de la prise de Jérusalem , jus- 
qu'en 1720, il administrerait lui-mê- 
me la Judée, et qu'à cette époque, 
il serait remplacé -par le Messie , 
qui commencerait son règne de mil- 
le ans. A force de se croire roi des 
Juifs, Paulli devint ennemi ardei 
du christianisme, et prodigua l'ii 
jure au culte de cette religion, 
pendant le roi de Pologne étai 
mort, en 1G97, il s'imagina être a^ 
pelé au trône de ce pays, qu'il voii 
lut céder ensuite au ministre danoi 
GrilTcnfcld. S'étant établi au mi'ii 
des Juifs d'Amsterdam, dont que 
ques-iuis devinrent ses partisans,* 
il f t afficher , à la porte de \di sy- 
nagogue, le projet de sa croisa- 
de. Il y eut aussi un docteur chré- 
tien , nommé Muller, qui lui rendit 
hcmmaiic dans une brochure. Les 



PAU 

magistrats méprisèrent long - temps 
les sottises d'OIiger , persuades qu'il 
ne se ferait jamais assez tic parti- 
sans pour compromettre la tran- 
quillité publique; mais, encouragé 
par rimpuniie, il publia , en i -^^o i , 
un nouvel écrit, dans lequel, après 
avoir tourne en ridicule les m^tcrcs 
du christianisme, et compare la Tri- 
nité au Cerbère des poètes, il annon- 
çait le projet d'établir une religion 
nouvelle sur les ruines de toutes les 
autres. Il fut alors rais en prison à 
Amsterdam , et condamné à scier 
du bois de brésil; mais il fut dispen- 
sé de travailler, moyennantune som- 
me annuelle de trois cents livres 
pour subvenir à ses dépenses ( V, 
les Lettres de Bayle, n». 262 ). En 
sortant de prison, il se rendit à Al' 
tona, d'où il fut chassé, en 1705 , 
pour avoir tenu des propos séditieux. 
Il revint alors à Copenhague, où il 
mourut obscur , en 1 7 1 5 , après 
avoir éprouvé l'alTront de voir ses 
prédictions démenties par l'événe- 
ment. Le titie seul d'une douzaine 
de brochures qu'il a publiées , en 
hollandais et en allemand, attes- 
tent sa folie : La Colombe de Noé , 
ou Bonne Nouvelle de Canaan , 
Amsterdam, 169G. — Triomphe 
dans la pierre abattue sans main , 
ibid., 1697. ^^ y ti'oiive ses lettres 
au roi Guillaume et au Dauphin. — 
La f^oix du temple annonçant Vé- 
i>an^ile d' Abraham ^ ibid. , 1700. 
— La Voix de V époux à minuit , 
ibid. , 1 700. — \J Anneau nasal de 
Béhémot y c'est-à-dire, la TJiéo- 
logie actuelle mise aux pieds des 
Juifs ^ ibid. , 1701. — Monarchie 
du Schilo qui va venir, ibid. , 1701. 
Quelques savants , entre autres , Lai- 
diug, ont pris la peine de réfuter sé- 
rieusement CCS extravagances. Her- 
mann Von der Hardt publia une 



PAU 207 

brochure intitulée : Novus in Bel- 
fçio Judœorum rex Oliger Paulli , 
multis editis monumentis litterariis 
clams , Ilelmstadt , 1 70 r , in - 4". 
On trouve la Vie de Paulli dans le 
quatrième volume de l'Histoire de la 
folie humaine, par Adelung, Leipzig, 
1787. D— GctW— s. 

PAULLINI ( Christian - Fran- 
çois ) , médecin et historien alle- 
mand, naquit, en i643,àEisenach , 
ville de ïhuringe , de parents qui 
jouissaient d'une considération mé- 
ritée, puisque la duchesse douai- 
rière de Saxc-Eisenach le tint sur les 
fonts de baptême. Son père , que les 
circonstances avaient forcé d'em- 
brasser le commerce , prétendait 
descendre de saint Paulin , éveque 
de Noie, et se plaisait à faire l'énu- 
meration des savants et des hommes 
illustres en tout genre sortis de sa 
famille. Christian était en bas âge, 
quand il perdit ses parents , qui lui 
laissaient peu de fortune; mais la 
duchesse, sa marraine, se chargea 
de pourvoir aux frais (ie son édu- 
cation , et lui légua en mourant une 
somme suffisante pour qu'il pût con- 
tinuer ses études. La mère de Paul- 
lini , pendant sa grossesse , avait fait 
vœu , si elle avait un fils, de le con- 
sacrer à Dieu dans l'état ecclésias- 
tique : il connaissait la volonté de sa 
mère; mais il se sentait entraîné par 
un attrait invincible vers l'étude 
de la médecine et des sciences natu- 
relles. Il fit part de son embarras à 
l'un de ses maîtres , qui lui conseilla 
d'étudier en même temps la théologie 
et la médecine , et de se remettre à 
Dieu du succès. Cet avis, qu'il sepro- 
mit de suivre , le tranquillisa ; et , 
après avoir fréquenté les plus célè- 
bres académies de l'Allemagne, il 
passa en Danemark pour entendre 
le célèbre Bartholin. Il reçut de cet 



loS 



PAU 



liabile maître, ainsi que de ses con- 
frères , un accueil dislinguë , et ob- 
tint la permission de donner, à Co- 
peiiliague , des leçons particulières 
de théologie , dont le produit ne 
laissa pas de lui être d'un grand 
secours. Eu quittant !o Danemark, 
il vint s'établir à Hambourg, oii il 
continua de donner des leçons. L'a- 
cadémie de Wilteraberg lui fit ex- 
pédier le diplôme de maître-ès-arts , 
en le dispensant de se rendre dans 
celte ville pour soutenir sa thèse. 
Peu après, on lui conféra le titre de 
poète lauréat , et celui de notaire 
imj)érial. Afin de perfectionner ses 
connaissances , il visita la Hollande 
et l'Angleterre, oii les plus célèbres 
professeurs s'empressèrent de lui 
fournir les moyens d'eiister hono- 
rablement , en le faisant charger de 
l'éducation de quelques jeunes sei- 
gneurs. A son retour par la Hol- 
lande , il prit ses degrés en méde- 
cine à Leyde j et , toujours poussé 
par le désir de s'instruire , il par- 
courut en observateur, la Norvège, 
l'Islande, la Suède et la Laponie, 
d'où il rapporti différents objets 
d'histoire naturelle. A peine était-il 
de retour à Hambourg, qu'il y re- 
çut ( 1673 ) une lettre du grand-duc 
de Toscane, qui lui annonçait que , 
sur la demande du P. Kircher , de 
Stenon et de Ch. Patin , il venait de 
le nommer à une chaire de l'univer- 
sité de Pise : une maladie grave l'em- 
pêcha de partir sur-le-champ ; et 
quand il i*ut rétabli, il crut de- 
voir remercier le prince de l'hon- 
neur qu'il lui avait destiné. 11 voulut 
cependant faire un voyage en Ita- 
lie pour embrasser ses amis : mais 
la fièvre l'ayant pris à Hildesheim , 
il revint sur ses pas , résolu de s'ap- 
pliquer sérieusement à la pratique 
delà médecine j ce qu'il fit à Ham- 



PAU 

bourg et dans les villes voisines , 
avec beaucoup de succès. L'empe- 
reur Léopold le créa, en 167.5, 
comte palatin ; peu après, l'évêque de 
Munster ( Yan-Galen ) le nomma son 
premier médecin et son historiogra- 
phe , et il remplit ce double emploi 
avec beaucoup de /èîe jusqu'à la mort 
de son protecteur. 11 accepta ensuite 
les offres du duc de Wolffenbuttel , 
à la cour duquel il passa dix années , 
s'occupant avec ardeur à mettre en 
ordre les matériaux qu'il avait ras- 
semblés sur l'histoire d'Allemagne. 
11 revint enfin à Eisenach, en iGSg; 
et ayant obtenu le titre de premier 
médecin de cette ville , il partagea 
son temps entre la pratique de son 
art et le travail du ca^jinet. PauUini 
entretenait une correspondance sui- 
vie avec la plupart des savants de 
l'Allemagne et d'Italie, dont toutes 
les académies s'étaient empressées 
de lui adresser des diplômes d'as- 
socié. Il avait pris le nom diArion 
dans celle des Curieux de la nature. 
Il conçut le projet de former trois 
nouvelles sociétés littéraires; l'une 
pour le perfectionnement de la litté- 
rature allemande ; la seconde, pour 
l'enseignement gratuit des sciences 
aux jeunes gens dénués de foi tune ; 
et enfin la troisième, pour la rédac 
lion d'un corps d'histoire de l'Aller 
magne en latin. Ce dernier plan 
avait trouvé un grand nombre d'à 
probateurs , échoua par suite de la 
guerre survenue avec la France, el qui 
empêcha les augustes protecteurs de 
la société naissante de verser les 
fonds qu'ils avaient promis. En 1706, 
Paidiiniéprouvaune violente attaque 
d'apoplexie , qui le priva de l'usage 
du bras gauche ; il n'en continua 
pas moins ses occupations littérai- 
res ; mais une tumeur au pied qu'il 
avait négligée, l'enleva le 10 juin 



^ 



PAU 

1712. Paullini nvait une iiinncn.'îo 
érudition; mais il manquait de goûf , 
et son style , d'ailleurs raanieic , est 
surchargé de lonf^ucs digressions qui 
rendent fatigante la lecture de ses 
ouvrages. Le nombre en est très- 
considérable : on en trouve la lis- 
te qu'il a publiée lui - même plu- 
sieurs fois, dans le Monatliclie Jus- 
ZM^, etc. , janvier 1701 , p. 33-44. 
ludépcuJamraent de deux volumes 
ûe Poésies allemandes clà'uu recueil 
iVÉpigrammcs latines, on se con- 
tentera d'indiquer ceux des ouvrages 
de Paullini qui peuvent ofî'rir quel- 
qu'intérêt : I. Dissert aiio de Ilarcu- 
tcro ,famosissimo gigaïUe Borealiy 
Florence, 1677, in-4'^. Ce futNicoh 
Stenon , auquel il dédia cette pièce, 
qui la fit imprimer à ses frais. II. 
Ve admirabili electione regid ve- 
leriim Borealiiim Disquisitio , va- 
riarum antiquitatum plejia, Stock- 
holm , 1677 , in-4°. IIl, Cfnogra- 
phia ciiriosa , seu canis descripiio , 
et mantissa curiosa ejusdem argu- 
menti , etc., Nuremberg, iG85 , 
in-4". j fig* Cette dissertation est 
rare et recherchée , surtout de l'é- 
dition qu'on vient de citer. On a 
de Paullini des Descriptions spécia- 
les de l'âne , du loup , du lièvre , de 
la taupe , du crapaud , de l'anguille , 
et plusieurs petits Traités de ho 
tunique f imprimés séparément, et 
insérés dans les Actes de V académie 
des Curieux de la nature^ qui sont 
assez rares en France. IV. Thea- 
trum virorum illustrium Corbeiœ 
saxonicœ , léna, i(J86, in-4". C'est 
le recueil des vies des prélats et des 
savants sortis de l'abbaye de Corvey 
en Weslphalie. Paullini entreprit 
cet ouvrage à la prière de révê(jue 
de Munster, dont on a parié. V. 
Observatiomim medicn - \phjsica- 
rani décades duv , Nuren'iberg , 



PAU 



20Q 



ïCSq , in-4'\ VI. Dissertalicnes 
hiitoricœ variorum monasterioi-um 
Germaniœ origines , J'undationes , 
etc. , explicnntes ; adjectis lilteris 
et lui lis y Giessen , li'ygS , in - 4^. 
Cet ouvrage, dit Lenglct Dufresnoy , 
est plein de recherches curieuses. 
VII. Antiquitatum gennanicarum 
sj'ntagma, varios annales ,chroni- 
ca et dissert ationes comprehendens 
etc. , Francfort , 1(3^8, in-4". Ou 
trouvera le détail des pièces que ren- 
ferme ce volume dans le 7*^ num. du 
Journal des savants ^ann. 1701 , et 
dans la Méthode pour étudier l'his- 
toire , par Lenglet Dufresnoy , tom. 
XI, igS. VIII. Geographia curio- 
sa seu de pagis anliquœ prœsertim. 
Germajiiœ commentariiis , etc, ib., 
1699, in-4'^. IX. Schediasma de 
liimijrico terre stri ^ variis memora- 
hilihus curiositatihus et ohservatio- 
nihus illustratum, Leipzig , 1700 , 
in-B'^. Celte dissertation est curieu- 
se; elle renferme des observations 
neuves sur le Jumbric ou ver do 



terre , et 



qu on 



en fait eu 



médecine. X. Nucis moschatœ eu- 
riosadescriptio, ibid., 1704, in-8*'. 
C'est une description de la muscade. 
L'éditeur, Isaïe Dahlborn , y a joint 
une Vie de l'auteur. XI. Observa- 
tiones medico-physicœ , rarœ , se- 
lectœ et curiosœ , quatuor cenlwiif 
comprehensœ , etc. , ibid. , 170G, 
in 8". On peut consulter , pour plus 
de détails, la Cimhria litterala de 
MoUer, où Paullini a un article très- 
étendu , et \q Dictionnaire àa Chau- 
fcjné. W — s. 

PAULMIER DE GRENÏE^IES- 
^'1L ( Julien le), médecin, né en 
i5.io, dans le Gotentin , d'une an- 
cienne famille, acheva ses études à 
Paris , où il suivit dix ans les leçon» 
de Fernel ; et , après avoir reçu le 



210 PAU 

son art, Pcndaîit les guerres civiles 
qui désolèrent la France, il se relira 
(ians nue campagne ])rcs de Pvoucn; 
et, comme il le ditlui-mcrac , « afin 
de ne perdre temps, » il s'occupa de 
rcdi'j;er les observations médicales 
qu'il avait recueillies. Sa réputation 
toujours croissante le fit appeler près 
de Charles IX , que tourmentaient 
des insomnies continuelles 5 et il eut 
le bonlicur de le guérir. 11 fut atta- 
ché ensuite au duc d'Anjou , qu'il 
accompagna dans les Pays-Bas. L'en- 
treprise de ce prince sur Anvers , 
ayant été suivie de l'expulsion des 
Français ( Foy, Anjou ) , Paulmier 
revint en Normandie ; et , s'élant 
guéri , par l'usage du cidre , des 
palpitations de cœur et de l'hypo- 
condrie dont il était affecté depuis 
la journée de la Saint-Barlbelémi , 
où il avait vu périr un grand nom- 
bre de ses amis , il publia un traité 
dans lequel celte boisson est placée 
au-dessus du vin. Paulmier avait 
épousé Marguerite de Chaumont, 
femme de iiiérite , à qui Montaigne 
adressa un exemplaire de ses Essais^ 
par une lettre qu'on a conservée. Il 
en eut plusieurs enfants dont le plus 
jeune s'est distingué par son érudi- 
tion ( F. l'art, suivant ). Cet habile 
praticien mourut à Caen, en i588. 
On a de lui : I. Traité de la na- 
iuve et curaiion des ])laies de pis- 
toile, arquebuse et autres haslons 
à feu, Paris ( iSGg ) , in - S'^. , 
Caen, même année, in-4'^. Dans l'é- 
pîtrc dédicaloire à J. de Matignon: 
« Cet œuvre est si petit, lui dit-il, 
» que je ne l'eusse séparé de antres 
» que j'ai faitssur toute la chirurgie, 
» ni mis en langue vulgaire contre 
» Dua coustume et délibération, n'eût 
» été pour vous faire entendre com- 
» bien je me répète votre aiienu 
» (. obligé ). » Cet opuscule est trcs- 



PAU 

rare. Eloy dît que l'auteur y suit l'o- 
pinion de son siècle, et déclare que 
la brûlure est le principal symptoaio 
qu'i!fautcombaltre(J9iCfio«, de mé- 
decine^ III , p. 5o I ) : mais c'est préci- 
sément le contraire; car Paulmier em- 
ploie tout le premier chapitreà prou- 
ver qu'il n'y a point de brûlure dans 
les plaies des armes à feu ; il recom- 
mande de s'attacher surtout à les 
nettoyer, et indique plusieurs remè- 
des dont il avait éprouvé les bons 
effets. II. De mortis cujitagiosis 
lihri vil, ibid. , 1578, in-4*^. Les 
deux premiers livres traitent de la 
maladie vénérienne; le troisième du 
mercure; le quatrième del'éléphan- 
tiasis; le cinquième de l'hydropho- 
bie , et les deux derniers de la peste. 
On y trouve, dit Astruc , beaucoup 
d'excellentes observations sur l'ori- 
gine et la nature de !a maladie véné- 
rienne , et sur les différentes métho- 
des curatives employées de son temps. 
S'il ne donne pas la préférence au mer- 
cure sur tous les autres remèdes, c'est 
par attachement pour Fernei son maî- 
tre , qui en proscrivait l'usage ( V. de 
Morhis venereis, p. 779 )• Cet ou- 
vrage a été traduit en français par 
Jac.de Cahagnes. III. Deviuoet po- 
maceo libri duo, ibid., i588 , in- 
8*^. Ce traiîé copié par La Framboi- 
sière , a été également traduit ytar 
Cahagnes, Caen, 1589 , in-8'\ C'est 
le plus ancien ouvrage qui ait été 
publié sur le cidre ; et sans admet- 
tre toutes les vertus merveilleuses 
que Paulmier lui attribue par re- 
connaissance pour les heureux efîets 
qu'il en avait ressentis, on doit con- 
venir que ce curieux opuscule ren- 
fcimedes faits utiles ( V. la Biblio- 
thèque astronomique , n^^. l^.1o ). On 
lit dans le Dictionnaire de Moréri, 
et dans celui de Chaufcpié , des dé- 
tails sur Julien le Paulmier , qu'on 



à 



I 



PAU 

n'a pas cni devoir adraetlre dans 
cet arlicle , parce qu'ils ne sont ap- 
puyés d'aucune preuve. \\' — s. 

PAULMIER DE GRENTEMES- 
NÏL ( Jacques le ), en latin Pal- 
MERWs, fils du précèdent, savant 
philologue, naquit au mois de dé- 
cembre 1587, dans le pays d'Auge, 
où sa mère était allé visiter ses pa- 
rents. Resté orphelin à 1 âge de 
douze ans, son IVère aîné l'envoya 
continuer ses études à Paris , où il 
suivit les leçons de Pierre Dumoulin , 
et du fameux Gasaubon, qui expli- 
quait alors Hérodote. Apres avoir 
achevé ses humanités, il fit son cours 
de philosophie à l'académie de Sedan, 
et vint a Orléans étudier le droit. 
Son frère , l'ayant jugé capable de 
prendre l'administration de ses biens, 
le fit émanciper, et Paulmier revint 
à Paris achever son éducation. Il 
visita ensuite les principales villes de 
France , pour connaître ce qu'elles 
renferinaieut de plus curieux, et re- 
vint dans une campagne près de 
Caen, où il se livra à la lecture des 
classi [ues grecs et latins, dont il 
faisait ses délices. La considération 
qu'il s'était acquise , le lit choisir , 
par ses coreligionnaires , pour pré- 
senter à la cour leurs réclamations 
contre diverses infractions à l'édit 
de Nantes ; et il eut le bonheur 
de voir ses démarches couronnées 
par un plein succès. Paulmier n'a- 
vait pu rester indiffèrent aux ef- 
forts des protestants de Hollande 
pour se soustraire à la domination 
de l'Espagne : il alla , en 1620 , of- 
frir ses services à Maurice de Nas- 
" sau; et , pendant huit ans qu'il com- 
battit sous les drapeaux de l'indé- 
pendance, il trouva un grand nom- 
bre d'occasions de faire briller son 
courage.A peine était-il arrivé à Caen, 
qu'ayant voulu réconcilier deux gen- 



PAU 



ftl £ 



îi!5hommes divisés pour des affaiies 
d'intérêt , il se fit un ennemi du plus 
riche et du plus puissant, dont il 
désapprouva la conduite. Ce gentil- 
homme l'ayant attaqué dans la rue, 
il eut le malheur de le tuer en se dé- 
fendant , et fut obligé de se rendre à 
Paris pour se justifier devant le con- 
seil du roi , qui le déclara innocent. 
La guerre éclata bientôt après ; et 
il alla rejoindre en Lorraine le duc 
de Longueviile , qui lui donna une 
compagnie de cavalerie, et lui con- 
fia plusieurs missions importantes. 
Après la paix, il revint à Caen , et 
s'appliqua dès-lors entièrement à la 
culture des lettres. Il se lia bientôt 
avec les hommes de mérite qui 
étaient en grand nombre dans cette 
ville, et contribua beaucoup, avec 
Moisant, à la fondation de l'acadé- 
mie de Caen , qu'il soutiKt malgré 
de violentes oppositions. L'âge n'a- 
vait point diminué celte ardeur che- 
valeresque qu'il avait rapportée des 
camps : à soixante- cinq ans, dit 
Huet, il se battit àTépéc et au poi- 
gnard contre un jeune homme vi- 
goureux, et le désarma ( Orii^ines 
de Caen). W en avait soixante-treize 
quand il fut attaqué de la pierre 5 
il se soumit deux fois à la doulou- 
reuse opération de la taille , et y 
survécut encore dix ans. Paulmier 
mourut le i^^, octobre 1670. C'était 
un homme franc et ouvert , aussi 
modeste qu'obligeant. Personne, dit 
Moisant , ne le quittait , sans être 
meilleur et plus savant. Il n'eut 
point d'enfants de son mariage avec 
une Anglaise , qu'il avait épousée 
dans un âge déjà avancé. On a de 
lui : I. Pro Lucano contra Firg^iliuii 
apologia. C'est son premier ouvra- 
ge. H ne prétend pas , comme on le 
croirait sur le titre, décider que Lu- 
cain l'emporte sur Virgile; mais il 

>4.. 



Mil PAU 

rlicrclic à prouver que les dedn poè- 
tes ont des beautés égales quoique di& 
fcrcntes , et que pour relever le rncrito 
de V Enéide j il ne faut pas rali.iissev 
la Pharsale , ainsi que l'ont fait Sea* 
ligcr et quelques autres critiques. 
Rcrkelius a insère cet opuscule dans 
les Vissertationes selectœ cnlicœ , 
Leyde, 1704. IL Exercitationes in 
optimos auctores grœcos , Le3^clc , 
16GS, ou Utrccht, 1694, in-4°. 
C'est le docte Huet, son ami, qui 
lui conseilla de publier ces remar- 
ques , daïis lesquelles il explique un 
grand nombre de passages dont le 
A^eritable sens avait ccliappe' à la 
plupart des commentateurs. Mait- 
taire en a tire' le Sav-plément à la 
chronique des marbres d'Oxford, 
par Selden ; Gronovius , des Notes 
sur les anciens géographes j et les 
éditeurs des auteurs grecs j des Noies 
sur Diodore, Hesychius, Aristides, 
Lucien , etc. IIL Grœciœ antlquœ 
descriplio , Leyde, 1678, in - 4"» 
Ce livre , qui lui avait coûte vingt 
annc'es de travail , fut publié par 
Etienne Morin , son parent , qui l'a 
fait précéder d'une Vie trcs-ample 
de l'auteur, de laquelle on trouve 
l'extrait dans le tome viii des Mé- 
moires de Niceron. Lenglet Dufres- 
noy regrettait que Gronovius n'eût 
pas inséré cet ouvrage exact et pro- 
fond, dans le Thesaur. antiqiiit. 
grœcar. IV. Un Eloge de Cl. Sar- 
rau, à la tête du recueil de ses Lettres 
( F. Sarrau). V. Des Fers ^rccs , 
latins, italiens et français, la plu- 
jiart inédits. « Paulmier m'a lu au- 
» trefois , dit Huet , une Histoire, 
» écrite en grec, de quelques amou- 
» rettcs de sa jeunesse, et un Poème 
î) grec delà chasse de la bécasse. A 
» la naissance de monseigneur le 
« Dauphin ( (ils de Louis XIV ) , il 
y in imprimer un Dialogue en vers 



PAU 

» grecs, entre le dauphin du ciel c 
» le dauphin de la mer. » Cette dei 
nièrc pièce ne peut qu'être d'un 
grande rareté , puisqu'elle n'est pa 
citée même dans le Catalogue de] 
bibliothèque du roi. — Son neveu,' 
Jacques le Paulmier, né en i6si4 % 
suivit la profession des armes ; il s 
trouva, dit on , à 4^ sièges ou ba 
tailles, dont il écrivit la relation , 
et mourut le i3 avril 1702. Il avait 
un talent remarquable pour l'im- 
promptu 5 et, avant son abjuration, 
qu'il fit entre les mains d'Huct, en 
i685 , il avait aidé Conrart à retou 
cher la version surannée des Psau 
mes de Marot et Bèze. W — s. 

PAULMIER. F, GoNNEviLLE. 

PAULMY (i) ( Antoine - René 
DE Voyer-d'ArgensoN;, marquis de), 
ministre d'état, naquit à Valencien- 
nes , le 22 nov. i'j2'2, de René- 
Louis de Voyer , marquis d'Argen- 
son , alors intendant du Hainault. 
Sa famille le destinait à la magis- 
trature , dans laquelle ses ancêtres 
s'étaient illustrés. 11 y entra aussitôt 
après avoir fini ses études , et il en 
parcourut rapidement tous les de- 
grés. Successivement avocat du roi 
au Châtelet , conseiller au parle- 
ment , maître des requêtes , con- 
seiller-d'état, il se voyait, à l'âge de 
vingt ans, au terme où l'on ne par- 
vient ordinairement qu'après avoir 
vieilli dans les fonctions judiciaires 
et administratives. Le jeune Paulmy 
justifiait , par ses talents , par son 

(i) C'est le nom d'une terre situt'c en Tour.iine , 
et cjui ajipartient de temps immémorial h la famille 
de Kojer. Un chevalier grec, nommé Basile, qui 
était de cette famille, vint en Fmnoe sous le règne 
do Charles-le-CLauve, et mérita , par ses exploit*, 
d'ctre investi du cliâteau de Paulmy, conservé par 
îa paslcrité ( f^. les /Innales de Belleforcst , tome I , 
p. apo ). La branche aînée s'étaut rtciute à la fin du 
aix-scpticme siècle avec le dernier vicomte de 
Paulmy , tué à la lialaille de Fleurus, eu itJOo, la 
branche cadette prit le n<>m de Paulmy, et gairdft la 
y/err* d« ses père». 



1 



PAU 

zèle et [)ar son as£iJuilc,Ics faveurs 
dont il était l'objet , lorsqu'une car- 
rière nouvelle vint s'ouvrir devant 
Jiii. Son oncle, le comte d'Argenson, 
frère aine' du marquis , ayant cte 
nommé ministre de la guerre, fit 
créer la charge de commissaire-gé- 
néral des guerres pourM.de Paulmy. 
Celui-ci suivit, en cette qualité, les 
armées de Flandre et d'Italie , et 
contribua, par ses conseils, à plu- 
sieurs changements avantageux, tant 
sous les rapports militaires que sous 
les rapports de finance. Vers la même 
époque, le marquis d'Argensou fut 
appelé au ministère des affaires 
étrangères. Dès-lors, Paulmy devint 
à-la-fois le coopérateur de son père 
et de son oncle. Il les secondait dans 
toutes leurs opérations j et quelque- 
fois il était chargé par eux de cer- 
tains travaux, de certaines commis- 
sions, que les premiers dépositaires 
de l'autorité ne confient qu'à des 
hommes qui ne peuvent avoir des 
intérêts différents des leurs. Le 4 
avril 174^, Paulmy, qui cultivait les 
-Lettres dans ses loisirs, comme il 
les protégeait par son crédit, fut 
reçu à l'académie française, en mê- 
me temps que Gresset. La paix d'Aix- 
la-Chapelle, qui date de cette même 
année, le fit juger moins utile au dé- 
partement de la guerre. Il se trouvait 
naturellement éloigné de celui des af- 
faires étrangères , par la retraite de 
i>on père. Le 4 décembre, il fut nom- 
mé ambassadeur en Suisse. 11 renou- 
vela les anciens traités conclus entre 
la France et le corps helvétique, ainsi 
que les capitulations particulières de 
plusieurs des états de ce pays. Enfin 
il resserra plus particulièrement les 
liens qui unissaient la nation suisse 
à la nation française , en faisant abo- 
lir des lois déjà anciennes , par les- 
quelles il était défendu à qucUpics-uns 



PAU ai 3 

des cantons réformés de s'attacher 
au service de France. Il emporta 
l'estime générale et des regrets sin- 
cères , lorsqu'à la fin de 1751, il fut 
rappelé pour être associé à son on- 
cle , qui avait obtenu qu'il fût ad- 
joint à la charge de secrétaire-géné- 
ral du département de la guerre, avec 
survivance. Paulmy avait à peine 
j)assé quelques mois à la cour, qu'il 
partit pour visiter les pi aces des pro- 
Tinces méridionales duroyaume, exa- 
miner les fortifications, les arsenaux, 
les magasins , voir surtout les trou- 
pes; enfin connaître les abus , ety re- 
nxédier. Il employa cinq ans à faire 
cette inspection générale, et à met- 
tre eu ordre les observations nom- 
breuses qu'il avait recueillies. Les 
avantages qu'on aurait pu tirer de 
ce travail important, devinrent nuls 
par la guerrequi se ralluma en 1756, 
et par l'exil du comte d'Argensou , 
qui eut lieu l'année suivante. A la 
vérité, Paulmy succéda , le 'i fé- 
vrier 1767,3 son oncle; mais il pré- 
vit bien qu'il ne resterait au minis- 
tère que le temps nécessaire pour 
que l'on pût se fixer sur un autre 
choix. Sa retraite , à-la-fois volon- 
taire et forcée , qui eut lieu le '2.i 
mars 1758, fut accompagnée de 
tout ce qui pouvait eu adoucir l'a- 
mertume. Le roi exigea qu'il conti- 
nuât d'assister au conseil , en quali- 
té de ministre d'état. Paulmy obéit 
à cet ordre; mais, en i^Oi, soit 
qu'il fût dégoûté de l'espèce de nulli- 
té d'un ministre hors de place, soit 
qu'il conservât l'espoir de ressaisir 
quelque jour le crédit et le pouvoir 
qui lui étaient échappés, il demanda 
et obtint l'ambassade de Pologne. 
File n'était pas sans embarras , en 
raison des troubles dont ce royaume 
électif était alors agité. L'ambassa- 
deur s'acquitta de ta misiiou avec 



•21 4 PAU 

autant de discernement que de sages- 
se; et, si SCS négociations relatives 
à l'élection ne réussirent pas com- 
me on l'aurait désire, il eut du moins 
à se rendre le témoignage qu'il avait 
annonce les ëvcnements fâclicux qui 
seprcparaicnt, et indique les moyens 
de les prévenir. Il fut nommé, en 
i^GG, à l'ambassade de Venise, 
qu'il remplit jusqu'en 1770. 11 au- 
rait désire celle de Rome: elle lui 
fut refusée; et dès-lors, abandonnant 
toute vue d'ambition , il prit le parti 
de se consacrer uniquement à sa fa- 
mille et à ses goûts favoris. Il avait 
toujours aimé et cultivé les belles- 
lettres; mais son goût dominant le 
portait à l'histoire et à la bibliogra- 
pliic. Les pays étrangers, comme la 
France, avaient contribué à former 
sa bibliotbcque, la plus complète, 
la mieux choisie et la plus nom- 
breuse qui ait peut-être jamais été 
en la possession d'un particulier ; 
elle était riche, surtout, en poètes , 
et en romanciers , à dater de ceux 
qui , dans le onzième siècle, ont écrit 
en langue romance. Libre de tous 
soins publics , il mit en ordre cette 
magnifique collection , et en dressa 
un Catalogue exact. D'environ cent 
mille volumes , appartenant au mar- 
quis de Paulray, il n'y en a qu'un 
petit nombre , et des moins intéres- 
sants , à la tête desquels on ne lise 
pas une notice instructive, écrite ou 
dictée par lui. Aussi t©us les gens 
de lettres profitaient-ils sans cesse 
d'un tel trésor. Son amour pour les 
livres lui fit naître le dcsir d'en aug- 
menter personnellement le nombre ; 
et en peu d'années il produisit plus de 
volumes que n'en ont enfante pen- 
dant leur vie entière des écrivains re- 
nommés par leur fécondité. M. Mag- 
nin . de Salins , son bibliothécaire, 
eut beaucoup de part à la rédac- 



PAU 

tion de ses ouvrages. Ce fut an com- 
mencement de 1775, qu'il conçut et 
publia le plan de la Bihliothènu& 
universelle des romans ; et l'on vit 
paraître dans la même année plu- 
sieurs volumes de cet ouvrage. Il en 
donna environ quarante jusqu'à la 
fin de 1 778 , que des raisons parti- 
culières le déterminèrent à abandon' 
ner l'cntieprise. Ses con!inuateur3 
ne firent pas oublier la partie qu'il 
avait dirigée , et dont tous les mor- 
ceaux avaient été composés ou re- 
touchés par lui. A peine eutil renon* 
ce à la Bibliothèque des romans^ 
qu'il s'occupa des Mélanges d\ine 
grande bibliothèque , ouvrage plus 
sérieux , plus important et plus utile 
{F, Com'ant-d'Orville, ix , 496)» 
C'est, pour ainsi dire, V Esprit de 
l'immense Bibliothèque de Paulmy , 
et le, principal résultat des Notes ou 
Observations qu'il avait écrites sur 
tous ses livres. Les gens du monde 
y trouvent des notions ordinaire- 
ment aussi amusantes qu'instructi- 
ves , sur bien des objets qui sont du 
domaine de l'instruction littéraire ou 
scienlitique; et les savants de proies» 
sion y reconnaissent'leurs premières 
études : en moins de huit années , 
ce recueil s'éleva à soixante-cinq vo- 
lumes , et les matériaux furent réu- 
nis pour ceux qui devaient suivre. 
Voyant sans cesse les hommes do 
son temps qui avaient eu le plus de 
succès dans les genres légers de la 
littérature, il composa , soit en so- 
ciété avec quelques-uns d'entre eux, 
soit tout seul , des romans , des chan- 
sons de circonstance, et des opéra, 
comiques en vaudevilles. Une fois' 
que Paulmy eut pris le parti d<j 
vivre dans la retraite , il se dém-? 
successivement de tontes les places 
qui pouvaient gêner sa liberté, et ne 
se réserva , outre le gouvernement dj? 



à 



PAU 

Tarsenaî de Pans , que la charge de 
chancelier de la reine, qui, à sa mort, 
devait être perdue pour sa famille. 
Devenu homme prive, il garda toute 
sa maison, ne voulant pas que son 
changement d'ëtat, qui n'avait point 
été un malheur pour lui, en fût un 
pour ceux qui s'étaient attaches à sa 
fortune. Dans ses dernières années , 
jouissant du vrai bonheur au milieu 
de tous les siens, de ses amis et de ses 
livies, il ne formait plus qu'un vœu : 
c'était que sa précieuse et trcs-consi- 
derable bibliothèque ne fût pas de'- 
membre'e , quand il aurait cesse 
d'exister. IMo>sieur, le comte d'Ar- 
tois, en acquit la propriété ( 1781 ), 
à condition que l'ancien possesseur 
continuerait d'en disposer toute sa 
vie. Gehii-ci n'interrompit pas l'u- 
sage qu'il avait d'enrichir annuelle- 
ment la collection formée par lui j et 
après les orages et les spoliations de 
la révolution, elle est encore entre les 
mains du frère de Louis XVllI. C'est 
la Bibliothèque dite de V^rsenal. 
Paulmy avait donne au public un ou- 
vrage de son père. Considérations 
sur le gouvernement de la France. 
Il mit en ordre , et fit paraître , en 
i';8j , des Essais dans le goiU de 
ceux de Montaigne , que le marquis 
d'Argenson avait aussi composés. Il 
était simple dans ses mœurs, dans 
ses manières, dans ses habits , et jus- 
<pie dans ses livres. Probe jusqu'au 
scrupule, noble et désintéressé, il 
employait, chaque année, une som- 
me considéra"ble à soulager l'infor- 
tune. Il mourut , à la suite d'infir- 
milés très douloureuses , le i3 août 
1787. De son second mariage avec 
mademoiselle Fyot de La Marche , 
il avait laissé une lille unique, la 
duchesse de Luxembourg. Sonélogc, 

»d'où a été tiré le fond de cet article, 
fut lu dans la séitirc publique de la 



PAU uo 

Saint Martin, 1788, .^ l'académie 
des inscriptions, par M, Dacicr : il en 
était membre honoraire ainsi que de 
l'académie des sciences. L — P — e. 

PAU LUS ( JuLius ) , jurisconsulte 
du premier ordre , llorissait à Rome 
dans le 1^. siècle de l'ère chrétienne. 
Lelieude sa naissance est un problè- 
me dont les «avants ont présenté des 
solutions différentes. Un grand nom- 
bre, entre lesquels il suÀit de nom- 
mer Cujas, ont placé son berceau 
à Padoue, alléguant pour motif de 
leur opinion, la statue élevée en son 
honneur dans celte ville , et la te- 
neur d'une inscription que réprouve 
un scepticisme éclairé. Holtman lui 
donne une origine grecque. Le pré- 
sident Bertrand, biographedes prin- 
cipaux jurisconsultes de l'antiquité , 
accumule de son côté les inductions 
qui tendent à faire regarder Paulus 
comme Syrien. Ou le trouve, dit-il, 
constamment associé à Ulpien; il 
est traité avec bienveillance par l'im- 
pératrice Mamraée, femme d'Alexau» 
dre- Sévère; son langage sent l'é- 
tranger ; il emprunte souvent sea 
comparaisons et ses termes d'art à 
la Grèce, explique ou éclaircit vo- 
lontiers les locutions latines par des 
équivalents pris dans la langue grec- 
que. Aucune de ces circonstances n'a 
une relation nécessaire avec l'hypo- 
thèse suivant laquelle Paulus eut ïyr 
pour patrie. S'il fallait choisir entra 
des probabilités , nous pencherions 
pour l'opinion soutenue par Lau- 
rent Pignoria, qui met Paulus au 
nombre des hommes célèbres que 
Rome a produits ( Symbol, epistol. 
40 relie acquiert un grand poids par 
ce qu'on lit dans \(t?> Césars d'Au- 
rélius Victor ( chapitre '^4 )> qu'^'i^- 
le X and re- Sévère rendit le juriscon- 
sulte Paulus (i sa patrie. Plusieurs 
auteurs veulent que Paulus ait profi- 



3iG PAL' 

le des leçons de Paplnten : Us n'ont 
pas fait attention qu'il se porta le 
rival et le contradicteur habituel de 
ce dernier; et loin de supposer entre 
eux. les rapports de maître et de 
disciple , il est vraisemblable qu'ils 
fréquentèrent en même temps Técole 
de Cervidius Scëvola. Paulus exerça 
])cndant plusieurs anne'es le minis- 
tère d'avocat à Rome. Il fut appelé 
au conseil de Sévère et de Caracalla , 
où il déploya une grande liberté de 
discussion , et se livra quelquefois à 
une opposition brusque et cjnniâtre. 
He'liogabale eu fut sans doute of- 
fensé, puisqu'il l'exila. Cette dis- 
grâce dura peu : Alexandre-Sévère 
s'empressa de le rappeler; il l'cleva 
de la prétureà la dignité consulaire, 
et le nomma préfet du prétoire après 
la mort d'Ulpien. Paulus avait voué 
aux Chrétiens une haine violente. 
L'aigreur de sou caractère est en- 
core attestée par l'affectation mal- 
veillante avec laquelle il s'attache à 
critiquer ses devanciers et ses con- 
temporains. Ses expressions sont 
dures et tranchantes. Il ne gardait 
pas plus de ménagements à l'égard 
des décisions émanées des empe- 
reurs. La gloire de Papinien devait 
troubler son repos : il essaya de la 
flétrir en le commentant ( V. Vkv\~ 
nien). Les i?«?)70725<?5dc Paulus étaient 
entre les mains de tous ceux qui étu- 
diaient le droit dans les écoles de 
l'empire. Théodose le Jeune et Va- 
lentinieu III le comprirent dans 
leur ordonnance qui imprimait for- 
ce de loi aux écrits d'un petit nom- 
bre de jurisconsultes éminents. Il 
penchait pour la doctrine des Sabi- 
niens; mais son goût pour les subti- 
lités et pour une interprétation stric- 
te et littérale l'écarta fréquemment 
de leurs principes. On s'accorde à lui 
reprocher Tobscuritç de son style. 



PAli ^_ 

Il y a environ 2000 citations d^^H 
lui dans le Digeste; et nul autre ju- ^ 
jisconsuite romain ne l'égala poui"^ 
la fécondité. Indépendamment d'un' 
grand nombre de traités particuliers 
mentionnés dans V Index placé à la] 
tête desPaiidectesFlorentinesetdans 
plusieurs lois du même recueil, il 
composa 80 livres sur l'Édit du pré- 
teur ; 16 de Questions ; '23 de Ré- 
ponses; 23 de Sommaires des édits; 
iG ad Plautium; 10 ad Leges;'j 
Eegularum ; 6 Sententiarum veL 
Factorum; 5 autres Sententiarum ; 
4 livres ad Fitelliam; 4 ^^ Ne- 
ratium ; 3 sur les Fidéicommis ; 
3 Decrctonnn ; 3 sur l'Adultère ; 3 
Manualium ; 12 Institulionum ; 'i 
de OJficioproconsLdis ; 7 ad Legem 
jEliam Senilam ; 2 ad Legem Ju~ 
liam ; 2 de Censihus ; plusieurs ad 
Sahinum de jurejîsci et adedictum 
œdilium curulium) des Remarques 
sur Labéon, Javolenus, Julien, Scé- 
vola, Papinien et Alfénus. De tous 
ces ouvrages il ne nous reste que les 
fragments seuls dans le Digeste, et 
les 5 livres llcceptarum sententia- 
rum^ que Paulus avait adressés à son 
fils. Ce résumé des éléments du droit 
romain a été conservé dans la com- 
pilation exécutée par ordre d' Alaric , 
mais tronquée , mais altérée par des 
additions étrangères ( F. Ficuard ) : 
il jette un grand jour sur le droit 
antérieur à Justinien, et fait partie 
du recueil de Van Leeuven ( De ori- 
gine et progreisujuris civilis roma- 
ni auctores et fragmenta ), et de la 
Jurisjjrudentia vêtus antè-Justinia- 
nea , de Schulting. Cujas a fait sur 
Paulus le même travail que sur Pa- 
pinien. F — T. 

PAULUS ( Pierre ) , homme d'é- 
tat hollandais , né en 1754, dans la 
petite ville d'Axel (Flandre hollan- 
daise), entra, jeune encore, dans 



PAU 

les emplois. Son génie trouva dans 
les fonctions de conseiller et avocat 
fiscal de l'a mi lau te de la Meuse, en 
1785 , l'occasion de se développer 
de la manière la plus utile à son 
pays. Lorsque le département de la 
Meuse lui lut confié . la Hollande 
était menacée d'une guerre avec l'An- 
gleterie. Le système, soutenu par 
les stathouders , qui ne songeaient 
qu'aux troupes de terre , avait ruiné 
la marine. Les circonstances étaient 
pressantes ; Paulus dirigea ce grand 
ouvrage : il introduisit, dans les tra- 
vaux qui lui étaient confiés, un or- 
dre, une activité, inconnus jusqu'à 
lui. Son exemple ranima l'auii- 
rautc d'Amsterdam ; et l'on fut 
étonné , au bout de deux ans , de 
voir la marine hollandaise sortir , 
pour ainsi dire , de ses ruines , forte 
de 4^ vaisseaux de ligne , presque 
tous de nouvelle construction. Sa 
conduite était si sage , que, quoi- 
qu'il ne déguisât pas ses opinions, 
les statlioudériens osaient à peine le 
blâmer. Son intégrité leur imposait. 
Il fut cependant destitué en 1787 , 
et resta sans fonctions jusqu'à la 
chute du stathoudérat. 11 gémit pro- 
fondément de l'abandon de la Fran- 
ce, et accabla de courageux repro- 
ches le ministre chargéde ses intérêts. 
Souvent il l'avait avertide la marche 
de l'armée prussienne, en deman- 
dant à grands cris les troupes pro- 
mises et jamais envoyées au camp 
de Givet. Enfin , lorsque tout fut 
consomraé,'«tque l'ambassadeur an- 
glais eut commandé son éloigne- 
k . ment, il vint à Versailles, où il fut 
■ accueilli avec distinction. Il y avait 
j)orté sa franchise , cet esprit de 
liberté et d'indépendance qui dé- 
guise mal la vérité. Il fit des rcpro- 
»ches qu'on écouta sans lui répondre: 
on lui demanda des rcnseigucmcntë 



PAU 017 

et des conseils tardifs. Il alla visiter 
quelques-uns de nos ports , en jugea 
les travaux , et quitta la France en 
disant qu'il se taisait fort de créer 
une nouvelle marine à cette puissan- 
ce avec ce que coûtaient les malver- 
gations. Paulus eut la douleur de voir 
arriver en conquérants , dans son 
pays , les Français qu'il y avait si 
ardemment appelés comme alliés ; 
et, de même que tous les hommes 
de son parti, il fut bien cruellement 
abusé par les promesses de liberté et 
d'indépendance. En 179^ , il pré- 
sida le premier l'assemblée des re- 
Î)résentants provisoires de la Hol- 
ande , fut membre du comité de 
marine , négociateur du traité de 
paix avec la Fiance, et député de la 
province de Hollande aux délibéra- 
tions qui avaient pour objet la con- 
vocation d'une assemblée constituan- 
te. En remplissant ces fonctions , il 
fut saisi d'un rhume violent , qui le 
conduisit en peu de jours au tom- 
beau , le 17 mars 179G. On a de lui 
différents ouvrages : I. Du droit 
qua la province de Zélande de 
posséder une université , Leyde , 
1775, in-8'^. II. Commentaire sur 
l'union d' Uirecht , Utiecht , 1775, 
3 vol. in-S». III. Vu Stathoudérat, 
1773 et 1778, avec une apologie 
contre Paul Dortsma , nom suppo- 
sé, sous lequeU'avait attaqué Jean 
Barueth , pasteur à Dordrccht. IV. 
Visputatio de origine , progressa 
et solutione nexûs feudalis Flan- 
driam inter et Zelandiam , Leyde , 
1775, in-8°. C'est la thèse que sou- 
tint Paulus , lorsqu'il prit ses degrés 
à l'université de Leyde. VI. Ver- 



clc. 
79^ 



handeling over de 
Harlem, 1792 , in- 8''. , et 
4*^. édition. Cet ouvrage est un expo- 
sé du principe de l'égalité politique. 
F— I i. 



2l8 



PAU 



PAUSANIAS, gênerai laceJemo- 
nien, était fils de Gléombrote, roi 
de Sparte ( F, ce nom, IX, 53 ). Il 
devint tuteur de Plistarque , fils de 
Leonidas ( i ), et eut , en cette qualité, 
le commandement des troupes de 
Lacédemone. Il se signala dans la 
guerre contre les Perses, et , de con- 
cert avec Aristide , remporta une 
victoire éclatante, à Platée, le l'i 
septembre de l'an 479 av. J.-C. , sur 
Mardonius , l'un de leurs plus ha- 
biles généraux, qui perdit la vie 
dans le combat ( V. Mardonius , 
XXVI , 6^29 ). Ayant vu les apprêts 
d'un festin que Mardonius se pro- 
posait d'ofTrir à ses amis, et com- 
parant le luxe asiatique à la simpli- 
cité de Sparte : « Quelle folie , dit-il , 
à des gens qui peuvent se procurer 
des mets si délicats , de venir nous 
disputer notre ])ain noir! » Paiisanias 
se réserva des dépouilles de l'enne- 
mi un trépied d'or qu'il consacra , 
dans le temple deDeli)hes , par une 
inscription qui lui attribuait tout 
riionncur de la victoire^ mais les 
magistrats de Lacédemone la rem- 
placèrent par une autre qui contenait 
les noms des villes de la Grèce dont 
les enfants avaient combattu dans 
cette glorieuse journée. Cependant 
il fut chargé du commandement de 
la flotte destinée à chasser les Perses 
dis villes qu'ils possédaient encore 
dans l'île de Cypre et sur les bords 
de l'Hellcspont. Il s'empara de By- 
zauce('2); etle succès de cette expc- 



(i] Pausaiiias c'tait le neveu de Leonidas, et le 
cousin de Plistarque; ce ne fut |)as le vainqueur de 
Platée , mais son ])ctit-fils, dont l'article suit, qui 
ruppoi taàSpaiteles restes de Leonidas. (/-^. ce nom, 
XXI V, 1G8 , et la nute au bas de la page. ) 

(9.) Ce fut à la prise de cette ville que la belle Cle'o- 
nice tomba ent-e ses mains : cette jeune personne, 
d'une des familles les plus distinguées de Byxance, 
ayant eu le malheur de plaire au général en cbef des 
fforces de la Grèce, il donna ordi e qu'on la lui ame- 
nât, etsesparents^i'os(rent])as la refuser, lin entrant 
dabs M ciinmbie, elie lenver.sa la lampe aliuiiite 



PAU 

dition ayant encore accru son or- 
gueil , il osa concevoir l'idée d'as- 
servir sa pairie, et chercha à se mé- 
nager l'appui du roi de Perse , en 
lui renvoyant sans rançon les pri- 
sonniers alliés à la famille royale. 
Peu après il écrivit à Xcrcès pour 
lui demander sa fille en mariage, 
s'engageant, pour piix de cet hon- 
neur, à le rendre maîtrede la Grèce. 
Le roi , enchanté de cette ouverture, 
lui députa aussitôt Artabaze, l'un 
de ses principaux satrapes, pour 
l'assurer que s'il tenait sa promesse, 
il devait tout espérer de sa recon- 
naissance. Mais la hauteur de Pau- 
sanias et sa dureté envers les alliés 
ayant excite des plaintes , il fut dé- 
pouillé du comm-mdement et puni 
d'une amende. Il s'éloigna bientôt 
de Sparlej et renonçant tout-à-coup 
aux mœurs et à l'habillemeiit même 
de son pays , il se retira à Colones , 
ville de Troade , où il afTicha un 
luxe qui effaçait celui des princes 
de l'Asie. 11 attendait avec impa- 
tience l'instant d'exécuter ses projets, 
lorque les éphores , instruits de ses 
coupables manœuvres , lui enjoigni- 
rent de revenir à Sparte. L'ordre 
était si pressant qu'il n'osa pas dé- 
sobéir. A son arrivée, il fut mis en 
prison ; mais on ne put le convaincre 
d'avoir eu des intelligences crimi- 
nelles avec le roi de Perse. Cependant 
les plus graves soupçons pesaient 
toujours sur sa tête ; et les magis- 
trats , en lui rendant la liberté, cru- 
rent devoir éclairer ses démarches. 
Quelque temps après , Pausanias re- 
mit à un jeune Argilicn une lettre 



devant son lit, et l'éteignit; ce bruit avant e'veillé 
Pausanias, qui craignait sans cesse que ses intelli- 
gences avec le ri de Perse ne fufsent découverte» 
et qu'on ne le fit arrêter, il se leva, et frap^^a de 
son poignard Cléonice, qui mourut sur-le-cbamp. 11 
crut, depuis ce temp, la voir toujours ^devant lui, 
et cette image le touriuenta jusifu'ùson damier mo- 
ment. 



PAU 

pour Artabaze , en lui recomman- 
dant la plus grande diligence. L'Ar- 
gilien rcflcchissant qu'aucun de ceux 
qui avaient cte charges de sembla- 
bles commissions , n'était revenu , 
soupçonna que cette lettre renfer- 
mait quelque mystère qu'il lui im- 
portait de pénétrer; il l'ouvrit donc, 
et ayant vu que Pausanias recom- 
mandait de faire mourir le messa- 
ger, il la porta sur-le-cliamp aux 
épliores, en les priant de le prendre 
sous leur protection. Cette lettre 
contenait des preuves certaines de 
la trahison de Pausanias; mais les 
éphores ne les jugèrent pas lufii- 
santes pour sévir contre un homme 
qui avait rendu de si grands servi- 
ces à la république. Ils ordonnèrent 
donc à l'Ar^ilien de feindre qu'il 
était poursuivi . et de se réfugier 
dans le temple de Neptune ( situé sur 
le promontoire de Ténare), regarde 
par les Grecs comme un asile in- 
violable. Pausanias , dès qu'il fut in- 
formé delà résolution qu'avait prise 
l'Argilien , vint le trouver tOut trou- 
blé pour lui demander le sujet de ses 
craintes. Leur conversation fut en- 
tendue des éphores cachés derrière 
l'autel ; et les aveux du général 
ne leur laissèrent aucun doute sur 
ses coupables desseins. Pausanias , 
croyant avoir tranquillisé l'Argi- 
lien , reprit le chemin de Sparte ; 
mais , averti par quelques signes que 
lui fit un des éphores, qu'il allait 
être arrêté, il entra dans le temple 
de Minerve! L'ordre fut aussitôt 
donné d'en murer les portes; et l'on 
dit qu'Auchitée, mère de Pausanias, 
indignée du crimede son fils, apporta 
elle-même la première pierre. Ou 
enleva aussi la couverture du tem- 
ple , afin que, restant exposé aux in- 
jures de l'air, il pérît plus promp- 
tement. Il en fut retiré demi-mort 



PAU 1UJ 

et expira peu d'instants après , vefs 
l'an 477 ^^- J-'^- ^°" corps fut , d'à* 
près l'ordre de l'oracle de Delphes , 
déposé au lieu même oîi il avait 
terminé une vie honorée par des 
exploits brillants, mais dont la fin 
avait été souillée par une trahison. 
Cornélius Népos a écrit la vie de ce 
personnage , qui a fourni à W. Trou- 
vé le sujet d'une Tragédie,ïmi^nméc 
en 1810; on en trouve l'analyse dans 
le Magasin encjclop. , première an- 
née, ï,i 3*2. W— s. 

PAUSANIAS , roi de Sparte , pc- 
til'fils du précédent, avec qui plu- 
sieurs auteurs l'ont confondu (1), 
succéda, l'an 4o8 avant J.-C. , à 
Plistonax son père, et régna avec Agis 
II. Les Lacédémoniens ayant déclaré 
la guerre aux habitants de l'Elide , 
Pausanias pénétra dans cette pro- 
vince, s'empara de plusieurs villes , 
et vint mettre le siège devant la ca- 
pitale. Convaincus que les Elidiens 
n'oseraient pas mêmetenter une sor- 
tie, il négligea de prendre des précau- 
tions pour garantir son camp d'une 
surprise j mais les assiégés, profitant 
de sa sécurité, mirent en déroute 
une partie de ses gens , et le forcè- 
rent de s'éloigner. En se retirant , 
Pausanias détruisit les récoltes , en- 
leva les troupeaux , et laissa , sur 
différents points des garnisons, pour 
inquiéter les Elidiens , qui deman- 
dèrent la paix. Elle leur fut ac- 
cordée à condition qu'ils céderaient 
leur flotte aux Lacédémoniens , et 
qu'ils ne s'immisceraient plus dans 
les affaires de leurs voisins. Bientôt 
après , Pausanias fut envoyé à Atliè- 
ncs pour défendre les archontes que 
Lysandre avait établis en cette ville , 
et qui s'étaient rendus odieux cuabu- 



(l) Kiitrc autrui Courtin , dniis nr« >'i'les ."lur ]» 
Ciiinelitti Ai/'iij .ai lijuin DcLfiliir.i . 



aîo ^ PAU 

saut de leur autorité ; mais, touche' 
(lu sort des Athcuiens , il devint mé- 
diateur cutrc Tlirasybule et les tren- 
te tyrans , et contribua ainsi à rele- 
ver l'ancienne forme du gouverne- 
ment (/^.Turasybule). La conduite 
de Pausanias lut désapprouvée, et , à 
son retour à Sparte , il fut appelé en 
jugement. Les quatorze premiers ju- 
ges opinèrent contre lui ; mais les 
autres lui ayant ete favorables , il fivt 
renvoyé absous. Lors de la guerre 
contre les Thébains , Pausanias eut 
le commandement de l'armée avec 
Lysandrc, qui entra le premier dans 
la Beotie , et qui , ayant été attaque 
près d'Haliarte , perdit la bataille et 
la vie ( F, Lysandre, XXV, 54o). Il 
n'arriva que le lendemain du com- 
bat j et craignant d'être traLi par la 
fortune s'il tentait un nouvel enga- 
gement , il fit une trêve avec les 
Thébains , pour rendre les honneurs 
de la sépulture à son collègue. La 
perte de la bataille d'Haliarte fut 
attribuée à la lenteur de Pausanias ; 
mais , ne voulant pas s'exposer à 
un second jugement , il s'exila , et 
termina ses jours àTégée, dans le 
temple de Minerve , regardé par 
les Grecs comme un asile invio- 
lable. Il avait régné quatorze ans. 
Agésipolès , son (ils , fi* son suc- 
cesseur ( F, Agésipolès , 1 , 290 ). 
Quoique banni injustement de son 
pays, il lui resta toujours attaché ; 
et il cherchait à donner aux étran- 
gers une haute idée des mœurs et des 
vertus des Lacédémoniens. « Que ne 
restiez vous avec eux ? lui dit un 
jour un habitant de Tégée. » — a Les 
médecins, répondit Pausanias, ne 
restent pas chez les gens sains; ils 
vont chez les malades. » W — s. 

PAUSANIAS , historien grec du 
deuxième siècle, mais sur la vie du- 
quel ou n'a presque aucun détail; est 



PAU 

le plus ancien auteur qui nous ait lais- 
sé une description de voyages. Son 
ouvrage , dont luie partie fut écrite 
6OUS les règnes d'Adrien etd'Antonin- 
le- Pieux , fut achevé à Rome sous 
Marc-Aurèle ; et l'auteur y travaillait 
encore l'an i'j4 de J.-C. ( liv. v, 
ch.i ). Il avait vu beaucoup de pays, 
ayant parcouru , oulre la Grèce et 
l'Italie , l'Espagne , la Macédoine , 
l'Asie Mineure , la Palestine, et l'E- 
gypte jusqu'au temple de Jupiter 
Ammon. Constantin Porphyrogc- 
nète le suppose natif de Damas : 
mais l'opinion commune est qu'il 
naquit à Gésarée en Cappadoce , et 
qu'il est le même que Pausanias le 
Sophiste , dont parle Galien , et 
qui, selon Philostrate, était un des 
dix élèves favoris d'Hérode Atticus, 
auxquels cet illustre rhéteur donnait 
des leçons particulières. Il mourut à 
Rome dans un âge fort avancé. Son 
Fojage en Grèce ( E)Jâc5'oç Ilspiïj- 
-yyîfft; ) , le seul ouvrage que nous 
avons de lui , est un des plus cu- 
rieux monuments qui nous restent 
de l'antiquité ; et sans ce guide il 
est à crdire que l'abbé Bartiiélemy 
n'eût pas fait voyager sou Ana- 
charsis. Pausanias s'occupe parti- 
culièrement des édifices publics , et 
des productions de l'art ; et il le 
fait quelquefois de la manière la plus 
minutieuse : on le voit consacrer 
trois chapitres entiers (V, 17-19) , 
à la description d'un coffre (i) ; 
mais il passe avec rapidité sur les 
objets qui étaient généralement con- 
nus de son temps. Il se borne à in- 
diquer le temple de Thésée et le Par- 
thénon d'Athènes , le temple de Del- 



(i) Cette description du coffrede Cypsélusa four- 
tiî au célèbre Heyne le sujet d'un savant commentaire 
( Uber dsn Kas'len des Cypseltis , etc. , Gœttingen , 
1770, in-8".); et M. Quatremère de Quincy l'a ex- 
lilique'c d'une manière fort heuieu*» duu? SOH Jupi- 
ter OJ^yinpi^n , v^ j:»/!^». 



PAU 

Jilies, etc., sans doute parce que l'Iii»- 
toirc et les descriptions de ces mo" 
nuiuents n'étaient ignore'es de per- 
sonne ; mais il fait connaître avec 
soin le tempîe de Minerve Alca , 
à Tege'e , parce que l'Arcadis était 
rarement visitée des voyageurs, aux- 
quels son livre était destiné à ser- 
vir de guide. La forme qu'il adopte 
n'est point , en eOet , celle d'une 
géographie, et moins encore celle 
d'un voyage oîi l'auteur décrirait se» 
aventures : on ne l'y voit point en 
scène j son rôle est de conduire le 
lecteur , comme par la main. Il 
commence , sans préambule, par lui 
dire : « Dans cette partie du conli- 
n nent de la Grèce qui regarde les 
» Cyclades et la mer Egée, s'élève, 
» en avant de l'Attique, le promo- 
rt toire Suuium. En le côtoyant , 
» vous trouvez un port, ... En na- 
» viguant un peu plus avant, tous 
» vojez Laurium , oiî étaient jadis 
» les mines d'argent des Athéniens 
» (i), etc. » Mais à l'occasion des 
objets qu'il montre sur sa route , et 
d<îs édifices qu'il décrit , il ne man- 
que point de citer les poètes et 
les historiens (2) , de recueillir les 
traditions historiques et mytholo- 
giques , et il se livre parfois à des 
discussions qui jettent un grand jour 
sur divers points obscurs de l'his- 
toire ancienne du continent de la 
Grèce. Les î'es de l'Archipel n'en- 
trent point dans son plan j et ses ex- 
cursions ne s'étendent pis au nord 
plus loin que les Thermopyles. Les 
dix livres qui composent son ou- 
vrage , portent le nom de la con- 
trée décrite dans chacun : ce sont 
les Altiques^ les Coj inlhiaques , les 

(i) Traduction de Cluvier. 

h') I> nninhro des auteurs cjii'il cilf , et doiU Fn- 
Lriciua dooite l« liste, Vcicve » iiluj de i8a. 



PAU 321 

Laconiques , les Messéniques , les 
Eliaques ( en deux livres , où so 
trouve ledétail des jeux olympiques), 
les Achaïques , les Arcadiques , le» 
Béotiques et les Phociques. Pausa- 
uias se montre habituellement bon 
observateur et historien judicieux: 
ses idées , sans doute , relativement 
aux souvenirs conservés dans cha- 
que temple , sur les faits merveilleux 
qu'on en rapportait, sont celles de 
son siècle. On le voit quelquefois 
discuter sérieusement sur le choix à 
faire entre deux traditions qui nous 
semblent également absurdes ; reje- 
ter l'une , et adopter l'autre qui se 
concilie mieux avec les opinions qui 
lui sont plus familières : mais on lui 
reproche avec plus de justice de rap- 
porter, comme témoin oculaire, des 
faits qui nous paraissent excéder tou- 
te croyance j lorsque , par exemple , 
il dit qu'd a vu, h Poroséléué, un dau- 
phin venir à la voix d'un enfant, « et 
» quand celui-ci le desirait , lui ser- 
» virde monture pour le transporter 
1) où il voulait (1). » Pausanias était 
versé dans la connaissance des beaux- 
arts , surtout de la peinture et de la 
sculpture j et les précieux détails 
qu'il nous a transmis , sur près de 
200 artistes , et sur leurs diverses 
écoles , sont d'un grand intérêt pour 
l'histoire de l'art dans ranti(iuité. 
Son style , mauvaise imitation de 
celui de Thucydide , est bien celui 
d'un sophiste : habituellement né- 
gligé , souvent afîècté , il est si 
concis, et souvent si obscur, qu'il 
faut, pour bien l'entendre, en avoir 
fait une étude particulière; aussi a- 
t-il souvent exercé les érudits et les 
commentateurs. Le texte grec de 
Pausanias a paru jiour la première 
fois , chez les Aides , par les soins 

ft) Ineonu!., tome il, i>. aia^Àlit. da GliiTier. i 



422 PAU 

(le Marc Mu.^urus , Venise , 1 5 1 G , 
iii-fol. ; ëdilioii fort incorrecte , et 
exécutée sur un mauvais inanusciit. 
Celle de Francfort, 1 583 , in-fol. 
( Foyez Sylburg ) , rëimprimee à 
Hanau, iGi3* et celle de Leipzig, 
i6()G , in-fol. , donnée par Kulin , 
sont accompagnées de la traduction 
Jatiue d'Ainasco , qui avait paru sé- 
parément, Florence , i55i; Baie, 
1557; Lyon, i558, 1 vol. in-iG; 
Francfort , 1G24 , in-B^. Cette ver- 
sion , plus élégante, mais moins 
fidèle que celle de LoescLer ( publiée 
sans le texte grec, chez Oporin , 
Baie , i55o , in fol. ) , forme le 4''. 
volume de la jolie édidon donnée à 
Leipzig par J,-F. Facius , 1794-97, 
4 vol. in-8^. , la première où l'on 
ait essayé de rétablir le texte à l'ai- 
de des manuscrits. L'édition de M. 
Scliaefer, Leipzig, 1818, 3 vol. 
in-i 8 , est toute grecque. On préfère 
à l'une et à l'autre celle de Clavier , 
Paris, 181 4- 21, 6 vol. in-B"., 
malgré les nombreuses fautes d'im- 
pression qui la déparent. Le texte 
grec, revu sur quatre manuscrits 
de la bibliothèque du Roi, y est 
accompagné d'une nouvelle traduc- 
tion française, qui a fait oublier celle 
de Gédoyn ( Foj. ce nom, XXVII, 
17). Quant à la version française 
de Biaise de Vigenère, que cite Fa- 
bricius , on peut assurer qu'elle n'a 
jamais existé (i). Nous ne ferons 
qu'indiquer la traduction italienne de 
Bonacciuoli , Mantoue , 1597 ? "^" 
4°. , et celle qui a paru à Rome, 
1799.-93, 5 vol. in-4o. ; l'anglaise, 
de Th. Taylor , Londres, 1793 et 



(1) Trois autres traductions françaises sont de- 
tneurtes inédites : Tune commencée jjar ('aiimar- 
tin ; une autre annoncée par Publicola ( baussard ; 
et celle de Baveux, qui, selon le prospectus, devait 
former tr lis voliuncs in-folio ( i.eltie de J.-B.-d. 
Graiiiville, dans le Mn^as. eiirycL, re. année , VI, 
">,-/ y et S"-', année , 1 , 3.54 )• 



PAU 

94, 3 vol. in-B». ; et rallcraandc, de 
Goldhagcn, 2*^ édit. augmentée, Ber- 
lin, i7<)B, '1 vol. in-8'\ C. M. P. 

PAUSE (Jean de Plantavudj: 
LA ) , abbé de Saint-Martin-aux-Buis , 
et évêque de Lodève, était issu d'iine 
famille originaircd'Ilalie, les Strozzi. 
11 naquit en i57G,au château deMar- 
cassargue , dans le Gevaudan , chez 
son aïeul maternel , qui portait le 
nom, depuis si glorieux, d'Assas. 
Sa mère , surprise par les douleurs 
de l'enfantement, dans la chapelle 
du château , lui donna le jour sur 
les marches mêmes de l'autel; cir- 
constance qu'on ne manqua pas de 
regarder comme surnaturelle, quand 
La Pause , élevé par son ])ère dans 
la religion protestante, l'abandonna 
pour se réunir à l'église romaine. 
Placéd'abord à l'académie de Nîmes, 
il y fit d'excellentes études , et s'a- 
donna particulièrement à celle de 
l'hébreu; il embrassa ensuite le mi- 
nistère évangélique , et en remplit 
les fonctions à Béziers , avec éclat, 
jusqu'au moment de son abjuration. 
En changeant do croyance , il ne 
changea pas d'état : il prit les or- 
dres , et, aussitôt qu'il eut été promu 
à la prcîrise, il alla étudier à Rome 
les langues orientales , le chaldécu 
sous le rabbin converti Dominique 
de Jérusalem, et l'arabe et le syria- 
que sous le savant Maronite Gabriel 
Sionita. Il voyagea dans l'Itahe , et 
en Allemagne , pour ajouter à son 
instruction. Lorsqu'il fut de retour 
à Rome, le pape Paul V l'employa 
dans les négociations qui riiircnt iin 
auxcontestations du Saint-Siège avec 
la république de Venise. L'ambassa- 
deur de France, qui en avait la direc- 
tion , conçut une grande idée des ta- 
lents de La Pause, et le recommanda 
à Marie de Médicis. Cette princesse 
le fit son aumônier. Plus tard , pre- 



à 



I 



PAU 

raier aumônier de la reine d'Espa- 
gne Elisabeth de France, il la suivit 
h Madrid; et c'est par la proleclioii 
de cette souveraine , qu'il fut , en 
iGa5, cleve à l'episcopat. Les de- 
voirs que cette dij^nite lui imposa, 
quoiqu'il les remplît avec une régula- 
rité exemplaire, et ses travaux scien- 
tifiques , n^absoibèrent pas tellement 
son temps, qu'il ne trouvai encore le 
loisir de se mêler, plus qu'il ne fal- 
lait, d'intrigues politiques. Croyant 
ne conspirer que contre le cardinal 
de Richelieu, et peut-être mcine ser- 
vir le roi, il prit une part très-acti- 
vc à la révolte de Gaston d'Orléans , 
et du maréchal de Montmorcnci , 
en i632. Tl fut du nombre des pré- 
lats de la province de Languedoc , 
impliques dans cette affaire, que le 
premier ministre, irrité , lit excep- 
ter de l'amnistie ; mais, à force de 
soumissions envoyées du fond de la 
retraite où il s'était caché, et par 
un humble hommage au cardinal , de 
son ouvrage , intitulé: Clironolopa 
■prœsiiluni Lodovensium in G allia 
JYarbojiensi j Aramon , iG34 , in- 
4" , il obtint enfin sa grâce , et l'au- 
torisation de rctoiu-ner dans son 
évêché. Le livre (piiliii valut en gran- 
de 2)artie celle faveur, contient la 
biographie de cent de ses prédéces- 
seurs , et l'histoire de ses propres 
tr.ivaux dans son diocèse. Dès qu'il 
y fut rentré, il uni la dernière main 
au grand Dictionnaire de Lingue hé- 
braïque auquel il travaillait depuis 
vingt ans, H dit , dans l'Avis au lec- 
teur , que c'est l'ouvra'^c de toute sa 
vie. L'édition en fut faite sous ses 
yeux, par Colomyez, habile impri- 
meur de Toulouse , qu'il avait pour 
cet effet, attiré à Lodève: les trois 
volumes in-folio dont se compose 
celte importante production , pa- 
rurent succcsivcmcnt en i644 et 



PAU a'23 

45. La première partie , 71iesaunis 
sjnojij miens hebraïco - çhaldaïco- 
rabhinicus , offre sous chaque lettre, 
dans l'ordre alpliabétique, et par 
colonnes , le mot hébreu et ses sy- 
nonymes ; la traduction latine; les 
cllalions justificatives prises dans la 
Bible; la version en latin de ces pas- 
sages ; les rapports ou les diflerences 
du chaldéen et du syriaque; enfin les 
mots correspondants employés par 
les rabbins. Dans le cours de l'ouvra- 
ge on trouve l'étymologie d'un grand 
nombre de mots grecs, latins, fran- 
çais , espagnols , anglais , belges et 
])olonais, dérivés de l'hébreu. A la 
fin du volume sont deux tables al- 
phabétiques , dont la première est 
un vocabulaire hébreu, et la seconde 
un vocabidairc pour la traduction, 
en hébreu , des mots grecs, latins , 
français , espagnols , etc. , qui ont 
des équivalents dans cette langue. La 
seconde partie a pour titre : /7o;t- 
le^iuni hiblicum. C'est un recueil en 
hébreu et en grec , avec la tiaduc- 
tion latine, de proverbes et de sen- 
tences , de paraboles et de préceptes , 
extraits, tantdc l'ancien que du nou- 
veau Testament. Un savant com- 
mentaire , toul-à-la-fois philologi- 
que, théologique et moral , accom- 
pagne cette compilation. L'objet de 
l auteur était de fournir à la jeunesse, 
en même temps qu'elle apprendrait 
le grec et l'hcljreu, les moyens d'ac- 
quérir la connaissance de l'Écriture 
sainte. Le Florile^iuia rabbinicum 
forme la troisième partie, et com- 
])rend un choix de maximes tirées 
du Talmud et des livres des rab- 
bins ; c'est tout ce qu'ils renferment 
de raisonnable, l^a Pause ne s'était 
livré à ce travail que pour épargner 
à la jeunesse studieuse la fatigue et 
le dégoût inséparables de la lecture 
de livres pleins de fables, de rêve- 



îii PAU 

ries et de puérilités • et ce qu'il leur 
a emprunte suiïït pour faire juger 
de la manière d'écrire de leurs au» 
leurs. Son ouvrage est plus ample, 
aussi exact et non moins utile quo 
ceux de Buxtorf et du P. T\lorin de 
l'Oratoire , sur le même sujet. Il y a 
joint la traduction hcbra'ique, qu'il 
avait faite dans sa jeunesse , de trois 
cents maximes extraites de plusieurs 
auteurs grecs et latins. Force' ])ar 
ses infirmités de quitter son cvêclic , 
La Pause se retira , en 1648, au 
sein de sa famille , dans le cliâlcau 
de Margon , près de Beziers , et y 
mourut, trois ans après , le '21 mai 
16S1 , Fojez la Notice publiée sur sa 
vie, par M. Poitevin-Peitavi, secré- 
taire de l'académie des jeux floraux , 
Bezicl's, )8i7,in-8o. V. S. L. 

PAUSIAS , peintre grec , de Si- 
cyone , florissait vers la 705*^. olym- 
piade ( l'an 3Go avant J.- C. ) : son 
père Brietès fut son premier maître : 
mais il prit aussi des leçons de Pam- 
phile , maître crApellcs ; et ce fut de 
lui qu'il apprit à peindre à l'encaus- 
tique, genre dans lequel il acquit 
une grande réputation. Toatcfois, 
ayant entrepris de reparer des pein- 
tures que Polignote avait execute'es 
à Thespies , la comparaison ne fut 
pas à son avantage , par cela même 
qu'il était sorti du genre qui lui était 
propre. Pausias introduisit l'usage 
de décorer , de sujets peints , les 
lambris et les panneaux des cham- 
bres intérieures des maisons ; il s'a- 
donnait surtout à la composition 
des petits tableaux, et il y peignait 
de préférence des enfants : il exécuta 
un de ces sujets en un jour, pour 
prouver que ce n'était pas par dé- 
faut de facilité qu'il avait adopté ce 
genre , comme ses rivaux le lui 
avaient reproché. La belle Glycère , 
une des plus célèbres courtisanes 



PAU 

de la Grèce, le compta au nombre 
de ses amants : elle était aussi de Si- 
cyonc, et commençait à briller , non- 
seulement par ses charmes, mais 
par l'art singulier avec lequel elle 
tressait des couronnes de fleurs , 
d'une élégance et d'un goût remar- 
quables. Pausias se plut à imiter» 
avec son pinceau , ces bouquets si 
recherchés dans la Grèce; et ses ta- 
bleaux de fleurs parurent bientôt 
dignes de leurs modèles. Il peignit 
Glycère elle-même, le front ceint d'u- 
ne de ces charmantes couronnes; et 
ce chef-d'œuvre acquit une telle ré- 
putation, que, dans la suite, Lucullus 
acheta deux talents d'or une seule 
copie de cet ouvrage. Au reste la ma- 
nière dont Pline parle de cette copie, 
mérite quelque attention , et pour- 
rait faire supposer un procédé par- 
ticulier par h^quel on reproduisait 
les peintures. Le même auteur rap- 
porte aussi que Pausias fit un très- 
grand tableau, qui fut depuis trans- 
porté à Rome et exposé sons les por- 
tiques de Pompée. Il représentait un 
sacrifice de taureaux; et l'artiste es- 
saya, dans cet ouvrage , deux inno- 
vations qui lui réussirent, et que 
bea^^îcoup de peintres imitèrent de- 
puis, mais avec moins de perfection. 
Il paraît que l'une de ces pratiques, 
inusitées avant lui, fut de peindre 
en raccourci un bœuf, et d'en faire 
sentir cependant la force et la gros- 
seur, et l'autre, de le faire détacher 
par la vigueur du ton et sans oppo- 
sition de couleurs , sur les objets en - 
vironnants : mais le passage où Pline 
explique ces deux procédés, laisse 
beaucoup de doute sur sa véritable 
signification , et a donné lieu à plu- 
sieurs explications différentes. Par- 
mi les chefs-d'œuvre de Pausias , on 
remarquait encore , dans un temple 
circulaire décrit par Pausanias , un 



PAU 

Amour, auquel l'artiste avait doune 
pour attribut une lyre au lieu de l'arc 
et des flèches yetunefigurcdel'M'^^ie 
buvant dans une coupe de verre , à 
travers laquelle on distinguait une 
partie du visage. Pausias passa toute 
sa vie à Sicyone , et contribua sans 
doute à la grande célébrité qu'acquit 
cette école. Dans la suite , ses ta- 
bleaux , et tons ceux q^ie possédait 
cette ville , furent engages pour 
garantie des dettes communales, et 
transportes à Rome , par l'ordre de . 
l'édile Scaurus. Pausias laissa plu- 
sieurs élèves , entre autres son fils 
Aristolaiis, cité comme l'un des peiu- 
tres les plus corrects , et dont les prin- 
cipaux ouvrages furent EpaminoU' 
das , Thésée , Périclès , Médée , la 
Vertu , le Peuple athénien : il ne 
craignit pas d'être accuse de trop de 
présomption en peignant aussi un 
sacrifice de taureaux, quoique son 
père eût fait un clief-d'œuvre sur le 
même sujet. Pausias eut encore pour 
disciple, Mécbo panes, dont la ma- 
nière n'était estimée que des seuls 
artistes. Son coloris paraissait dur, 
quoique varié. L — s — e. 

PACJSON, peintre grec , a dû vi- 
vre dans la 92^. olympiade, puis- 
qu'Aristote , en parlant de lui et de 
ses ouvrages , les met deux fois en 
comparaison avec ceux de Polygno- 
te, qui florissaitvcrs le même temps. 
a Polygnote, dit-il, embellissait ce 
» qu'il représentait ; mais Panson 
» restait au-dessous de ses modèles ; 
» Dionysiusles rendait exactement; » 
et ailleurs il engage les jeunes gens 
à étudier, des yeux et de la pensée, 
les ouvrages de Polygnote de préfé- 
rence à ceux dePauson. Il paraît au 
reste , que le talent de ce dernier ne 
l'enrichit pas, puisque sa pauvreté 
le réduisit à mendier, et passa même 
en proverbe. Uii amateur l'avait 
xxxiir. 



PAU 



225 



chargé de peindre un cheval dans 
l'action de se rouler; mais, en venant 
prendre son tableau , il trouva que 
l'artiste avait représenté un coursier 
au galop: comme il s'irritait de cette 
méprise, Pauson retourna en riant 
le tableau , et fit voir que le cheval se 
trouvait sur le dos , et tel qu'on le 
lui avait demandé. Cette anecdote , 
rapportée , à quelques variantes près , 
par Plutarque , Elien et Lucien , prou- 
ve qu'on n'ajoutait alors aucun ac- 
cessoire au sujet principal d'un ta- 
bleau, et qu'on n'était pas bien diffi- 
cile sur l'exactitude et la vérité du 
mouvement. L — s — e. 

PAUTE ( Le ). V. Lepaute. 
PAUTRE ( Le ). F. Lepautre. 
PAUW ( Pierre ) , en latin Pa- 
wius , ou Pauwius , médecin , né 
à Amsterdam, en i564, voyagea 
en France et en Italie , fut profes- 
seur à Rostock , et ensuite , pen- 
dant vmgt-deux ans , surintendant 
de ramphithéâtre anatomique de 
Lcyde : il pratiqua en même temps 
la médecine dans cette ville , où il 
mourut le i^^. août 16 17. Everard 
Vorstius prononça , dans la même 
année, son Oraison funébreenlàûn, 
Pauw a publié , sur son art et sur la 
botanique, divers ouvrages qui sont 
oubliés aujourd'hui , et dont on 
trouve la liste dans le tome xii des 
Mém. de Niceron. Les plus remar- 
quables sont : I. Un Commentaire 
sur Vesale , en latin , Leyde , 1616 , 
in-4^. II. Un Traité de la peste , 
en latin , Leyde, i636 , in-12. III. 
Ilortus Lugduno-Batavus , ^629, 
in-8«. M — ON. 

PAUW ( RÉGNIER ) , également 
distingué comme magistrat et com- 
me diplomate hollandais, naquit à 
Amsterdam, en i5G4.Il concourut, 
par ses services, au triomphe de la 
réformalion dans cette ville, et <\ 
i5 



226 



PAU 



rétabîissemcnl de la Compagnie des 
Indes. Il fut employé' dans des né- 
gociations importantes avec TAn- 
glcterre , en iGi3 , avec le Dane- 
mark, en 16*21 , et avec la France, 
en 1622. Louis XIII l'anoblit , et le 
créa clievalier. Semblable honneur 
lui avait déjà été conféré par le roi 
d'Angleterre. Pauw était entièrement 
dévoué au stadhouder Maurice ; et 
il joua , dans le procès d'Olden Bar- 
neveldt et de Grotius , un rôle que ne 
lui ont jamais pardonné les amis de 
la liberté. A la mort de Maurice , il 
perdit toute son influence. Il vécut 
encore dix ans dans la vie privée , 
harcelé par les épigrammes et les sa- 
tires dei'archi-poèteVondel, et des 
partisans de la même cause. Il mou- 
rut en i636. Ses fils, Adrien et Cor- 
neille , ont également joué un rôle 
dans les affaires du temps — Adrien 
Pauw , grand-pensionnaire de Hol- 
lande en i63i , remplit successi- 
vement des missions et des ambas- 
sades en France , en Angleterre^ , en 
Danemark , et auprès des villes An- 
séatiques. Plénipotentiaire à la pais 
de Munster, il s'y distingua par son 
influence, mal vue des négociateurs 
français. Envoyé en Angleter«-e en 
1640, il ne put, malgré ses eflforts, 
sauver la vie à l'infortuné Charles I. 
Il mourut en 1 653 ; et l'on peu t voir 
le jugement qu'a porté de lui Wicque- 
fort. — Son frère Corneille Pauw, 
né en iSgS , se signala par les ser- 
vices qu'il rendit au commerce de sa 
patrie, dans les échelles du Levant. 
Il fut deux fois consul - général à 
Alep. En 1 63 1 , il fut envoyé en Suè- 
de auprès de Gustave-Adolphe, qui 
le créa chevalier de la Toison-d'or. 
Les stadhouders Frédéric-Henri et 
Guillaumell princes d'Orange, l'ho- 
norèrent également de leur confian- 
ce. M ON. 



PAU 

PAUW ( Jean-Corneille de ) , 
philologue hollandais, né à Utrecht, 
vers la fin du dix-septième siècle , 
y fut chanoine de Saint-Jean ( ti- 
tre absolument sans application et 
sans fonctions ecclésiastiques an- 
j ourd'hui ) , et il y cul tiva avec soin la 
littérature ancienne. Il fut éditeur de 
V EncJdridion à'Réphesiion^Utreclit, 
1727, in-4**. j de Philé, De Anima- 
libus, ibid., 1730, in-4^.; d'Ana- 
créon. ibid., 1732, in-8^.- d'Hor- 
apollon, 1727 , in -8».; de Quintus 
Calaber , Leyde , 1733 , in-8^; des 
Caractères de Théophraste , Utr. , 
1737, in-8°. ; des Lettres d'Aristé- 
nète, ibid. , in-8'*. , 1 739; de Phryni- 
cus, ibid. , 1 739, in-4°. ; d'Eschyle, 
la Haye, 1745 , 2 vol. in-4*'. ; et il 
donna , en 1 748 , des Notes sur Pin- 
dare. En 1 7 1 1 , il prit , sous le nom 
de Philar^frius Cajitabrigiensis ,]a. 
défense de Jean Leclerc (Clericus) , 
dont Richard Bentley , sous le nom 
de Phileleuthejiis Lipsiensis ^ avait 
attaquéles corrections sur les Frag- 
ments de Ménandre et de Pbilémon. 
On a encore de lui : Diatribe de 
aled veîenun , à l'occasion d'une 
épigramme d'Agat^hias le scolasti- 
que. Jacques - Philippe d'Orville a 
fort mal traité Pauw dans sa Critica 
Vannus in inanes Pavoîiis paleas^ 
Amsterdam , 1737, volume de 6 à 
700 pages, in-4*'. , devenu l'occa- 
sion d'une polémique acharnée, où 
de part et d'autre on a oublié d'être 
honnête et juste. Les amis et les 
partisans de d'Orville épousaient sa 
querelle. Le célèbre Toup n'a point 
partagé le mépris que certains écri- 
vains ont témoigné pour notre au- 
teur. Voyez ses Emendationes ad 
Suidani , au mot Nup/^sto? orx.oç. 
Chardon de la Rochetle observe aussi 
qn'on a eu tort de traiter Pauw 
è^ homme médiocrement savant;m ais 




PAU 

il lui reproche son peu de modestie 
et ses formes dures et tranchantes , 
( Mel. de crit. et de philol. , tom. 
III, p. 345.)Pauw est venu un peu 
trop tard pour trouver place dans le 
Trajectum eruditum dcCaspar Bur- 
inan ; et nous n'avons pas mieux 
réussi à de'couvrir la date de sa mort 
que celle de sa naissance. — Guil- 
laume Pauw , conseiller à la liaute- 
cour de justice à la Haye, est auteur 
d'observations sur le droit romain 
( Fariajuris cwllis capita , 2^. édi- 
tion , Halle , 1787 , in-8«. ) , citée , 
avec beaucoup d'éloge, par Pierre 
Burmau le second, dans les notes sur 
l'Anthologie latine, tome 11, p. 870. 
JSous ne connaissons pas autrement 
ni le livre ni l'auteur. M — on. 

PAUW ( Corneille de ), cha- 
noine de Xanten, au duché de Clè- 
ves , savant écrivain et philoso- 
phe paradoxal du dix -huitième siè- 
cle, né à Amsterdam, en 1789, 
de la même famille que les précé- 
dents , était petit - neveu , par sa 
mère, du grand - pensionnaire de 
Witt. Issu de pareils ancêtres , il 
n'est pas étonnant qu'il en ait hérité 
le goût de l'indépendance, et qu'il 
ait montré des idées libérales , non 
pas celles qu'étala dans Paris, sou 
neveu le baron de Clootz , dit Ana- 
charsis ( Voj. Glootz, IX, 119), 
mais les idées fondées sur la raison 
et la bonne - foi , qui peuvent le 
mieux assurer aux peuples et aux 
souverains leur félicité réciproque, 
et qu'il serait fâcheux de ne pouvoir 
appeler du nom de libérales , parce 
que cette épithète est devenue sy- 
nonyme de révolutionnaires, Dchon- 
ne heure orphelin , le jeune Pauw 
fut envoyé à Liège où il avait des 
parents. Un chanoine de la cathé- 
drale pi it soin de son éducation , et 
vit, avec un grand plaisir, ses pro- 



PAU e^i^ 

gi-cs dans les études. Il favorisa le 
penchant de ce jeune homme pour 
les sciences , en l'adressant à quelques 
membres distingués de l'académie 
de Goltingue , qui le prirent en ami- 
tié , et lui procurèrent tous les 
moyens de s'instruire. De retour à 
Liège, le bon chanoine, dans l'in- 
tention de lui laisser son bénéfice, 
engagea Pauw à embrasser l'état 
ecclésiastique. Celui-ci, par recon- 
naissance, ne s'y refusa point, et 
devint sous - diacre. Il s'en tint , 
toutefois, à ce degré de la hiérar- 
chie. Sur ces entrefaites, le prince- 
évêque de Liège, ayant quelque con- 
testation avec le roi de Prusse , 
chercha un bon négociateur pour la 
défense de ses droits à la cour de 
Berlin. On lui désigna Pauw ; et 
celui-ci , arrivé à Berlin , plut en effet 
au grand - Frédéric , et le différend 
fut bientôt arrangé. Ce prince ap- 
précia d'abord le mérite de l'en- 
voyé de Liège. Charmé de son 
esprit, de son savoir et de sa philo- 
sophie, il ne négligea rien , pendant 
huit mois qu'il le retint à Polsdam , 
pour l'engager à se fixer près de 
lui. Il lui offrit une pension de 
trois mille francs , une des pre- 
mières places dans son académie , 
des bénéfices • enfin il le tenta même 
par l'expectative de l'évêché de 
Breslau. Mais rien ne put séduire le 
sous-diacre philosophe. Au bout de 
quelques mois y dit-il, dans une de 
ses lettres , le son du tambour et le 
bruit continuel des armes et des bâ- 
tons ^ ni inspirèrent une telle mélan- 
colie , que j'en perdis tout-à-fait le 
sommeil. 11 préférait aux honneurs 
et aux richesses, une retraite paisi- 
ble, et l'az^rea mcdiocritas d'Horace. 
Peut-être voyait-il , avec plus de sa- 
gacité que d'autres gens de lettres 
attirés à la même cour , ce qu'il 



iiS PAU 

avait à y craindre de la jalousie et 
des intrigues des courtisans et de la 
faveur inconstante du monarque. Il 
borna son ambition à jouir d'un ca« 
nonicat dans la petite ville de Xan- 
tcn , non loin de son beau-frcre , le 
baron de Clootz, qui résidait dans 
les environs. C'est là qu'il put se li- 
vrer à sa passion pour les lettres et 
les sciences. Il y acheva ses Beclier- 
ches sur les Américains , avant d'a- 
voir atteint sa trentième année; ce 
qui parut étrange aux hommes ins- 
truits , en raison de la variété et de 
l'étendue des connaissances que sup- 
pose un tel ouvrage. 11 fut lu avide- 
ment dans toute l'Europe , et fut 
l'objet d'une foule de critiques. On 
traita de paradoxal un livre où l'on 
voyait un jeune homme combattre , 
avec tant de force , des idées assez 
généralement reçues d'après les rela- 
tions des voyageurs. Diderot et d'A- 
lembert, jugeant bien autrement de 
l'ouvrage et de l'auteur , engagèrent 
Pauw à les seconder dans le Supplé- 
ment à l'Encyclopédie; et en effet il 
l'enrichit de plusieurs articles. En 
1774, parurent ses Becherches sur 
les hgrptiens et les Chinois : elles 
lui attirèrent de nouvelles critiques, 
surtout de la part des partisans des 
Jésuites , qui ne virent pas , sans 
indignation , le peu de cas qu'il 
faisait des Lettres édifiantes. Des 
Français résidant â Canton voulu- 
rent avoir cet ouvrage de Cor- 
neille de Pauw ; et nous avons vu 
d'eux quelques Mémoires qui con- 
firment presqu'en tout ses opinions 
sur les Chinois. Long-temps après, il 
donna les Becherches sur les Grecs ^ 
livre non moins savant et curieux 
que les précédents, 011 l'on apprend, 
entre autres choses, qu'il y a beau- 
coup à rabattre de la haute idée 
qu'on se forme ordinairement des 



PAU 

Lacédémoniens. Après la publicj 
tion de ce livre, il entreprit des Bt 
cherches sur les anciens Germains 
Elles furent, pendant dix ans ,1e prijs 
cipal objet de ses travaux; et il sedi 
posaitàles publier, lorsqu'il appi 
que M. Smith , de Manheim , \cm 
de mettre au jour les premiers 
mes d'un traité sur le même sujetT 
il désira de le voir complet, pour 
ger si le sien n'en deviendrait pas 
tout-à-fait inutile ; mais la révolu- 
tion française vint l'obliger à renon- 
cer à ses études et à tout ce qui avait 
fait jusqu'alors le charme de sa vie. 
La subversion d'un pays qu^il aimait, 
le consterna ; elle rendit bien déplo- 
rables les dix dernièresannécsdeson 
existence, et causa sa fin prématu- 
rée. Il se vit pressé entre deux par- 
tis acharnés l'un contre l'autre et 
jaloux de mettre ce savant et labo- 
rieux écrivain de leur côté. Ennemi 
de tous les excès, il se flatta de pou- 
voir conserver quelque tranquillité 
en restant complètement neutre entre 
ces partis : les uns le revendiquaient 
comme leur compatriote , comme 
ecclésiastique, comme un auteur es- 
timé, faisant honneur à sa patrie; les 
autres , qui se croyaient philosophes 
en bouleversant la France, comp- 
taient sur lui comme philosophe, 
comme écrivain français et partisan 
des idées nouvelles. Mais il ne vou- 
lut jamais se départir de son plan de 
neutralité. Qu'en arriva-t-il? c'est 
qu'il se rendit suspect à tous , et 
dut craindrela vengeance des uns ou 
des autres. Ledirectoire de Paris, qui 
voulait en faire son commissaire 
dans le pays de Clèves , alors envahi 
par ses troupes , fut piqué du refus 
qu'il lui opposa. Il y avait , sans 
doute, du danger à résister à de telles 
volontés, et le philosophe de Xanten 
ne se le dissimulait pas : d'un autre 



PAU 

tôle, plusieurs de ses compaliioles 
et de ses voisins , le supposant in- 
cline pour les Français , se défiaient 
de lui chaque jour de plus en plus. 
Enfin , des chagrins domestiques vin- 
rent se joindre à tant d'autres dé- 
sagréments. Son neveu , le baron de 
Clootz , venait d'être e'gorge' à Paris 
avec appareil , et. par ceux-mêmes 
dont il s était faille complice. Pauw, 
plus accable à la vue de tant de cri- 
mes et de tant de malheurs qu'alar- 
mé de son propre pe'ril , tomba dans 
une mélancolie profonde ; il dépérit 
insensiblement, et mourut à Xanten, 
le 7 juillet 1799, à l'âge de soixante 
ans. Il fut, dans tout le cours de sa 
vie, un modèle de simplicité, de mo- 
dération , de régularité. Personne , 
sans le connaître intimement, nVût 
soupçonné en lui tant de savoir 
et de profondeur d'esprit. Quelque 
temps avant sa mort ;, dans l'excès 
de sa tristesse , il avait bridé tous ses 
papiers , entre lesquels on doit re- 
gretter particulièrement les Recher- 
ches sur les Germains, C'est une 
perte réelle pour quiconque préfère 
dans ses lectures le solide et l'utile 
à ce qui n'est qu'agréable. Pauw , 
dans ses discussions, est toujours 
plus occupé du fond que de la forme. 
Son style , quoiqu'énergique et sou- 
vent éloquent , n'a point le naturel 
et la pureté des bons écrivains fran- 
çais. On y rencontre assez souvent 
des tournures qui ont quelque chose 
d'étranger, et qui , la première fois , 
étonnent le lecteur , sans toutefois le 
choquer ni l'arrêter; car, loin d'obs- 
curcir le sens, elles tendent à l'ex- 
primer plus qu'il n'est nécessaire , 
par une certaine redondance de mots 
superflus. A.U reste on est bientôt ac- 
coutumé à ce style ; et l'attenliou, 
entraînée par la pensée de l'auteur , 
aperçoit à peine la manière dont il 



PAU 



IIÇ) 



i'expnme. C'est l'importance et la 
variété des sujets qu'il a traités , la 
profondeur et la sagacité qu'il a su 
mettre dans leur discussion, qui as- 
signent à cet auteur un rang distingué 
dans la république des lettres. On lui 
a fait des reproches auxquels l'inté- 
rêt de l'amour-propre et la jalousie 
nous paraissent avoir eu quelque 
part. On a dit que ses ouvrages, dont 
plusieurs savants ont réfuté les as- 
sertions ( P^. Clavigero , Guignes , . 
etc. ) , n'étaient que des systèmes . 
ingénieux , remplis de brillants pa- 
radoxes; qu'en citant des passages 
d'anciens auteurs grecs ou latins , 
il en dénaturait le vrai sens pour 
les faire mieux cadrer avec ses 
vues; que ses décisions étaient trop 
souvent tranchantes , et sa critique 
outrée. Il n'y aurait gtière moyen, 
sur ce dernier point, de le discul- 
per entièrement ; mais le premier 
reproche ne nous paraît pas éga- 
lement fondé , et ceux-mêmes qui 
n'adoptent pas les opinions de Pauv? 
ne peuvent disconvenir qu'il a su 
les élayer d'un appareil de preuves 
qui leur donne un grand air de vrai- 
semblance. Ses principaux ouvrages 
sont : T. Les Recherches philosojihi- 
qiies sur les Américains , Berlin , 
17G8-69, 2 vol. in- 8*^. ; Clèves , 
1772, 3 vol. in - 80. Celte der- 
nière édition est fort augmentée , in- 
dépendamment de la réponse à Per- 
nely, qui forme le 3°. volume, bon 
morceau de critique qui avait paru 
en 1 7 7 0. II. Recherches sur les Égyp- 
tiens et les Chinois, Berlin, 1774? 
1 vol. in -S'». III. Recherches sur les 
Grecs , Berlin, 1788, 2 vol. in-8^. 
Quant aux Recherches sur les an- 
ciens Germains , nous avons dit 
qu'elles avaient péri avec ses pa- 
piers; il en fut de même d'un poème 
didactique sur la langue française eu 



iJo 



PAU 



trois chants , dont il avait envoyé un 
fragment d'environ cinquante vers , 
à l'antcur de cet article , qu'un bon 
poctefrançais n'auraitpas désavoues. 
Ce morceau a ete perdu avec d'autres 
manuscrits dans une des tourmentes 
de la révolution française. Plusieurs 
Dissertations de Corneille de Pauw 
«e trouvent dans le Recueil des an- 
tiquités de Cassel, tome premier. On 
a donne' à Paris, en ir85 , une édi- 
tion de ses trois grands ouvrt-.gcs en 
7 vol. in-S*^. li est important d'ob- 
server que l'éditeur a réimprime' les 
Recherches sur les américains d'a- 
près la première e'diti on de 1770, 
n'ayant pas connu apparemment cel- 
le de Clèves de 1772 , revue ei con- 
sidérablement aug-mentée par l'au- 
teur. Une espèce d'Ana er^trait de 
ses divers ouvrages , a paru en an- 
glais sous ce titre : Sélections f rem 
M. Paw , with additions hy Daniel 
fVehh^ Londres, 1 795, ini^^. : voyez 
en l'extrait dans le Mag. encyci. i^'=. 
année, vi , 196. D — x. 

PAVÏE. r.FoURQUEVAUX. 

PAVILLON ( Nicolas) , évêque 
d'Aleth , né à Paris , le 1 7 novembre 
1597, d'un auditeur à la chambre 
des comptes, entra de bonne heure 
dans l'état ecclésiastique ; il fit ses 
humanités au collège de Navarre , et 
son cours de théologie en Sorbonne. 
Il mêlait l'exercice des bonnes œu* 
vres à l'étude des connaissances de 
son état^ et sa piété le lit remarquer 
de saint Vincent-de-Paul , qui l'ad- 
mit dans ses conférences du mardi 
à Saint-Lazare , et l'employa dans 
sa mission. L'abbé Pavillon ne vou- 
lut recevoir le sacerdoce qu'à trente 
ans ; il était cité comme un de ceux 
qui secondaient avec le plus de zèle 
les efforts de plusieurs hommes re- 
commandables , pour établir une 
bonne discipline dans le clergé. Sans 



PAV 

être attachéàaîicuneparoissc, il ex€r^ 
çait assidûment le ministère , se li- 
vrait à la prédication, visitait les hopi^ 
taux, et dirigeait beaucoup de person- 
nes pieuscs.Vinccnt-de-Paul l'indiqua 
comme un sujet digne de l'épiscopatj 
et le cardinal de Richelieu le fit 
nommer en effet à l'évêché d'Aleth , 
en Languedoc. Pavillon n'accepta ce 
fardeau qu'avec beaucoup de répu- 
gnance j il fut sacré en 1 689 , et s© 
rendit aussitôt dans son diocèse , 
avec la ferme intention de ne plus rc^ 
vecir à Paris. Le spirituel et le tem- 
porel de i'év^êclié avaient été égale- 
ment négligés , et offraient une ample 
matière à son zèle. Le prélat établit 
un séminaire dans sa propre maison, 
institua des conférences ecclésiasti- 
ques , tint des synodes fréquents , 
visita exactement son diocèse, forma 
des écoles pour les deux sexes , et fit 
des règlements sages, auxquels sa 
conduite et sa vertu donnaient une 
nouvelle autorité. Ennemi déclaré 
de tout relâchement , il alla jusqu'à 
mettre en pénitence publique les pé- 
cheurs scandaleux, et jusqu'à excom- 
munier ceux qui résistaient à ses mo- 
nitions. Cette sévérité excita de vi- 
ves plaintes , et donna lieu à dos 
procès : mais l'évêque ne se départit 
]amais du plan qu'il avait adopté ; 
et l'estime qu'on avait pour lui à la 
cour , prévalut sur les réclamations 
de tous ceux dont il cherchait à ré- 
primer les désordres. 11 eut aussi 
quelques démêlés avec les religieux 
de son diocèse : il avait d'abord ap- 
pelé, pour le seconder, des mission- 
naires de la congrégation de saint 
Vincent de Paul et des Jésuites; mais 
il les congédia ensuite. Sa charité 
parut avec éclat dans une épidémie 
qui affligea son diocèse en 1 65 1 j il 
allait de tous côtés visiter les pau- 
vres et les malades , et ne montra 



tra pas 

■ 



PAV 

moins d'ardeur pour secourir les 
victimes de la fjuerre , lors d'une in- 
vasion que les Espagnols firent dans 
son diocèse. Deux affaires particu- 
lières troublèrent son épiscopat. Il 
e'tait lie avec le docteur Arnauld et 
avec les amis et les partisans de ce 
docteur. Ces relations l'entraînèrent 
dans quelques démarches qui ne fu- 
rent pas généralement approuvées ; 
Vincent-de-Paul en écrivit à Tévêque, 
et lui fit des observations auxquelles 
celui-ci ne se rendit pas entièrement. 
Toutefois , ce ne fut qu'après la mort 
de saint Vincent que le prélat se dé- 
clara tout-à fait. 11 donna, le premier 
juin i665 , un mandement, dans le- 
quel il distinguait le fait du droit 
dans la signature du formulaire. Ce 
mandement fut condamné à Rome 
et à Paris ; et il s'ensuivit de longues 
négociations, qui furent terminées en 
1668 par une îellre que l'évêque 
d'Aleth et ses trois collègues adres- 
sèrent au pape , et dans laquelle ils 
assuraient qu'ils avaient souscrit et 
fait souscrire aux constitutions apos- 
toliques suivant l'intention du Saint- 
Siège. Cette déclaration que le pape 
dut croire sincère, arrêta les pour- 
suites, cl amena ce qui fut appelé 
la Paix de Clément IX : on peut 
en voir les détails dans V Histoire 
des 5 propositions , de l'abbé Du- 
mas. Au milieu de ces disputes , le 
même prélat avait publié un nou- 
veau rituel pour son diocèse; les ins- 
tructions en avaient été revues par 
Arnauld : le pape condamna ce livre 
par un décret du 9 avril 1G6H. Pa- 
villon défendit son rituel par une 
ordonnance, le fit imprimer de nou- 
veau , et y joigni^ les approbations 
de quelques évêques ses amis. On 
trouva de l'affectation et une sorte 
de bravade dans cette impression: 
plus tard, l'évêque envoya au pape 



PAV 



a3H 



un mcmoli-e où il s<?mblaU flotter 
entre la soumission et le désir de 
soutenir son ouvrage. Ce prélat, re- 
commandablepar son zèle, sa régu- 
larité, ses immenses charités et ses 
travaux, mourut dans sa ville épi- 
scopale, le 8 décembre 1677. Le 
JYécrologe de Port - Royal entic 
dans quelques détails sur les vertus de 
cet évêque ; on peut voir aussi les 
Mémoires pour servir à la vie de 
M. Pavillon^ 1783, in - 12, et la 
Fie de M. Pavillon, 1789, in- 12. 
M. Barbier dit que ce dernier ou- 
vrage est de Lefèvre de Saint-Marc, 
et de La Chassagne*, et qu'il a été 
composé sur les mémoires dressés 
ou revus par Vaueel : l'abbé Goujet 
prétend, dans la dernière édition du 
Morsri , que ces derniers Mémoires 
n'ont jamais existé. P — c — t. 

PAVILLON( Etienne), né à Pa- 
ris, eu i632, d'unebonne et ancien- 
ne famille de cette ville , était neveu 
du précédent , auprès duquel , au 
sortir de ses classe.^ , il alla faire 
quelques études théologiques. Il fut 
pourvu, jeune encore, de la charge 
d'avocat -général au parlement de 
Metz, et il l'exerça pcridadt dix ans 
avec beaucoup de distinction. Sa fa- 
mille ayant essuyé des pertes qui ne 
lui permettaient plus d'espérer de 
l'avancement , il se défit de sa char- 
ge , et revint à Paris , où il mena une 
vie indépendante et agréable. Les 
douleurs de la goutte lui ayant oté 
d'assez bonne heure la liberté de 
marcher , sa conversation instruc- 
tive , ingénieuse et polie, rassemblait 
autour de lui un cercle de personnes 
aimables , sur l'esprit desquelles il 
exerçait une douce autorité , et qui 
recevaient de lui avec déférence des 
décisions toujours exprimées avec 
aménité. Une taille avantageuse , une 
figure noble et une belle prononcia- 



33'2 PAY 

tion , ajoutaient encore au poids de 
SCS discours. Aux agréments exte'- 
rieurs et à ceux de l'esprit , il reu- 
nissait toutes les qualités de l'iion- 
Dcte homme. Plîisieurs personnes , 
entre autres Bossuet , voulurent lui 
procurer la place de gouverneur du 
duc du Maine j il les pria de cesser 
leurs démarches, attendu que la dif- 
ficulté' qu'il éprouvait de se trans- 
porter d'un lieu à l'autre, l'empê- 
cherait de vaquer assez assidûment 
à ses fonctions. Aussi modeste que 
désintéresse' , il fut nomme , en 1 69 1 , 
à l'acade'mie française^ sans l'avoir 
espe're' ni demande. Celle des inscrip- 
tions et belles - lettres lui donna la 
place vacante par la mort de Racine. 
Le roi, voulant aussi lui te'moigner 
son estime, lui accorda une pension 
de 2000 liv. Il mourut le 10 jan- 
vier i-joS, âgé de "^^S ans. Son éloge 
fut prononcé à l'académie fi^ançaisq 
par Brûlart-Siliery , évêque de .^ois- 
sons , qui le remplaça, et à l'aca- 
démie des inscriptions par Tabbé 
Tallemant ( tome 1 , H, p. 387 ). S-es 
œuvres qui consistent en lettres mc- 
lées de vers, en stances et en madri- 
pux, ont été recueillies en 1 vol. 
m-ia, 1715, 1720 , 1747. ÎI y a du 
naturel et de la délicatesse, dans 
ces opuscules , mais peu de force et 
de poésie. Ce sont, pour la plupart , 
des ouvrages de société dont l'intérêt 
s'est évanoui avec les circonstances 
qui les avaient fait naître. Le doux , 
7/1^/5 ym/;/<? Pavillon, comme l'ap- 
pelle Voltaire dans le Temple du 
goût , semble avoir voulu imiter la 
manière de Voiture: il a moins d'af- 
fectation , mais aussi moins d'esprit 
que son modèle. A — g — r. 

PAVILLON ( Jean-François Dti 
Cheyron du), néà Périgueux, le 29 
septembre 1 7 3o, entra , à quinze ans, 
en qualité de sous -lieutenant, dans 



PAV 

le régiment de Normandie , infante 
rie. Sa grande aptitude à l'étude de: 
sciences exactes , dans lesquelles 
étant encore jeune et presque livré 
lui-même, il avait fait des progrè 
surprenants , donna l'heureuse idé 
à son père de lui faire embrasser un 
carrière plus vaste. Ce fut en 174S 
c'est-à-dire, à l'âge de dix-huit ans 
que le chevalier Du Pavillon se pré 
senta au concours du port de Roche 
fort , et qu'il fut admis dans le corpi 
de la marine. Depuis cette époque , 
ses services actifs n'ont presque ja- 
mais été interrompus. Il suffira di 
dire que , dans toutes les actions d' 
guerre où il prit part , il montra 
courage froid et raisonné qui, da 
les occasions les plus périlleuses 7 
fait trouver des ressources qui ne 
naissent ordinairement que dans l'es- 
prit des hommes supérieurs. Chargé, 
pendant la paix , en qualité d'oifi- 
cier delà compagnie des gardes de la 
marine, de surveiller l'instruction 
des jeunes gens destinés au métier do 
marin, il savait inspirer à ces jeu- 
nes gens le goût de l'étude , autant par 
ses exemples, que par l'ascendant 
d'un mérite généralement reconnu. 
Ce sont particulièrement ses tra- 
vaux sur la tactique navale , qui 
ont fondé sa réputation. Ils nous 
ont procuré le livre de tactique, 
imprimé en 1 7 78 , pour l'armée com- 
mandée par d'Orvilliers , dont Du 
Pavillon était major- général. Les 
améliorations qu'il introduisit dans 
les signaux tant de jour que de nuit , 
lui ont acquis des droits incontes- 
tables à la célébrité; il a opéré une 
véritable révolution dans cette bran- 
che de l'art naval: mais pour appré- 
cier le grand service qu'il a rendu , 
il est indispensable de faire connaî- 
tre l'état dans lequel il avait trouvé 
l'ancien système de signaux , et les 



1 



l 



PAV 

avantages de ceux qu'il nous a pro- 
cures , lesquels différent bien peu des 
signaux dont op fait actuellement 
usage dans la marine de France. 
Les anciens signaux ne se faisant 
qu'ave'c un seul signe , comme un 
pavillon , un guidon ou une flam- 
me , le nombre en était nécessaire- 
ment très-borné, et ne pouvait suffi- 
re à celui des ordres que Ton était 
obligé de transmettre. L'on avait tâ- 
ché de remédier à cet inconvénient, en 
attribuant à un même signe autant de 
signiQcalions qu'il était possible de 
lui donner de places distinctes. Les 
trois mats, et même le bâton d'ensei- 
gne , avaient fait monter le nombre 
de ces significations jusqu'à quatre. 
Il en résultait qu'après avoir perdu 
un mât, l'on ne pouvait plus faire 
qu'un certain nombre de signaux , 
et qu'après les avoir tous perdus , 
l'on était privé de tout moyen d'ex- 
primer ses besoins. Un amiral , dans 
cette position, ne pouvait plus corn- 
miu;iquer ses ordres. Ce système 
incomplet, qui semble tenir à l'en- 
fance de l'art , s'est maintenu sans 
avoir subi de changements notables, 
jusqu'à l'année 1778, que l'on se ser- 
vit pour la première fois du système 
de signaux qui a fait tant d'honneur 
au chevalier Du Pavillon. Ses pre- 
mières tentatives datent de l'année 
1773 : le nouveau système qu'il pré- 
senta , offrait bien encore quelques 
imperfections; mais le pas le plus dif. 
ficile était franchii, et le problème 
se trouvait,, en quelque sorte, résolu. 
Cette solution tenait à une innova- 
tion , qui , comme toutes les idées 
fécondes en grands résultats , est bien 
simple ; et celle-ci le paraîtra plus 
qu'aucune autre. Il imagina d'em- 
ployer dans un seul signal deux pa* 
villons placés à une petite dislance 
au-dessus l'un de l'autre. D'abord il 



PAV 



a33 



n'avait adopté que dix pavillons dif- 
férents, et avait attribué à chacun 
d'eux la valeur d'un des chiffres de 
la numération : le pavillon le plus 
élevé représentait les dixaines , et 
celui qui était au-dessous les unités ; 
de sorte que l'on pouvait signaler 
ainsi 99 articles. Malheureusement 
il n'avait pas encore pu se détacher 
des anciennes idées ; et en voulant 
donner à son nouveau système une 
étendue presqu'indéfinic , il avait 
employé d'autres signes avec des 
places fixes pour augmenter suc- 
cessivement les 99 premiers numé- 
ros d'une ou plusieurs centaines. 
Cet alliage des anciens usages avec 
les changements qu'il voulait intro- 
duire , fit perdre à son système ses 
principaux avantages : aussi ne tar- 
da-t-il pas à s'en affranchir. Ce pre- 
mier système, qui réellement ne doit 
être considéré que comme un essai , 
repose cependant sur les principes 
fondamentaux d'où dérivent les 
deux seuls systèmes de signaux entre 
lesquels les nations maritimes se 
trouvent actuellement partagées d'o- 
pinion. Le plus léger changement 
fait dans les signaux de 1773 , me- 
nait tout naturellement à l'un ou 
à l'autre. En effet , si l'on avait 
représenté les centaines par un troi- 
sième pavillon placé au-dessus des 
deux autres , on arrivait au sys- 
tème de la numération adopté par 
les Anglais , tandis qu'en augmen- 
tant le nombre des pavillons l'on 
pouvait signaler un plus grand nom- 
bre d'articles , et l'on parvenait au 
système français. C'est ce dernier 
parti que prit le chevalier Du Pavil- 
lon : s'il perdait quelque chose du 
coté de la simplicité, il a obtenu des 
avantages qui nous ont fait préférer 
son dernier système à celui de la nu- 
mération. Nous lui devons d'avoir 



•i34 PAV 

cç^alcmcnl perfectionne aTCti autant 
tlo succès les signaux de nuit ; et, ce 
qui peut sembler assez étonnant, c'est 
(}ue les améliorations qu'ils ont reçues 
dérivent immédiatement de celles 
des signaux de jour^ quoique les si- 
gnes employés dans les uns et dans 
les autres soient très-différents; de 
sorte qu'il existe entre eux une ana- 
logie complète. Il s'agissait unique- 
ment, comme l'a fait cet habile offi- 
cier, de représenter les pavillons em- 
ployés dans les signaux de jour , par 
la réunion d'un certain nombre de 
coups de canon tirés lentement et 
sans interruption , et de faire se suc- 
céder deux de ces réunions de coups , 
que l'on appelle temps , pour tenir 
lieu de deux pavillons que l'on mon- 
tre à-la- fois; avec l'attention cepen- 
dant de séparer ces temps par des 
intervalles assez grands pour qu'il 
soit impossible de les confondre. 
Telles sont les idées principales aux- 
(jucllcs nous devons les meilleurs sys- 
tèmes de signaux connus jusqu'à ce 
jour. Du Pavillon, après en avoir fait 
la première application , n'eut plus 
qu'à en soigner les détails. M. de 
Buor, son rival de gloire, sans ja- 
mais avoir cessé d'être son ami , a 
introduit, de concert avec lui, quel- 
ques améliorations dans nos signaux. 
Enfin celui-ci y a mis la dernière 
main; mais l'on n'oubliera jamais 
ce qufi est dû au premier inventeur. 
Le comte d'Orvilliers le mit à même 
de faire le premier essai de sa tacti- 
que et de ses signaux , en le faisant 
nommer major-général de l'armée 
navale qu'il conduisit, en 1778, 
contre les Anglais. On connaît le suc- 
cès éclatant de ce premier essai; et, 
si les suites n'y ont pas répondu, on 
ne doit l'attribuer qu'à des causes 
étrangères. Du Pavillon commanda 
plusieurs vaisseaux avec gloire^ dans 



PAY 

la guerre de 1778; enfm , il succom- 
ba au cbamp d'honneur, le 1 1 avril 
1782 , commandant le vaisseau le 
Triomphant , sous les ordres du mar- 
quis de Vaudreuil. Aune grande élé- 
vation d'ame , le chevalier Du Pavil- 
lon joignait une rare modestie et une 
modération extrême dans ses désirs. 
Il eut lebonheur peu commun de jouir 
en paix , pendant sa vie , de la répu- 
tation qu'il s'était acquise, et qui lui 
a été conservée après sa mort. Le 
seul ouvrage qui nous reste de lui, 
est sa Tactique navale , qui com- 
prend ses signaux : cet ouvrage n'é- 
tait pas de nature à être répandu 
dans le public, et ne se trouve que 
dans les bibliothèques des officiers 
de la marine. R — l. 

PAYEN (DoM Basile), bénédic- 
tin , né , vers 1680 , à Cendrccourt, 
en Franche-Comté , embrassa la vie 
monastique, en 1697 •> ^ L^xeuil , et 
professa la philosophie et la théo- 
logie à l'abbaye de Murbach. 11 rem- 
plit ensuite les premiers emploi:» de 
sa congrégation, de manière à se 
concilier l'estime de ses confrères. 
Il mourut à Luxeuil, le 23 août 
1756 , dans im âge Jivancé , lais- 
sant en manuscrit un grand nom- 
bre d'ouvrages qui ont été dispersés 
par la révolution avec la biblio- 
thèque de cette célèbre abbaye. D. 
Payen avait rédigé , pour l'usage de 
ses jeune^iconfrères , des Cours de 
théologie, de philosophie et de droit 
canon , ainsi que des Grammaires 
et des Dictionnaires, propres à leur 
faciliter l'étude du latin, du grec et 
de l'hébreu , trois langues qu'il pos- 
sédait également bien. Outre ces dif- 
férents ouvrages , quelques Traités 
de controverse, et divers écrits re- 
latifs aux disputes du jansénisme, on 
cite de lui : I. Apparatus in omnes 
auctores sacros tam veîeris quant 




PAY 

noifi Testamentî , în-fol. II. j4ppara- 
tus in scriptores quatuor primor. 
sœculonnn^ in -fol. III. Opus cri' 
ticum in auctores tam sacros quàm 
non sacros ecclesiasticos , in-fol. 
IV. Bibliothèque Séquanoise, in-^^. 
Elle est précédée d'une Disserlalion 
sur retendue et les limites de la Se- 
quanie , qui comprenait une partie 
de la Suisse et du Bugcy, et toute la 
haute Bourgogne ; et de Reclicrchcs 
sur l'origine des lettres et des arts 
dans cette province. Les auteurs sont 
ranges d'après l'ordre chronologi- 
que. Les deux premiers dont il y soit 
fait mention, sont Terentius Varro 
.4tacinus, que D. Payen croit ne' 
dans la Séqu4nie, parce qu'il a com- 
pose un poème, De Bello Sequanico 
( J^. Varron ) ; et Julius Titianus , 
qui professait la rhétorique à Besan- 
çon^ au commencement du quatriè- 
me siècle. La bibliothèque de cette 
ville possède deux copies de l'ou- 
vrage ue D. Payen ; l'une in-4^. , de 
la main de l'auteur, qui lui en a fait 
hommage; et l'autre en 2 vol. in-fol., 
avec des corrections et des additions 
du savant P. Laire. ( F. Laire.) V. 
Mémoires pour sentir à Vhisioire des 
hommes illustres du comté de Bour- 
gogne , in-4'*. ; recueil curieux , mais 
minutieux : D. Payen donne le ti- 
tre d'illustre à tous les Bourguignons 
(jui ont rempli des fonctions publi- 
ques un peu relevées. On ne connaît 
de cet ouvrage qu'une copie , qui est 
dans le cabinet de M. Bcchet , se- 
crétaire de l'académie de Besan- 
çon. VI. Histoire de V abbaye de 
Luxeuil, et duprieuré de Font aines, 
in-fol. VIL Tractatus de origine 
gentium, linguarum et lilterarum, 
in-4'^ VIIL Dissertatio de veteri- 
hus Grœcorum, Latinorumet Gal- 
lorum characteribus, ïu■/^.'\ IX. Fo- 
cabularium nominum celticorum , 



PAY 23j 

in-fol. X. Traité du blason , in-4''. 
XI. Abrégé de la science des mé- 
dailles , m- 1^^, W — s. 

PAYNE (John), dessinateur et 
graveur au burin , naquit à Londres , 
en 1608. On le regarde générale- 
ment comme le premier bon gra- 
veur que l'Angleterre ait produit. 
Son maître fut Simon de Pas. Doué 
du caractère le plus insouciant , il 
n'eut point l'art de se faire valoir; 
et malgré les talents qu'il possé- 
dait, il mourut dans l'indigence. 
Sur le succès qu'obtinrent ses pre- 
miers ouvrages , il avait été vive- 
ment recommandé à Charles P>'. Il 
négligea cette occasion que lui offrai; 
la fortune, et sa réputation s'en res- 
sentit. Les productions qui l'ont fait 
connaître consistent çn frontispices , 
eu ornements de livres , et surtout 
dans un nombre assez considérable 
de portraits , qui passent pour ses 
meilleurs ouvrages. Ils sont exécu- 
tés au burin , dans un style libie 
et large , mais si bien ménagé qu'il 
produit l'effet le plus agréable. Ou 
connaît encore d'autres morceaux 
d'une dimension plus considérable, 
telles que des paysages , des jleurs , 
des oiseaux , des animaux } et l'ojt 
cite surtout sa pièce du vaisseau 
\g Royal Souverain, construit par 
Phineas Pitt , et qu'il a gravée en 
deux grandes planches , lesquelles 
jointes ensemble, portent trois pieds 
de large sur deux pieds trois pouces 
de haut. Parmi ses portraits dont la 
liste se trouve dans le Catalogue 
d'Horace Walpole , on cite ccuii du 
Cardinal Ferdinand d'Autriche , 
gouverneur des Pays-Bas, d'après 
Vau-Dyck ; de Henri VII et de Hen~ 
ri VÙl , rois d'Angleterre ^ celui 
de Shakspeare , ovale, in-4^. , etc. 
Cet artiste mourut à Londres , eu 
1648 , âgé de 40 ans. P— s. 



•^36 



PAY 



PAYNE (Roger) , relieur anglais , 
ne à Windsor, en 1789, mort le 
•20 novembre 1797, s'est fait nu 
nom par rclegance et la beauté de 
ses reliures. Il avait tellement la cons- 
cience de son e'iat , que , non content 
de bien relier , il appliquait , sur les 
couvertures des livres , des orne- 
ments analogues à leur sujet , ou 
a l'auteur; et pour rendre ce soin 
complet , il accompagnait sa reliure 
d'une description des ornements 
dont il l'avait dëcore'e. On cite com- 
me son clief- d'œuvre un Eschyle, 
qu'il avait relie' pour la bibliollicque 
de lord Spencer , et qui lui avait ete 
paye' i5 guinées. Maigre son habi- 
leté , il ne fit pas fortune , parce 
qu'il n'était pas e'conome ; ce fut 
Thomas Payne, libraire à Londres, 
qui vint à son secours dans les der- 
nières années de sa vie : — Ce der- 
nier , homme très - versé dans la 
bibliographie, et auteur d'un Cata- 
logue estimé de livres rares , im- 
primé en 1740 , est mort le 2 fé- 
vrier 1 799 , à l'âge de 82 ans. Son 
magasin était le rendez-vous des sa- 
vants et des gens de lettres. D — g. 

PAYNE (ïiioMAs). r. Paine. 

PAYS (René Le). F. Lepays. 

PAZZI j la maison floreuùne de 
ce nom était originaire du Val d'Ar- 
no Supérieur, où elle avait des fiefs 
considérables , et d'oii elle a fait 
pendant plusieurs siècles la guerre à 
la république Florentine , de concert 
avec les autres nobles Gibelins. Vers 
la fin du quatorzième siècle , cette 
famille se voua au commerce ; elle y 
acquit de grandes richesses, et par vint 
aux premiers honneurs de l'état : 
mais à la même époque , celle des 
Médicis s'élevait dans la république , 
au-dessus de toutes les autres, par ses 
richesses et par les talents de son 
chef. Elle avait mis le peuple en- 



PAZ 

tier dans sa dépendance : les Pazzi 
zélés pour la liberté de leur patrie 
et jaloux d'une maison rivale, for-| 
mèrent , en 1478, le projet de ren-.| 
dre à Florence son antitpie conslitu-ii 
tion. Leur chef était «alors Jacques! 
Pazzi, homme qui se faisait esli-; 
mer par une grande bienfaisance ,j 
et une rigoureuse probité , maisj 
auquel on reprochait la j^assion di 
jeu , et l'habitude des jurements ei 
des blas])hèmes. Il n'avait pas dc) 
fils ; mais il destinait ses biens à sesj 
dix neveux , nés de ses deux frères. 
L'un de ces neveux, nommé Guillau- 
me , avait épouse Blanche, sœur de] 
Laurent et de Julien de Médicis. Ur 
autre , nommé Jean , avait été dé-' 
pouilié;, par ces deux chefs de l'état, 
d'un héritage auquel il avait des 
droits ; un troisième , nommé Fran- 
çois , ne pouvant souffrir le triom- 
phe de la tyrannie dans sa pa- 
trie, s'était retiré à Rome , où il 
était banquier du pape Sixte IV. Ce 
pape nourrissait , ainsi que son ne- 
veu Jérôme Riario , une haine invé- 
térée contre Laurent et Julien de Mé- 
dicis : tous deux cherchèrent dans 
les Pazzi, des instruments pour leur 
vengeance ; ils engagèrent François 
à retourner à Florence , pour faire 
entrer dans un complot son oncle et 
le reste de sa famille. Jacques Pazzi, 
effrayé des difficultés de l'entreprise, 
n'y consentit qu'avec beaucoup de 
peine: les instances du pape, celles 
de son neveu , et de Salviati , arche- 
vêque de Pise, qui haïssait aussi les 
Médicis ; enfin l'assurance des se- 
cours de Ferdinand , roi de Naples , 
le décidèrent à s'engager dans la 
conspiration : mais auparavant il 
acquitta toutes les dettes de sa fa- 
mille et de son commerce , afin de 
n'entraîner personne dans son mal- 
heur , si son entreprise échouait. 



PAZ 

Jacques Poggio, fils du cclcbre his- 
torien Pogf^io Braccioliiii , Bernard 
Bandini , Baptiste de IMontesicco, 
condottiere , qui avait acquis une 
assez grande réputation militaire, et 
qucifjues autres hommes détermines, 
furent choisis pour seconder les 
chefs des conjure's. Il fut convenu 
entre eux de saisir le moment du ser- 
vice divin, pour frapper à l'église 
en même temps les deux Mcdicis. 
Il paraissait trop diliicile de les trou- 
ver, dans toute autre circonstance , 
reunis et n'étant point sur leurs 
gardes. On fit venir de Pise le car- 
dinal Riario, neveu du pipe, trop 
jeune pour être initié dans le secret 
de la conjuration , mais qui devait 
servir pour attirer plus sûrement 
les deux Médicis dans le temple ; 
Bandini et François Pazzi se char- 
gèrent de tuer Julien : Montesicco 
repondit de Laurent ; mais lorsqu'il 
sut que le moment choisi pour j)or- 
ter le coup était celui de rélévalion 
de l'hostie , il eut horreur de com- 
mettre un tel sacrilège dans la ca- 
thédrale. Deux prêtres, Stefano Ba- 
gnone et Antoine Mafici, se chargè- 
rent de l'acte impie auquel répu- 
gnait un soldat. Jacques Pazzi de- 
vait dans le même temps appeler 
les citoyens aux armes et à la liberté, 
et l'archevêque Salviati s'emparer 
du palais de la seigneurie. Aucun 
soupçon de la conjuration ne trans- 
pira jusqu'au dimanche, 26 avril 
1/178, jour fixé pour l'exécution ; et 
toutes les mesures étaient si bien 
prises que le succès paraissait assuré. 
Cependant rien ne réussit aux con- 
jurés : Bandini et François Pazzi 
égorgèrent, il est vrai, Julien, au 
moment convenu ; mais le dernier 
frappa le jeune Médicis avec tant de 
furie , qu'il se blessa lui-même griè- 
vement à la cuisse, et se mit hors 



PAZ 237 

d'état d'agir ensuite. MafTéi blessa 
légèrement Laurent à la gorge : ce- 
lui - ci , tirant aussitôt l'épée , se 
mit en défense contre les deux as- 
sassins , et il eut le temps de s'en- 
fcrmerdanslasacristieavccscsamis, 
avant que les autres conjurés par- 
vinssent jusqu'à lui. L'archevêque 
Salviali s'était, pendant ce temps, 
rendu au palais public , avec trente 
conjurés , pour chercher à le sur- 
prendre : mais prévenu par le gon- 
falonierCésarPétrticci, il fut arrêté 
lui-même. Jacob Poggio, qui était 
avec lui , fut immédiatement pendu 
aux fenêtres pour intimider la po- 
pulace. Jacques Pazzi était venu sur 
la place publiqueavec une centaine de 
gens armés , et il invitait les Floren* 
tins à prendre les armes au nom de 
la liberté ; mais les amis des Médicis 
se trouvaient les plus forts , et Jac- 
ques fut réduit à s'enfuir : comme 
il traversait les montagnes pour ga- 
gner la Romagne , il fut arrêté par 
les paysans, ramené à Florence, et 
pendu immédiatement. Fr. Pazzi , 
épuisé parle sang qu'il avait perdu, 
et la blessure qu'il s'était faite, s'é- 
tait retiré cliez lui et jeté sur son lit; 
il y fut pris , et conduit au palais au 
milieu des outrages de la populace. 
Déjà l'archevêque Salviati avait été 
pendu aux fenêtres en habits pon- 
tificaux, à coté de Poggio. Presque 
tous les conjurés avaient été mis en 
pièces par le peuple, ou précipités 
du haut des fenêtres du palais. Au- 
cune insulte faite à François Pazzi 
ne put l'engager à dire un seul mot 
ou à former aucune plainte: son re- 
gard était fixe, et il soupirait en si- 
lence. Il fut pendu aux fencires 
du palais , à côté de l'archevêque. 
Soixante-dix personnes périrent par 
la fureur de la populace , ou de 
la main du bourreau. René Pazzi , 



l'^H 



PAZ 



qui n'avait point trempé dans la con- 
juration, fut exécuté avec les autres : 
GuiUaunic seul fut sauvé par l'inter- 
cession de Blanche de McJicis , son 
épouse. Bernard Bandini , après 
avoir tué Julien, voyant que la con- 
juration avait échoué, sortit de la 
ville , et se mit en sûreté. Le cardinal 
Riario fut aussi arrêté , et chargé 
d'outrages, puis remis en liberté pour 
apaiser le pape , qui ne laissa pas de 
mettre Florence sous l'interdit pour 
avoir fait mourir son archevêque 
( F. MÉDiGis ). Ange Politien, dé- 
voué aux Médicis, publia, la même 
année, l'histoire de cette catastro- 
phe , dont il avait été témoin ocu- 
laire : Pactianœ conjurât ionis coin- 
mentariolum (Florence), 1478, 
in-4*^. J.Adimari l'a réimprimée avec 
de nombreux éclaircissements , Na- 
ples , 1769, in-4''. , lig. ; et on la 
retrouve dans l'Histoire de Laurent 
de Médicis par Roscoe. La conjura- 
tion des Pazzi a fourni au poète Al- 
fiéri le sujet de l'une de ses meil- 
leures tragédies. S. S — i, 

PAZZI (Sainte MadelÈne de ). 
T^. MadelÈne. 

PAZZIS ( Maxime de Seguins 
de), néàCarpentras^ d'une famille 
ancienne et distinguée , dont une 
branche avait hérité d'une terre qui 
l'obligeait à prendre le nom célèbre 
de Pazzi ( cette illustre maison de 
Florence ayant fini , dans le comtat 
Venaissin, par une ii'le entrée dans 
la famille des Séguins ) , fut en- 
core pourvu jeune d'un riche béné- 
fice dans le diocèse d'Amiens , dont 
un de ses oncles était évêque ( Foy. 
DoRLÉANs). La révolution l'obligea 
de se réfugier en Angleterre , d'où 
il revint en France k l'époque du 
traité de Lunéville. Il ne reprit point 
alors les fonctions ecclésiastiques , et 
sollicita des places dans l'adminis- 



PAZ 

tralion. Il fut membre de plusieurs 
sociétés littéraires dans le départe 
ment de Vaucluse , dont il composa 
la Statistique. Nommée en 1809, 
grand vicaire de Trcyes par M. de 
Boulogne , son compatriote , il re- 
prit alors le costume et les fonc- 
tions de son état , et suivit le prélat 
à Troyes j mais M. de Boulogne 
ayant été arrêté à Paris , en 18 1 1 , à 
l'époque du concile , l'abbé de Pazzis 
eut ordre de quitter le grand vicariat 
et de revenir à Paris. En i8i3 , il 
accompagna M. l'abbé de la Brue , 
nommé par Buonaparte à l'évôché 
de Gand, et qui n'était point recon- 
nu pour tel par le clergé de Gand , 
M. de Broglie vivant encore. L'abbé 
de Pazzis passa pour avoir provo- 
qué plusieurs mesures sévères prises 
alors contre des prêtres attachés à 
leurs évêques ; et il est fort maltrai- 
té dans quelques brochures publiées 
à cette époque ou peu après, en Flan- 
dre. Il fut obligé de quitter Gand , 
en 181 4 , et revint à Paris , où il 
mourut , le 24 août 1817 , à l'â- 
ge d'environ 52 ans. 11 est l'au- 
teur des ouvrages suivants : I. Élo- 
ge en forme de nvtice historique 
de Malachie d^ Liguimbert , eVe- 
que de Carpentras, an xiii ( i8o5), 
in-8^. II. Mémoire statistique sur le 
département de Vaucluse, 1808 , 
in-4^«<ie 354 pages. Cet ouvrage, ré- 
digé avec beaucoup de soin , renfer- 
me un grand nombre de détails cu- 
rieux. On n'y trouve point la Notice 
deshommes illustresdu département. 
Par une note mise au bas de la page 
65 , l'auteur avertissait que ce se- 
rait l'objet d'un ouvrage particulier, 
qu'il n'a pas eu le loisir de terminer. 
III. Fœu de Louis XIII , Paris , 
i8i4 , 38p. in-8«. Il s'agit, dans 
cet opuscule , de l'acte par lequel 
ce prince déclare la Sainte Vierge 




PAZ 

protectrice spéciale de son royaume. 
L'auteur attribue à cette protection 
le rétablissement de la maison de 
Bourbon sur le troue, en i8i4- 
IV. Observations sur le Récit des 
troubles du diocèse de G and, in- 
séré dans VAnii de la Religion et du 
Roi , journal ecclésiastique , politi- 
que et littéraire, du 'lo juillet 18 1 G, 
7(3 p. in-8^; L'abbé de Pazzis essaie 
de répondre aux reproches dirigés 
contre lui dans le Récit, L'auteur du 
journal lui répondit dans les N^s. 
219 et 111 de son Recueil. Là finit 
celte controverse désagréable pour 
l'abbé de Pazzis, Il s'occupait d'une 
traduction des Psaumes , écrite avec 
chaleur, et que sa mort l'a empêché 
de publier. F — a. 

PEARCE ( Zacharie ) , savant 
e'vêque anglican, (ils d'un distillateur, 
naquit à Londres en i()go. Nommé 
élève du roi à l'école de Westmin- 
ster , en 1707, il y resta jusqu'à 
l'âge de vingt-ans et s'y distingua par 
ses progrès. Etant entré au collège 
de la Trinité à Cambridge, en 1 7 1 o, 
il y débuta par quelques produc- 
tions, insérées dans le Guardian et 
dans le Spectator. Eu 1 7 1 G, il donna 
une édition du traité de V Orateur de 
Cicéron , avec des notes très - judi- 
cieuses. Le succès de cet ouvrage lui 
valut, de la part du docteur Bentley , 
la préférence sur tous ses concur- 
rents pour V association, et du lord 
Parker , chef de justice , depuis 
comte Macclesfield, une bourse de 
cinquante gainées. Ordonné prêtre 
en 1718, parTcvêque d'Ely, il de- 
vint chapelain du lord Parker, alors 
chancelier, qui le nomma, en 1 7 19, 
à la rectorerie de Slaplcford Abbots, 
et, en 17U0, à celle de Saint-Bar- 
thelemi : en i7'23, son protecteur 
le présenta à la vicairie de Saint- 
Martin. Gomme la famille royale 



PEA a3g 

avait une résidence dans cette pa- 
roisse, il était d'usage que le vicaire 
fût docteur en théologie. Pearce ne 
l'étant pas , le chancelier offrit de 
lui faire accorder le bonnet par man- 
dat royal : mais Pearce aima mieux 
profiter du bénéfice de Lambeth, et le 
recevoir de l'archevêque de Ganter- 
bury. En 1789, la reine Garoîine, qui 
goûtait sa doctrine, le fit nommer 
au doyenné de Winchester. Pearce 
assista, en cette qualité, à l'assemblée 
de 1749? pour le comté de Kent : 
quatre ans après, il fut élevé sur le 
siège de Bangor , où il ne se rendit 
qu'à force de prières et de sollicita- 
tions. En 1 756, le duc de Newcastlc 
le força de recevoir en échange l'é- 
véchédo Pvochesteret le doyenné de 
Westminster. Lord Bath ne fut pas 
si beureux dans les tentatives qu'il 
fit , à plusieurs reprises , auprès du 
docteur Pearce, pour lui faire accep- 
ter l'archevêché de Ganterbury ou 
l'evêché de Londres. Le prélat s'y 
refusa constamment : il répondit que 
loin de prétendre à des sièges plus 
considérables , il ne songeait qu'à 
quitter celui qu'il occupait, pour vi- 
vre dans la retraite. En efîct, il ob- 
tint une audience du roi, et le pria 
instamment de le décharger du far- 
deau de l'épiscopat , et de le rendre à 
la vie privée et à ses travaux favoris; 
mais le roi n'y voulut point consen- 
tir : il lui permit néanmoins, en 1 768, 
de résigner le doyenné de Westmins- 
ter. Son application à l'étude, et les 
fonctions de son ministère, qu'il 
remplissait avec zèle, altérèrent sa 
santé; il mourut le 29 juin 1774- 
On l'enterra dans l'église de Brom- 
ley, province de Kent; et l'on érigea 
en son honneur, dans l'abbaye de 
Westminster , un cénotaphe orné 
d'une inscription latine. Pearce est 
recommaudable par quelques fonda- 



24o 



PE4. 



lions de charité , et par sa profonde 
érudition. Nons avons de lui : 1. Le 
traite de Giceron De Oratore^ Cam- 
bridge, 17 i6, in-S''. II. De oj/iciisy 
Londres, i745,iiî-B^. La réputation 
que les éditions de ces deux traites 
firent au docteur Pearce, engagea 
l'abbe d'Olivct à lui demander quel- 
ques renseigneraens pour sa pré- 
cieuse édition de l'orateur romain. 
On voit , dans cette correspondance, 
combien l'académicien français es- 
timait la science et la critique du 
docteur anglais. III. LoTiginus de 
Suhlimilate cum versione latind et 
noiis^ Londres, 1724, in-4**. et plu- 
sieurs fois depuis, in -8*^.; très re- 
clierchée. IV. Review ofthe text of 
Paradise lost ^ Londres, i733, in- 
8^. : c'est une critique de l'ouvrage 
de Bentley sur le Paradis -perdu. 
L^cvêque Newton a conservé quel- 
ques-unes de ses remarques dans l'é- 
dition qu'il a donnée de Milton. V. 
An account oj'Tnrdty college^Cam- 
bridge, t7'2o. YI. A letter to the 
clergy of the church of England , 
1722. VII. Deux lettres contre le 
docteur Middieton. Dans cette con- 
troverse Pearce convainquit Middie- 
ton d'avoir souvent altéré ou falsifié 
ses citations. VIII. A commentarf 
with notes, on the four evangelists 
and the acts ofthe apostles , toge- 
ther with a new translation of St 
Paul's first epistle to the Corin- 
thians , with a paraphrase and 
notes , to which are added other 
theological pièces, Londres , 1777, 
in-4^. , '^ vol. Jolm Derb)^ a recueilli 
tous les discours du prélat , dont il 
était chapelain, sous ce titre; on y 
trouve aussi des Mémoires de Pearce 
sur les événements de sa vie , et une 
notice de Derby. IX. Sermons on 
n)arious suhjects , ibid . , 1777, in-B». 
4 vol. : l'auteur ne s'éloigne pas 



PEA 

beaucoup de la croyance socinienne; 
et il a cela de commun avec la plu- 
part des ecclésiastiques anglicans 
modernes. L — b — e. 

PEARCE ( Nathaniel ), voya- 
geur anglais , ne à East-Acton , près 
de Londres, vers 1780 , setrouvait, 
comme matelot, sur le vaisseau qui 
transporta lord Valentia dans l'Inde, 
lorsqu'arrivé sur les côtes d'Abissi- 
nie , il témoigna le désir de rester 
dans ce pays. Il s'y établit en effet, 
et obtint du Ras de Massouah un 
terrain : il bâtit ensuite à Callicut 
(dans le Tigré, à cinquante lieues au 
sud de Massouah ) , une petite mai- 
son , et forma une plantation à l'eu- 
ropéenne. Il apprit les diverses lan- 
gues d'Abissinie , et recueillit beau- 
coup de renseignements, sur les , 
mœurs et usages de ce pays. Aussi 
M. Sait, dans la relation de son 
deuxième voyage en Abissinie, avoue 
que Pearce Ini fut très-utile , et lui 
servit d'interprète. Le i?<ï5 avait d'a- 
bord paru protéger Pearce ; mais en 
1 8 1 4 , ayant fait venir d'Egypte VA- 
houna ou patriarche Copte , il chassa 
Pearce de sa propriété , et y installa 
ce moine , qui jouit d'une grande vé- 
nération auprès des Chrétiens à de- 
mi-barbares de l'Abissinie. Il ne res- 
tait au pauvre Pearce qu'un pré, qu'il 
défendit , le fusil à la main , contre 
les gens du patriarche. Irrité de 
cette résistance, le moine l'excom- 
munia , suspendit le service divin , 
et demanda la punition exemplai- 
re du chrétien anglais. Cependant 
cette querelle fut apaisée; et il paraît 
que Pearce reçut quelques secours de 
la société biblique de Londres , qui 
le chargea de distribuer des bibles 
en copte aux églises d'Abissinie. 11 se 
plaint, dans uneleîtrc, de ce que cette 
distribution est regardée de très- 
mauvais œil par les prêtres , et sur- 




PEA 

tout par TAbouna , et que personne 
ne lui donne un grain de ble' en 
échange de ses exemplaires. 11 en- 
voya vers ce temps , par l'entremise 
de M. Forbes , résident anglais à 
Moka , une première Notice sur l'A- 
bissinie, à la socie'té litle'r.iirc de 
Bombay , qui la fit imprimer dans le 
deuxième volume de ses Me'moires. 
Elle a cte réimprimée dans le New 
jnonthlf Magaz'ne de Londres , 
182 1 , n°^. 9 et 10. Dans îes années 
suivantes, M. Sait, consul-gcncral 
de la Grande-Bretagne en Egypte, lui 
obtint la protection du pacha. Mais, 
le vieux Bas elant venu à mourir, 
une guerre civile désola l'Abissinie. 
Challicut fut pris et saccage par un 
parti victorieux ; et Pearce n'échap- 
pa à la mort que par l'humanité de 
quelques soldats chrétiens qu'il con- 
naissait. Il résolut alors de quitter 
l'Abissinie pour toujours, et revint 
auprès de M. Sait, au Caire. Il fut en 
core employé à distribuer des Bibles 
dans la Haute Egypte , et à traduire 
les livres saints dans quelques-uns 
des dialectes de cette contrée : mais 
il n'eut le temps de terminer que la 
version des Évangiles de saint Marc 
et de saint Jean, dans le dialecte 
élbiopique du Tigré. Il fit à M. Belzo- 
ni, qui le rencontra sur le Nil , un ré- 
cit intéressant de ses aventures , et 
celui-ci en parle dans sa relation. 
M. Sait procura ensuite à Pearce les 
moyens de retourner en Europe. 
Mais au moment de s'embarquer à 
Alexandrie,. il fut saisi d'une fièvre 
bilieuse, et mourut le 12 août 1820. 
Il fut enseveli par les matelots an- 
glais dans l'enceinte du couvent 
grec. M. Sait , et le consul anglais 
à Alexandrie, assistèrent à son con- 
voi. Par son testament il avait légué 
ses manuscrits à M. Sait , qui les 
prépare pour l'impression. A en 

XXXIII. 



PEA 



24t 



juger par la première notice men- 
tionnée plus haut, les observations 
de Pearce jetteront beaucoup de 
jour sur l'histoire moderne de l'A- 
bissinie, et sur l'état civil et moral 
des habitants de ce pays. D — g. 

PEARSON ( Jean ) , savant évê^ 
que anglican , naquit à Snoring , 
dans le comté de Norfolk , en 161 '2. 
Il fit ses premières études à Eaton , 
et fut reçu , en i63'2 , dans le col- 
lège du lloi à Cambridge , où il prit 
le degré de maître-ès arts, en 1689. 
La même année , il entra dans les 
ordres, et obtint une prébende dans 
l'église de Salisbury. Il devint suc- 
cessivement chapelain de lord Go- 
ring , de sir Robert Cook, et prédi- 
cateur de Saint-Clément à Londres. 
En 1657 , deux catholiques eurent 
avec lui et Gunning, depuis évêque 
d'Ely , une conférence, sur le schis- 
me d'Angleterre. Les protestants pré- 
tendent qu'il avaiî été convenu que 
les actes de la conférence ne seraient 
point imprimés sans le consente- 
ment des deux parties , et que ce- 
pendant il en parut une copie infi- 
dèle à Paris , en iG58, sous le titie 
de Schisme démasqué, et qu'il s'en 
fit une seconde édition à Oxford, 
sous le règne de Jacques II. Après 
la restauration, qu'il avait appelée 
de tous ses vœux , Pearson obtint 
la cure de Saint-Christophe , dans 
la Cité , le bonnet de docteur eu 
théologie dans l'université de Cam- 
bridge , un canonicat dans la cathé- 
drale d'Ely, i'archidiaconédeSurrey, 
la charge de chapelain du roi et lit 
grande maîtrise du collège de Jésus. 
Nommé, en 16G0, un des commis- 
saires pour la révision de la litur- 
gie anglicane , les non-conformistes 
n'eurent pas de plus habile antago- 
niste que lui. En 1G62, on le mit à 
la tète du collège de la ïrinilé à 
iG 



34-^5 



Pïwi 



Gambncl^c^ et cfiiq ans après , KiSo 
ciclc royale l'adriiit parmi ses mcrn- 
lircs. L'cvt'clic de Cbcster étant 
venu à vaquer, le roi Charles II 
y porta Pearson , au commence- 
ment de 1673. Ce prélat mourut 
danssa ville episcopalc, en 1G86. Il 
avait entièrement perdu la mémoire 
plusieurs années avant sa mort , et 
ne pouvait plus Iravaillcr. Ou le re- 
garde comme un des plus savants 
hommes de son pays et de son siècle 
dans les langues anciennes , dans 
riiistoire, dans la critique et dans 
la ibcologic. 11 avait autant de ju- 
gement que d'drudition , et ses ou- 
vrages respirent la modération et le 
bon goût. Nous avons de lui:I. ^m- 
dicicu Epistolaruni scnicti Igjiatii : 
accesseriint Isaaci Vossii epistolce 
duœ adversus David Blondellum , 
Cambridge , 167a, in- 4°., et dans 
les Pères apostoliques de Colelicr , 
Anvers, 1G98, et autres éditions. Cet 
ouvrage est principalement dirige 
contre Daillé, Saumaisceî Blondcl, 
ennemis déclares de i'episcopat, et 
par conséquent très -opposes à la 
vérité et à rautlicnticitd des lettres 
de saint Ignace, evêque d'Antioche, 
dans lesquelles est c'tablie la distinc- 
tion des cvêques et des prêtsx^s. II. 
Annales Cjjnianici , sive treJeciin 
annoriun quihus sanctus Cyprianus 
inter Çhrislianos versatus est, Hii- 
toria chronologica , dans l'édition 
des OEuvres de saint Cyprien par 
Fell, Oxford, 1684 ; Amsterdam, 
1 700 , in-fol. lU. Exposition oftlie 
Cr^ed, Londres, 1659, in-40., et 
treize fois depuis; traduit en latin par 
Si mon- Jean Arnold , inspecteur des 
églises du bailliage de Sonneberg , 
sous ce litre : Expositio symboli 
apostolici , Francfort- sur -Oder , 
1691 , in-40, . réimprime avec xmc 
préface de P. E. Jablonski, en ! 7 4 1 • 



PEC 

Cet, ouTr.iç;^ est ti'cs-bîen d^iit , et 
forme un corps complet de théolo- 
gie trèS'CsJimc en Angleterie. 11 a 
été abrège par Charles Burney , 
Londres , 1810. IV. Deux Sermons 
sur la non-nécessité d^une réforme 
dans réalise ani^licane ; le premier 
en 1661, et le second en 167 1 , 
in-4°. , publics par ordre du roi. V. 
Vêtus Testanieniwn grœcuia cuni 
prœfatione : accedit Novum Testa- 
mentum grœcum, Cambridge, 1 065, 
3 vol. in- 13 ; la préface seule est de 
lui. VI. Prolegomejia ( in Iliero- 
clem ) de editione , autore et opère ^ 
en tête du second volume des OEu- 
vres de ce philosophe , Londres, 
iG55, in-8«. VU. The golden 
remains of the ever - mémorable 
Mr. John Haies, of Eton, ornes 
d'une préface écrite avec beaucoup 
d'èlegance, Londres, 1659. Pear- 
son a beaucoup contribue au recueil 
inîituic: Critici sacri, sive dcctissi- 
morum virorum in sacra Biblia 
annotationeset tractatus, Londres, 
i(i(3o-i66i , in-folio , 2 vol. Henri 
Dudwcll a donne ses OEuvres pos- 
thumes, comprenant des Annales de 
la Vie de saint Paul , et des Disser- 
tations sur la chronologie des pre- 
miers e'vêques de Rome ( en latin ) 
Londres, 1688, in-4^.Un anonyme 
a déclaré avoir en sa possession plu 
sieurs ouvrages inédits de Pearson 
( Gentleman s Magazine , 1 789 , 
p. 4^3 ); et Kuster,dans son édition 
de Suidas , a fait usage des notes 
du prélat , déposées dans la biblio- 
thèque du collège de la Trinité , à 
Cauibridge. L — b — e. 

PEGC5 ( Jean-Antoi>e ) naquit 
à Sienne, h; 12 décembre iGqS, d'u- 
ne famille distinguée. Il fut reçu , en 
1 7 1 , chevalier de l'ordre de Sainî- 
Étienne. fit de bonnes études , et s'a- 
donna principalement à l'histô 




PEC 

des aiillqnït(?s , np[>[if[U(5c.s surfont h 
la connaissaïuo de sa pnlrio. T)t's 
17*23, Pecci publia , à Luctjiics, une 
relation des combats de taureaux 
et des magnifiques jeux cinculaircs 
célèbres sur la f^,rande place de Sien- 
ne dans diverses circonstances. Il 
alla, en 17 '25, à Rome, où il acquit 
beaucoup de connaissances , et con- 
tracta des liaisons avec plusieurs 
(îrudits. Nous voyons , depuis , cet 
auteur constamment occupe' à fouil- 
ler dans les archives jjubliques et 
prive'es des villes et des familles 
considérables de toute la Toscane , 
et à eclaircir dans ses écrits les points 

I historiques les plus obscurs. Ses pro- 
ductions les plus remarquables sont 
un Essai sur les factions des Guel- 
phes et des Gibelins ; — une Exposi- 
tion des choses notables de Sienne ; 
— un Tableau du gouvernement 
de Pandolfo Petrucci , et le carac- 
tère de ce grand homme d'e'tat par- 
venu à l'autorité suprême dans sa 
patrie; le rôle joue par ses fdsj l'op- 

• pression de la re'publique par IMcn- 
doza , et sa délivrance par Ilcnri 11 , 
roi de France. Tous ces objets sont 
discutés avec beaucoup d'intérêt. 
Nous passons sous silence un grand 
nombre de Dissertations académi- 
ques, ctla correspondance de l'auteur 
avec Mazzuchelli, Larai et Biauclii 
de llimini. Le chevalier Pecci mou- 
rut le 3 mars 1768. D — g — s. 

PECHANTRÉ ( Nicolas de ) , 
ftuteur dramatique , ne à Toulouse , 
ca i638 ou 1639, était fds d'un 
chirurgien, et il ciiidia eu médecine. 
On ajoute même qu'il en fut profes- 
seur : de plus il cultivait la poésie, et, 
ayant remporté trois prix aux jeux 
floraux , il se crut appelé à des suc- 
, ces plus éclatants , et vint à Paris , 
dans le dessein d'y travailler pour 
ie théâtre. Il avait quarante-huit ans 



PEC 2Y^3 

qtiand H fît fouer sa prcmRfre pièce 
au ihé.Ure Français ; il en donna deux 
autres, et venait d'achever un opéra , 
lorsqu'il mourut en décembre 1708. 
Pcchantré n'est mentionné ni dans 
le Siècle de Louis XIF ^ par V^ol- 
taire , ni dans le Lycée ou Cours de 
littérature , par Laharpc. Voici la 
liste de ses ouvrages : I, Gela , tr.v 
gédie en cinq actes et en vers , re- 
présentée avec succès , en 1687 , et 
imprimée la même année, in- 12. On 
raconte que l'auteur , ayant montré 
cette pièce à Baron , le comédien 
lui en dit beaucoup de mal, et linif. 
par lui en ollVir vingt pistoles. Pc- 
chantré accepta le marché. Champ- 
mcslé, instruit de cette convention , 
lui prêta les vingt pistoles nécessai- 
res pour la rompre, et l'auteur s'en 
trouva bien. Il dédia sa pièce impri- 
mée à IMonscigneur (le grand Dau- 
phin), qui lui donna des marques 
de sa libéralité. IL Jugurtha, roi 
de Numidie^ tragédie représentée en 
1692 , non imprimée. IlL La Mort 
de Néroji, tragédie en cinq actes , 
représentée le 2 1 février 1 703 , im- 
primée in-r^. Péchantré fut neuf 
ans à la composer» Un jour il oublia 
dans une petite auberge où il avait 
pris son repas, un papier sur lequel 
étaient plusieurs chiffres et ces mots: 
Ici le roi sera tué. Le traiteur, frap- 
péde la physionomie deson convive, 
porta l'écrit au commissaire du (piar- 
tier. Celui-ci recommajida de venir 
l'avertir si l'inconnu reparaissait. A 
quelque temps de là , PcchanJré le- 
vint en efl'et ; et bientôt il se vil as- 
sailli par une troupe d'archers, et le 
commissaire , armé du papier qu'on 
croyait être un plan de conspira- 
tion: Ah! monsieur , s'écria Péchan- 
tré , que je suis charmé de retrouver 
ce papier que je cherche depuis plu- 
sieurs jours I c'est la scène où je 
it). 



Ak 



PEG 



dois placer la mort de Néron ^ dans 
une tragédie à laquelle je trai^aille. 
Vraie ou fausse, cette anecdote a 
fourni à M. Sewriu le sujet d'une 
])elitc pièce de théâtre, intitulée: 
Péchant ré, ou une scène de com édie. 

IV. Joseph vendu par ses frères. 

V. Le Sacrifice dyJbrahani. Il ne 
paraît pas que ces deux tragédies, 
composées pour le collège d'Har- 
court, aient ctë imprimées. VI. Jlni- 
phion et Parlhénopée , opéra ; l'ou- 
vrage était achevé, il ne restait que 
le prologue à faire quand l'auteur 
mourut; aussi cet opéra n'a-t-il été 
ni représenté, ni imprimé. A. B — t. 

PECHMÉJA (Jean), né à Ville- 
franche, dans le Ùouergue, en 174^) 
professa l'éloquence à la Flèche , et 
vint dans la capitale , où il débuta 
parles fonctions de précepteur. Il 
concourut pour le prix de l'acadé- 
mie française, qui avait proposé, 
en 1773, l'Éloge de Colbert. Ce 
prix fut remporté par Nccker , qui , 
versé dans les connaissances finan- 
cières , semblait fait plus que tout 
autre pour apprécier un ministre 
dont la gloire dut quelques an- 
nées après le tenter lui-même. Pech- 
méja , qui n'avait pu que revêiir 
d'un style élégant des notions assez 
fraîches , puisées dans le commerce 
des économistes , obtint seulement 
nn deuxième accessit. Cette circons- 
tance le jeta dans la société du célè- 
bre genevois , dont il adopta les 
idées, et pour lequel il composa de- 
puis une brochure pleine de finesse 
et de raison , où il défendait contre 
leurs détracteurs les administrations 
provinciales. Une production d'une 
plus grande étendue augmenta sa 
réputation. La tendance générale 
des esprits vers les objets de ré- 
forme se montrait de mille maniè- 
res dans la littérature. Les idées 



PEC 

nouvelles ne se glissaient pas seule- 
ment dans les ouvrages d'imagina- 
tion; elles en formaient le fonds 
principal. Pechméja crut devoir ap- 
])orter son tribut dans ce mouve- 
ment qui entraînait tous les écri- 
vains, il publia, en 1784, Pélèphe , 
poème en 1 2 livres , et en prose. Le 
sujet de ce roman moral était tout 
entier d'invention ; il ne reposait 
sur aucun nom , sur aucune tra- 
dition connue : cette première sour- 
ce d'intérêt dont l'auteur s'était 
privé, a peul-êue contribué, plus 
que toute autre cause , à l'oubli 
où son livre est tombé. Mais il ob- 
tint, au moment de sa publication , 
une faveur éclatante; l'édition en fut 
épuisée en moins de trois semaines: 
on exalta l'élégance du style , on 
proclama l'auteur le digne héritier 
de l'éloquence des écrivains du grand 
siècle ; on hasarda même un paral- 
lèle entre Télèphe et Téléniaque. 
Tout ce bruit des preneurs, ce^ en- 
gouement si déplacé, aboutit , après 
quelques mois , à une indififérenco 
complète. Laharpe a jugé sévère- 
ment Télèphe, sans qu'on puisse le 
taxer d'injustice. « L'auteur, dit-il, 
» manque souvent son but faute de 
)> mesure dans ses idées et dans son 
» style. Il semble, comme Rousseau, 
)) faire un crime de la propriété , 
» sans laquelle cependant toute so- 
» ciété est impossible. 11 ne veut pas 
» que les enfants succèdent à la for- 
» tune de leurs pères , comme si 
» cettesuccession n'était pas de droit 
» naturel, et comme si les pères eux- 
)) mêmes ne travaillaient pas pour 
» leurs enfants. Il y a quelques mor- 
» ceaux d'une éloquence noble , et 
)> des moments d'intérêt : mais nul 
» art dans la composition et la pré- 
» paration des événements; point de 
» nœud qui attache; on y trouve des 



PEG 

» faits sans vraisemblance, des ta- 
» bleaux gigantesques , une natarc 
» fausse, des principes outres , une 
» diclion abstraite. » On se deman- 
de encore pourquoi l'auteur se com- 
plaît à rassembler tant d'idées et tant 
d'images également tristes , sur la 
destinée de l'homme, sur l'injustice 
de l'oppression , sur la nécessite' 
d'être vertueux , et le peu de bon- 
Leur que Ton peut espérer de la vertu 
même la plus pure. Celte disposi- 
tion d'une imagination qui semble 
bizarre , s'explique par Tépigraphe 
qu'il a choisie : Et quorum pars 
magna fui. Il s'est attaché en ellel à 
peindre ditTércntes situations de sa 
vie. Il avait connu le malheur ; et 
une violente passion dont il avait été 
victime , avait empreint son carac- 
tère d'une profonde mélancolie. 
Malgré le sérieux de ses habitudes , 
Pechméja sévit recherché par les 
grands, et fut répandu dans les cer- 
cles les plus distingués , qu'il éton- 
nait souvent parles éclairs de sa con- 
versation et la fécondité de ses sail- 
lies. On lui connaissait en ce genre 
peu de rivaux; de là , l'enthousiasme 
des gens du monde, qui valut à son 
ouvrage une réputation si rapide 
{VojAàCorrespondancedeGnmm). 
Un des épisodes les plus attachants 
du Télèphe est un tableau de l'ami- 
tié : l'auteur a peint ce sentiment 
tel qu'il était dans son ame. Ses ti- 
tres littéraires , déjà loin de la mé- 
moire des hommes , dureront moins 
que la tradition de l'attachement 
poussé jusvpi'à la plus vive tendres- 
se , ({ui l'unissait au médecin Dii- 
breuil. C'est lui qui avait attiré Du- 
breuilà S.iint-Gcrmain, clqui l'avait 
produit dans la plus haute société.Du- 
breuil , ])rofond dans son art , éprou- 
vait d'aboj'd de grandes dillicul- 
lés à exprimer ses idées : Pechméja, 



PEG 



2l5 



par sa persévérance à instruire et a. 
reprendre son ami, était parvenu à 
faire disparaître ce défaut , qui eût 
interdit des succès aux plus grands 
talents. Dnbreuil devint bientôt Tun 
des médecins les plus accrédités de 
la capitale : le logement, les sociétés, 
les biens comme les maux, tout en- 
tre lui et Pechméja demeura com- 
mun; en un mot , rien ne fut oublié 
de ce que l'imagination peut conce- 
voir pour confondre deux existences. 
Pechméja, dont l'insouciance appro- 
chait un peu de celle de La Fontaine, 
se reposait avec abaudon sur la for- 
tune de son ami. Quelqu'un lui deman- 
dant un jour comment avec un faible 
revenu de 1200 livres, il pouvait 
satisfaire son penchant pour la dé- 
pense : Oh I le docteur en a bien 
davantage , répondit-il ! Dubreuil 
commença , en 1783 , à ressentir les 
atteintes d'une alleclion de poitrine 
qui devait être mortelle. De nom- 
breux amis se pressent autour de 
son lit; mais il craint que les éma- 
nations d'un air infect ne leur de- 
viennent funestes. Il appelle le com- 
pagnon assidu de sa vie : « Mon 
» ami, lui dit-il, faites retirer tout le 
» monde; ma maladie est contagieu- 
» se : vous seul devez rester ici. » 
Mot sublime, qui honorait égale- 
ment celui qui le prononçait et ce- 
lui qui le recueillait. Heureux de sou 
dévouement pour son ami , Pech- 
méja le fut encore de l'assurance de 
le suivre de près dans la tombe. 
Vingt jours après la perte sur la- 
quelle il gémissait, il mourut à Saint- 
Germain en Laie, le 7 mai 178^), 
âgé de 45 ans , ayjrès avoir remis à 
la famille Dubreuil l'acte par lequel 
son ami l'avait institué son légataire 
universel. Voici les vers qu'il avait 
faits pour le portrait d'un autre lui- 
même : 



%iô 



PEC 



Au s.iit cj«; srs amis son Ijoulùnr lullir, 
lil lit (ir«»e l'eût ])n's ])c)iii- le diintl'ji^iiilouîc 
Ou pour le dlvn tli; l'Aïuilie. 

ÎVolimcj.i l'ut aussi très - lie avec 
ïlayiial. L'aulcur tic Télà(>Uc eut 
|)art à V Histoire philosoj}hi(jue du 
commerce des ^Européens dans les 
deux- Indes ; il en r(;clamait sans 
bruit plusieurs morceaux qui furent 
distingues par la lettre P dans la 
première édition ; celui de la traite 
des nègres , entre autres, lui appar- 
tient. Télèphe a ètc lèiiiiprimc en 
1795 ; il en existe une traduction en 
anglais, et une en allemand, par 
llubcr , Leipzig , 1-84 , in - 8'^. 
M — s — T. 
PECK (François), membre de 
la société des antiquaires de Lon- 
dres, ne à Stamford , dans le comté 
dcLincolu , en 1690. , reçut son édu- 
cation au collège de la Trinité do 
Cambridge. 11 obtint quelques bcné- 
lices ecclésiastiques de peu d'impor- 
tance , entre autres celui de Go- 
deby ]>Liureward ^ dont le droit de 
présentation lui coûta 400 liv. sterl. 
Ses nombreux écrits ont princi- 
palement rapport à l'histoire ainsi 
qu'aux antiquités de son pays , et lui 
ont acquis la réputation d'un savant 
antiquaire, mais un peu supersti- 
tieux. Il croyait à l'apparition des 
hons et des mauvais esprits, envovés 
par la Providence, pour nous parler 
et se montrer à nous, sous la forme 
de nos amis ou de nos ennemis, après 
leur mort. Les principaux ouvrages 
dePeck, imprimés en anglais, sont : 
L Exercice sur la création , et hym- 
ne au créateur du monde, 17 16, 
in-8'*. IL Soupirs sur la mort de la 
reine Anne , suivis de trois autres 
poèmes, et d'une annonce d'une liis- 
loirc des deux derniers mois de la 
vie de Cbarics l'" . , 1719. ML Jca- 
dcinia icrtia uniçUcana , ou ///zU- 



PEC 

(juiTCs de Stamford , 1 7*^7 , irt-fol. , 
avec 4* planches. IV. iJesiderata 
curiosa^ ou Collection de diverses 
pièces rares et curieuses relatii^es à 
l'histoire d' Awileterre , en arando 
partie inédites y i73'2 et 1735, lâ 
vol. in-fol. tirés à 25o exemplaires. 
Le docteur Zacharie Grey a contri- 
bué, pour quel«}ues articles , au *2". 
vol. La rareté et le prix élevé de 
l'ouvrage engagèrent le libraireïho- 
inas Evans à en donner une nouvel- 
le édition en 1779, 2 tora. en i vol. 
in-4*^. V. Catalogue complet de tous 
les écrits pour ou contre les Catho- 
liques y composés du temps de Jac- 
ques 11 y 1735 , in-4*^. VL Mémoi- 
res sur la Die et les actions d' Oli- 
vier Cromwell, contenus dans trois 
panégyriques écrits en latin par J. 
Milton , les deux premiers sous les 
noms du comte de Penaguiao , am- 
bassadeur de Portugal , et d'un Jé- 
suite chapelain de l'ambassadeur , 
avec une traduction anglaise et d'au- 
Ircs pièces historiques, 1740, in-4". 
YIL Nouveaux Mémoires sur la 
vie et les poésies dej. Milton^ avec 
des notes critiques sur divers passa- 
ges de Milton et de Shakspeare. M. 
J. ISichols parle avec éloge de ces 
Notes, qui ontpu, dit-il, indiquer la 
manière si heureusement suivie de- 
puis par le docteur Farmer, MM. Stee- 
vens, Malone etlleed, d'éclaircirun 
passage par un autre. Pcck a laissé 
un assez grand nombre de manus- 
crits qui se trouvent actuellement la 
plupart dans le Muséum britannique : 
L Suite de l'Histoire naturelle et 
antiquités du comté de Leicesler. 
IL Monasticum an^licanum , volitr 
men quartum , en 4 vol. in-4**. , et 
tout prêts à être imprimés. Ce Mé- 
moire contient principalement des 
documents pour une histoire de l'or- 
dre des Prém outrés en Aiip,kta-ic. 



PKC 

M. Xîclioîs rq^arJc les iiiaft^Tlaiix 
de CCS deux maiiusciils comme Irès- 
pre'cieux, et avoue qu'ils lui ont four- 
ni plusieurs articles curieux pour 
la composition de sou Histoire du 
comte de Lciccsler. III. Fie de 
QiiiL Biirton et de son frère Bo~ 
hert , suite des Annales de Stani- 
ford. Ces deux manuscrits , de peu 
d'étendue, sont entre les mains de 
M. Nicbols. IV. Fie de Nia. Fer- 
rar. Le docteur Peckard, cpii a pu- 
l)lic eu 1791 des Mémoires sur la 
vie (le N. Fcrrar , paraît s'être servi 
de ces matériaux. V. Nouveaux 
Mémoires sur la Uestauration de 
Charles II. L'auteur regardait ces 
Me'moires qui lui avaient ctë com- 
muniques parGuill. Cowper, secré- 
taire du parlement, comme une suite 
aux papiers d'état de ïliurloe. Peck 
momutle 1 3 août i743' B — r j. 

PEGQUET ( Jean ) , célèbre ana- 
toraiste , naquit à Dieppe, vers le 
commencement du xvii*^. siècle, et 
mourut dans sa patrie, en lévrier 
1G74. Après avoir achevé ses Lu- 
manite's dans sa province , il alla 
étudier la médecine à Montpellier , 
où il s'adonna, avec autant de pas- 
sion que de succès, aux recherches 
anatomiques. Ce fut pendant qu'il 
était encore sur les bancs , qu'il fît 
l'importante découverte qui l'a im- 
mortalisé, de la route que suit le 
chyle , élaboré dans le mésentère , 
et de son réservoir connu sous le 
nom de Béserpoir de Pecquet. Voici 
par quelle circonstance il fut con- 
duit à ce résultat si remarquable en 
[diysiologie. En s'occupani de la dis- 
section d'un j^ros chien, le jeune 
auatomistc reconnut dans la veino 
cave une poche ou sac lactescent • 
et d'abord il prit la matière qui y 
était contenue , pour du pus. Mais 
comme le sac vciiionx, de nuVne «(ue 



PEG 



M: 



les parffcs ^nt il était jen'^'onnd , 
étaient dans l'état le plus sain, et 
que d'ailleurs cette humeur ne se re- 
marquait qiKî dans la veine cave , 
Pccquet pensa qne c'était du chyle. 
Un examen attentif lui fit reconnaî- 
tre , dans les vaisseaux capillaires, 
des ouvertures très subtiles par ou 
suinte l'inimcur lactée. Cette pre- 
mière investigation ne le conduisit 
pas plus loin ; et il ne put détermi- 
ner la source d'où provenait ce li- 
quide. Mais ayant eu l'occasion d'ou- 
vrir un autre chien, Pecquet prit le 
soin de lui donner de la nourriture 
nue heure avant l'opération : il eut 
alors le bonheur et la gloire de dé- 
couvrir le tronc commun des vais- 
seaux lactés et lymphatiques, qu'il 
vit monter le long d'un côté de la 
colonne vertébrale, à côté de l'œso- 
phage, jusqu'à la tioisièmc vertèbre 
cervicale , et se terminer enlin dans 
la veine sous - clavière gauche. Pec- 
quet, afin^de constater quelle était 
la véritable fonction et quels étaient 
les rapports anatomiques de ce ca- 
nal, y appliqua une ligature^ et eut 
la satisfaction de voir qu'au-dessous 
de cette ligature, la liqueur étant re- 
tenue, le canal se tuméllaitj et qu'au 
contraire, au-dessus, il se vidait 
par la raison contraire. Pecquet 
ayant ensuite étudié , avec nn grand 
soin , la marche des vaisseaux lym- 
phatiques, constata, contre l'opi- 
nion reçue, que nul d'entre eux ne se 
vide dans le foie, ni ne le traverse , 
mais qu'ils se rendent tons dans nn 
canal commun , rampant le longdc3 
vertèbres lombaires , entre les cap- 
sules surrénales; et que de là, le chyle 
se rend dans le canal thoraciquc , et 
dans la veine sous-clavicre gauche, 
qui, à son tour, se vide dans le 
cœur. Ces diverses découvertes ren- 
versèrent comph^cment la thooi'ic 



248 



PEG 



d'après laquelle les physiologistes 
prétendaient, non sans quelque vrai- 
semblance, vu la grosseur du foie, 
et son voisinage du mésentère, que 
le sang se préparait dans le pre- 
mier de ces viscères. La découverte 
de Pecquct confirma , d'ailleurs, la 
grande loi de la circulation du sang 
dëraontrec par Harvey : celle-ci était 
Jiic'e, combattue avec opiniâtreté ; 
mais une connaissance aussi impor- 
tante que celle de la marche que suit 
le chyle pour se verser dans le tor- 
rent de la circulation , et la preuve 
que les vaisseaux lymphatiques n'ont 
rien de commnn avec le foie, ran- 
gèrent tous les physiologistes de l'a- 
vis de l'immortel Harvey , dont , 
sans les travaux dePecquel_, on eût 
long-temps encore contesté la dé- 
couverte : dès-lors la nouvelle doc- 
trine triompha de toutes les opposi- 
tions , malgré la puissance de l'au- 
torité deRiolan, qui décria toujours 
les découvertes d'Harvey. Devenu 
docteur en médecine, Pecquet fut 
attiré à Dieppe par l'amour de la 
pairie; mais son génie eut besoin 
d'un théâtre plus vaste : Paris fut ce 
théâtre. Là il se lia aux travaux des 
plus habiles anatomistes ; et profi- 
tant de leurs lumières , il se livra 
à des études aprofondies , afin de 
compléter ses recherches , que l'en- 
vie attribuait plutôt au hasard qu'à 
une étude préméditée. II composa des 
Mémoires dans lesquels il exposa ses 
découvertes de la manière la plus 
Lrilianle et la plus lucide, et con- 
fondit ses détracteurs. Pecquet com- 
mit néanmoins une erreur grave : ce 
fut d'établir qu'une partie du fluide 
nutritif passe, immédiatement, dans 
les reins ; ce qui , selon lui , explique 
la promptitude avec laquelle les bois- 
sons s'évacuent par ces organes, dans 
la vessie. Cette hypothèse lui fut sug- 



PEC 

géi ée par le peu de distance qui sé- 
pare le réservoir du chyle , des ca])- 
sules surrénales. Ayant lié la veine- 
porte et les veines pulmonaires , il 
observa que le sang circule réelle- 
ment dans ces vaisseaux , et recon- 
nut que la progression de cette li- 
queur est imprimée par la con- 
traction des artères. Il s'occupa de 
l'anatomic des diverses parties du 
corps, mais avec moins d'éclat; il in- 
tervint dans la controverse qui oc- 
cupa les physiologistes français, au 
sujet du siège de la faculté visuelle, 
et combattit le sentiment de Mariot- 
te, défendu par Claude Pcriauît. L'o- 
pinion de Pecquet était que la rétine 
est absolument nécessaire à l'accom- 
plissement de la vision : c'était le 
senlijnent de Keppler et de Schei- 
ner. La théorie de la lumière et de 
la couleur , établie par l'immortel 
Newton , vint terniiner la contesta- 
tion. L'étude de l'anatomic et de la 
physiologie n'éloigna point Pecquet 
de la pratique de la médecine ,• il 
fut même très - recherché dans le 
grand monde, oii l'introduisit le mi- 
nistre Fouquet, dont il était le méde- 
cin et l'ami. Le surintendant , dans 
ses loisirs , prenait plaisir à se faire 
expliquerpar lui les plus importantes 
lois delà physiologie et de la physi- 
que. Pecquet fut nommé, en 1G66, 
membre de l'académie des sciences , 
lors de la fondation de cette illustre 
compagnie. A cette époque, les méde- 
cins de Paris faisaient leurs visites à 
cheval. Celui-ci ayant fait une chute, 
dans cet exercice , se fractura la jam- 
be; il guérit parfaitement de cet ac- 
cident : mais l'abus qu'il faisait des 
aîcoholiques , hâta sa fin. Sa con- 
fiance dans les elfets des liqueurs for- 
tes était si grande , que , pendant les 
dernières années de sa pratique , il 
les conseillait à ses mi lades, comme 



PEG 

lin remcde assure contre tous les 
maux. 11 est fait mention de Pccqiiet 
dans les lettres de M'»*-*, de Sévigne, 
qui l'appeilait amicalement le petit 
Pecquet. On peut voir dans la lettre 
de cette dame du 19 déc. iGG4 > ce 
qu'elle dit de son dévoûmenl au sur- 
intendant Fouquet. Les principaux 
écrits de Pecquet sont : I. Experi- 
mejita no^'a ajiatomica , quibus iii- 
cosinitiiin hactenùs chjU recepta- 
cidiim , et ab eo pcr tlioraceiii in 
ramos usque suhclavios vasa lactea 
detegiintiir, in-r2, Paris;, iG5i. II. 
De circulalione sangiiiiiis et chjli 
motu ( Dissertatio ). 111. De thora- 
cicis lacteis ; aulre Dissertation di- 
rigée contre Riolan qui avait criti- 
qué les expériences de Pecquet , par- 
ce qu'elles confirmaient les lois éta- 
blies par Harvey sur la circulation 
du sang. Tous ces écrits ont été réu- 
nis en un seul vol., in-4^., Paiis, 
1654. Ils sont aussi insérés dans la 
Bibliothèque anatomique de Man- 
get, ainsi que dans quelques éditions 
de V Anatomie réformée^ dcTliomas 
Bartliolin. F— p.. 

PECQUET (Antoine ), grand- 
maître des eaux- et-fo rets de Rouen, 
et intendant de l'école militaire en 
survivance, naquit a Paris en 1704, 
et y mourut le 27 août 1 76'2. Il paya 
son tribut à la fécondité littéraire de 
son siècle ; fécondité malheureuse, 
qui bxcita si souvent la mauvaise hu- 
meur de Voltaire. Il est convenable 
de distinguer parmi les productions 
de Pecquet &on traite des Lois fores- 
tières de France, Paris, 1753, 'i 
vol. in-4°: la législation n'ayant su- 
bi que de très-lcgers changements sur 
cette matière , l'ouvrage de Pecquet 
a conservé son utilité, quoique les 
écrits récents et plus courts de M. 
Dralet soient d'un usage plus géné- 
ral. Nous devons encore au grand- 



PED 249 

maître d(\s eaux-et-forcts : T. Une AnU' 
îjse de V Esprit des lois^ inutile com- 
me toutes celles qui ont été données 
du chef-d'œuvre de !Montes({uieu, ex- 
cepte celle de d'Alembcrt. II. L'fJi- 
prit des maximes politiques , 1 7 :j6 , 
3 vol. in-i 2. III. VArt de Tiégocier, 
in- 12. IV. Pensées sur V homme j 
la Haye, 1738, in- 12. V. Discours 
sur V emploi du loisir, Paris, 1759, 
in-8". VI. Parallèle du cœur, de 
V esprit et du bon sens, ibid. 1 74^ ? 
in- 12. VII. Des traduclions du Pas- 
torfido de Guarini, de VAminte du 
Tasse, et de VArcadieàc Sannazar. 
F— T. 
PEDIANUS. r. AscoNius. 
PEDO. r. Albinovanus. 
PEDRUSI ( Paul ) naquit à Man- 
toue en iG4'i : il entra fort jeune 
chez les jésuites de Parme , pour 
y faire ses études ; et comme on lui 
trouva des dispositions, ces pères 
lui proposèrent de l'agre'fîjer à leur 
société : il y consentit. Des ce mo- 
ment il se consacra tout entier aux 
travaux littéraires et d'instruction 
publi({ue. Ee duc de Parme le choi- 
sit, eu 1680, pour faire le catalo- 
gue raisonne des médailles, en tons 
modules et métaux, de la riche col- 
lection Farnèse. Le père Pedrusi , 
que son mérite avait alors élevé à la 
place de directeur du collège de 
Parme , ne craignit pas d'ajouter aux 
fonctions. pénibles du directorat la 
tache honorable que lui avait impo- 
sée son souverain; et il se livra aux 
travau'X inséparables de cette noble 
entreprise avec une infatigable acti- 
vité. Il accompagna la description 
de chaque médaille d'un ample com- 
mentaire , oîi l'érudition n'est pas 
épargnée; mais ce n'est pas toujours 
avec discernement. La mort le sur- 
prit , le 20 janvier 1720, comme il 
achevait le huitième tome iu-folia 



■l'w FED 

de ce grand ouvrage. Les personnes 
(jui se livraient alors à l'étude de 
l'autiquile, et particulièrement de la 
numismatique, n'apportaient pas eu 
gcne'ral à cette étude un esprit de cri- 
tique assez e'claire pour apprécier les 
ouvrages qui traitaient do cette scien- 
ce. On jugea d'après cela ffue l'ou- 
vrage du P. Pedrusi était d'une trop 
liante importance, pour devoir res- 
ter incomplet ; et l'on s'occupa de lui 
cîierclier un continuateur. Le P. Pio- 
venc , autre jésuite de la même mai- 
son de Parme, se chargea de com- 
pléter l'œuvre de Pedrusi. Il donna 
successivement deux autres volumes; 
ce qui porta l'ouvrage entier à dix 
volumes in-fol. , dont le premier 
avait paru à Parme, en 1694, sous 
le titre de , / Cesari in oro, argen- 
tOy medaglioni , etc., raccolti nel 
Farnese Museo, avec le portrait de 
l'auteur, et dont le dixième et der- 
nier parut en 1727. On ne peut pas 
contester l'utilité dont fut cet ouvra- 
ge au moment oii il parut; mais les 
progrès que lit bientôt la science sous 
les hommes habiles qui s'v livraient 
à la même époque, tels que Noris , 
Vaillant , Spanheim et autres con- 
temporains de Pedrusi , diminuèrent 
sensiblement la réputation de cet 
ouvrage , qui ne put soutenir la 
comparaison avec les leurs. Ceux. 
qui , à celte époque , s'appliquaient 
à l'étude des médailles antiques , 
s'attachaient de préférence aux mé- 
dailles latines des empereurs ro- 
mains, non-seulement parce qu'elles 
sont plus communes , mais encore 
])arce qu'elles ont rapport à des faits 
(jui leur étaient plus familiers , et que 
tout ce qui réveillait l'idée du nom 
romain avait pour eux un attrait ir- 
résistible. Aussi, dans toutes les col- 
lections , l'attention des curieux se 
diiigoait sur les médailles impc- 



PEE 

riak^ , comme sur l'objet princi-; 
pal. Aujourd'hui que la numisma- 
tique a de plus en plus étendu sou! 
domaine ; que tout a été dit ou à-peu- ' 
près sur les médailles latines, qui 
n'offrent que bien rarement matière 
à de nouvelles dissertations; aujour- 
d'hui que l'attention s'est portée prin- 
cipalement sur les médailles grec- 
ques, sur les méLlaillcs à époques ;, 
qui sont si utiles à la chronologie et 
à l'histoire, les volumineux com- 
mentaires de Pedrusi sur le Musée 
Farnèse (renfermant plutôt des pré- 
ce]>îes sur les usages des anciens , 
qu'une saine doctrine sur l'antiquité, 
et n'apprenant rien qui ne se trouve 
mieux élaboré dans des, ouvrages 
plus modernes ) , sont devenus pres- 
c[ue sans intérêt, et ne sont plus 
guère recherchés. A — u. 

PEELE (George), poète anglais 
du seizième siècle, naquit dans le 
Devonshire , étudia à Oxford, et vint 
à Londres , où il fut poète de la 
cité y et directeur des solennités pu- 
bliques. On a de lui plusieurs pièces 
de théâtre qui ont eu du succès. Quel 
que fût son talent comme poète , 
il en avait un autre qui ne pouvait 
manquer de lui gagner la faveur 
des grands , que l'ennui poursuit 
quelquefois ; c'est celui de plaisant. 
On a formé , de ses bons mots et de 
ses tours facétieux , un recueil , qui a 
été publié en 1G27, in-4'*. Ces tours , 
sont, à ce qu'il paraît , pour la plu- 
part , des tours de filou ; et si l'on 
ajoute que Peele, qui était marié et 
père de famille, menait une vie très- 
dissolue , et qu'il mourut d'une ma- 
ladie honteuse vers 1597, ^^ ^"^'^ 
une idée plus que sullisantc de son 
caractère moral. Ses ouvrages dra- 
matiques sont : \. Le Jugement de 
Paris, i584. H. Edouard F'. , 
\jg^. III. Le wi David et la belle 



I 



PEE 

Bcthsahêe, 1599. 'V. Le Turc Ma- 
homet Ht la belle Grecque Irène. V. 
Le Coule de vieilles femmes^ iSgS. 
On a aussi de lui un poème intitule; 
L'JIonneur de la Jarretière, L. 

PEGEL(Magnus), savant saxon, 
ne' au seizième siècle , avait des 
connaissances très-etenducs dans les 
sciences exactes , et imagina une foulo 
de ])iocedcs utiles , dont il ne put 
réussir à faire adopter aucun par 
ce niênic public , si souvent dupe des 
plus grossiers imposteurs. Il ensei- 
gna successivement les mv^tl^emati- 
(jucs à Rostock et à Helmstadt^ et 
mourut inconnu vers 1610. Il est 
auteur d'un ouvrage intitule : Thé- 
saurus reriim sélect aruin, magna- 
runi, dignarum, utiliiim , suavium, 
pro gejieris humant salute ohlatus y 
1604, in^**. Ce curieux volume est 
de la plus grande rareté : mais Pasch 
en a publie , dans la preiace des In- 
venta nov-antiqua ( F. G. Pasch), des 
'Xlraits , qui sulîisent pour donner 
une idée favorable des talents de 
Pegel. Cet ouvrage contient la des- 
cription des dilîerenls procèdes dont 
il était l'inventeur; et il inditpie aussi 
des méthodes , au moyen desquelles 
il assure qu'on pourrait faire des 
progrès très-rapides dans l'étude des 
langues ou dcl'liistoire naturelle. ïi 
paraît, d'après un passage de son li- 
vre, que Pegcl a, bien avant le P. La- 
11a, eu l'idée des moyens employés 
pour élever et soutenir les aérostats ; 
niais on ne pourrait cependant sans 
injustice ravir la gloire de celte dé- 
'•ouveitc à Moutgolfier, puisqu'il est 
le |>remier à qui l'on doive un pro- 
»:édéexcculablc dans la pratique pour 
se frayer un chemin dans les airs 

( f^. IVrO]\TG()T.FIj:R). W — &. 

PEGGE (Samull), membre de 
U société des anlirpiaircs de Lon- 
dres , naquit en 1704, à Ghestei- 



PEG 



■l'ji 



field , dans le comté de Derby , et 
lit ses études à Cambridge , au col- 
lège de Saint- Jean, dont il fut nom» 
nié trois fois associé. Il était mem- 
bre d'une léunion formée parmi 
les étudiants, sous le nom de so- 
ciété du Zodiaque , et de la sociétd 
des Gentlemen de Spalding , à la- 
quelle il envoya, entre autres, une 
Dissertation sur l'amphithéâtre du 
jardin des religieuses de la Fidéli- 
té d'Angers. Peggefut pourvu de plu- 
sieurs bénélices qui ne l'empêchèrent 
point de se livrer à des travaux aussi 
«ombreux que variés sur les an- 
tiquités de son pays. Voici la listo 
de ses principaux ouvrages, compo» 
ses en anglais : I. Dissertations sur 
quelques antiquités anglo-saxones 
très-précieuses , 1756, in- 4**- 1^^ 
Mémoires de Roger de JVeseham , 
doyen de Lincoln^ principal favori 
de Rob. Grosse-téte , i76i,in-4". 
Cette vie , qui a Go pages , sert d'in- 
troduction à celle de Kob. Grosse-tète, 
et elles ont été réunies, en 1793, in- 
4°. IIÏ. Essais sur les monnaies de 
Cunobelin, 1766 , iu-4*'. ÏV. Col- 
lection des monnaies frappées par 
les ordres des archevêques de Can- 
terburf , 177'-*^ iu-4". V. Descrij) 
tion de la ville de Londres , sous le 
nom de Fitz-Stephen , 177'^, in-/|". 
"VI. \/Art de la cuisine (The forme 
of cury), tiré d'un Mss. sur l'ancien 
ne cuisine anglaise, 1780 jin-S*^. Ix; 
JVlss. original se voit au Muséum 
Britannique; et le GalignanCs Lille- 
rarj Gazelle, tom. ^n , pag. 1 7/1 , 
donne une idée de ce livre. VU. 
Annales Kliœ do Trickcnhani mo- 
nnchi ordinis Benedictini , '7^9» 
in-4**. , publié avec des notes nom- 
breuses <ic l'édileur. VI il. Fie de 
Robert Grosse-tcle , cvêtjuede Lin- 
coln , 1793 , in-4". Celte vie, (pii 
contient des i:ccherciiC3 sur l'hislai- 



252 PEG 

toire littéraire d'une époque obscure, 
est l'ouvrage le plus estimé de Pegge. 
(Voy. N. II. ) 11 le composa sur des 
Mss. que lui communiqua J . Grcen ^ 
évcquc de Lincoln, et l'un des au- 
teurs des Lettres Athéniennes.Dcpuis 
la mort de cet auteur , arrivée en 
irc)(),M. J.Nicliols a publié de lui, 
eu 1801 , in-8<*. : Un Essai Jii.siori- 
que sur Vahbaje de Beauchief. On 
a encore publié, en iHog, in-B". , 
Anonjmiana, ou dix centuries d'Ob- 
servations sur divers auteurs ou 
sujets- C'est un recueil trcs-intéres- 
sajit d'Anecdotes et de Remarques ju- 
dicieuses. Outre ces écrits , Sam. 
Pegge a composé un très - grand 
nombre d'articles pour VArchœo- 
lo^ia Britannica , depuis 174^]"^" 
qu'en i -jgj, sous les signatures Faul 
Gcmsege ^ T. l'ow , et L. E. H 
a aussi enrichi la Bibliothèque îo- 
pographique anglaise de Gougli , 
de sept Mémoires, dont M. Nichols 
donne les titres , ainsi que de ceux 
qui ont été insérés clans le précédent 
recueil. Voy. Literary anecdotes 
of the i8'''- centurj, tom. vi, pag. 
'25'2. et suivantes. Le même ouvrage 
indique encore les litres de dilïé'rcnls 
Mss. laissés par Pcggc, et qui ont 
passé à son petit-fils Christ. Pegge, 
membre de la société royale de 
Londres , et professeur de méde- 
cine à Oxford. — Son lils Samuel 
Pegge, ])cre de Christophe , avocat 
de Middle-Temple , né en 1731 , et 
mort en 1800, a composé :L Curia- 
lia , ou Essai historique sur quel- 
ques branches de la maison royale , 
1782, 1784 et 1791 , 3 part, in- 
4"*. M. INichols a publié une 4^- ^^ 
une 5*^. partie, en 1806 , in-4'^.H. 
uinecdoies sur la langue anglaise , 
Londres, i8o3 • nouvelle édition , 
ibid. , 1814 , iii-S'^.j publiée par le 
même éditeur. B — r i. 



PEG 

PEGOLOTTI ( FiîANçois - Bal- 
Ducci ) , voyageur italien du xiv*'. 
siècle , était né à Florence. Le com- 
merce l'attira , vers 1345, dans la 
partie moyenne et orientale de l'A- 
sie. Azof, Astrakhan, Saracano ou Sa- 
ratchikenTatarie , Ourghenzdans 1« 
Khari/.m,Olrar ville dans le voisina- 
ge de Bokhara , Almalckh ( Al-Ma- 
lik ) dans la petite Boukharie, Kha- 
mil, Kan-Tcheou pi es de la grande 
muraille de la Chine, Cassai (peut- 
être Quin-Say , aujourd'hui Hang- 
Tcheou ) , furent les lieux qu'il visi- 
ta avant d'arriver à Cambaleo ( Pe- 
king). Il inséra son itinéraire dans 
un livre qu'il rédigea sur la géo- 
graphie commerçante , et qui , sui- 
vant la judicieuse observation de 
Eorster, est très-important, si l'on 
a égard au temps où il fut composé. 
Il est en italien, et intitulé: Traité 
des poids et des mesures et des 
marchandises , ainsi que d'autres 
choses que doivent savoir les mar- 
chands des dijjérentes parties du 
monde. Indépendamment de la rou- 
te qu'il a tenue en allant à la Chine , 
Pegolotti décrit aussi celle des cara- 
vanes que, sans doute, il suivit en re- 
venant des Indes , jusqu'à la Méditer- 
ranée. H donne de même des détails 
sur différentes marchandises , sur 
la meilleure manière d'en tirer parti, 
enfin sur le commerce de l'Asie 
et de l'Europe. Les noms de lieux 
sont difliciîes à reconnaître par la 
manière défectueuse dont ils sont 
écrits ; mais ce défaut n'ote rien à 
l'intérêt de l'ouvrage , qui abonde eu 
particularités curieuses. Aucun his- 
torien n'avait profité de ce traité. 
Ce fut M. Chr. Sprengel qui le pre- 
mier en fit usage, en 1792, dans 
son Histoire des plus importantes 
découvertes géographiques ; il l'a- 
vait tiré du troisième volume d'im 



I 



PEG 

livre où l'on ne penserait pas à le 
cherclicr , et qui a pour titre : Délia 
décima e délie altre i^ra^ezze , Lis- 
bonne (Lucqiies), 1 76G, in-4°- Sprcn- 
gel l'a enrichi de notes. Un manus- 
crit du traite dePegolotli, conserve' 
dans la bibliothèque Riccardiana , 
à Florence (S. iv, cod. chartac. , 
fol., n^. 4) , est intitule : Divisa- 
menli di prezzi e misure e iisanze di 
varie parti del Mundo. E — s. 

PÉGUlLLONouPUIGUlLHEM. 
V. Beaucaire et Lauzun. 

PEHLEVAN MOHAMMED, se- 
cond prince de ia dynastie des Ata- 
bcks de l'Adzerbaidjan , était fils 
d'Yldeghiz , auquel il succéda sans 
opposition, Tan 5G8 de l'heg. (i 17*2 
de J.-G.) ( F. Yldeghiz. ) Deux ans 
après il s'empara de Tauryz. Ce fut 
un prince juste et bon. Après la 
mort du .sulthan seldjoukide Melik- 
Arslan , en 5^ i ( 1 1 76) , il plaça sur 
le trône de Perse, le (ils de ce prince , 
ThogrulIII , âge de sept ans. Il lui 
laissa toutes les prérogatives de la 
souveraineté ; mais il se réserva une 
autorite absolue , comme les maires 
du palais sous les rois de France 
de la premièie race. 11 envoya son 
frère Kezil-Arslan , gouverner l'Ad- 
zerbaidjan , vainquit les compéti- 
teurs qui voulaient disputer le trô- 
ne au jeune sullhan, et sut établir 
sa domination sur des fondements 
si solides , que les rois musulmans 
de rOiient et de l'Occident le pre- 
naient pour arbitre , et ne faisaient 
rien sans le considter. Ayant eu à se 
plaindre du khalyfe Nasser Lcdin- 
Allah ( F. ce nom ), il fit suppri- 
mer son nom de la kbothbah pen- 
dant un an , et se laissa toucher en- 
fin par l'or et les présents que lui 
envoya ce chef de l'islamisme. Les 
troubles qui régnaient à Khèlath, for. 
teresse importante dans la haute Ar- 



PEI ^53 

menic, lui inspirèrent le désir de s'en 
emparer. Il s'en approcha, en 58i 
( I i85 ) : mais Saladin méditait la 
même conquête , et ces deux rivaux 
n'osèrent mesurer leurs armes; ils 
firent la paix, et retournèrent dans, 
leurs états respectifs ( F. Saladin). 
Pehlevan- Mohammed, après avoir 
gouverné le stdthanat, et régné i4 
ans à Rcï , Hamadan , Ispahan , 
Tauryz , Arran et dans la plus 
grande parlie de la Perse occiden- 
tale, mourut au commencement de 
l'année 58'2 ( 1 18() ;, laissant quatre 
fils , Koutlouk Ynanerij ( F. Cot- 
LoGu ) et Mirmiran-Pchlevan, nés de 
Cotaïbah Khatoun, fille d'Ynancdj , 
Aboubekr et Ouzbek , qu'il avait eus 
d'une esclave. Le premier et les deux 
derniers régnèrent après leur oncle, 
Kezil-Arslan, qui succéda à son frère 
Pehlevan. ( P^of. Kezil Arslan. ) 
A— T. 
PEINS ( Grégoire ) , et non Geor • 
ge Pentz, ainsi qu'on le nomme ordi- 
nairement , se distingua comme pein- 
tre et comme graveur au burin. Il 
était ne à Nuremberg, en 1 5oo. Après 
avoir appris les principes de la pein- 
ture sous Albert Durer, il se rendit 
en Italie, où il étudia les ouvrages 
de Raphaël. Les conseils de ce grand 
maître lui firent abandonner la ma- 
nière un peu sèche et roide qu'il 
tenait d'Albert Durer, et il se rap- 
procha du style de l'école romaine. 
La galerie de Vienne contient de 
ce maître quelques tableaux de che- 



ilet. 



font l'admiration des con- 



naisseurs. La France en avait trois , 
provenant de la galerie de Munich : 
l'un représentant la Mort de Lu- 
crèce , faisait parlie du Musée du 
Louvre ; le second , dont le sujet 
était TarqLÙn et Lucrèce^ avait été 
donné par le gouvernement au Mu- 
sée de Strasbourg ; et le troisième 



ct54 m 

cTïfin, qrii ctait le Portmil de l'al- 
chimiste Jniumzer\ se trouvait au 
Musée de Genève : ils ont etc rendus 
tous trois en i8t5. (lonnue gra- 
veur, Peins travailla coujoinlenieiit 
avec Marc -Antoine Rainioudi, et 
crava sous sa direction quelques ta- 
bleaux d'après Rapliaèl. Plusieurs 
de ces gravures ne sont pas infc- 
licures à celles de Marc- Antoine. 
Les petites estampes qu'il a exécu- 
tées d'après ses propres dessins sont 
de vrais clicfs-d'œuvre , soit pour 
la correction , soit pour le manie- 
ment du burin. Son véritable nom 
resuite de son propre portrait , et 
de celui de sa femme, qu'il a gravés 
sur une mcrae planche avec cette ins- 
cription : Imago Gres^ori Peins. 
Imago d'uxore Gregori Peins , 
avec son chiffre , in-S**. en travers. 
Ce qui a pu induire eii erreur, c'est 
.que Nicolas Van jElst , dans uni* 
j^lanche gravée d'après Jides Ro- 
main , le nomme Georgius Pentz. 
Dans la collection de Mariette , son 
œuvre formait 25o pièces, dont on 
trouve en partie le détail dans le 
Manuel des amateurs de Vart , de 
Huber et Rost. Cet artiste mourut en 
i55o. P—s. 

PEIRERE ( La ). T. PeyrÈre. 
PEIRESG( Nicolas-Claude Fa- 
Bixi de), conseiller au Parlement 
d'Aix, et le Mécène ou l'ami de la 
plupart des savants et des gens de 
lettres ses contemporains , naquit à 
Beaugensier, en Provence, le \^^^ dé- 
cembre i58o. Sa famille tenait mi 
des premiers rangs dans îa contrée. 
L'un de ses aieux, Hugues, noble Pi- 
san, ayant pris part à la première 
croisade de St.-Louis , avait accom- 
pagné ce prince à son retour en Fran- 
ce, et s'était tixé dans l'île d'Hières, 
où la flotte avait débarqué. Fouquet 
Fabri, avocat distingué, souvent ajv 



PEî 

p(lc,\ i'hdmh)i's?ration(îe hprovfmxî 
et son organe ordinaire auprès de 
Louis XII et de François I'>'., (It en- 
trer dans sa famille la charge de con- 
seiller au parlement d'Aix, que ce 
dernier roi le força d'accepter. Rey- 
naud, ])ère de Peiresc, était con- 
seiller à la cour des aides. Sa femme , 
qui désespérait de lui donner des en- 
fants, n'eut pas plutôt éprouvé les 
symptômes d'une grossesse long- 
temps désirée, qu'elle promit de si- 
gnaler sa pieuse reconnaissance par 
un acte d'humilité chrétienne, en 
choisissant pour parrain à l'enfant 
qui naîtrait d'elle, le premier pauvre 
qu'on rencontrerait. Ce vœu fut ac~ 
compii j et deux ans après, elle eut en- 
core un fils qui fut nommé Palamède. 
Peiresc, l'aîné des deux, montra une 
curiosité précoce, qui n'était pas 
celle de l'enfance j les livres l'amu- 
saient plus que ses hochets : il vou- 
lait savoir ce que contenaient tel et 
tel volume, et il témoignait son im- 
patience , si l'on éludait ses ques- 
tions. La peste, qui désolait la Pro- 
vence, obligea ses parents de l'en- 
Toyer chez les jésuites d'Avignon . 
pour 3^ continuer ses études comme; 
cées à Brignole et à Saint -MaximiL, 
Infatigable an travail , au point d'al- 
térer sa santé , il servait de précep- 
teur à son frère j et, sous sa direction, 
les progrès de Palamède furent r, 
pides. Peiresc revint en logS à Ai\ 
011 pendant une année il s'occupa de 
la philosophie, et fit paraître un pen- 
chant dominant pour la numismate 
que: ayant terminé le cours de so 
instruction au collège de Tournon , 
il vania la célébrité de l'université de 
Padou.e à ses parents , obtint d'euN 
la permi.'^sion. d'yj faire son droi? 
sous la surveillance d'un gouverneur 
et se promit d'interroger les monu 
ments et les savants de l'Italie. Ar- 



I 



PKI 

ri\ c à Padonc, il s*y îi.k etrolremeirt 
vec Pinclli; et dans ini court séjour 
a Venise, il eut plusieurs entretiens 
avec le fameux Fra-Paolo. Rome 
devait Parrêter : il y examina lente- 
ment et y fit reproduire sous ses 
yeux, par le dessin, tout ce qui lui 
parut remarquable. Baronius fut 
ctonnë de son e'rndition ; Fulvio Or- 
sini , Paul Gualdo, le père Sirmond, 
Paccueillï^ent comme un jeune hom- 
me Lieu près d'être leur égal ; le car- 
dinal d'Ossat ne se lassait point de 
l'entendre. Peiresc visita ensuite les 
environs de Naplcs ; mais rien ne dut 
l'intéresser autant que le cabinet de 
physique de J. B. Porta ( V. ce nom). 
il fit présent à Sirmond de 200 mé- 
dailles grecques et d'une inscription en 
langue osque, presqu'aussi ancienne 
que la colonne rostrale, et retraçant 
la victoire navale de Lucius Corné- 
lius Scipion sur les Corses, et la dé- 
dicace d'un temple à la Tempête. Al- 
drovande reçut de lui quantité de 
médailles qui représentaient des ani- 
maux, et lui donna en échange com- 
munication de ses recherches. Après 
un séjour de plus de trois ans en 
Italie, Peiresc envoya chez sou père 
des caisses pleines d'insectes, de mc- 
dailleSjd'instrumcnts et d'objets d'art. 
Comme il ne pouvait se dissimuler 
qu'il avait trop négligé sa tache prin- 
cipale, Pétude du droit, il alla prendre 
des leçons de Pace, célèbre profes- 
seur de Montpellier. Afin de mener 
de front sa correspondance et les 
connaissances qui lui étaient déjà fa- 
milières , il consacra dix heures par 
jour au travail. Peiresc, rendu à sa 
famille , inspira un vif attachement 
à Duvair , premier président du par- 
lement d'Aix : ce magistrat voulait 
l'avoir continuellement avec lui. En 
i()o5, Duvair se rendit à Paris, ac- 
compagné de son jeune .uni, et le 



PEI i55 

mit eu rdariou avec la plupart des 
savants, tels que de ïhou, Casaubon, 
Pa pire Massun, Nicolas Le Fèvre, 
Fronton-du-Duc , les frères Snintc- 
Marthc, Bongars et François Pithou. 
L'année suivante, Peiresc passa en 
Angleterre, à la suitede l'ambassadeur 
français La Bodcrie; il fut très-bien ac- 
cueilli par un roi qui s'oubliait assez 
pour aspirer à prendre rang p.irmi 
les doctes, et connut Cambden, Lobel, 
botaniste du roi, Albéric Gentilis , 
Henri Savile, Selden, et Barclay, 
l'imitateur de Pétrone. La Hollande 
offrait un exemple de la prospérité 
des lettres dans un état libre. Peiresc 
s'em})ressa de chercher à Leyde l'or- 
gueilleux Scaliger; Baudius, poète 
et historien; Vulcanius, qui pré- 
parait une édition de Procope^ et 
Lécluse, auquel il avait envoyé, du 
fond de la Provence , une ample 
collection de plantes rares. Ce der- 
nier, plus qu'octogénaire, et tour- 
menté de la goutte, révisait pénible- 
ment ses ouvrages : Peiresc l'avertit 
des erreurs et des omissions qui \m 
étaient échappées dans sa descrip- 
tion des plantes de l'Inde. A Delft , 
il rendit un service semblable à Gor- 
lœus , en corrigeant le travail de ce 
savant sur des médailles grecques 
amassées en grand nombre en Italie. 
Heinsius n'était point dans sa patrie : 
il ne restait plus à Peiresc qu'à voir 
Grotius à la Haye. Peiresc avait ad- 
miré les curiosités de l'Inde trans- 
portées à Amsterdam par le mouve- 
ment du commerce. Il fut frappé de 
la tolérance professée par le gouver- 
nement hollandais , et de la modéra- 
tion avec laquelle im peuple insurgé 
avait épargné les ornements des 
églises, et jusqu'aux portraits et ar- 
moiries des chevaliers de la Toison- 
d'or. Forcéjpar l'impatience de sa fa 
raille (]p terminer ses voyages , il rc- 



156 



PEI 



fusa la raaiii d'une riclie herilicrc, 
et, répondant à raircclioii d'un oncle 
qui se denieltait en sa laveur , il se 
lit recevoir conseiller au parlement 
d'Aix. Il opina pour la peine de mort, 
dans le fameux procès de Ganfridi , 
en partageant le préjuge populai- 
re qui s'élevait contre ce mallieu- 
reiix. Depuis , lors(ju'il eut reconnu 
qu'il pouvait bien n'y avoir rien de 
merveilleux dans les prestiges em- 
ployés par un prêtre licencieux pour 
séduire une femme faible et crédule, 
il n'en soutint pas moins que le sup- 
plice du feu était une juste punition 
des sorciers, qui, s'ils n'ont pas avec 
le diable un commerce aussi direct 
qu'on l'imagine, consommeut leur 
alliance avec lui par l'intention, et 
outragent la Divinité par leurs vœux 
et leurs tentatives. Ppirescetait digne 
pourtant de penser à cet égard autre- 
ment que sou siècle. En 1608, les 
murs extérieurs de la ville d'Aix, et 
ceux des maisons dans les campa- 
gnes environnantes, parurent teints 
de gouttes de sang , d'intervalles en 
intervalles. Il n'est bruit bientôt que 
d'une pluie de sang, qui aurait fait 
fuir jusqu'à Lambesc les paysans qui 
en auraient été témoins. Les pbysi- 
ciens, auxquels les explications ne 
manquent jamais, voient dans ce 
phénomène des vapeurs émanées 
d'une terre rouge. Le peuple s'obs- 
line à croire que c'est l'ouvrage de 
spectres et de démons qui tuent de 
jeunes enfants. Peiresc leur prouve à 
tous qu'ils ont pris pour des traces 
de sang la liqueur rouge que dépose 
le papillon, en sortant de l'état de 
chrysalide. L'on était au mois de 
juillet, et ces gouttes n'existaient que 
dans les trous où les insectes pou- 
vaient nicher (i). — En 161 2 , Pei- 

(i ) La pluie <Ie sang qui tomba sous le rî-gne de 
Ciiiltlebert, tt sous c*Iui du bon Robert, suivant les 



PET 

resc fit un nouveau voyage à Paris. 
A cette époque parut le célèbre pam- 
phlet intitulé : Squitlinio délia li- 
bertà Feneta. Comme cet écrit sup- 
posait une grande connaissance de 
l'histoire du Bas - Empire et des 
rois Goths, on l'attribua d'abord à 
Peiresc. Les conjectures se portèrent 
ensuilesur diflérenls auteurs j et l'on 
Huit par regarderie Squittinio com- 
me l'ouvrage de Velser , l'un de ses 
amis , extrêmement dévoué à la 
maison d'Autriche. Duvair ayant été 
nommé garde-de_s-sceaux en 1616, 
Peiresc le suivit dans sa nouvelle 
fortune , et borna aux seuls gens de 
lettres l'usage de son crédit. En 1 6 1 7, 
il siégea parmi les notables assem- 
bles à Rouen ;, et fit des représenta- 
tions au sujet des honoraires de sa 
compagnie, qui l'avait député avec 
un autre de ses collègues. L'année 
suivante, Louis XIII lui donna l'ab. 
baye de Notre-Dame de Guistre, 
au diocèse de Bordeaux , et l'auto- 
risa , par lettres-patentes , à conser- 
ver avec ce bénéfice ses fonctions 
de conseiller. Peiresc venait de se 
créer un titre à la bienveillance^ du 
roi. Un Belge, nommé Piespord, 
ayant osé imprimer que la maison 
d'Autriche remontait jusqu'à Phara- 
mond; il produisit des actes du mo- 
nastère de Mûri , en Suisse; et , sur 
leur autorité, il établit que les comtes 
d'Habsbourg descendaient des rois 
de France par les mâles, mais que la 
maison d'Autriche n'appartenait à 
ces comtes que par les femmes. Ces 
recherches conduisireat Peiresc à en 
entreprendre de nouvelles ; et trop 
occupé pour exécuter lui-même la 
grande pensée qu'il avait conçue de 
rassembler tous les écrivains con- 



rccits exagért s par la frayeur ou parla simpHcitc de 
nos historiens , était , selon toute apparence , im fait 
du même ordre que celui-ci. 



â 



PEl 

lemporafns et autres qui avaient trai- 
te de riiistoire nationale, il se dé- 
chargea de ce projet sur André Du- 
cLesne. La possession des raarl^res 
de Paros manqua, non à son zèle , 
mais à sa gloire. Son charge d'affai- 
res à Srayrne, Samson , les avait de- 
couverts et achetés au prix de 5o 
loiiis; mais les vendeurs, au mo- 
ment de l'embarquement, le firent 
ditierer sous quelque prétexte , et les 
marbres furent détournes. Ils tom- 
l)èrent entre les mains du comte d'A- 
rundel,nora cher aux amis dcTanli- 
quile' , autant que le nom de lord 
Èlgin leur est odieux ( Foy. Arun- 
DEL ). Peiresc , en correspondance 
avec tous les savants de l'Europe , 
avait à sa solde en Asie , en Egypte 
et dans le Nouveau - Monde , des 
courtiers littéraires occupes de sa- 
tisfaire sou besoin de connaître. II 
se concertait avec les consuls de ces 
contrées ; et de tous côtes lui arri- 
vaient des manuscrits et des livres 
rares , des plantes et des animaux 
peu connus. Le P. Th. Minuli , de 
l'ordre des Minimes , entreprit pour 
lui deux voyages , en Syrie et en 
Egypte. Malgré tous les revers, et le 
médiocre discernement de ce reli- 
gieux , Peiresc obtint , par son inter- 
médiaire , un recueil assez précieux 
de livres orientaux. De ce nombre 
étaient des ouvrages en langue copte, 
arabe ou syriaque , et une Bible tri- 
taple , c'est-à-dire , à trois colonnes, 
offrant en regard les textes hébreu , 
arabe et samaritain. Il mit cette bi- 
ble à la disposition du père Morin 
de l'Oratoire, principal collabora- 
teur de Lejay , qui préparait sa po- 
lyglotte. Il tenait beaucoup à se pro- 
curer une copie du livre à* //énoch , 
qu'il savait être conserve chez les 
Abissins : mais sa <;oufiancc fut trom- 
pée à ce sujet ( /^o/. Enocu , XIIÎ , 

XXXIII. 



PEI 2^7 

164 ). Un de ses correspondants le 
plus utile fut un renégat Provençal , 
nommé Thomas d'Arcos , qui lui 
transmit de Tunis, des monuments , 
des inscriptions et d'autres objets , 
avec des observations sur les mœurs 
et les usages des Barbarcsques. Pei- 
resc, d'abord mécontent de l'apos- 
tatie de son compatriote, fut bientôt 
réconcilié par la courtoisie de celui- 
ci , qui lui fit présent d'un alzaroii 
ou bœuf de Tartaric , et de quel- 
ques caméléons. La maison de Pei- 
resc annonçait à tous les yeux que 
le magistrat était éclipsé par le sa- 
vant. Elle était surmontée d'un ob- 
servatoire, et encombrée de livres 
souvent entassés pélc-méle. Il y te- 
nait à ses gages un graveur, un sculp- 
teur , un relieur et un copiste : do 
temps en temps , il leur adjoignait un 
peintre, pour retracer sur la toilo 
différents monumenis, ou la figure 
d'animaux rares. Ilubens lui-même 
lui donna quelques moments. Dans 
l'intérêt de ses livres, Peiresc nour- 
rissait un grand nombre de chat.s : 
c'est à lui que la France doit l'espèce 
d'Angora. Son jardin botanique de. 
Beaugensier pouvait être cité après le 
jardin du Roi et celui de Montpellier, 
pour ses richesses en plantes exofi 
ques. Il acclimata le jasmin d'Inde 
( harreleria)^ celui d'Amérique ( es- 
pèce de Gaïac ) , le jasmin ( ou lilas ) 
de Perse et celui d'Arabie ; la lise , 
ou courge de la Mecque, plante 
soyeuse ; le papyrus d'Egypte ; le 
laurier-rose , le myrte à larges feuil- 
les et à pleines fleurs ; le gingembre.' , 
le stirax , le lentisque , la nèfle et la 
cerise aigre sans noyau j plusieuis 
vignes étrangères , et iefi^^uier d\} 
dam (musa jmrasidiaca) , dont f* 
fruit (ou régime ) lui semblait èlrc 
cette espèce de raisin que les éclai- 
renr^ envoyés par Moise rapporte- 



258 



PEI 



rent de la terre de prornissioii. De 
sa retraite , Peircsc eucourageail les 
lettres plus qu'aucun prince, jnemc 
plus que ce cardinal de Richelieu , 
qui fonda, quelques anne'es après, l'a- 
cadémie française. Bien digne d'ê- 
tre appelé par Bayle le procureur- 
général de la littérature, il se tenait 
à la hauteur des progrès que les scien- 
ces faisaient autour de lui, publiait à 
ses frais des manuscrits , suivait le 
mouvement des travaux d'érudition 
dans toute l'Europe, et plus souvent 
encore leur donnait lui-même une 
active impulsion. Un savant prépa- 
rait-il quelque édition ou un travail 
quelconque , Peiresc l'aidait de ses 
livres, de ses propres recherches, de 
ses observations , ou demandait pour 
lui des secours à la bibliothèque du 
Roi, à la bibliothèque Ambrosienne, 
à celles du Vatican et de l'Escurial. Il 
donne à Scaliger des livres hébreux 
et des médailles des princes délia 
Scala, dont cet hypercritique préten- 
dait être issu; à HolsteniuS;, plusieurs 
anciens géographes , et vingt ma- 
nuscrits grecs des interprètes d'Aris- 
tote et de Platon j à Saumaise, plu- 
sieurs manuscrits coptes et arabes • 
à Doni , toutes les inscriptions de la 
Provence; à Sickard , l'exemplaire 
unique de tables astronomiques en 
hébreu , dressées dans le treizième 
siècle. Sans lui, Kircher n'eût pas 
composé son ouvrage sur la langue 
copie {Linguaœg/ptiaca restiluta), 
et Bergier eût laissé fort imparfaite 
son Histoire des grands chemins 
de V empire romain. L'édition des 
fragments de Polybe et de Nicolas 
de Damas, par François Valois, eut 
pour type le riche manuscrit des 
Extraits de Constantin Porphyro- 
génète , que Peiresc avait fait venir 
de l'île de Gypre. Mersenne , en dé- 
diani au oonseillcr d'Aix sca Ilar- 



PEI 

monie universelle , rccomiut les fA)\\' 
galions qu'il lui avait ; et Grolius 
déclara que c'était par son inspira- 
lion et ses secours , qu'il avait en- 
trepris l'ouvrage du Droit de la 
guerre et de la paix. En 1628, 
Peiresc avait formé le projet d'ame- 
ner à Aix les eaux de la Durance et 
du Verdon ; il se proposait d'attirer 
de la Flandre un ingénieur pour di- 
riger les travaux de ce canal, lorsque 
la peste et les troubles politiques le 
forcèrent de renoncer cà son dessein. 
La Provence n'avait encore d'autres 
historiens que Nostradamus et Cla- 
piés : il voulut les faire oublier par 
im travail plus large , el surtout plus 
exact; mais au milieu de tant d'étu- 
des si diverses , pouvait-il mettre en 
œuvre les matériaux qu'il avait amas- 
sés? Il forma une collection des va- 
ses , poids et mesures des anciens , 
et notamment de pièces concernant 
l'as romain, pour s'éclairer dans la 
lecturedes auteurs qui ont traité cette 
matière , sur laquelle il laissa lui- 
même un ouvrage inédit. Par un 
procédé ingénieux , il apprit aux an- 
tiquaires à lire des inscriptions qui 
avaient disparu. C'est en combinant 
la disposition des trous où étaient 
scellés les caractères,avecla forme de 
ces caractères et leurs liens naturels, 
qu'il parvint à restituer l'inscription 
d'un temple de Jupiter à Assise, il 
essaya , mais sans succès , la même 
opération sur celle de la maison car- 
rée à Nîmes : le savant Séguicr a été 
p-iis heureux {Voj. son article). 
iiOrsque Galilée eut découvert les 
satellites de Jupiter, Peiresc dressa 
des tables de leurs mouvements , 
dans le but d'aider les géographes 
à trouver les longitudes ; il exerça 
l'un de ses agents (Pierre Lombard) 
à ce genre d'observations , et le fit 
voyager en Asie, muni des instru- 




PEI 

méats nécessaires , pour ces detcr- 
minations astronomico - geop;raplii- 
qiics : mais, ayant appris dans la 
suite que Galilée avait les mêmes 
vues, il sacrifia son travail à celui de 
l'inventeur. Gassendi fut toujours de 
moitié dans ses observations astro- 
nomiques ; place' avec lui au f-jîlc de 
la maison des oratoriens d'Aix , il 
mesura la hauteur méridienne sols- 
ticiale du soleil, et justifia Pytlieas 
des reproches de Strabon ( i ). Pei- 
resc regarda les comètes comme de 
ve'ritabies planètes , tandis que les 
partisans d'Aristotc persistaient à les 
])renflre pour des feux passagers. Les 
révolutions physiques du globe, la 
communication des chaînes de mon- 
tagnes et des volcans, l'origine des 
fontaines , la formation des pierres, 
lathe'orie des vents, exercèrent tour- 
à-tour sa pensée, ou, s^il nous est 
permis de le dire d'après l'ctat ac- 
tuel des connaissances , fournirent 
matière à son imagination. Au reste, 
il ne tenait point opiniâtrement à ses 
idées. Après de nombreuses obser- 
vations sur les yeux des oiseaux , 
des poissons et des quadrupèdes , il 
s'était cru fondé à conclure que les 
objets se peignent dans l'humeur vi- 
trée : mais de toutes parts naissaient 
des difficultés contre ce système ; il 
n'hcsila point à l'abandonner. Avant 
Malcbranche, il soutint l'opinion po- 
pulaire de l'influence de l'imagina- 
tion de la mère sur le fœtus ; il vérifia 
l'exislcnce des veines lactées du mé- 
sentère , et fut le premier qui em- 
ploya la thériaque contre les vers 
cucurbitains. Dans les expériences 
qu'il faisait sur les animaux, Peiresc 
découvrit sur la côte de Toulon le 
murex dont les anciens se servaient 
pour teindre la pourpre ; il s'attacha 

(x) Voy. Moiiliirla, ffisf. daî mnthém., t. ii, p. 



PEÎ 



20 f) 



aux dents comme au caractère le plus 
sur pour distinguer l'espèce des ani- 
maux , et décrédita cette crédulité 
superstitieuse, qui admirait comme 
os de géants, des os prodigieux pro- 
venant de corps d'éléphants, cit. 
Il eut continuellement a lutter con- 
tre une complexion extrêmement 
faible. Cet homme valétudinaire pos- 
sédait , si l'on en croit (jassen- 
di , une telle sensibilité d'organes , 
qu'ayant la langue enchaînée par 
une paralysie , il recouvra tout-à- 
coup \<i parole et la liberté de ses 
mouvements, par le plaisir que lui 
causa une romance chantée devant 
lui. Peiresc fut exempt de l'exil in- 
fligépariiichelieu, en i63i et iG3*->., 
aux conseillers du parlement d'Aix 
qui avaient repoussé le projet minis- 
tériel d'organiser la Provence ci' 
pays d'clcction : il partageait les sen- 
timents àes> opposants , mais il était 
demeuré étranger aux troubles po 
pulaires. Il écrivit à tous ses amis d<; 
Rome , en faveur de Galilée dans les 
fers. Peiresc mourut entre les bras de- 
Gassendi, le 24 juin 1637. Le pape 
Urbain VIIÏ , qui avait été en com- 
merce de lettres avec lui, ordonna 
que son éloge fiit prononcé dans la 
salle de l'académie des Humoristes, 
quoique cet honneur n'appartînt, aux 
termes du règlement , qu'aux prési- 
dents de ce corps littéraire. L'ora- 
teur fui Jean-Jacques Bouchard, Pa- 
risien, établi à Rome , et il compta 
dix cardinaux dans son auditoire. 
Indépendamment de cet hommage 
solennel, la reconnaissance exprima 
en quarante langues les regrets de la 
république des lettres : le recueil de 
CCS différentes pièces fut publié à 
Rome par les soins du même Bou- 
chard (i). La réputation de Peiresc 

(t) n est intitule : Moniiinmlnrn romanum .\ - 
raliut Cl. Fithricii Permcin seniitori Aijuensi dor 



9.6o 



PEI 



était bien plus grande hors de son 
payTî. Cependant Balzac écrivait : 
« Nous avons perdu en ce rare pcr- 
» sonnage une pièce de naufrage de 
1) ranliquite, et les reliques du siècle 
w d'or. La corruption universelle ne 
V pouvait rien contre sa bonne coiis- 
w litution , et le mal qui le toucliait 
« ne le souillait pas. Sa générosité 
M n'a été ni bornée par la mer , ni 
)) enfermée en deçà des Alpes : elle a 
» semé ses faveurs et ses courtoisies 
» de tous côtés. Dans mie fortune 
)> assez médiocre, il avait les pensées 
« d'un grand seigneur • et sans Fa- 
» mitié d'Auguste, il ne laissait pas 
1) d'être Mécénas, » Après la mort 
de Pcircsc, on trouva plus de dix 
mille lettres que lui avaient adres- 
sées les savants de France, d'Italie , 
«l'Angleterre , d'Allemagne et des 
Pays-Bas. La plupart furent détrui- 
tes par sa nièce et son héritière, qui 
s'en servait , au rapport de Ménage , 
j)Our allumer son feu , on pour se 
faire des papillottes. Cependant il 
resta deux volumes in-fol. de let- 
tres écrites à Peiresc , et six in-fol. 
des lettres de Peiresc lui-même. Le 
président Thomassin deMazaugues, 
qui avait épousé sa nièce , se pro- 
posait de publier un choix de cette 
correspondance ; et son prospectus 
annonçait plus de 6 vol. in-4". Les 
manuscrits furent ensuite confiés à 
Séguicr , de Kîraes , lequel ne put 
trouver d'imprimeur qui acceptât 



trivce virliuifque causa fictum , i638 , lypis Vaticu- 
ii's , in-^"' de 20 et i^o p. , avec son portrait. La par- 
tic la plus curieuse de ce recueil est la Pi!i!i;los\un 
(pag. 85-1 19), ((ui contient 40 ]>iî ces, inscriptions 
nu <'pita])lies cn4o langues, recueil polyglotte le plus 
t tendu qui eût encore paini c:i ce genre , et auquel 
ou lie pouvait, peut-être , comparer que le Kirs,a 
oiiren du P. Hophurue, publie eu 1G17 t^V. MAEIE, 
XXVIl, 53 ). L'hëbrcu , le syriaque, etc., le pet-san, 
le géorgien, l'arménien, IVthiofiieu , le coj'te, le 
sclavon, le russe, le polonais et l'albanais, sontim- 
jM'imc's chacun avec leurs caractères particuliers : 
J'ijidieii ( brachm.aiiUtiin ), le j*poïiais, le pérnvw.a 
( Quichia ) , etc. , sont en leltrcE latines. 



PE| 

ses conditions. Nous indiquerons les 
Lettres imprimées de Peiresc , dont 
nous avons connaissance : L Qua- 
rante-huit Lettres en italien, depuis 
i6of) à 16^3, adressées à Paul et 
J.-B. Gualdo , et insérées dans les 
Leltere d'uomiiii illustri , Venise , 
1 744 7 i"-8*^. IL Quelques-unes mê- 
lées parmi celles deCambden, Lon- 
dres, 1691 , in -4*'. IIL Deux Let- 
tres sur le Penlateuque samaritain , 
dans les Antiquités de l'église orien- 
tale de Richard Simon. IV. Huit let- 
tres à Scaliger, suivies d'une lettre 
latine de Brutius sur la colonne 
ïrajane , 36 pages. V. Lettre où 
Peiresc rend compte à son frère 
de la visite que lui fit le cardinal 
Barberin j il y donne une idée des 
richesses de son cabinet, in - 8^. 
de i3 pages. VL Lettres au prieur 
Borelli , possesseur d'un beau cabi- 
net à Aix, 'lo p. VIL Correspon- 
dance de Peiresc avec Th. d'Arcos , 
comprise en deux recueils séparés , 
l'un de 56 pages , l'autre de 2 1 1 . Les 
Lettres désignées sous ces 4 numé- 
ros, ont été publiées à part, en 1 8 1 5, 
par M. Fauris de Saint-Vincens , 
après avoir paru dan^ le Mas^asin 
encyclopéd. VIII. Correspondance 
de Peiresc avec Aléandre , publiée 
par le même dans les Annales en- 
cyclopédiques, et tirée à part à loo 
exemplaires, Paris, 1819, in-8^. de 
116 pag. IX. Deux ou trois autres 
Lettres dans le Magasin encycloj). 
La correspondance de Peiresc avec 
Ilolstenius , fait partie du volume 
publié par M. Boissonade , sous le 
titre de Lucœ Ilolstenii epistolœ , 
etc. , 1817, in-80. Peiresc était l'ami 
et le correspondant de Malherbe; on 
imprime en ce moment ( 1822 ) une 
suite de lettres que lui a écrites ce 
grand poète. Peiresc écrivait facile- 
ment en italien ^ mais rarement il 




PEI 

renonçait à l'usage de la langue 
française , et il ne cessait d'exhorter 
ses concitoyens à suivre son exem- 
ple. Le seul de ses ouvrages qui ait 
•vu le jour , est une Dissertation sur 
un trépied ancien , découvert à Frc'- 
jus ( F(ry. Antelmi, II , 'j/p ) : on 
la trouve dans le x*^. volume des 
Mémoires de Desmolcts. L'on peut 
y joindre un Mémoire sur l'arc 
de triomphe d'Orange, publié par 
Montfaucon , dont les deux grands 
répertoires a rch écologiques contien- 
nent plusieurs gravures d'après Pci- 
resc. La liste de ses manuscrits a été 
donnée par le même auteur , dans 
le tome 'j de sa Bibliothèque des Ma- 
nuscrits. On regrette un catalogue 
raisonné , dans lequel le laborieux 
magistrat avait pris soin d'expliquer 
lui-même ses médailles: ce travail 
fut supprimé par des mains infidèles. 
Les plus importantes des produc- 
tions inédites de Pciresc, sont une 
Histoire de la Gaule IVarbonnaise , 
des îMémoircs sur Vorigine des fa- 
milles nobles de Provence, des ma- 
tériaux pour l'histoire de son temps , 
des documents pour l'histoire géné- 
rale de la France , un Traité des 
œuvres bizarres de la nature , un 
recueil des auteurs grecs et latins 
sur les poids et mesures , des ins- 
criptions anciennes et nouvelles , des 
éloges et épitaphes. Un recueil De 
nummis Grœcorum, Bomanoruui et 
Judœorum ; Tractatus de monetis , 
etc. (4); des Remarques et un Index 
de livres sur les langues orientales. 
Plusieurs des manuscrits de Peiresc 
sont demeurés à Rome; la bibliothè- 
<pie du Roi en possède aussi quclques- 



(4"i Ce m;iimsriit, on 2 vol. iii-lol. , a paisse snrcos- 
siveincnt du cabinet de Ho/c ( iiO. »uj3) à celui de 
< lotie (11". xiiiA), et de I.i hibliolJiicjtie de Vi.u 
Daium» ( n". i9iR(> ), dan» «clic de M. le baron de 
\Vfilrccuco de Tiellaudt, yù il tlail. eu ibi8. 



PEÏ 



1261 



uns : mais celle de Carpentras ren- 
ferme la collection la plus complète. 
Cette collection se compose de 85 
volumes , dans chacun desquels sont 
réunis divers traités qui n'ont aucun 
rapport en lie eux. La bibliothèque 
de Peiresc fut achetée par le collège 
de Navarre : un grand nombie des 
pièces antiques de son cabinet pas- 
sèrent dans celui de Sainte-Gene- 
viève, dont le P. Dumolinet donna, 
en 169*1, une description estimée. 
Peiresc avait rassemblé dans une ga- 
lerie de sa maison d'Aix, les por- 
traits des doctes ses contemporains. 
Un M. de Valbelle, propriétaire de 
ces portraits à titre de succession , 
les transféra dans le château de 
Cadarache , sur les bords de la 
Durance, où ils furent détruits au 
commencement de la révolution. Un 
monument élevé en 1778, dans V.i 
ville d'Aix, à la mémoire de Pei- 
resc , par le président Fauris de 
Saint-Vincens , antiquaire distingué, 
éprouva le même sort, en i794-' 
mais il a été rétabli dans l'église 
de Saint - Sauveur , par le fils de 
ce magistrat. Gassendi, sur lequel 
s'était étendu le patronage de Pei 
resc , écrivit sa Vie en latin avec une 
affectueuse prolixité. En donnant un 
abrégé de cet ouvrage en français , 
Requier l'a souvent mulilè. Daus Ir 
recueil de l'académie de Marseille, 
de 1 785, on trouve un Eloge de Pei 
resc, production de la jeunesse de 
M. Lemontey , et un autre par le P. 
Paris, oratorien. Le portrait de Pei 
resc a été grave, d'après Van Dyck , 
par L. Vosterman , par Mellan, par 
Ijubin , etc. , et dans la colleclion 
d'Odieuvre : sou buste a été fait pai 
les soins de Gallarel , son secrétaire , 
d'après un creux moulé sur sa per - 
sonne , quand il eut rendu le dernier 
soupir. F — T. 



•àC)X 



PET 



PEUtOUSE ( PuîLtPPE PfCOT, 

baron DE LA ) j u^iturali.stc , naquit, 
le 10 octobre i'744 ? ^ Toulouse, ou 
sou père, ne'gociaut considère, avait 
été capitoul. Il était r.iînc de sept 
enfants; quatre de ses frères prirent 
parti dans l'état militaire, et l'un 
d'eux, mort en 1816 , était parvenu 
au grade de lieutenant-général. Phi- 
lippe Picot , destiné d'aljord à suivre 
î.i même carrière, se tourna vers la 
magistratuie, pour satisfaire au désir 
d'un onclc;, le baron de La Peirouse, 
qui l'avait pris en affection particu- 
lière; et il fut pourvu, en 1 768, de la 
cliarge d'avocat-général près de la 
chambre des eaux-el-forêts du par- 
lement de Toulouse : mais un goût 
inné pour l'histoire naturelle l'en- 
traînait ; et la révolution opérée en 
1771 dans la magistrature par le 
chancelier Maupeou, l'ayant rendu 
momentanément à la vie privée, il se 
retira dans les Pyrénées , et y com- 
mença ses recherches de botanique 
et de rainéralo[;ie. Son oncle mourut 
cft 1775, en lui laissant son titre et sa 
fortune. Libre alors de toute con- 
trainte, il se livra sans réserve à sa 
passion • et jusqu'à l'époque de la ré- 
volution, il employa la plus grande 
partie de son temps en observations 
et en voyages. Le premier ouvrage 
qu'il ait donné séparément , fut un 
écrit intitulé : Description de plu- 
sieurs nouvelles espèces d'orthocé- 
ratites et d'ostracites , imprimé à 
Erlang, en 1781 , in-folio, en latin 
et en français , avec treize planches 
enluminées. Sous le nom impropre 
d'orthocératites, il faisait connaître, 
])our la première fois , des espèces 
entièrement nouvelles et fort sin- 
îj;idières , de coquilles fossiles, que 
l'on a nommées depuis Idppurites^ 
l>:iiholites et cornucopiœ. Mais La 
Peirouse avait dcs-Icrsfailimprimer, 



Ï^EÏ 

parmi les' Mémoires de racadémic 
de Toulouse, une histoire naturelle 
du lagopède, et diverses recherche.'^ 
sur les plantes et sur le.'? minéraux des 
Pyrénées. 11 continua d'enrichir le 
recueil de celte compagnie, de diffé- 
rents Mémoires sur les productions 
de ces montagnes ; et l'on doit re- 
marquer, dans le nombre de ces pe- 
tits écrits, des Recherches sur les 
organes du chantdans les cygnes, des 
Descriptions de la baj'ge aux pieds 
rouges , du traquet montagnard . 
En même temps il donnait , dans le 
Journal de physique , plusieurs arti- 
cles sur des sujets semblables ; et il 
envoyait au docteur Mauduit des ma- 
tériaux importants pour le Diction- 
naire des oiseaux de l'Encyclopédie 
méthodique. L'article P'^autour ^ en- 
tre autres, contient plusieurs faits in- 
téressants qui lui sont dus. En 1 786 , 
il fit paraître à Toulouse, en i vol. 
in-8°., un Traité des mines et forges 
à fer du comté de Foix, qui contient 
beaucoup de choses utiles , et qui a 
été traduit en allemand, en 1789, 
parlecélèbre minéralogiste Karslen. 
Les états-généraux ayant été convo- 
qués en 1789, La Peirouse fut char- 
gé de la rédaction des cahiers de la 
noblesse de la sénéchaussée de To 
louse , et fît paraître un écrit s 
l'administration diocésaine en I^a 
guedoc, pour servir d'iustruclio 
aux députés de la province. Ces tr 
vaux , et le souvenir de l'intégri 
avec laquelle il avait exercé sa ma 
gistrature , lui valurent ,en 179 
d'être nommé l'un des administr, 
tours du district de Toulouse. E 
1 79 1 , à la demande de ses collègues , 
il fit paraître , sur l'instruction pu- 
blique, un petit écrit intitulé : Ké- 
jlexions sur les lycées. Mais le tour 
que prirent bientôt les événements le 
lit renoncer à toute fonction publi 



I 



PEI 

que en 179^. Il fut néanmoins ar- 
rête, passa 18 mois en prison, et 
ne fut délivré qu'après la mort de 
Robespierre. 11 reprit alors ses oc- 
cupations scientifiques , fut nommé 
successivement inspecteur des mines 
et professeur d'histoire naturelle à 
l'école centrale de Toulouse , et don- 
na la Relation d'un voyage au iMont- 
Perdu,et un Mémoire sur des silex 
qu'il avait trouvés sur cette montagne, 
et qu'il regardait mal- à-propos corn - 
me des ossements fossiles. En 1800 , 
il fut nommé maire de Toulouse, et 
géra cette place importante jusqu'en 
1806 (i). Pendant son administra- 
tion , de nombreux embellissements 
furent projetés et effectués. Des éta- 
])Iissements importants, tels que le 
jardin de botanique , l'observatoire , 
le cabinet de physique et de chimie , 
les bibliothèques , le muséum et l'é- 
cole de peinture , sculpture et archi- 
tecture, furent conservés à la ville, 
dotés par elle , et confiés à la sur- 
veillance de l'autorité municipale. 
La Peirouse , après la suppression 
de l'école centrale en i8o3, demeu- 
ra attaché , comme professeur d'his- 
toire naturelle, à l'école spéciale des 
sciences de Toulouse ; et il conserva 
les mêmes fonctions , lorsque cette 
école , à l'époque de l'établissement 
de l'université , fut érigée en faculté 
des sciences. C'est pour l'usage de 
ses élèves , qu'il fit imprimer , eu 
'799? ^^^ Tables méthodifjues des 



(i) Ou l(î destitua sur la demande de la deputa- 
Jion de Haute-Oaronne, dont .^I. de Puyinaunn fut 
YoT^Mu-. Le tuutit* de sa deslilulion , fut , dit-on , la 
protection qn'il accordait aux maisons de jeu qui 
produisaient, dans Toulouse, des désordres intolcra- 
Ides. La Peirou.sc n'en garda œpendant pas de ran- 
cune contre lu chef du gouvernement : (ar, après le 
ao mars i8i5, il s'euipressa de se rendre à Paris , 
comme président du collège électoral de sou d<'par- 
tement ( Voy. sou eloge par M. Dumègc , extrait 
de la liioij;rit/)hlr. lnuiousaine , tom. a*., et imprime 
à piirt son» le titre de Niilirg sur In Vie et les écrit f 
de l'h. PiCot , baron tle Lu Prvrrnx' , etc. , Tou- 
l' use , iHn. , in-8". de la p.i;^. )" /,. 



PEI '^(33 

mammifères et des oiseaux obser- 
i^ésdans le département de la lian- 
te-Garonne , brochure extraite d'un 
ouvrage plus considérable, accom- 
pagné de 120 planches enluminées , 
qui est resté dans le porte-feuille de 
l'auteur. Cependant le principal ob- 
jet des travaux de La Peirouse était 
une histoiie détaillée des plantes des 
Pyrénées : elle devait se composer 
de 200 planches in-folio, dont il a 
paru 43 , en 1795. La Monographie 
des saxifrages, imprimée en 1801 , 
devait aussi faire partie de ce grand 
ouvrage ; mais les circonslanees 
n'ayant pas permis à l'auteur d'exé- 
cuter son plan dans toute son éten- 
due , il voulut au moins en laisser 
un sommaire , qui a paru à Toulouse 
en 181 3, sous le titre d' Histoire 
abrégée des plantes des Pyrénées , 
et Itinéraire des botanistes dans 
ces montagnes. C'est une énuméra- 
tion, d'après le système de Linné, 
et jusqu'aux fougères seulement, de 
toutes les plantes observées dans 
les Pyrénées , avec leurs caractères 
distinctifs en latin , l'indication des 
principaux auteurs qui en ont parlé , 
et des observations en français sur 
celles qui n'avaient point été décrites 
ou qui l'avaient été d'une manière 
insullisante. En tête du volume, est 
un précis historique des voyages 
faits dans les Pyrénées par les bo- 
tanistes antérieurs à La Peirouse, et 
un extrait des Manuscrits laissés 
par Tournefort , sur les plantes de 
ces montagnes. Malgré les recher- 
- chcs de ses prédécesseurs, le nombre 
des plantes nouvelles que l'on doit à 
La Peirouse , monte à plus d'une 
centaine. 11 a donné à ce livre , 
en 1818, un supplément , qui con- 
tient encore quelques espèces aupa- 
ravant inconnues. L'académie des 
sciences de Toulouse, qui avait été 



'i04 



PEI 



siipprimco comme toutes les autres 
en 1 7Ç)'j , ayant ete rétablie en i B07 , 
LaPeirouseen fut nommé secre'taire 
perpétuel; et il a rédige en cette qua- 
lité différents éloges et autres discours 
qui sont encore inédits. Il était aussi 
Tun des quarante mainteneurs des jeux 
floraux : l'Institut et plusieurs aca- 
démies étrangères se l'étaient asso- 
cié. Outre les ouvrages mentionnés 
dans le courant de cet article, on 
trouve de lui plusieurs Mémoires 
dans les recueils des académies de 
Toulouse , de Stockholm , et dans 
le Journal de physique. Nous cite- 
rons encore sa Statistique agricole 
du canton de Mont-Astruc , qui a 
été couronnée par la société centrale 
d'agriculture de Paris. Il est mort, 
le 18 octobre 18 18, âgé de 74 ans. 

C— V— R. 

PELAGE I*^»"., pape, successeur 
de Vigile, était Romain de nais- 
sance, et fils de Jean , vicaire du pré- 
fet du prétoire. N'étant encore que 
diacre, il fut envoyé, comme légat 
du pape, à Gonslantinople, en 546. 
L'empereur Justinien lui donna la 
mission d'aller en Palestine déposer 
Paul , patriarche d'Alexandrie, et de 
sévir contre les Origénistes. Il le nom- 
ma apocrisiaire de l'église de Rome. 
De retour dans cette ville, il la trou- 
va assiégée par Totilaj il fît de grands 
sacrifices pour la sauver du pillage, 
mais ne put y réussir. Cette condui- 
te lui mérita l'affection des Romains, 
quil'élevèrent à la thiare , le 16 avril 
555. 11 avait soutenu fortement le pai-- 
ti du pape dans l'affairedes Trois Cha- 
pitres , et fut néanmoins soupçonné 
d'avoir été ensuite l'un de ses plus 
ardents persécuteurs (/^oj. Vigile). 
Protégé par le patrice Narsès , il jura 
i,olcnnellcmcnt sur l'Évangile , qu'il 
était innocent de toute espèce d'ini- 
mitié envers Vigile , et le peuple fut 



PEL 

satisfait de cette justification. Pela- 
ge s'appliqua , de concert avec Nar- 
sès , à détruire les schismatiques en 
Italie , et lui conseilla fortement de 
les dénoncer à l'empereur, afin de 
sévir contre eux. II professait un 
grand respect pour la mémoire de 
saint Léon , et déclara hautement 
son adhésion aux conciles de Nicée, 
de Constantinople , d'Éphèse et de 
Chalcédoine. Cette profession, il la 
répéta dans ses Lettres à Childebert, 
roi de France , avec lequel il eut des 
relations intimes. Il lui envoya des 
instructions très-amples, et des ex- 
plications sur les mystères delà Tri- 
nité , de l'incarnation et de la ré- 
surrecliondes morts. Le pape, ayant 
reçu la réponse du roi , nomma Sa- 
pendas, évêque d'Arles, son vicaire 
dans la Gaule, et lui accorda le pal- 
lium. Pelage mourut le 3 mars 559, 
après quatre ans de pontificat. 11 
avait commencé à faire bâtir l'église 
des apôtres saint Philippe et saint 
Jacques , qui fut achevée sous Jean 
m, son successeur. D — s. 

PELAGE II, élu pape en 578, 
était Romain de naissance , et fils 
d'un nommé Vinigilde , dont le 
nom semble indiquer qu'il était Goth 
d'origine. Il succéda à Benoît P^'. Sa 
consécration se fit sans attendre l'or- 
dre de l'empereur , parce que les 
Lombards tenaient Rome assiégée. 
Ils ravagèrent l'abbaye du Mont-Cas- 
sin, dont les moines furent contraints 
de chercher un asile à Rome. Ce fut 
pour arrêter les incursions de ces 
peuples ; que Pelage envoya vers 
l'empereur, le diacre Grégoire, qui 
commençait alors sa carrière cléri- 
cale , et qui mérita depuis le nom de 
grand et de saint. 11 écrivit pour le 
même sujet à l'évèquc d'Auxerre, au- 
quel il rappela que les monarques 
français devaient défendre^ de toute 



PEL 

leur puissance, une religion qui leur 
avait déjà valu tant de Iriora plies. 
Cependant les e'vêques d'Italie per- 
sistaient toujours dans le schisme , 
à cause des Trois Chapitres , dont la 
condamnationavaiteté formellement 
prononcée. Les dissidents ne cédèrent 
sur aucun point. Pelage leur écrivit 
pour les ramener dans le devoir ; 
mais ce fut inutilement. Ce pape 
mourut le 8 février Sqo, après ii 
ans et près de trois mois de pontifi- 
cat. Il avait fait de sa maison un hô- 
pital pour de pauvres vieillards , et 
rebâti le palais de Latran. Son suc- 
cesseur fut saint Grégoirc-le-Giand. 
D— s. 
PELAGE pi-, , roi des Asturies, 
fils deFavila, duc dcCantabrie, issu 
du sang royal des Goths , se relira en 
Biscaye , en «^ 1 1 , après la fameuse 
i)ataille de Xérès , dont la perte livra 
l'Espagne aux Maures. Forcé de leur 
abandonner sa principauté , il se tint 
caché dans les Asturies, et eut pour 
asileune grotte profonde, appelée de- 
puis le sanctuaire de Notre-Dame 
de Govagonda. Ce fut là que Pelage 
mûrit pendant trois ans le projet de 
secouer le joug des IMaures. Les chré- 
tiens fugitifs, les braves Asturiens, le 
choisirent pour chef, et se rangèrent 
sous ses étendards. Le voyant à la 
tête d'un parti res])ectable,"les Mau- 
res entrèrent en négociation avec lui, 
et le laissèrent jouir, moyennant un 
léger tribut, du petit pays de Lie- 
bana , dans les Asturies. Mais alar- 
me' ensuite des projets de Pelage, 
Alahor, vice-roi d'Espagne, envoya 
contre lui, en 7 i6, une armée nom- 
breuse. Retranché avec sa petite 
troupe , Pelage, plein de courage et 
d'espoir, fondit sur les Maures, qui 
s'étaient engages dans une étroite 
vallée au pied du mont Ansena , et 
Ksbattil complètement. L'année sui- 



PEL 205 

vante, il remporta une seconde vic- 
toire dans les plaines d'Ollalès , à 
trois lieues d'Oviedo , chassa les 
Musulmans de cette ville, en 'j'io , et 
agrandit successivement ses états , 
qui, d'abord, n'eurent pas plus de 9 
lieues d'étendue. Dès 718, ses com- 
pagnons d'armes l'avaient proclamé 
roi des Asturies. Pelage régna dix- 
neuf ans ; il ne cessa de pratiquer 
les vertus qui l'avaient élevé au 
trône , et ses sujets lui furent cons- 
tamment soumis. Il mourut à Can- 
gas, le 18 septembre 787 , avec la 
réputation d'un prince sobre , en- 
nemi du luxe , et d'une piété exem- 
plaire : il laissa la couronne à son 
lils Favila , et ordonna , que si ce 
prince mourait slrins enfants, la cou- 
ronne appartiendrait à Alphonse, 
fils du duc de Cantabrie , du sang 
royal de Recarède , à qui il avait fait 
épouser licrmesinde, sa fille {F'.Al- 
puoNSE 1*='". ) Nul roi dans l'histoire 
ne mériterait mieux que Pelage le 
titre de grand, si la renommée était 
toujours le prix des actions vérita- 
blement héroïques. Sans alliance , 
sans argent , sans ressources , avec 
une poignée d'hommes abattus et 
consternés, il sut résister à des ar- 
mées victorieuses , conserva ses ro- 
chers stériles , poliça et aguerrit ses 
sujets, et fort de la justice de sa cause, 
il posa les fondements d'une monar- 
chie qui finit par détruire l'empire 
de ses vainqueurs. Des écrivains , 
et notamment Voltaire , ont refuse 
le titre de roi à Pelage, dont l'his- 
toire n'est fondée, il est vrai, qne 
sur des traditions dont l'authenti- 
cité a été contestée. On ne peut nier 
cependant que d'autres chefs wisi- 
goths ne se soient, à la même époque, 
maintenus Souverains dans quel([ues- 
contrées de l'Espagne ( F. Tueo- 
uoMHi}. 15 — r. 



•2(56 PEL 

PliLAGE , licresinrqne du qua- 
trième siècle, était nedans la Grande- 
Bretagne, de parents peu considéra- 
bles. Le nomdesa famille était Mor- 
gan , qui, dans la langue dti pays, 
signifie ne sur les bords de la mer 
( I ) : il le changea en celui de Pela- 
gius , qui a le même sens eu latin. Il 
embrassa la profession monastique, 
et resta simple laie. Étant venu à 
llome, il liabita long - temps cette 
ville , où il se fit connaître et estimer. 
Saint Paulin de Noie et même saint 
Augustin lui témoignèrent delà con- 
sidération. Il composa quelques li- 
vres utiles , entre autres un traité de 
la Trinité, et un recueil de 2)assages 
de l'Écriture sainte sur la morale. 
Jusque-là sa croyance avait été pure. 
Déjà , néanmoins , des erreurs sur 
la grâce circulaient en Orient ; elles 
étaient enseignées dans l'école de 
Théodore de Mopsueste, et avaient 
pris, dit-on;, leur source dans quelques 
écrits d'Origène. Un Syrien, nomme 
Rufin, qui vint à Rome vers l'an 4oo, 
imbu de cette doctrine , et n'osant 
l'enseigner publiquement, en fit part 
à Pelage, qu'elle séduisit et qui l'em- 
brassa. Bientôt Rufin et Pelage ac- 
quirent un nouveau prosélyte dans 
la personne de Célestius , issu d'une 
famille noble, et, selon quelques-uns, 
compatriote dePélagc {'i). Célestius, 
homme d'un esprit vif et subtil , 
d'un caractère ardent , d'abord avo- 
cat;, puis moine, réunissait en lui 
tout ce qu'il fallait pour devenir un 
sectaire ( F. Célestius , tora. Vil , 
pag. 5oi). Il ne paraît pas que l'er- 
reur fît beaucoup de progrès, tandis 
que Pelage et lui demeurèrent à Ro- 
me. Elle y eut pourtant des parti- 

(i) Bayley's An universal c/jrmological diclio- 
nary. 

{-x) D'antres disent qu'il ptalt ne on Campaiiie , 
cijns le rayaiime de iNa}>le.«. 



PEL 

sans secrets; et il est vraisembla- 
ble que ce fut dans celte ville que 
Pelage gagna Julien, depuis évcqiie 
d'Eclane^etl'un des principaux sou- 
tiens de cette hérésie. Des femmes 
aussi, même distinguées, touchées 
par les vertus apparentes de Pelage, 
y avaient été engagées. Vers l'an 
409, Célestius et lui quittèrent Ro- 
me : ils visitèrent d'abord la Sicile, 
et de là passèrent en Afrique , ré- 
pandant autant qu'ils le pouvaient le 
A^enin de leur doctrine. Ils étaient en 
4 1 o , à Hippone , et de là se rendi- 
rent à Carthage, oi^i se trouvait alois 
saint Augustin. Pelage s'y embarqua 
j^our la Palestine. Célestius , resté a 
Carthage , se mit à y enseigner as- 
sez ouvertement ses erreurs. Accuse 
près d'Aurelius, évêque de Carthage , 
par le diacre Paulin, secrétaire de 
saint Ambroise , il fut condamne 
dans un concile tenu en l^i'x. Les 
erreurs qu'on lui reprochait , se ré- 
duisent aux points suivants : i". 
qu'Adam avait été créé sujet à la 
mort; '2". que son péché n'avait nui 
qu'à lui, et ne s'était pas commu- 
niqué à sa race; c.c qui détruisait 
la croyance du péché originel; Z^. 
que les enfants eu naissant sont dans 
le même état où était Adam a va 
son péché; 4"- que le péché d'Ada 
n'est pas la cause de la mort de tOi 
le genre humain , non plus que 
résurrectionde Jésus-Christ la eau 
de la résurrection de tous les hoi 
mes; 5^. que la loi (de Moïse) coi 
doit au royaume des cieux comme 
l'Évangile; 6°. que , même avant ia 
venue de Jésus-Christ, il y avait des 
hommes impeccables; 7°. que les 
enfants morts sans baptême, ont la 
vie éternelle. De son côté, Pelage ne 
négligeait point les intérêts de la 
secte, et dogmatisait: dans une lon- 
gue Lettre, ou plutôt un Traité adr 



ns 

I 



I 



PEfv 

se à. sainte Deiiiétriadc^ vierge ro- 
maine , qui était passée en Palestine 
avec sa famille, il lui expliqne sa doc- 
trine , et essaie de la séduire ; mais 
déjà , dans un écrit composé pour 
la même dame, saint Augustin lui 
en avait montré le danger: le saint 
docteur en dcvoifala perversité, avec 
plus d'étendue encore, dans un ser- 
mon prêché à Carthage , à la prière 
de l'évêque Aurelius, quoiqu'il s'abs- 
tienne d'y nommer Pelage. Cepen- 
dant l'erreur continuait de faire des 
progrès, et la doctrine de l'Eglise sur 
la grâce était compromise: un jeune 
prêtre espagnol , nommé Orose, ve- 
nu , en l'an 4 1 5 , à Jérusalem , pour 
consulter saint Jérôme , fut appelé 
par Jean , qui en était évêque , à 
une conférence sur cette matière. 
Pelage y comparut : le résultat de 
cette assemblée fut qu'il en serait ré- 
féré au pape Innocent I*^'". , et qu'on 
s'en rapporterait à ce qu'il aurait 
décidé. La même année , un concile 
se tint à Diospolis. Deux évêques 
provençaux, Eros , d'Arles , et La- 
zare, d'Aix, y dénoncèrent Pelage. 
Il fut interrogé sur les erreurs qui 
lui étaient attribuées. 11 répondit en 
niant ce qu'il ne pouvait justifier , et 
en donnant sur le reste des explica- 
tions dont le sens paraissait ortlio- 
doxc. Au moyen de ce déguisement , 
\\ fut déclaré qu'il était dans la com- 
munion ecclésiastique et catholique. 
Cette décision , au lieu d'être en fa- 
veur de sa dc5ctrine , lui était con- 
iraire, puisque Pelage n'était absous 
(pie sur le désaveu qu'il en faisait. 
Fier toutefois de cette prétendue ab- 
solution, il écrivit une apologie, qu'il 
adressa même à saint Augustin; mais 
Sun triomphe fut de courte durée. 
1 -'accusation ayant été renouvelée 
1 année suivante dans un concile de 
Oarthage , il y fut décide que Pelage 



PEL 



iG- 



et Céleslius devaient être condam- 
nés , à moins qu'ils n'anathématisas- 
sent clairement les erreurs dont ils 
étaient accusés. Les Pères du con- 
cile convinrent en même temps de 
prévenir le pape Innocent de celte 
décision. Ils lui envoyèrent les actes 
du concile, et ils y joigniicnt ceux 
du concile de ^l'i. INi Céleslius, ni 
Pelage, ne se présentèrent devant le 
pape , pour y défendre leur cause. 
Pelage , néanmoins , avait composé 
une Apologie captieuse, qu'il adres- 
sa au souverain pontife , et qui ne 
lui parvint pas , ce dernier étant 
mort vers ce temps , et Zozimc lui 
ayant succédé : mais avant de mou- 
rir , Innocent, qui avait pris con- 
naissance de la doctrine de Pelage , 
dans un de ses livres , l'avait con- 
damnée, comme contraire à l'ensei- 
gnement de l'Église sur la grâce. La 
mort d'Innocent parut aux deux 
accusés une occasion favorable pour 
échapper aux condamnations dont 
ils étaient frappés. Céleslius se ren- 
dit à Rome; et au moyen de la pro- 
fession de foi de Pelage, et d'uiic 
Apologie que lui même avait pré- 
parée, et où il déclarait que Pelage 
et lui étaient prêts à condamner tout 
ce que le Saint-Siège condamnait , 
il parvint à se rendre Zozime favo- 
rable. Cependant ce pape ne crut pas 
devoir les absoudre: il s'abstint seu- 
lement de prononcer, espérant que 
peut-être, par un peu d'indulgence , 
il les ramènerait à de meilleurs sen- 
timents, et craignant d'ailleurs que 
les évêques d'Afrique n'eussent mis 
un peu de précipitation dans leur 
jugement. Il résolut donc de consul- 
ter ces évêques , et leur écrivit , en 
leur laissant entrevoir ses craintes. 
Cette lettre les surpiit : ils avaient 
indi(pié, pour la fin de l'année 4>7) 
un concile de toutes les églises d'A- 



268 



PEL 



fiiqiie, à Carthage. Ils en prdvinrcnt 
Zozime, et le prièrent de ne rien 
de'cidcr jusqu'à de plus amples in- 
formations. Le concile s'ouvrit le 
i*'"'. mai 4i8. Il c'iait composé de 
214 évêques : on y dressa huit arti- 
cles , dont on croit que saint Augus- 
tin fut le rédacteur, et dans lesquels 
le pélagianisme fut frappé d'anathè- 
mc. Zozime n'avait pas attendu cette 
décision pour prendre un parti : un 
examen plus aprofondi l'ayant con- 
vaincu de la mauvaise foi de Cèles- 
tins, il avait voulu l'entendre en- 
core , et l'avait fait citer à compa- 
raître devant lui. Mais , au lieu de 
se présenter, ce novateur avait pris 
la fuite. Zozime alors le relranclia 
de sa communion lui et ses adhé- 
rents , à moins qu'ils n'abjurassent 
leurs erreurs. La lettre synodale 
qui contenait cette sentence , fut 
envoyée à tous les évêques. Pelage 
alors , pour échapper à ce juge- 
ment , essaya de séparer sa cause 
de celle de Gélestius ; il se plaignit 
d'être compris dans l'anathcme , et 
dressa une nouvelle Apologie , qu'il 
transmit à Pinien , époux de sainte 
Mélanie , qui se trouvait alors en 
Palestine. Pinien envoya cet écrit à 
saint Augustin , qui y repondit par 
deux livres , l'un sur la s,rdce , l'au- 
tre sur le péché. 11 y réfute complè- 
tement les arguties de Pelage , et dé- 
montre que celui-ci n'a jamais con- 
damné les erreurs qui lui étaient 
reprochées. Au mépris des décisions 
de sept conciles ( i ), du jugciçent de 
deux pay)es (2) , et quoique l'autorité 
civile (3) se fût jointe à l'autorité 

(i") (Quatre de CartLagc , des années ^i-x -, 4^5 , 
/|i(j, 4i8; un de Jérusalem, en 4ï-^i celui de Dios- 
)>ilis,la môme année; uu de Milcve, eu l{iCi\ de- 
])ius, un d'Autloclie, ca 4*4> ^'^ ^^ concile œcumé- 
uique d'Epl»csc,ea 43i. 

{■%) Imioceut I'^»". et Zozime. 

(j) Resciit de l'cnipcieur llouoriiis, contre les 



PEL 

ecclésiastique pour proscrire cette 
hérésie , ses partisans refusèrent de 
se soumettre , et en appelèrent à un 
concile plénier. En vain saint Au- 
gustin leur répondait que la cause 
était finie ( causa finit a est ) , ils 
persistèrent dans îeur opiniâtreté. 
Voyant qu'ils ne gagnaient rien du 
coté des Latins , ils crurent trouver 
plus de faveur en Orient. Ils s'adres- 
sèrent d'abord à Gonstantinople , 
où l'on ne voulut pas les écouter. 
Ils ne furent pas mieux accueillis à 
Ephèse : à Antioche , un concile , 
tenu en 4^4 , les condamna de nou- 
veau , et Pelage fut chassé des saints 
lieux. Depuis il n'est plus parlé de 
lui. On présume qu'il mourut peu 
de temps après. A toutes les con- 
damnations qi'avait essuyées cette 
secte , se joignit le jugement définitif 
du concile d'Ephèse , de l'an 4^1 
( troisième concile général ) : ainsi 
les Péiagiens étaient condamnés par 
l'autorité même à laquelle ils avaient 
appelé. Cette hérésie, néanmoins, 
conserva encore de nombreux dé- 
fenseurs , parmi lesquels on doit 
mentionner Jidien d'Eclane , qui en 
devint comme le chef, et contre qui 
s'éleva le pape saint Léon, en 444' 
Des lettres du pape Gelase , du i*^^". 
novembre 493 , prouvent qu'à cette 
époque , elle avait encore des parti- 
sans en Dalraatie. Elle s'éteignit in- 
sensiblement. Mitigée, elle produisit 
le serai-pélagianisme. Parmi les au- 
teurs contemporains qui écrivirent 
contre les Péiagiens, on distingue par- 
ticulièrement saint Augustin , saint 
Jérôme , saint Prosper et saint Ful- 
gence. Le cardinal Noris , et le P. 
Patouillet , jésuite , ont écrit l'his- 
toire du pélagianisme. L — y. 



rclasK-ris, donué à Bavcni>e,lc 3o avril 4i8; pi;is 
de Cuiistauct et de Thcodo^clc Jeuue. 



PEL 

PELAVÏCINO. r.PALLAVICINI. 

PELÉE DE VARENNES(Marie- 
Josepu-Hippolyte), littérateur, ne' 
à Sens , en 1741 , exerça la profes- 
sion d'imprimeur dans sa ville na- 
tale , et obtint ensuite la charge de 
receveur particulier des finances à 
Montargis. II employait ses loisirs 
à la culture des lettres, et composait 
des vers destinés uniquement aux 
personnes de sa société. Mais Leorier 
de Lisle , fabricant de papiers à 
Langlée près de Montargis , obtint 
de lui quelques-unes de ses produc- 
tions , qu'il publia sous ce titre : 
Les Loisirs des bords du Loi?ig, ou 
Recueil de pièces fus,itives ^ i7^4> 
in- 1 '2. Ce volume dont l'édition a été 
entièrement imprimée sur papier 
rose , est divisé en trois parties. 
La première contient six Lettres sur 
l'histoire du Gatinais ; le fond en 
est tiré du Mémoire de Hureau de 
Livoy, avocat à Montargis, inséré 
dans le tome second des Nouvelles 
recherches sur la France { V. Louis- 
Théodore Hérissant ) ,* la seconde 
renferme des poésies de Pelée et de 
quelques autres amateurs de Mon- 
targis; et enfin la troisième se com- 
pose de treize feuillets de papiers 
fabiiqués par Leorier, avec d'autres 
nialières que celles qui sont eu usa- 
ge dans les papeteries ( /^.Leorier, 
XXIV, 201 ). Ce volume est re- 
cherché des curieux. Quoique Pelée 
tîit gardé l'anonyme le plus sévère , 
il ne put échapper à la critique ; et 
le malin Rivarùl ne manqua pas de 

'égayer à ses dépens dans \q Petit 
ilmanach des grands hommes. Pe- 
lée a été une des victimes de la ré- 
volution. Transféré à Paris comme 

lispcct , il y fut décapité^ en 1 794 > 
a l'âge de .03 ans ( /'". le Dict, des 

nonjmes de M. Barbier, tom. iv, 
i>- '-i57 ). W— s. 



PEL 26g 

PELETIER (Jacques), httéra- 
teur et mathématicien distingué pour 
son temps, naquit au Mans, en 1 5 1 7, 
et vint faire ses études à Paris , 
sous la direction de son frère aîné, 
qui professait la philosophie au col- 
lège de Navarre. Indécis sur le choix 
d'un état, il s'appliqua d'abord à la 
jurisprudence; mais rebuté par les 
difficultés que présente cette science, 
et entraîné par son goût pour la 
littérature , il abandonna l'étude du 
droit pour cultiver les lettres et la 
philosophie , et devint 2ninci])al de 
collège de Baieux. Il exerçait cet 
emploi en i547; ^^ ^^ '^"^ chargé de 
prononcer à l'église Notre - Dame , 
Koraison funèbre de Henri VllI , roi 
d'Angleterre. Par suite de son incons- 
tance naturelle, Pelelicr ne tarda pas 
à se démettre d'une place qu'il rem- 
plissait avec distinction : il fut atta- 
chéquelque temps, commesecrélaire, 
à René du Bellay, éveque du Mans; 
il étudiaensuitcla médecine, et, aj)rès 
avoir achevé ses cours, alla pratiquer 
son art à Bordeaux , à Poitiers et à 
Lyon, sans pouvoir se fixer nulle 
part. 11 élait a Lyon en 1554, ^^ '^ 
se déclara l'un des admirateurs delà 
belle Louise Labé, dans une épîtrc 
que le ])ère Colonia a insérée dans 
V Histoire littéraire de Lyon ( Foy. 
Colonia). L'impression de ses ou- 
vrages le retint près de quatre ans 
dans cette ville. 11 paraît qu'il visita 
l'Italie en 1557. 11 revint l'année 
suivante à Paris , annonçant qu'il 
était fatigué de la vie errante , et 
qu'il renonçait })our toujoui-s aux 
voyages. H* se fit recevoir licencié 
en médecine , et parut vouloir se 
livrer à la pratique de son art : 
mais il ne tarda pas à quitter Paris ; 
et après avoir parcouru la Suisse, 
il s'arrêta en Savoie , où charmé de 
la beauté du pays et de la cordialité 



270 Pi'LL 

de ses LabilaïUs (i), ii passa deux 
années , partageant son temps entre 
l'etudc de la philosophie et la cul- 
ture des lettres. 11 célébra , dans ses 
vers , tous les beaux-esprits de cette 
contrée , et il })araît que sa mémoire 
y demeura long-temps en honneur : 
car l'histoire de l'académie Fiori- 
montaned'Anneci, établie en 1606, 
( F".Favre,XI V, '227), nous apprend 
que le cours de mathématiques de 
cette société littéraire commença par 
V arithmétùfiie de Jacques Pelctier 
du Mans. Ses amis parvinrent à l'ar- 
racher enfin à sa retraite; il fut nom- 
me, en 1573, principal du collège du 
Mans à Paris^, et mourut en cette ville, 
au mois de juillet i582,à l'âge de 
65 ans. Pelelier avait beaucoup d'a- 
mis, parmi lesquels on cite le fameux 
Théod. de Beze, Sainl-Gelais, Pon- 
tlius deThyard, Ronsard, Fernel,ctc. 
On trouvera la liste assez exacte de 
ses ouvrages dans la Croix du Maine , 
Duverdier, et dans le tome xxi des 
Mémoires de Niceron, qui en indi- 
que vingt. On doit se borner à citer 
ceux qui méritent encore l'attention 
des curieux : I. h'Jrt poétique d'Ho- 
race, trad. en vers français, Paris, 
1 545, in-8'\ TI. OEuvres -poétiques^ 
ibid. , 1547, ^^^-^^' 7 ce volume ren- 
ferme la traduction des deux pre- 
miers livres de l'Odyssée et du 
premier livre des Géorgiques ; de 
quelques odes d'Horace, d'une épi- 
gramme de Martial , de douze son- 
nets de Pétrarque , et différentes piè- 
ces de la composition de l'auteur. 
III. Dialogue de Vortografe et 
prononciation francoese , Poitiers , 
ï55o,in-8°. ; I^yon, i555, in-B^. 
Pcletier, à l'exemple de Louis Mci- 
grct, proposait de rendre l'orlhogra- 



( i ") Ce séJDur a fait supjK>ser ;i quclrjnes biographes 
fiUK Pcletier était ru; en Saroie ( l'^. (.iRiLI<F/J'. ) 



PEL 

plie conforme à !a prononcialiou 
mais celle qu'il avait adoptée différa 
autant de celle de Mcigrct que l'ac 
cent manceau diffère du lyonnais 
aussi, quoiqu'il eût fait précéder s^ 
dialogues d'une apologie adressée 
Meigrct, celui-ci, loin de se montr 
reconnaissant dn zèle de Peletier, 
prit la plume que pour réfuter l'écri 
vain qui prétendait partager ave 
lui l'honneur d'introduire dans la 
langue une réforme si importante. 
( Voy. Meigret, xxviii, i48). Ce 
qui dut contribuer à l'oubli où ce 1 i vi'^ 
est tombé, c'est la dilbculté de 1 
lire, provenant peut-être moins 
la bizarrerie de l'ortographe de l'a 
teur ( I ) , que de l'absence totale d'à 
néas ; car, malgré sa forme die 
il n'y a dans tout l'ouvrage d'autrt 
pause que celle qui sépare le deuxièm. 
livre du premier. lY. IfArtpoétiqv- 
français, Lyon, i555, in-8°. Ce 
écrit où l'on trouve des préceptes ju- 
dicieux sur l'imitation des anciens, 
la traduction, etc., est en prose : i 
est suivi de quelqiics opuscules c 
vers. V. Les amours des amours , 
contenant 9G sonnets, etc., ibid. 
i555, in-8°.; rare.YI. La Savoie, 
poème de 2^>.oo vers , divisé en trois 
chants, Anneci, 1572, in 8^. de 79 
pag.; ouvrage fort rare. VII. OEui^res 
poétiques , intitulés les Louanges , à 
savoir, la parole , les trois Grâces, 
etc., Paris, t58i , in -4°. L'abbé 
Goujct a donné l'analvse des poésies 
de Peletier dans la Bibl. française ^ 
XII, 307-14. Suivant Lacroix du 



(1) L'auteur n'introduisit dans .«a typographie r 
deux nouveaux caractères, destines à dittiiguer 
deux espèces d'<* , que la plupa- 1 des grammaii i 
appellent <- muet , et e om'ei t faible ou mot en : v 
est rejiiaïqualîii! que, daiis lu prc uièrc cdi